‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 63 sur 300 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

Rome commence : ses législateurs, instruits dans la sagesse de l'Egypte, et la philosophie de la Grèce, par les colonies grecques établies sur les côtes d'Italie, mêlent à la constitution de l'une les institutions de l'autre.

Rome a une religion publique, mais grave et sérieuse, autant que peut l'être la religion païenne; c'est le culte des Grecs, mais sous les mêmes noms, ce sont d'autres divinités. Romulus, dit Denys d'Alicarnasse, rejeta toutes ces fables absurdes, qui attribuaient aux dieux des actions criminelles ; les Romains dressèrent des autels à la chasteté, à la bonne foi,

' « Les Grecs se livrèrent à une joie stupide, et crurent être libres, parce que » les Romains les déclaraient tels. » [Grandeur des Romains.)

au dieu des conseils, etc. « Ces rites frivoles et superstitieux » en apparence, réunirent ces brigands en un corps indisso- » luble; (Rousseau, Gouv. de Pologne. ) et le Romain prit, de ses institutions religieuses, ce caractère de solidité et de gravité qu'on retrouve à toutes les époques de son histoire.

Rome eut des rois, d'abord électifs; bientôt ils seraient devenus héréditaires. Elle eut des distinctions héréditaires : le sacerdoce l'était dans quelques familles, comme celles des Pinariens et des Potitiens; et l'histoire relève la piété héroïque de Fabius Dorso, qui descendit du Capitole assiégé par les Gaulois, et traversa leur armée pour aller s'acquitter sur le mont Quirinal d'un sacrifice établi à perpétuité dans sa famille '.

La distinction héréditaire des sénateurs, ou le patriciat, n'était pas, comme en Egypte, la profession des armes. On essaya de remédier à ce défaut par l'établissement des chevaliers, distinction intermédiaire et équivoque. Ces chevaliers étaient militaires : ils furent juges; ils furent traitants; ils exercèrent les fonctions les plus opposées, et n'eurent jamais de place fixe dans le gouvernement, parce qu'ils n'en avaient aucune dans la nature des sociétés. Je reviens aux sénateurs.

L'ordre des sénateurs, ou le patriciat, au lieu de défendre la société, la gouvernait; c'est-à-dire qu'au lieu d êUc force publique, action et limite au pouvoir, il était poîuo/r lui-même, même du temps des rois. Il fallut donc placer ailleurs la force publique, l'action et la limite du pouvoir, et le peuple fut appelé à celte fonction délicate. « Romulus eut envie de » contenir le sénat par le peuple, et le peuple par le sénat. » Le peuple devenu force devenait nécessairement /ioutoir; car dès que le peuple est quelque chose dans la constitution, il y est tout. Ainsi les mêjnes mains qui fondaient l'empire y jetaient une semence do destruction et de mort : ainsi des germes funestes, opprobres et fléau de l'humanité, se mêlent aux principes de la vie et eu infectent les sources. ■ Tilc-Live, I. v. cb. 40.

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