‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 72 sur 300 · LES GAULOIS · texte numérisé non relu

LES GAULOIS

Chez le Gaulois, limitrophe du Germain, et bien plus policé, la loi fondamentale du pouvoir unique avait été méconnue, les distinctions sociales permanentes étaient devenues pouvoir; mais en devenant, malgré la nature de la société, plus qu'elles ne devaient être, elles avaient retenu leur objet primitif; elles avaient même, bien mieux que chez le Germain, adapté leurs fonctions naturelles et primitives aux vues de la nature, c'est-à-dire aux besoins de la société.

Le conquérant des Gaules, César lui-même, a tracé dans ses Commentaires, avec la rapidité et l'exactitude qui le caractérisent, les mœurs et les institutions des Gaulois, et, à plus d'un égard, on pourrait dire des Français.

Les Gaulois avaient eu des rois, et c'était sous leur conduite qu'ils avaient fait en Italie, en Grèce, et jusque dans l'Asie mineure, ces émigrations si célèbres dans l'histoire ancienne; mais ainsi qu'à Rome, et peut-être par les mêmes causes, la royauté avait péri dans les Gaules, et s'était changée dans les divers cantons de ce vaste pays en une aristocratie de deux professions distinguées.

Ces républiques plus ou moins étendues s'étaient extrêmement multipliées dans les Gaules, qui s'étendaient alors depuis les Alpes et les Pyrénées jusqu'au Rhin *.

'Si le Rhin est la borne naturelle de la France, dès que, de gré ou de force, la France s'est ren fer a^ce dans des limites plus étroites, en fortifiant plusieurs lignes de places, ce serait une fausse politique à quelque puissance; étrangère, en cas de succès, de l'obliger à les démolir ; ce serait rendre la France à sa ten-

Elles étaient aussi turbulentes, aussi agitées qu'elles l'avaient été dans la Grèce, qu elles l'étaient à Rome. A l'arrivée de César, la Gaule entière était divisée en deux grandes factions, à la tète desquelles étaient lesEduens et les Sequaniens, peuples de la Bourgogne et de la Franche-Comté. Chacun de ces peuples avait ses alliés, soit dans la Gaule, soit chez lélranger. Cet esprit de division avait gagné partout. « Le peuple, dit » César [De Bell. Gall. 1. vi), créait des partis pour se donner » des protecteurs; » ne quis ex plèbe contra pokntiorem auxilii egeret. Il y avait deux factions dans chaque cité et jusque dans chaque famille ; etiam in singulis domibus factiones sunt; et l'on se doute bien que l'habile César fonda sur ces divisions ce système de conquête, qui, dans dix ans, donna une province au peuple Romain, et un maître à sa république.

Si l'institution royale avait péri dans les Gaules, les professions sacerdotale et militaire s'y étaient développées, et elles y formaient deux ordres très-marqués : le premier était celui des prêtres ou Druides; le second celui des nobles ou chevaliers, équités. Leurs fonctions étaient exactement déterminées; les Druides avaient le ministère des choses divines, le soin de l'instruction et de l'éducation publique : illi rébus divinis intersunt, religiones interpretantur; ad hos magnus adokscentium numerus, disciplinœ causa concurrit. En général, ces Druides avaient sur plus d'un objet des ressemblances frappantes avec les prêtres Égyptiens. La profession des nobles ou chevaliers était les armes; équités omnes in bello versantur; leur considération, comme leur force, consistait à mener avec eux à la guerre beaucoup de vassaux ou de clients : Plurimos circum se ambactos clientesque habent, hanc unam gratiam potcntiamque noverunt. Je laisse au lecteur à fiiire des rapprochements entre ces institutions et celles qui existaient en France, et je reviens aux Germains.

(Jance naturelle; cl, sous ce rapport, les places fortes de la France garantissaient de la conquête les pays voisins, comme la France elle-même de l'invasion.

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