‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 68 sur 88 · LES Â-PROPOS · texte numérisé non relu

LES Â-PROPOS

Les d-propos sont aussi rares que les mal-à-propos sont fréquenls; le choix des sociétés, les liaisons d'amitié, les moyens d'éviter l'ennui, les parties de plaisir, les projets de fortune où de bonheur, la fureur de l'esprit, les discours que l'on tient, les choses que l'on fait, sont des mal-à^propos. Les mariages sont les premiers de tous; et l'amour, qui est quelquefois un àpropos si joli, est presque toujours le contraire, par la façon dont on le mène.

Je ne connais que les gens bornés qui savent saisir les à-propos. Dans cent personnes qui s'élèvent, il y en a quatre-vingts de médiocres. Je ne finirais point si je voulais rapporter tous les-mal-à-propos du monde; je me contenterai d'en donner un extrait par l'histoire qui suit.

Mademoiselle de Vierville était une héritière de Normandie. On l'éleva dans un couvent de Rouen; on ne contraria point ses volontés, on ne rompit point son humeur ; son caractère prit tel pli que la nature voulut lui donner, et la nature les donne souvent mauvais. Les religieuses auraient craint de manquer d'égard pour sa naissance si elles lui

avaient fait la moindre représentation. Cette crainte était aussi fondée que si Ton s'abstenait, par respect, de ratisser la grande allée des Tuileries , parce que c'est un jardin royal.

Mademoiselle de Vierville était très-sensée ; mais, grâce à son éducation, elle devint la plus impertinente de toutes les créatures ; elle le savait elle-même et ne put pas s'en corriger. On la maria avec M. de Sermanville, président du parlement de... C'était un homme qui, de sa vie, n'avait dit ni fait rien à propos. Il n'avait de l'esprit qu'un quart d'heure après qu'il aurait dû en avoir. Il était né railleur, et c'était toujours tant pis pour lui; il savait attaquer et ne savait pas parer; il portait une épée, et jamais de bouclier; essuyait-il une repartie sanglante, il demeurait muet ; mais, un quart d'heure après que la conversation était changée, il l'interrompait pour dire : Monsieur, voici ce que j'aurais dû vous répliquer. Tel qu'il était, il épousa mademoiselle de Yierville ; mais, trois mois après son mariage, il lui dit : Madame, je n'aurais pas dû vous épouser.

Elle était tendre et vive ; il était froid et jaloux : voilà une belle sympathie. Il la renferma avec soin. Elle n'eut point d'enfants ; il consulta des médecins, (jui assurèrent que la vie sédentaire de madame la présidente nuisait à la postérité ; il lui laissa voir tous ses amis : elle eut une filh^ et un garçon.

Monsieur de Sermanville fut obligé d'aller passer une année entière en Bretagne, pour remettre en ordre des terres dont les maisons étaient inhabitables. Madame de Sermanville resta à Rouen. Le président revint sur les ailes de l'amour ; il la mena dans le monde. La dissipation lui réussit si bien, que, cinq mois après, elle accoucha d'un beau gros garçon. Je crois qu'on peut accoucher plus à propos.

C'était une belle occasion de se fâcher; M. de Sermanville la laissa échapper. Il ne dit rien à sa femme, mais, en récompense, il lui fit, le soir, une sortie, pour avoir cassé une tasse de Saxe : il n'avait pas si grand tort. Une femme a beau être fragile, elle reste toujours à son mari ; il n'en est pas de môme d'un vase de porcelaine. Madame de Sermanville se régla là-dessus, et prit dans la suite bien plus garde à ses tasses qu'à sa conduite.

Ses deux fils devinrent en âge d'être dans le monde, et sa fille d'être mariée. M. le président essaya, à cette occasion, de raisonner avec madame la présidente : elle lui coupa la parole, et fit bien. « Monsieur, lui dit-elle, je n'ai aucunes vues sur l'état que doivent embrasser mes enfants ; je m'en rapporte à eux pour s'examiner et se juger. Ils iront à Paris; s'ils sont dignes de s'y faire des amis, ils seront bien conduits, je n'en serai pas inquiète : ils ne le mériteraient pas. A l'égard de ma fille, elle a quinze ans; je ne l'ai pas mise au couvent, on l'aurait élevée comme moi; je ne la garderai point dans ma maison, elle s'y ennuierait : l'ennui dessèche le cœur ; la contrainte qu'inspire la présence d'une mère, l'habitude de la voir, nuisent aux sentiments qu'on lui doit. Il faut que des enfants apprennent à désirer leurs parents, et qu'ils envisagent comme une récompense, plutôt que comme un devoir, l'obligation de les rejoindre.

— En vérité, madame la présidente, dit M. le président, savez-vous que, pour être ma femme, vous raisonnez fort bien'' Mes garçons étant à Paris apprendront à parler français, et ma fille à l'entendre ; et, voyez-vous, tenez, cela me fait plaisir : je regarde cette affaire-là comme l'essentiel; c'est à quoi je me suis attaché. Croyez-vous ([ueje me soucie qu'ils fassent fortune 1 on ne pourra pas du moins leur ôter leur noblesse; j'ai tous les titres dans mon

armoire du côté du corridor; je les ai encore lus la veille de Noël ; il y en avait un très-important qui me manquait, mais je Tai trouvé avant-hier. Ainsi, vous voyez, madame, que vous faites bien d'envoyer vos enfants à Paris. L'aîné a de l'esprit, c'est un garçon capable de faire un grand chemin ; pour ce qui est du cadet, il ne sait pas trop son pain manc/er. Je crois cependant qu'il saurait occuper un poste comme un autre, s'il avait un bon seciétaire. Je ne dis rien de notre fille, c'est une dégourdir : mais, laissez faire, dans ce pays-là elle trouvera à qui parler. Tenez, madame la présidente, vous prenez un bon parti, et, en vérité, vous vous conduisez comme ma femme. — Et vous, monsieur, réphqua-telle, vous parlez comme mon mari. Tout cela est à sa place. »

Trois jours après elle mena elle-même ses enfants à Paris. Elle y choisit un logement pour ses deux garçons, et confia sa fille à madame de Nisey. C'était une femme de ses amies, dont elle était sûre. Elle fit quelque séjour chez elle, mais elle s'y trouva déplacée, et tous ceux qui la virent en pensèrent de même. Paris est fait pour ceux qui y vivent ; il commence par étonner, et finit par ennuyer ceux qui y passent.

Madame de Sermanville, accoutumée dans sa province à recevoir les respects de la petite noblesse et les soupers des conseillers, fut humiliée de se voir réduite à de simples égards. Elle se trouva confondue avec les autres, et fut forc('e d'être polie comme une femme de qualité qui n'est pas en habit de cour. Elle retourna dans ses terres, où elle trouva M. le président, qui avait tout fait mal à propos.

Mademoiselle de Sermanville gagna d'abord l'amitié de madame de Misey. C'était une femme jeune, jolie et sensée, sans être coquette; elle avait envie de plaire, elle fai-

sait ramusement do ses sociétés, et ne faisait le bonheur de personne. Son fils était borné ; mais, sentant son peu d'esprit, il était du moins circonspect, attentif et modeste. Les deux Sermanville, en venant voir leur sœur, firent connaissance avec la mère et le fils. Le marquis de Sermanville résolut d'avoir madame de Nisey, sans en être amoureux ; le chevalier en devint éperdu sans le savoir, et fut tout entrepris dès qu'il s'en aperçut. Le marquis dit un jour au fils : « Monsieur de Nisey, je suis tenté d'avoir votre mère. — Monsieur, lui répondit-il, vous lui ferez bien de l'honneur. » Le manpiis fit un grand éclat de rire ets'en alla. Le jeune Nisey alla trouver le chevalier dé Sermanville : « Yotrt! frère, lui dit-il, veut avoir ma mère; qu'est-ce que cela veut dire? — Je n'en sais rien, » répliqua le chevalier. Madame de Nisey survint avec mademoiselle de Sermanville. « Âh ! ma mère, s'écria son fils, le chevalier et moi sommes dans un grand embarras ; son frèie prétend vous a\oir, et nous ne sa\ons pas ce que cela signifie. — Vous êtes un nigaud, repartit-elle : allez-vousen. » Nisey obéit. Le chevalier, qui s'était appliqué la moitié du compliment, le suivit, en jetant sur madame de Nisey des regards où la passion et le respect étaient écrits. Madame de Nisey en fut émue : le trouble du chevalier el son silence étaient un à-pro[)os.

Mademoiselle de Sermanville ne se vit pas plutôt seule avec son amie qu'elle lui fit cette question : «Madame, osera is-je vous demander ce que c'est que d'avoir quelqu'un t » Madame de Nisey balbutia quelques paroles mal articulées. « Je ne vous entends point, dit mademoiselle de Sermanville. Je veux absolument savoir ce que mon frère prétend quand il dit qu'il veut vous avoir. — 11 entend, reprit madame de Nisey, il entend... qu'il voudrait m'épouser. — Oh! vraiment oui, repartit mademoiselle de Sermanville; je

suis bien bête de n avoir pas compris cela d'abord.» Le mar- «juis entra ; sa sœur lui cria du plus loin qu'elle l'aperçut : « Mon fj-ère, je veux absolument que vous ayez madame de Nisey; oui, vous l'aurez, je vous le promets. — Je vous rends grâce, ma sœur, dit le marquis d'un ton fat ; vous êtes bien obligeante, et vous commencez à l'être de fort bonne beure : madame de Nisey y aura égard, je pense. Madame de Riqueville se jette à ma tête ; il ne tient qu'à moi de l'avoir ; mais les avantages et les inconvénients bien pesés, bien examinés, madame de Nisey me convient mieux. Cette madame de Riqueville a un mari, et c'est toujours un mal-à-propos pour une femme. — Me voilà retombée dans la perplexité, reprit mademoiselle de Sermanville. Madame, vous prétendez que d'avoir queb[u'un c'est l'épouser ; madame de Riqueville est mariée, et mon frère assXire qu'il ne tient qu'à lui de l'avoir; comment cela se peut-il faire? — Eh! mais, mais, interrompit le marquis, qu'est-ce que c'est donc que toutes ces dissertations-là ? — Monsieur, lui re^xirtit madame de Nisey, c'est que vous ne dites et ne faites rien à propos-; et vous m'obligerez de ne plus revenir ici.» Le marquis, sans être déconcerté , sortit en ricanant, en répétant : « Je l'aurai, ma sœur ; fiez-vous-en à moi. je l'aurai. » Madame de Nisey, pour esquiver les questions, se retira dans son appartement. Mademoiselle de Sermanville prit le même parti : l'une rêva à ce qu'elle savait; l'autre tenta de deviner ce qu'elle ignorait.

Le marquis fit part au chevalier de son exclusion. Le chevalier, pénétré de chagrin, crut qu'il était enveloppé dans la même disgrâce, et n'eut rien de plus pressé que d'écrire cette lettre à madame de Nisey : « Mon frère vient de me « faire part, madame, de son imprudence ; je vous prie (( d'être persuadée que je n'y entre pour rien. Ne me pri-

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« vez pas de Thonneur de vous faire ma cour : je \ous (f donne ma parole de ne jamais vous avoir. »

« Oh ! pour cela, s'écria-t-elle, voilà deux frères insoutenables; Tun est trop fat, l'autre est trop sot:» Elle lui défendit sa maison comme à son aîné. Cette conduite dut leur prouver que les contraires ne sont pas toujours des àpropos.

Le marquis et le chevalier résolurent d'aller à la cour. Le marquis ne cessait pas de parler ; le chevalier, timide, gauche, emprunté, ne savait que dire. L'un parut bavard, l'autre passa pour un homme fin. A la cour, on soupçonne des vues à tout, et quelquefois l'imbécillité y passe pour adresse.

Le silence est le grand à-propos de ce pays-là.

Madame de Yenal, une de ces femmes qui sont à l'affût des jeunes gens qui débutent, jugea que le chevalier était un à-propos pour elle. Elle l'engagea à la venir voir. Le chevalier s'y rendit : la conversation était intéressante ; les à-propos se liaient ensemble fort naturellement, lorsqu'on annonça le marquis. « Oh ! monsieur, s'écria madame de Vénal, vous venezii contre-temps. » Le marquis en rit, et le chevalier se retira. Le marquis ne parla que par épigrammes; ce n'était pas là l'à-propos favori de madame de Vénal ; il lui parut insupportable : un homme qui n'a (}ue de l'esprit n'est pas fait pour doubler un homme qui n'a que du sentiment. Le marquis s'en alla, mais il revint le lendemain : il crut qu'il n'avait pas réussi par manque de témérité; il fut entreprenant, sans que cela fût amené. Madame de Vénal s'en offensa ; son amour-propre lui donnait quelquefois des moments de vertu. Le chevalier arriva. (( Chevalier, lui dit-elle, vous venez bien à propos. » Le marquis sortit humilié. Madame de Vénal crut qu'il était à propos de ramener la conversation du jour précédent ;

l't l'on prétend qu'elle trouva beaucoup de bon sens au «•hevalier.

Le marquis devint ambitieux : il alla chez les gens en place ; il y lit un trop grand étalage de ce qu'il savait : il avait des connaissances; mais il lui manquait la plus essentielle de toutes : c'était de cacher la moitié de son esprit. On ne plaît à ceux dont on a besoin (ju'en se tenant toujours en deçà de ce qu'ils sont. La modestie est l'adresse la plus sûre pour faire son chemin ; le chevalier en lit l'épreuve : bien inférieur à son frère pour les lumières et le génie, il se défiait toujours de lui-même, et ne parlait jamais que comme un homme qui cherche plutôt à proposer des doutes qu'à avancer des principes. Ce qu'il savait, il paraissait le tenir de ceux avec lesquels il s'entretenait; cela flattait leur vanité. Le chevalier obtint un poste de confiance, eut des amis, du crédit et de la considération. Le marquis, quoique homme capable, ne fut pas employé; il ne vécut à la cour que pour y perdre les trois quarts de son bien, et pour y avoir des femmes dont personne ne voulait plus. Il prit le parti de retourner dans sa province ; il y joua le rôle déplacé de gentilhomme oisif, nouvelliste et frondeur. Le chevalier, dans un voyage de Paris, trouva chez sa sœur madame de Nisey : elle fut charmée de la façon dont il s'était formé ; elle vit bien cependant qu'il n'avait pas plus d'esprit; mais, pour s'en apercevoir, il fallait de la pénétration. Le chevalier avait ac(|uis une facilité à s'exprimer qui mettait en défaut sur son peu de fonds. Ce qu'il disait, ce qu'il faisait, était toujours à propos. Les louanges qu'il donnait étaient mesurées et vraisemblables ; ses politesses ressemblaient à des offres d'obliger; et, lorsqu'il offrait ses services, c'était avec un air de sensibilité qui touchait au lieu d'humilier. Voilà ce qu'on apprend à la cour ; la science des à-propos, l'art de

les bien saisir ne se trouvent que là. C'est à tort que Ton crie contre ceux qui l'habitent ; les vertus y sont adorées, et Ton y donne aux défauts une forme douce qui tend au bien de la société. Le chevalier parut charmant aux yeux de madame de Nisey» Il était riche des bienfaits de la cour, mais c'était toujours un cadet de INormandie. Madame de Nisey crut ne pouvoir mieux faire que de lui donner sa main : elle unit son fils avec mademoiselle de Sermanville, et ces deux mariages réussirent.

COKKESPONDANCE DRAMATIQUE ET LITTÉUAIUE.

F A VAUT A M. LE COMTE DE DCRAZZO, DIRECTECn DES THEATRES DE SA MAJESTÉ IMPÉRIALE, A V1EN^E.

1760, U janvier, sur. L'OPÉRA-COMIQUE.

L opcra-comiiiuo, malgré les soins que nous prenons tous les jours pour l'épurer, se ressent encore de son origine. Ce spectacle, composé des débris de l'ancienne troupe italienne supprimée par Louis XIV, s'établit pendant la régence, et s'accrédita dans ces temps d'ivresse et de vertige où le système de Law, en confondant tous les états par des fortunes aussi rapides que peu méritées, entraînait nécessairement la corruption du goût et des mœurs.

L'opéra-comique parlait alors le langage des sociétés : c'était le ton du jour, et sa licence devait être imputée bien moins aux auteurs qu'au public même, dont il fallait caresser la dépravation pour obtenir ses suffrages. Le Sa»e, Fuzelier, Dorneval et Piron furent les premiers qui tentèrent d'ennoblir ce théâtre. Ils le purgèrent de ses plus gros-

sières obscénités; mais ils lie remplirent pas entièrement leur objet, parce que l'on était persuadé qu'une liberté cinique constituait le genre de l'opéra-comique, et devait en être le caractère distinctif. Le vice était trop inhérent ; il fallait du temps pour le détruire. Ce n'est (jue par degrés imperceptibles que l'on est parvenu à rendre ce spectacle plus digne des honnêtes gens. J'ai fait moi-même ce que j'ai pu pour y contribuer ; mais je sens qu'il y a encore beaucoup à réformer : c'est h quoi je m'appliquerai, et ce sera le principal objet de mon attention lorsqu'il s'agira de composer ou d'ajuster des opéras-comiquos pour Vienne.

Tout le monde sait que la comédie est l'art d'amuser utilement les hommes par une peinture naïve et animée de leurs passions, de leurs intrigues et de leurs ridicules. Son but, chez toutes les nations, est de corriger les mœurs d'une manière agréable. L'homme est le même partout, mais avec des modifications différentes ; et, comme chaque peuple a des mœurs et des usages qui lui sont particuliers, il est nécessaire qu'un auteur connaisse et observe ces nuances nationales, afin de se conformer au génie des spectateurs qu'il a en vue.

Je désirerais donc d'être instruit plus particulièrement de ce qui concerne le théâtre de Vienne; de savoir quel genre de dramatique lui est propre ; comment les pièces y sont exécutées, et si le costume y est établi. Je voudrais avoir une idée locale de la salle du spectacle et l'état actuel des personnes employées, tant des acteurs récitants et chantants que des danseurs, décorateurs, etc. En parlant d'après ces instructions, je pourrai travailler en conséquence, ou choisir parmi les nouveautés de nos diff('rents théâtres les pièces qui conviendront le mieux à celui île Vienne. Je les enverrai à mesure qu'elles paraîtront. Je fc-

rai des extraits de celles qui ne sont point imprimées, et je rapporterai le jugement du public. J'enverrai de même nos intermèdes, ou opéras bouffons avec la musique, en faisant les augmentations, retrancbements et cliangements nt'cessaires pour les ajuster conmie on le désirera. Je pourrais aussi donner de nouveaux poëmes en ce genre, que Ton ferait mettre en musique en Allemagne : il me paraît que M. le clievalier Gluck entend parfaitement cette espèce de composition. J'ai examiné et fait exécuter les deux opéras-comiques : Cyllière assiégée et Vlsle de Merlin; je n'v ai rien trouvé à désirer pour l'expression, le goût et l'harmonie, et môme pour la prosodie française. Je serais flatté que M. Gluck voulût exercer ses talents sur mes ouvrages; je lui en devrais le succès.

Je ne doute point que les ballets ne soient parfaitement dessinés et exécutés à Vienne ; mais, comme les sieurs Noverre, Pitrot et Debesse se sont distingués en France dans cet art, qu'ils ont porté au plus haut degré de perfection, je crois qu'un habile compositeur pourrait s'enrichir encore de leurs idées. J'enverrai donc aussi leurs programmes, et généralement tous les sujets de divertissement qui auront eu quelque réussite.

Quant aux accessoires pour la représentation des pièces dramatiques et des ballets, comme je suis en relation avec nos meilleurs artistes, je fournirai d'après eux, s'il en est besoin, des dessins de décorations et d'habits, selon le costume qu'il ne faut jamais négliger. Il n'y a que quelques années que nos comédiens et nos auteurs ont reconnu l'a- \ antage du costume, et, quoique nous soyons encore asservis à beaucoup de préjugés à cet égard, on travaille tous les jours à s'en affranchir. Rien n'est plus ridicule, en effet, que de voir des sérails meublés à la française, des sultans en perruque, ou des bergers et des paysans chargés de

(■lin([uant et de paillcttos; ces sortes de siiporfluités ajoutent moins à la pompe du spectacle qu'elles ne nuisent à la vraisemblance et à l'illusion théâtrale.

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