‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 70 sur 300 · PEUPLES GERMAINS · texte numérisé non relu

PEUPLES GERMAINS

Nous avons vu en Egypte le pouvoir constitué, c est-à-dire le pouvoir général de la société, placé entre les mains d'un monarque, dirigé et limité par les lois fondamentales, ou autrement, le gouvernement monarchique;

En Asie, !e pouvoir particulier d'un seul, sans lois fondamentales qui le limitent et le dirigent, ou le gouvernement despotique;

En Grèce, le pouvoir entre les mains de plusieurs, ou de tous, sans direction et sans limites fixes et déterminées, ou le gouvernement républicain aristocratique, ou démocratique;

A Rome dans les premiers temps, les formes de gouvernement monarchique, aristocratique et démocratique existant à la fois et limitées l'une par l'autre; ensuite l'aristocratie et la démocratie seules, et se servant l'une à l'autre de contrepoids et de limite, jusqu'au moment où l'équilibre, en se rompant, donne naissance au gouvernement despotique ou militaire, dans lequel le pouvoir d'un seul n'est plus limité que par la force de tous.

Ce sont là toutes les formes possibles de gouvernement; et si nous apercevons dans les sociétés modernes des combinaisons

différentes, nous ne trouverons pas de nouveaux éléments : car le pouvoir ne peut être que général ou particulier; il ne peut être que \e pouvoir de la société ou celui de Thomme.

« L'empire d'Occident n'en pouvait plus, dit Bossuet : » les bases de ce monstrueux édifice, posées sur des ruines, chancelaient de toutes parts. Depuis que la force militaire donnait des maîtres à l'univers, la loi ne pouvait plus garantir l'hérédité de la succession : si des honneurs précaires et dangereux distinguaient encore quelques courtisans, les familles patriciennes avaient péri. Mais ce qui ébranlait l'Empire jusque dans ses fondements, et en rendait la destruction inévitable, était la chute progressive du culte national, de ces autels antiques du paganisme, dont une ombre de sénat, qui siégeait à Rome, s'efforçait en vain d'étayer les ruines.

L'univers touchait à une révolution; car il ne faut pas se dissimuler que, si les sociétés partielles ont à craindre des révolutions politiques, la réunion des sociétés, ou l'univers, a à redouter des révolutions d'un autre genre.

Cet empire étonnant, qui dans tous les événements de sa vie politique avait offert des leçons aux gouvernements à venir, devait leur apprendre par sa chute le danger des grandes conquêtes, et la folie d'une monarchie universelle.

Les peuples du Nord, après avoir longtemps menacé et souvent désolé ses frontières, débordèrent enfin de tous côlés et envahirent cet empire qui avait envahi l'univers.

Les premiers passèrent comme un torrent, et ne firent que des conquêtes ; leurs successeurs, plus heureux et plus sages, firent des établissements^

D'où venaient ces peuples, et quelles étaient leurs institutions et leurs mœurs?

J'essaierai ailleurs de répondre à la première question : Tacite satisfera à l'autre.

Cet auteur célèbre, « qui abrégeait tout [Esprit des lois], parce qu'il voyait tout, » dans son excellent ouvrage sur les mœurs des Germains, nous donne sur les institutions poli-

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