‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 61 sur 300 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

avait : « liberté civile, biens, femmes, enfants, temples et sé- » pultures nicmes. » [Esprit des lois.) Voyez les 4,000 Grecs, mutilés, qu'Alexandre trouva dans la Perse. C'est, pour le dire en passant, le principe de ces résistances furieuses, si fréquentes dans l'antiquité, et dont des écrivains sans jugement font honneur à l'amour de la patrie '.

La Grèce dut sa gloire à ses écrivains, et ses succès à son excellente éducation, parfaitement adaptée à ses lois politiques *. C'était la seule institution des Égyptiens qu'elle eût retenue ou perfectionnée. Mais ce n'est pas dans ses succès qu'il faut chercher le caractère d'un peuple, comme ce n'est pas dans ses poètes qu'il faut étudier sa constitution. C'est dans les revers qu'il faut juger une nation, comme on connaît un homme dans l'adversité; et c'est dans les revers que paraît la légèreté, la frivolité, la nullité des Grecs. Philippe est à leurs portes, et ils rendent une loi pour punir de mort celui qui proposerait de convertir aux usages de la guerre l'argent destiné pour les spectacles [Esprit des lois); Démosthènes ne peut les rendre attentifs que pajr des contes d'enfants. « Athènes

' Mallet du Pan a fait avant moi cette réflexion, dans les excellents tableaux politiques, et l'on pourrait dire prophétiques, de la Révolution française qu'il insérait au Mercure de France, dont il était un des rédacteurs.

^ La négljgenco des gouvernements sur cet objet important et le plus important de tous, est inconcevable, le signe le plus certain, comme la cause la plus prochaine de leur décadence. 11 y a dans tous les États un ministre pour chaque partie de l'administration, et un bureau pour chaque détail : l'cducation publique n'a pas même un surveillant; bientôt même il n'y aura plus d'éducation publique, et le soin moral et physique de la jeunesse sera abandonné à des laquais et à des femmes de chambre. Qu'on fasse attention que presque tous les coryphées de la Révolution française sont nés après l'époque où l'éducation en France a cessé d'être publique et uniforme. Ce sont moins les choses que les hommes, moins les gouvernements que les administrations, qui ont besoin de réforme. Or, si les gouvernements se réforment par les révolutions, les hommes se réforment par l'éducation; car, dans tous les temps, ils naissent les uiêmes et également disposés à ce qu'on veut faire d'eux : « Ce n'est pas, dit Montesquieu, la génération naissante qui dégénère : » vérité consolante, et qui doit tranquilliser les gouvernements sur les progrès des fausses doctrines et des opinions dangereuses.

» avait les mêmes forces, quand elle domina avec tant de » gloire, et quand elle servit avec tant de honte ;.... mais cette » ville, une fois vaincue à Chéronée, le fut pour toujours. » (Esprit des lois.) Ces hommes libres coûtèrent aux Romains bien moins à soumettre, que Sparlacus et ses esclaves.

Une fois soumis, ces Grecs qui avaient fait l'admiration ou la terreur de l'Orient deviennent le plus vil de tous les peuples; ils ne sont pas esclaves, et ils ont toute l'abjection de la servitude : leur fourberie, leur bassesse, leur goût pour la flatterie, passent en proverbe; et jusque dans nos langues modernes, la dénomination de Grec rappelle l'idée de tout ce qu'il y a de plus vil et de plus lâche à la fois. Les Romains les prodiguent sur leurs théâtres, et ne les appellent même que de pauvres Grecs, Grœculus. Je cherche dans ce peuple fameux les ruines imposantes d'une société malheureuse, et je n'y vois que les débris informes d'une association dissoute.

La Grèce devient une métropole de la religion chrétienne et de Tempire romain ; et la religion ne peut donner de la solidité à son esprit, ni l'empire de l'élévation à son caractère. « Le » petit esprit, dit Montesquieu, était parvenu à faire le carac- » tère de la nation. » Le Grec avilit la religion par ^es disputes, et il déshonore l'empire par ses perfidies et ses bassesses. Il s'occupait de ses théâtres en présence de Philippe; il s'occupe des cochers verts ou bleus du cirque en présence de Mahomet second ; enfin, docile esclave du Turc, et plus nombreux que ses oppresseurs, aucun effort généreux, même avec l'espoir d'un secours puissant et prochain, n'annonce un peuple impatient de ses chaînes. Les premiers Grecs avaient détruit l'unité à\i pouvoir politique, en abolissant la constitution monarchique; les Grecs modernes ont rompu l'unité religieuse, en divisant la religion chrétienne :seul peuple chrétien, asservi à des maîtres qui ne le soient pas, il porte la peine de son schisme, moins par la rigueur de l'oppression, que par la patience de la servitude.

Si je voulais parler à l'imagination, je comparerais l'Egypte

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