‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 76 sur 300 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

la religion païenne, alors la loi du divorce produisit l'effet qu'elle doit produire dans toute société qui n'est pas contenue par l'exemple dune autre société. Il devint une véritable polygamie : la licence opprima la femme libre, comme la femme esclave; le désordre et le mépris pour celte partie intéressante de l'humanité furent poussés à un excès, dont nous ne pourrions nous former une idée, si les auteurs satiriques du temps n'avaient pris soin de nous en laisser une peinture trop fidèle.

Voilà les mœurs des républiques policées : voici celles des monarchies barbares.

La coutume chez les Germains attribuait aux femmes de -grandes prérogatives : et voyez l'attention de la nature, qui inspire des sentiments aux nations ou aux hommes auxquels elle ne peut encore donner des connaissances. L'opinion de ces peuples simples allait jusqu'à attribuer aux femmes quelque chose de divin et de prophétique, inesse quin etiam feminis sanctum aliquid et providum piita'nt. Les mœurs proscrivaient le divorce et la polygamie. « Plus heureuses et plus sages, dit » Tacite, sont les nations Germaines, chez lesquelles il n'est » permis aux jeunes filles de ne céder qu'une fois seulement » au vœu de la nature. L'époux auquel elles s'engagent est » leur corps, leur âme, leur existence même : toute pensée » secrète, tout désir prolongé, tout espoir étendu dans l'a- » venir sont interdits : c'est leur mari, et non le mariage, » qu'elles doivent aimer. »

Je ne citerai pas le texte. Tout ce que dit Tacite des cérémonies du mariage chez les Germains, de l'union intime des époux, de la courageuse fidélité des femmes, de l'éducation mâle et sévère des enfants, est d'un sublime de pensée, de sentiment et d'expression, que je pourrais paraphraser, mais que je désespère de traduire.

Nous avons vu en Egypte les maris soumis à leurs femmes par la force de la religion et des mœurs; chez les Germains, les femmes regardées comme des êtres au-dessus de l'huma-

nilé par la force de l'opinion; nous retrouverons dans nos monarchies modernes la même opinion et les mêmes mœurs : et c'est la preuve la plus forte de l'identité des principes constitutifs des sociétés Egyptienne, Germaine, et des sociétés monarchiques modernes.

La faiblesse de la condition ou celle de l'esclave n'était pas plus protégée chez les Grecs et les Romains, ni plus opprimée chez l'Égyptien et le Germain que la faiblesse de l'âge ou celle du sexe.

Les Egyptiens n'eurent des esclaves que lorsque leur constitution se fut altérée : encore les Hébreux n'étaient-ils esclaves que de l'Etat; et si la servitude est plus dure, elle est moins avilissante. Tant que la constitution fut en vigueur, l'État ne pouvait avoir d'esclaves, puisqu'il n'avait jamais la guerre; ni le particulier, car à quoi les aurait-il employés, puisque l'agriculture était chez l'Égyptien l'occupation la plus honorable?

En Grèce, les esclaves étaient de véritables betes de somme; les Lacédémoniens étaient nourris par les Ilotes, les Cretois par les Porieciens, les Thessalicns par les Pénestes. L'outrage de l'esclavage personnel était ajouté à la dureté de l'esclavage réel. (( Us étaient soumis à tous les travaux hors de la maison, » et à toutes sortes d'insultes dans la maison. Ils ne pouvaient » avoir aucune justice ni contre les insultes, ni contre les in- » jures. L'excès de leur malheur était tel, qu'ils n'étaient pas » seulement esclaves d'un citoyen, mais encore du public; ils )) appartenaient à tous et à un seul. » (Esprit des lois.) 3Iais ce n'était rien encore au prix de la loi épouvantable du Cryplia ou de l'Embuscade, qui, regardant le malheureux Ilote comme un ennemi domestique, faisait de l'assassinat de l'esclave un exercice pour le jeune citoyen, et opprimait ainsi jusqu'à la servitude même.

Tant que les principes monarchiques se conservèrent à Rome sous des formes aristocratiques, les mœurs Romaines furent bonnes et resclave fut heureux. (( Les premiers Ro-

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