LIVRE I
minelles, comme membres de la société, hommes, soldats, propriétaires et citoyens; mais ils sont indépendants, dans leur existence politique et leurs fonctions, de la volonté particulière des membres de la société dont ils doivent réprimer les effets, et indépendants aussi de la volonté particulière du monarque, puisqu'ils ne doivent obéir qu'à la volonté générale manifestée et transmise par le pouvoir général ou par ses agents : mais aussi ils doivent obéir à tous les actes de cette volonté générale, qui leur sont transmis par les agents du pouvoir, parce qu'ils ne sont pas chargés de distinguer la volonté générale du monarque de la volonté particulière de l'homme, et qu'ils doivent reconnaître et respecter la volonté générale dans tous les ordres qui leur en présentent extérieurement les caractères; car, s'ils devaient distinguer la volonté générale du monarque de la volonté particulière de l'homme, ils pourraient substituer leur opinion ou volonté particulière à la volonté générale; et comme ils sont la force publique ou générale, ils pourraient exercer leur volonté particulière par la force publique, dont ils sont les ministres : ce qui constitue lo despotisme militaire, le plus oppressif de tous, après le despotisme populaire.
Les autres citoyens membres de la société, également soumis aux lois fondamentales et politiques, religieuses, civiles et criminelles, sont encore soumis aux lois particulières de leurs professions respectives; mais ils ne dépendent ni de la volonté particulière des autres, ni même de la volonté particulière du monarque, puisqu'ils ne doivent connaître que la volonté générale, manifestée dans les formes prescrites.
Or, la soumission égale de la part de tous, à des lois générales et communes à tous, et à des lois particulières, relatives aux professions particulières, constitue l'égalité sociale, et l'indépendance de toute volonté personnelle constitue la liberté sociale.
Il y a donc liberté et égalité sociales dans la monarchie.
94 TUKORIE DU POUVOIR.