‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 73 sur 300 · MOEURS, RELIGION DES GERMAINS · texte numérisé non relu

MOEURS, RELIGION DES GERMAINS

Les sociétés Germaines nous ont donc offert l'empreinte et les traits principaux de la constitution naturelle des sociétés politiques dont nous avons trouvé chez les Égyptiens le type et le modèle. L'identité des lois fondamentales de leur existence sociale, n'est pas un système que l'art ait élevé sur des conjectures, et soutenu par des vraisemblances; elle est prouvée par l'identité de leurs mœurs. On en retrouve quelque chose dans leur religion; et la tradition même, seul monument historique pour des temps si éloignés, conserve le souvenir de quelque communication entre ces peuples. Une partie des Germains, dit Tacite, sacrifie à Isis (on sait que c'était la déesse des Égyptiens), et le vaisseau, emblème sous lequel elle est adorée, indique que le culte de cette déesse a été porté en Germanie par des navigateurs; docet advectam religionem. Je passe à des preuves plus décisives.

La fin de toute société est la conservation des êtres qui la composent.

La volonté générale de la société qui veut parvenir à sa fin, s'exerce par le pouvoir général, et le pouvoir général, par la force publique ou générale.

La î^o/o/i^e générale se manifeste, et \e pouvoir général agit par des lois qui doivent être l'expression de la volonté générale.

Les lois sont écrites ou non écrites. Les premières s'appellent particulièrement lois; les secondes, coutumes, mœurs, habitudes. Les coutumes sont les habitudes d'une nation : les

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habitudes sont les coutumes de l'individu : les mœurs sont ou des coutumes ou des habitudes, selon qu'il s'agit d'une nation ou d'un individu.

Une société constituée est celle qui parvient à sa fin, une société non constituée est celle qui ne parvient pas à sa tin.

Donc les lois et les mœurs seront plus parfaites à mesure qu'une société sera plus constituée.

Donc les lois et les mœurs seront moins parfaites à mesure que la société sera moins constituée.

Je n'ai pas besoin de dire que la perfection ou l'imperfection d'une loi écrite ou non écrite, consiste à être ou à n'être pas un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres qui composent la société.

L'homme, considéré en société naturelle, ou l'homme de la famille, a des habitudes : ce sont ses mœurs ou les mœurs privées ou domestiques.

L'homme, considéré en société politique, ou l'homme social, a des habitudes : ce sont ses mœurs ou les mœurs publiques ou sociales.

Dans la société politique non constituée, qui n'est pas une véritable société politique, il n')^ a point d'hommes sociaux, il n'y a point de mœurs publiques ou sociales; et parce qu'il n'y a que des mœurs privées, la société non constituée périt par la corruption des mœurs privées.

Dans la société politique constituée, qui est la véritable société politique, il y a des hommes sociaux, il y a des mœurs publiques ou sociales; aussi la société constituée ne peut éprouver de révolution, que par la dépravation des mœurs publiques.

Dans une société non constituée, dans laquelle les lois sont non nécessaires ou contraires à la nature des êtres, les mœurs privées peuvent être bonnes, ou conformes à la nature des êtres.

Dans une société constituée, les mœurs privées peuvent être mauvaises, et les mœurs publiques être bonnes

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