‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 7 sur 300 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

L'homme a produit l'homme par amour de soi; il conserve les hommes par amour pour eux '.

Il existe donc entre l'homme et l'homme des lois ou des rapports nécessaires dérivés de leur nature physique ou morale, de volonté commune , d'a?/iowr réciproque, agissant par les sens ou par la force pour la fin de leur production et de leur conservation mutuelles.

Il y a donc soae7e entre l'homme et l'homme. C'est la société naturelle physique ou la famille.

Il est évident que la société naturelle est fondée sur ces trois rapports de volonté, d'amour et de force; car, si dans l'union de l'homme et de la femme, telle qu'elle existe au sein de la société civile, qui ne considère pas seulement l'homme nnirtial, mais l'homme intelligent, il y a erreur de personne, ou défaut de volonté, contrainte extérieure, ou défaut à'amour, impuissance physique, ou défaut de force, les lois prononcent la séparation, parce qu'il n'y a pas de société; c'est ce que l'on appelle des empêchements dirimants.

' L'amour est donc le principe de production et de conservation, le pouvoir producteur et conservateur des êtres intelligents et physiques, et des sociétés qu'ils forment entre eux. Remarquez que dans la seule société d'animaux qu'on ait observée avec attention et succès, dans la société des abeilles, le monarque est amour ou pouvoir producteur de la société, puisque la reine est mère de toute la ruche; et qu'elle en ciii pouvoir conservateur, puisqu'un essaim sans reine ne peut subsister. Remarquez encore que le principe de la fructiûcation des végétaux est fondé sur la difl'erence des sexes, et qui sait si le nouveau système de chimie ne conduira pas à quelque chose de semblable sur le principe de la composition des corps? La grande machine de l'univers n'aurait donc qu'un principe de mouvement, et le fabricateur suprême qu'un agent. La force du texte hébreu de la Genèse indique l'action de l'amour dans la création du monde. Ces paroles que nous traduisons ainsi : L'esprit de Dieu était porté sur les eaux, superferebatur, signilient dans l'hébreu incubabat, instar voîucris ova calore animantis; c'est-à-dire que « l'Esprit de Dieu, que le Saint- » Espiit (qui est amour) se reposait sur les eaux, comme pour les animer par " sa vertu et sa fécondité divines, et pour en produire loutes les créatures de » l'univers, comme un oiseau se repose sur ses œufs, et les anime peu à peu » j)arsa chaleur i>our en faire éclore ses petits.» (Saint Jérôme, cité dans la traduction de la Bible par Sacy.)

La société naturelle physique comprend tout ce qui sert à la subsistance de la famille, je veux dire les propriétés; car nul être vivant ne peut subsister sans propriété : on peut môme dire qu'il existe entre l'homme et les êtres matériels qui entrent dans la société naturelle, comme utiles à sa subsistance, des rapports nécessaires qui ont pour objets la reproduction et la conservation mutuelles. Car, si les fruits de la terre et les animaux domestiques aident à la reproduction et à la conservation de l'espèce humaine, en nourrissant l'homme physique et satisfaisant à ses besoins, l'homme à son tour les reproduit ei les conserve par ses soins et ses travaux.

Ainsi la propriété commence avec la société naturelle, et elle est antérieure à toute autre société.

Les sociétés naturelles religieuse et physique sont donc des réunions d'êtres semblables par des lois ou rapports nécessaires de volonté commune, d'amour réciproque agissant par la force pour la fin de leur production et de leur conservation mutuelles.

Donc la société religieuse et la société physique sont semblables, puisqu'il existe des rapports semblables entre les êtres qui les composent.

Donc la société religieuse et la société physique ont la même constitution, puisque la constitution d'une société est l'ensemble des lois ou rapports nécessaires qui existent entre les êtres dont elle est composée.

Qu'on ne s'effraye pas de ce rapprochement : l'union de la Divinité avec l'homme et avec la société est représentée dans la religion, sous l'emblème de l'union de l'époux avec son épouse; et Bossuet a dit avant moi : « Le droit que l'homme » a sur Dieu par la religion, est semblable au droit sacré qu'on » a l'un sur l'autre par le mariage. » [Ilist. des Variât.)

Diiîu et l'homme, les esprits et les corps, sont donc les êtres sociaux, éléments de toute société.

J'ai dit que l'homme conserve Dieu et conserve son semblable, parce que j'ai supposé l'homme bon et tel qu'il est sorti des mains de son créateur.

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