‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 69 sur 300 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

dieux prolccleurs de l'Empire, garants de son immortelle durée, vengeurs des serments méprisés, qui prévinrent tant de séditions et apaisèrent tant de révoltes; cette Rome, fondée sous les meilleurs auspices, ce Romulus, leur roi et leur dieu, ce Capitole éternel comme la ville, et la ville éternelle comme son fondateur [Grandeur des Romains); ces pensées pleines d'immortalité, ce mélange inexprimable de pensées profondes et de sentiments exaltés, qui font les grands hommes et les peuples immortels, donnèrent aux Romains un caractère fortement prononcé de gravité, de fierté, de confiance en eux-mêmes et en la protection des dieux, qui imposa aux autres peuples, autant que leurs succès, et commanda à l'univers, pour tout ce qui était Romain, un respect que le temps n'a pu détruire. Les Romains ne sont plus; les débris de toutes les hordes qui envahirent l'empire d'Occident, mêlés et confondus, ont remplacé, dans l'heureuse Italie, ces maîtres du monde; mais leurs lois, leur langue, leurs usages, leurs colonies, leurs monuments, ont survécu à leur destruction; tout ce qui étonne notre imagination, dans le beau moral comme dans le physique, nous n'osons nous l'approprier, et nous l'attribuons aux Romains *. Tout l'univers est plein de Rome : l'empire romain ne peut périr; le plus grand homme des temps modernes, Charlemagne, digne héritier d'Auguste et de Trajan, décore du titre imposant d'empire romain le frontispice du majestueux édifice qu'il élève; et Rome elle-même, destinée à l'éternité de l'empire, devient le centre d'un empire dans l'éternité.

Ainsi, lorsqu'il ne reste plus que des souvenirs confus de l'existence des premiers empires de l'Asie, ou de frivoles productions de l'esprit des Grecs, l'observateur retrouve encore, au milieu des ruines accumulées par le temps et les passions, des monuments impérissables du génie et de la puissance des Égyptiens et des Romains; parce que le premier de ces peuples

• On dit probité romaine, beauté romaine, ouvrage des Romains, etc.

fonda son existence politique sur les lois immuables qui dérivent de la nature de l'homme, et que le second, écarté de cette rx)nstitulion fondamentale par la forme particulière de son gouvernement, trouvait, dans les principes de sa législation politique, la faculté d'y revenir lorsque l'intérêt de la société l'exigeait, et qu'en attaquant et subjuguant l'univers avec les passions des sociétés non constituées, il défendit et conserva ses conquêtes, avec toute la force de la constitution.

Je me hâte de passer aux temps modernes. *

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