M. SUBTIL, MADAME MADRÉ
M. SUBTIL
Ah 1 je vous rencontre à propos, ma commère Madré ; j'allais vous voir.
MADAME MADEÉ.
Par quel hasard, monsieur Subtil?
M. SUIiTH,, mysK'rieiiscnieiit.-
Je viens vous dire que j'ai dessein de me remarier.
MADAME MADRÉ
De vous remarier ! c'est fort bien fait. J'ai envie aussi dénie remarier, moi.
M. SUBTIL
Ah ! ah ! je suis charmé de cette conformité. Cela m'encourage à vous faire la demande...
MADAME MADRÉ
Vous voulez m' épouser? Je vous devine.
M. SIIBTll,.
Pas tout à fait.
Comment l'entendez-vous donc ?
M. SUBTIL
C'est votre fille que je demande en mariage.
M.\DAME MADRÉ, étonnée.
Ma fille! ma fille Nicette?
M. SUBTIL
Oui, Nicette, votre fille.
MADAME MADRÉ
Vous badinez !
M. SUBTIL
Nenni, ma foi.
Am : Des Feuillantinrs.
Je voiix être son époux.
MADAME MADRÉ
Entre nous, Compère, qu'en feiicz-vors?
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT. 3?i
M. SUBTIL
Belle demande, madame !
J'en ferais... Parbleu! j'en ferais m i femme *.
MADAME MADRÉ
Air . Je ne vous ai vu ([u'un seul iiolit nioment. Elle votre femme !
H. SUBTIL
Oui, vraiment.
Héhs' C'est une chose qui ne se peut pas.
M. SUBTIL
Air : Si la jeune Iris a pour moi du ivrépris.
Expliquez-vous mieux ; Je ne suis pas si vieux. , MADAME MADRÉ.
Qu'importe?
M. SUBTIL
Mon amour vous exhorte A me rendre content.
MADAME MADRÉ
Nicette est une enfant.
M. SUBTIL, Qu'importe?
J'en suis enchanté.
Am : Tes beaux yeux, ma Nicole.
Sa taille est ravissante, Et l'on peut déjà voir
* Au temps de Favart, les couplets de vaudeville étaient plus naïfs que spirituels; les auteurs s'étudiaient à rendre leurs idées d'une manière naturelle, sans chercher à les contourner péniblement pour amener une pointe. C'était dans les choses, et non dans les mots que le comique prenait naissance ; souvent même l'air sur lequel le couplet était chanté tenait lieu d'épigramme.
Une gorge naissante
Repousser le mouchoir :
Elle a, par excellence,
Un teint... des yeux... Elle a...
Elle a son innocence
Qui surpasse cela,
MADAME MADRÉ
Mais ignorez-voiLS que Nicette est. la simplicité môme?
M. SUBTIL
Tant mieux, morbleu !
MADAME MADRÉ
Vous auriez là une jolie statue !
Ani : Que je suis à plaindre en cette débauche !
Macliinalement elle coud, fricote, Et jamais né lâche un mot.
M. SUBTIL
Bon : tant mieux, tant mieux.
MADAME MADRÉ
Mais elle est si sotte!...
M. RUBTIL.
Je risquerai moins d'être sot.
MADAME MADRÉ
Comment ! un homme d'esprit comme vous, procureur et notaire royal qui pis est, épouser une Agnès !
M. SUBTIL
C'est pour la rareté du fait.
MADAME MADRÉ
Vous voulez vous distinguer.
M. SUBTIL
Ma défunte n'avait que trop d'esprit, de par tous les (]ial)les!
MADAME MADRÉ
C'est singulier, que vous autres gens de pratique, rusés
et malins de votre naturel, vous trouviais toujours des fem-nios plus rusées et maleignes que vou4..
H. SOBTIL.
C'est pour éviter ce malheur que je veux épouser Nicette. L'heureuse simplicité î
UADAHE MADBÉ.
Oui ! hom ! Je ne sais où j'ai pêche cette bestiole.
M. SUBTIL
Air : J'offre ici mon savoir-faire.
Que diriez-vous donc, ma chère, Que diriez-vous d'Alain mon tils ?
MADAME MADRÉ
Moi, je dis qu'Alain vaut son prix.
M. SUBTIL
Esl-il un plus sot caractère? -
MADAME MADRÉ
Moi, je dis qu'Alain vaut son prix.
M. SUBTIL
De moi ce nigaud ne lient guère,
MADAME MADRÉ
Air : Je voudrais bien me marier.
De vous il tient peu, je le croi :
Ainsi disait sa mère. .
M. SUBTIL
Je ne sais qu'en faire, ma foi.
MADAME MADRÉ
Si vous vouliez compère, Je saurais bien qu'en faire, moi.
Je saurais bien qu'en faire.
Tenez, monsieur le tabellion, ce garçon-là ne vaut rien pour votre étude. Pardi! mettons-le au labour; il y a un moyen de s'accommoder : troc pour troc; je vous donne Nicette, vous me donnoiez Alain.
M. SUBTIL
Quoi ! vous voiulrioz être la femme de ce benêt-là?
MADAME MADRK.
Ciiacun a ses petites raisons, mon compère : nous ne man(pions pas d'esprit, vous et moi.
Ain : C'est fort bien fait <i vous.
Craignez-vous l'artifice Fatal à maint époux :
Prenez une novice ; C'est fort bien fait à vous :
Mais, moi, que je choisisse, Pour engager ma foi, Un garçon sans malice.
C'est fort bien fait à moi.
Allons, déterminez-vous.
M. SUBTIL
Parbleu ! Nicette mérite bien que je vous accorde Alain : touchez là.
C'est marché fait.
M. SUBTIL
J'irai tantôt chez vous dresser les articles des contrats.
MADAME MADRÉ
Et nous ferons nos noces à l'abri de celles de ma nièce, f[ui ('pouse aujourd'hui l'Éveillé, comme vous le savez.
M. SUBTIL
C'est bien dit. J'aperçois Nicette; laissez-moi la pressentir un peu sur cette affaire.
MADAME MADRÉ, à part.
J'ai peur qu'il ne se repente...