‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 5 sur 300 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Dans 1 être libre, V action résulte de la volonté et de la force; une action nécessairement infinie résultera d'une volonté et d'une force infinie: l'action infinie est la création, ou l'action par laquelle Vêtre est donné à ce qui n'était pas. Donc Dieu crée les êtres '.

Dieu s'aime lui-même, et il veut se conserver, ou être heureux : sa conservation ou son bonheur est doncVobjet de sa volonté; mais la création est l'effet de sa volonté et de sa puissance : donc Dieu ne crée les êtres que par le motif de sa conservation ou de son bonheur; donc Yamour de soi est, dans Dieu, le principe de la création des êtres : donc Vamour de soi dirige la puissance ou la /brce créatrice ; donc Vamour de soi agissant par la force, est, dans Dieu, le pouvoir créateur ou producteur des êtres.

L'être souverainement bon ou parfait ne peut créer que des êtres bons ou parfaits. Mais ces êtres parfaits seraient Dieu, et l'être ne peut se créer lui-même; ils seront parfaits, mais ils ne seront pas Dieu, ils approcheront de la perfection de Dieu, ils seront faits à Vimage et à la ressemblance de Dieu, ils seront semblables à Dieu, mais ils ne seront pas égaux à Dieu : cum quàdam inœqualitate, dit un des plus doctes interprètes de la divinité.

Cet être semblable à Dieu est l'Homme.

Si l'homme est semblable à Dieu, Dieu l'aime parce quil voit quil estbon. S'il l'aime, il veut le conserver, et conserver à cause de lui les êtres nécesraires à sa subsistance : donc Vamour des êtres semblables à lui est, dans Dieu, le principe de la conservation des êtres ; donc Vamour de ces êtres dirige la force ou la puissance conservatrice; donc l'amour des êtres semblables à lui, agissant par la force, est dans Dieu le pouvoir conservateur des êtres.

Ainsi Dieu crée l'homme par amour de soi, il le conserve par amour pour lui.

' Dans Dieu, la volonté veut de toute éternité, mais la force ou la puissante n'agit que dans le temps.

26 THKORIE DU POUVOIR.

Donc rhomme est comme Dieu intelligence et volonté, amour, force ou puissance. Donc il connaît Dieu, ou \q produit dans sa pensée; donc il l'aime, donc il veut le conserver, c'est-à-dire en conserver la connaissance ; donc il peut le conserver, puisqu'il est force on puissance ; car quoique Dieu existe par luimême, et indépendamment de la connaissance que l'homme peut en avoir, il est vrai de dire que Dieu n'est produit et conservé ^o\ir l'homme, qu'autant que l'homme fait de Dieu le sujet de ses pensées et l'objet de son amour.

L'homme n'est semblable à Dieu que par son intelligence. Etre composé, son intelligence est unie à un autre être, être extérieur qu'on appelle corps, et qui est de moitié dans ses opérations. La volonté est dans V intelligence; la force ou la jjuissance dans le corps : ainsi l'homme ne peut conserver la connaissance de Dieu, qu'autant que la force ou le corps se joint à ï intelligence, c'est-à-dire V action à la pensée, et la force à la volonté. On voit naître la religion, spirituelle ou intérieure dans Vadoration, corporelle ou extérieure dans le culte.

L'homme ne peut vouloir conserver Dieu que parce qu'il l'aime. L'amowrdeDieuest donc, dans l'homme, \e principe de conservation de la connaissance de Dieu; l'amourde Dieu dirige donc une force conservatrice, qui est l'action des corps dans le culte extérieur. Donc l'amour de Dieu agissant par la force ou par Faction des corps dans le culte extérieur, est, dans l'homme, le pouvoir producteur et conservateur de la connaissance de Dieu.

L'amour n'est donc ni la volonté, ni la force, ni Vesprit, ni le corps, mais il participe de tous les deux. Il est intérieur ou intelligent dans son principe, puisque l'esprit pense nécessairement k l'objet aimé; il est extérieur ou corporel dans ses effets, puisque l'amour se produit nécessairement par l'action du corps : y amour est donc le lien de Vesprit et du corps, de la volonté ci de la force, et le moyen de leurs relations. Volonté, amour, force; esprit, cœur et corps ou sens extérieurs, voilà l'homme. Ces trois f;icuUés son! bien distinclos l'une de Taulre; car co~

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