LIVRE I
la contenir dans certaines bornes, il en résulta différents modes de gouvernement républicain, a La démocratie peut » embrasser tout un peuple ou se resserrer jusqu'à la moitié. » ( Contrat social. )
Une fois le pouvoir parvenu au terme extrême de sa division, c'est-à dire lorsque tous eurent acquis le droit d'exercer leur propre volonté par leur propre pouvoir , la société revint à l'état primitif de société sauvage; et sous une forme extérieure de gouvernement, elle ne fut plus qu'une réunion d'hommes attachés au même sol, divisés de volontés, et cherchant à les faire prévaloir par leurs forces particulières,
La loi fondamentale de l'unité de Dieu ne fut pas moins altérée que celle de l'unité de pouvoir. Dès que celui-ci ne put plus réprimer les actions, la religion ajouta par sa licence à la dépravation des volontés.
Les Grecs avaient des dieux auxquels un honnête homme aurait rougi de ressembler, et le culte était digne de telles divinités. « On ne peut lire sans étonnement les honneurs qu'il » fallait rendre à Yénus, et les prostitutions qui étaient éta- » blies pour l'adorer. » ( Bossuet. ) En Egypte le culte consacrait les travaux utiles de l'agriculture, en Grèce il consacrait la volupté; la licence devint affreuse, et les mœurs abominables; le respect s'affaiblit pour un culte aussi dissolu; et à Athènes, selon un ancien auteur cité par le président Hénault, chaque citoyen, avant d'avoir part aux charges publiques, était obligé de prêter serment de défendre la religion de l'État et de s'y conformer. La loi du serment en prouve la nécessité.
Puisqu'il n'y avait pas de volonté générale dans les républiques, il n'y eut pas de pouvoir général qui est l'exercice de la volonté générale, ni de profession militaire distinguée ou de force publique qui est l'action du pouvoir général.
Il n'y eut donc pas de professions sociales, au moins politiques, séparées des autres professions, point de distinctions héréditaires, nulle fixité dans les personnes : dans la monarchie, le pouvoir général réuni sur un seul, était limité par tous; en
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Grèce, le pouvoir individuel ne put être contenu que par une limite individuelle, c'est-à-dire, que le pouvoir de l'un limita ou voulut limiter le pouvoir de l'autre; de là les dissensions et les guerres civiles.
Aussi l'oppression générale, ou l'emploi immodéré des hommes par la guerre y fut au plus haut degré : et à Sparte, sous ce gouvernement de fer, l'esclavage même ne fut pas un asile contre l'oppression individuelle la plus barbare. On connaît la loi épouvantable du Cryptia ou de l'Embuscade. Il n'y avait pas de profession particulière vouée au service militaire, on y dévoua les peuples entiers : ce fut un système, dans ces gouvernements, de faire périr les citoyens pour assurer le repos de la cité; des conscriptions entraînaient à l'agression des États voisins, bien plus qu'à la défense de leurs foyers, tous les citoyens, sans distinctions d'occupations, d'habitudes, ou de liens domestiques.
Et qu'on ne dise pas qu'un amour exalté de la patrie était le mobile de ce généreux dévouement : car l** l'amour de sa patrie oblige à la défendre, et non à attaquer celle des autres. 2^* Dans les beaux jours de la république romaine, le peuple a souvent refusé de se faire inscrire, et il a fallu l'y contraindre.
J'ajouterai : quel genre plus monstrueux d'oppression que celui qu'exerce un gouvernement, qui donne des passions à ses sujets pour pouvoir assouvir les siennes?
Comme il n'y eut pas dans les républiques de distinctions sociales permanentes, om vit reparaître les inégalités naturelles, et Ton y remarqua de grands esprits et de grands courages, parce que les inégalités naturelles sont l'esprit et la force du corps.
Tout s'y rapprochait de l'état naturel : aussi les femmes y eurent moins d'empire; car l'amour, comme sentiment, appartient plus à l'homme de la société qu'à l'homme de la famille '.
' Le sauvage est extrêmement froid sur le sentiment de l'amour, et l'on peut