LIVRE I
îonté sans force est désir ; force sans volonté est folie, fureur ; amour sans volonté et sans force n'est rien.
Dieu et l'homme sont donc, l'un à l'égard de l'autre, dans de certaines manières d'être qu'on appelle rapports.
Ces rapports sont des rapports de volonté à volonté, d'amour à amour, de /brce à /brce.
Ces rapports sont donc dérivés de la nature de l'être, volonté, amour, force infinies ou créatrices; et de l'être, volonté, amour, force finies ou créées.
Ces rapports sont donc nécessaires, c'est-à-dire qu'ils sont tels qu'ils ne pourraient être autres quils ne sont, sans choquer la nature des êtres.
Donc ces rapports sont des lois.
c< Les lois sont des rapports nécessaires qui dérivent de la » nature des êtres, » dit VEsprit des Lois.
« Les rapports naturels (synonyme de nécessaires) et les lois doivent tomber toujours de concert sur les mêmes points, » dit le Contrat social.
Montesquieu et J.-J. Rousseau s'accordent entre eux, je m'accorde avec eux, parce que nous nous accordons tous avec la vérité.
Il existe donc des lois entre Dieu et l'homme, des lois ou des rapports nécessaires dérivés de leur nature; rapports de volonté commune, d'amour réciproque, agissant par la force ou la puissance, pour la fin de leur production et de leur conservation mutuelles; production ou création de l'homme et sa conservation par la volonté, l'amour et la puissance de Dieu; production ou connaissance de Dieu et sa conservation, dans la volonté, l'amour et la force de l'homme. Je prie le lecteur de bien saisir cette distinction pour ne pas abuser de mes expressions.
Il y a donc société entre Dieu et l'homme; et s'il n'y avait pas de société d'intelligence entre Dieu et l'homme, l'homme ne pourrait pas penser à Dieu. C'est la société naturelle religieuse ou religion naturelle.
La société est donc la réunion des êtres semblables par des lois ou rapports nécessaires, réunion dont la fin est leur production et leur conservation mutuelles.
Il nest pas bon que Vhomme soit seul [Genèse) : c'est-à-dire, que la société est un rapport nécessaire dérivé de la naturç de l'homme, une loi; en sorte que la société est un être nécessaire, quoique l'homme lui-même soit un être contingent qui pouvait exister ou ne pas exister. Cette proposition nous conduira à la démonstration des vérités les plus importantes.
Puisque l'homme est volonté, amour et force comme Dieu ; comme Dieu, il veut produire, et comme Dieu, il veut produire par un motif à'amour de soi ou de son bonheur. S'il veut, il peut, car il est puissance ou force : donc il produit des êtres à son image et à sa ressemblance. Il les produit par amour de soi; donc Vamour de soi est, dans l'homme, le principe àe. production de l'homme; donc Vamour dirige la force productrice; donc Vamour de soi, agissant par la force, ou par les sens, est dans l'homme le pouvoir producteur de Vhomme.
Donc il existe entre l'homme et son semblable des lois ou rapports nécessaires dérivés de leur nature physique ou de leur sexe; des rapports de volonté commune, d'amour réciproque agissant par la force ou le corps pour la production d'êtres semblables à eux, ou par la reproduction de l'espèce humaine.
L'homme a produit des êtres égaux à lui; ils sont donc semblables à Dieu : l'homme voit qu'ils sont bons et aussi bons que lui; donc il doit les aimer comme il s'aime lui-même: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. S'il les aime, il veut les conserver; il peut les conserver, puisqu'il est puissance ou force : donc Varnour des autres hommes ou du prochain est dans l'homme la principe de conservation de l'homme; donc Vamour du prochain dirige une force conservatrice; donc Vamour du prochain, agissant par la force, est dans Vhomme le pouvoir conservateur des hommes.