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OPÉRA-COMIQUE ET COMÉDIE-ITALIENISE

1761, 12 décembre.

On est toujours dans l'attente de la réunion de l'Opéra- Comique à la Comédie-Italienne. Corby, un des principaux associés, est le premier à solliciter pour qu elle ait lieu. Huit mille livres de rente sont un appas assez puissant pour qu'il sacrifie les intérêts de la société. Elle est composée de lui, des sieurs Moette, fils de Moctte le libraire ; de liesse, acteur de la Comédie-Italienne, du président Champeron, et de moi. Nous ne sommes point compris dans les avantages que l'on fait au sieur Corby ; tout ce que nous pouvons espérer, c'est le remboursement de nos fonds. On ne prendra que quatre ou cinq sujets de l'Opéra-Comique, savoir : Clairval , la Ruette , les demoiselles Descliamps et Nesselle. Il n'est point question de Bourette, d'Audinot, de Raton, de Rosalie, non plus que de la petite Luzy, cette dernière étant toujours destinée pour le Tbéàtre-Français. Un détachement de nos troupes foraines continue de jouer à Versailles avec tout le succès possible. La réussite des pièces de l'Opéra-Comique a engagé les gentilshommes de la chambre à les faire représenter devant Sa Majesté sur le

tlic'Atrp do la cour. On y a déjà donné les Troqueurs et On ne s'avise jamais de tout. Quoiijue ces pièces aient été rendues par les premiers acteurs do l'Opéra et de la Comédie- Italienne, elles ont beaucoup perdu de n'avoir pas été jouées par les acteurs originaux. Cependant, le spectacle a fait plaisir, et, demain mercredi, on doit le redonner à la cour.

Les livres nouveaux qui paraissent ne sont pas intéressants ; c'est une Histoire de Nicolas Fiammel, soupçonné d'avoir trouvé la pierre philosopliale ; ce sont les Mémoires du comte de Guise, roman assez bien intrigué, mais dont on flaire d'une lieue tous les incidents; c'est une nouvelle édition en quatre volumes des ouvrages du comte de Bielfeld. Au reste, il n'est pas possible de les juger tous délinitivement sans les lire d'un bout à l'autre ; il faudrait la vie de Matbusalem pour parcourir toutes nosbrocbures; entre trois ou quatre cents que chaque année nous fournit, on ne voit pas six ouvrages qui percent.

Je n'annoncerai point V Histoire de Nicolas Fiammel, les Mémoires du comte de Guise, etc.; mais on peut citer une nouvelle édition des Mémoires de Sully, un des ouvrages du baron de Bielfeld, en quatre volumes, avec le portrait de l'auteur, la Nature, ouvrage philosophique attribué à Diderot : ce livre est prohibé, il est difiicile de l'avoir. Il y a encore une petite brochure qui a fait mettre plusieurs libraires et colporteurs en prison ; elle est intitulée VArt de se produire; mais il ne faut pas d'art pour se produire honteusement. C'est un ouvrage licencieux ; il est orné d'estampes : c'est une grâce nue. Monseigneur, sauvez-moi l'anagramme.

Mademoiselle Lolotte Gaucher vient d'être déclarée comtesse d'Hérouville ; elle est fille de feu Gaucher, comédien, que j'ai connu à Strasbourg. C'était un fort honnête

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lioninie; il lui avait donné uno très-bonne éducation : clic en a bien profité. On ne peut lui reprocher qu'une faiblesse, si c'en est une de céder aux empressements d'un amant digne d'être aimé. Milord, comte d'Albermal, ambassadeur d'Angleterre à la cour de France, en devint éperdument amoureux et parvint à lui plaire. Mademoiselle Gaucher, malgré la modicité de son état, n'ambitionnait point de richesses, mais le sentiment l'affectait. Elle ne cherchait point à se prévaloir de l'empire que ses charmes et ses talents pouvaient exercer sur un amant qui devenait son esclave ; cet amant était obligé de deviner ses besoins, de prévenir ses goiits. Milord l'étudiait sans cesse; si, dans la conversation, il échappait à sa chère Lolotte un jnot qui marquât quelque désir, ce désir était aussitôt rempli. Une belle nuit d'automne qu'ils se promenaient ensemble, elle s'écria : « Ah ! que voilà une belle étoile! — Pourquoi dis-tu cela, ma chère Lolotte? tu m'affliges, je ne puis pas te la donner. — J'ai tort, répondit-elle, j'ai mon étoile auprès de moi; c'est mon étoile du matin, c'est mon étoile du jour. — Je veux être encore celle du soir, » ajouta le comte. Ils s'embrassèrent; et, comme leurs cœurs étaient purs, leur vie était tranquille ; celle du comte étant éteinte, Lolotte se livra pendant plusieurs années aux regrets les plus amers : elle ne voulait aucune consolation, cependant le comte d'Hérouville fut son consolateur; mais, l'estimant autant qu'elle était estimable, il ne s'annonça que par des respects, des égards pt une constance qui méritèrent enfin du retour. Ils s'épousèrent en secret. M. d'Hérouville, croyant qu'il devait sacrifier au préjugé de la naissance l'authenticité de son mariage, comme si l'union des cœurs ne devait pas l'emporter sur l'accolade des écussons et les convenances de la fortune, fit à tout le monde un très-grand mystère de son

bonheur. Ils logoaiont sôparémont; Lolotto avait une maison pariiculière. Elle gémissait en elle-même de sa situalion, ot, trop vertueuse pour en soutenir l'irlée, elle a tant fait auprès du comte son époux, qu'elle Ta enfin déterminé à publier leur union. Personne ne murmure de cette alliance, et l'envie ne peut avoir pour objet que la félicité du comte d'Hérouville. Leur maison est le rendez-vous dti goût, de l'esprit, de la politesse, des talents, et de tout ce qu'il v a de recommandable à la cour et à la ville. On regardait mademoiselle Gaucher comme une nouvelle Ninon de l'Enclos, mais on la respectait davantage.

Madame Gaucher la mère, suivant l'arrangement que l'on a fait, doit vivre en son particulier. Leur séparatioa a été douloureuse ; il y a un mot de madame Gaucher q# doit attendrir le cœur le moins sensible : (c Ob ! Lolotte, Lolotte ! a-t-elle dit à sa fille, tu as beau être comtesse, tu n'en seras pas moins pour moi toujours Lolotte ! x

NOl'VF.LLES TRES-DIVF.RSES.

<76l, 20 octobre.

On a donné hier, à la Comédie-Italienne, la première représentation des Ridicules du jour *, pièce en trois actes, en prose, de feu madame de Staal. Quel bonheur serait-ce pour notre nation, si nos ridicules réels avaient le même sort ! il n'en serait bientôt plus question. Cette comédie,

* Cette pièce, intitulée la Mode, a été imprimée, en 1755, dans les œuvres de madame de Staal, et donnée au Théâtre-Italien sous le titre des Ridicules du jour, le 22 octobre 1761 .

imprimée dans les œuvres de feu madame de Staal sous le titre de la Mode, n'avait jamais été représentée. Les comédiens, séduits à la lecture de cette pièce, écrite avec tous les agréments du style, le ton du grand monde et l'air de la vérité, ont cru qu'elle ferait le môme effet à la représentation ; mais il en est de cet ouvrage comme des tableaux en cire, qui n'ont point fait fortune parce qu'ils étaient ressemblants à faire peur, on peut se servir de celte expression. L'exposition de ridicules et de vices même qui nous déshonorent est faite dans ce drame d'une manière trop sensible. On pourrait dire, si j'ose me servir de cette expression, qu'ils sont modelés sur le nu, et la nudité a révolté le public ; car le public, en général, est encore honnête homme : si la comédie ose quelquefois lui présenter des tableaux honteux pour les mœurs, il veut trouver en même temps le correctif. Une nation ne se plaît point à se voir dégradée, et particulièrement les femmes. Tout le monde s'est révolté à la représentation de cette pièce : madame de Staal ne l'avait composée que pour la société de madame la duchesse du Maine, et dans un temps où l'on n'était pas si délicat. Malgré ce défaut essentiel, cette comédie aurait pu se soutenir s'il y avait eu de la conduite, de l'intérêt et de l'action. Mais rien de tout cela : c'est une enfilade de conversations qui ont peu de rapports entre elles, des scènes décousues, hachées : en un mot, un papillotage qui n'amène rien. En voici l'extrait en abrégé, car on ne peut pas être trop court en cette matière.

Il était question d'un mariage entre un certain Dornac et Julie, fille de la comtesse, héroïne de la pièce : cette comtesse ne veut pas marier sa fille à Dornac, parce que ce jeune homme lui paraît trop sensé, qu'il n'a point les belles manières, et que son ajustement n'est pas de goût. Ceci est exposé dans la première scène ; il s'ensuit plusieurs au-

JOURiVAL. 22o

très de pure conversation entre différents personnages qui n'ont aucune liaison au sujet. Dans le deuxième acte, le père de Dornac vient demander à la comtesse les raisons pour lesquelles elle ne veut plus donner Julie à son fds; la comtesse bat la campagne. Le baron s'imagine que la rupture de cette alliance vient de ce que son fds avait une maîtresse comédienne suivant l'armée ; il l'avoue à la comtesse, lui en demande pardon pour Dornac, la prie de ne vouloir pas rompre, en lui disant que, lorsque son fds aurait épousé ime personne aussi aimable (jue mademoiselle sa fdle, la comédienne serait bientôt oubliée. La comtesse répond : « Je pourrais bien avoir trop précipité mon jugement... si j'avais été mieux informée, l'affaire aurait pu prendre un autre tour... Je ne trouve pas sa faute impardonnable. » Elle part de là pour accorder sa fdle à Dornac ; et le motif qui aurait dû la lui faire refuser est précisément ce qui la détermine à consentir à leur mariage. Voilà en quoi consiste toute l'intrigue de la pièce.

Les comédiens en préparaient une autre du même auteur, intitulée V Engouement. Celle-ci est beaucoup plus intéressante et plus comique, mais ils l'ont abandonnée, découragés par le mauvais succès de la première. Madame de Staal était attacbée à madame la ducbesse du Maine, dont elle était la confidente et la complaisante ; elle se trouva malbeureusement impliquée dans la conspiration d'Espagne contre le duc d'Orléans, régent de France : elle eut beaucoup de peine à sortir de ce mauvais pas. On lira son bistoire avec plaisir dans ses Mémoires; ils fournissent plusieurs traits bistoriques : ils sont écrits d'un style pur et naturel qui les a mis fort en vogue dans le temps qu'ils ont paru. Madame de Staal connaissait parfaitement le monde, c'est ce que l'on peut voir aisément par la lecture de ses ouvrages et de ses comédies; mais, comme elle n'écrivait pas en per-

22r> FAVART.

sonne do l'art, olle ne savait point donner une forme n'giilière, ni mettre de bornes à ce qu'elle composait, et sa plume s'abandonnait à la fécondité de son esprit et de son imagination. Ses œuvres, recueillies en quatre volumes in- 12, ont été imprimées à Paris, sous le titre de Londres, en 1755.

L'infidélit»' de mademoiselle Ilusa piqué Tamour-proprc de M. Bertin, qui s'est offert, par désespoir et par vengeance, à mademoiselle Arnoult ; et, comme le dépit est toujours généreux, ledit M. Bertin a proposé des avantages si considérables à cette princesse lyrique, qu'elle l'a trouvé beaucoup plusaimable que son cberM. deLauraguais. à qui elle a écrit sur-le-cbamp une lettre très-polie dont voici la substance à peu près :

« Monsieur, mon cber ami,

« Vous avez fait une fort belle tragédie, qui est si beUe, que je n'y comprends rien, non plus qu'à votre proc/'dé; vous êtes parti pour GenèAO afin de recevoir une couronne des lauriers du Parnasse de la main de M. de Voltaire, mais vous m'avez laissée seule et abandonnée à moi-même : j'use de ma liberté, de cette liberté si précieuse aux pbilosophes, pour me passer de vous. Ne le trouvez pas mauvais ; je suis lasse de vivre avec un fou qui a disséqué son cocher et qui a voulu être mon accoucbeur. dans l'intention sans doute de me disséquer aussi moi-même. Permettez donc que je me mette à l'abri de votre bistouri encyclopédique.

(( SOI'UIE. »

A la lecture de cette lettre, M. de Lauragais s'écria, en frappant sur l'épaule de son valet de chambre : « Fabian, soutiens-moi, ce coup de foudre est grand ! » 11 ordonne des chevaux de poste, il part dans le dessein d'immoler la per-

fidc; mais elle avait eu la prudence de se mettre sous la protection du ministre. L'amant outragé vomit feu et flamme, et sa fureur s'exliale en vers froids et glacés, qui, heureusement, ne vous parviendront point. Une maison richement meublée est déjà préparée par M. Bertin pour sa nouvelle sultane : rien ne lui coûte pour la payer du sacrifice qu'elle lui fait d'un amant illustre par ses talents et par sa naissance ; mais il survient un incident : l'estimable épouse de M. de Lauraguais envoie chercher la demoiselle Arnould, et lui dit: « Je vous mets en possession d'une terre et je vous assure deux mille écus de rente, mais aux conditions que je vais vous prescrire : c'est que vous ne verrez plus mon mari, c'est que vous n'aurez point d'autre amant et que vous quitterez l'Opéra. Vous avez, ajoutât-elle, des enfants de M. de Lauraguais ; je vous fais un état honnête, afin qu'il ne soit pas dit que ces pauvres enfants-là soient fils de catin ; faites vos réflexions. Après y avoir pensé un moment (car cela mérite qu'une fille d'Opéra y pense), mademoiselle Arnould, pénétrée de tant de bontés, se jette aux genoux de sa bienfaitrice et consent. Ceci fait honneur à toutes les deux. Voilà donc M. Bertin pour ses frais, à moins qu'il ne se mette au nombre des consolateurs secrets de la nouvelle petite dame, qui, vraisemblablement, en aura grand besoin. Je n'affirme point cette anecdote, mais c'est le bruit public.

Votre Excellence a entendu parler d'une négresse qui, après quelque séjour à Londres, où elle fut attaquée d'une maladie aiguë, changea tout à coup du noir au blanc. Un phénomène aussi singulier vient de se montrer en France : madame d'Aiguillon est changée du blanc au noir. Tous nos médecins et nos physiciens préparent déjà des dissertations sur cet événement; j'en ai vu quelques-uns qui prétendent que c'est une espèce de jaunisse, et qu'il y en a de

trois sortes, la jaune, la gris de lin et la noire : voilà de la pâture pour nos observateurs.

On a arrêté un commis du bureau des fermes générales, pour des estampes scandaleuses qui pourraient écarter le peuple du respect et du devoir qu'il doit à ses maîtres; je ne ferai point le détail de ces gravures, les planches ont été brisées.

Autre phénomène intéressant : la Seine est perdue depuis près de cinq mois; la source n'en est pas absolument tarie, mais les filets qu'elle donne se perdent dans le sable, à huit lieues de son origine. Cette rivière laisse dans son lit une lacune de plus de quatre lieues que l'on passe à pied sec : c'est ce qu'on n'avait point vu de temps immémorial. Dans la Bourgogne, presque toutes les sources d'eau vive ont été également desséchées ; on ne s'est point aperçu à Paris de cet épuisement. L'Yonne, l'Aube, la Marne et les rivières adjacentes ont flué avec la môme abondance.

VIEILLES NOrVELLES.

17C1, H novembre.

Presque tous les ans, dans cette saison, nos nouvellistes oisifs font mourir de gaieté de cœur quelques personnes qu'ils croient intéresser le public. Ils ont tué, cet automne, la Ruette et Clairval, acteurs de l'Opéra-Comique, lesquels se portent très-bien ; ils avaient de môme publié faussement la mort delà princesse Galitzin : la nouvelle n'était qu'anticipée, cette pauvre princesse n'est plus, elle est morte la semaine dernière. Les mauvais plaisants disent, à ce sujet, que ma-

demoiselle Clairon est veuve : ramitié dont la princesse l'honorait avait fourni matière à nos épigrammatistes. J'ai connu beaucoup madame de Galitzin ; elle avait la bonté de me donner accès auprès d'elle, et je puis lui rendre justice. C'était une femme respectable qui fuyait le monde, mais qui aimait les arts et les protégeait : sa morale était pure autant que ses mœurs. Nos Français veulent toujours que le sentiment ou les sensations d'une femme soient occupés; comme celle-ci n'avait point d'intrigue, on lui supposait des raisons secrètes pour n'en point avoir. Pauvre siècle! pauvre peuple!

La cour et la ville sont dans la plus grande fermentation ; depuis les princes des princes jusqu'à la plus vile populace, tous les ordres de l'État sont dans l'attente d'un grand événement : l'intérêt des nations semble disparaître devant un intérêt plus grand. De quoi s'agit-il? Parlurîent montes, nascelnr ridiculus mus; c'est notre petit Opéra-Comique qui fixe l'attention générale. Trois factions s'élèvent contre lui : nos gentilshommes de la Chambre continuent de demander sa réunion à la Comédie-Italienne, qui ne s'en soucie guère, quoique cela puisse lui être favorable. Les directeurs de l'Opéra, excités par M. Bertin, qui s'est mis à leur tête depuis qu'il s'est arrangé avec mademoiselle Ârnould, demandent que le spectacle forain soit incorporé avec l'Académie royale de musique, toute ridicule et nuisible que serait pour elle cette innovation. D'un autre côté, la Comédie française prépare des mémoires dans la vue d'anéantir ce genre de spectacle, qui fait abandonner Rodogune et Cinna pour des bagatelles. Tant de conjurations, tant de différents intérêts à concilier, feront peut-être le salut de l'Opéra-Comique ; tous ces débats lui donnent une célébrité et des protecteurs qu'il ne devait pas attendre de son mérite.

Los acteurs de ce spectacle se sont séparés après la foire; une partie est allée jouer à Versailles, et l'autre à Lyon. Mademoiselle Luzi a été reçue, dans cette dernière ville, avec des applaudissements outrés; mademoiselle Raton n'y a pas le même avantage. La petite Nessel fait, à Versailles, l'admiration de tous les spectateurs par sa façon de chanter, et Clairval y est devenu la coqueluche de toutes l<^s femmes par ses talents et sa figure. On ne saurait supporter l'idée fpi'il ait été garçon perruquier ; on travaille à le faire descendre d'une ancienne maison d'Ecosse.

Quel que soit le sort de l'Opéra-Comique, les intérêts du sieur Corl)y, un de nos principaux associés et créature du ministre, n'en souffriront aucun dommage; on lui assure six mille livres de pension viagère, et, après sa mort, quatre mille livres reversihles sur sa famille. Ses adjoints n'auront rien à espérer que leur remhoursemenl ; on me flatte cependant que j'aurai aussi une pension pour avoir été, en France, le créateur de ce mauvais genre ; mais, inier nos, je mériterais plutôt les ('trivières.

On vient de faire de nouveaux règlements à la Comédie- Italienne, imprimés en trois volumes in-16, en forme d'almanach ; c'est un catéchisme pour les acteurs, danseurs, gagistes, et tout le bataclan. Par un des articles de ces règlements, il est défendu très-expressément à toute danseuse, de quelque qualité ou condition qu'elle puisse être, d'occuper dorénavant aucune place à l'amphitht'àlre, sous quelque prétexte que ce soit. Cet article, foudroyant pour nos danseuses, a fait naître une scène publique : la demoiselle.... Ma foi, le nom ne me revient pas; mais, comme nos beautés cabriolantes se ressemblent presque toutes par les mœurs, on mettra le nom que l'on voudra. Le foyer était rempli ; M. de la Ferté, auteur de ces règlements, présidait au milieu d'un cercle nombreux; la demoiselle, tout

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t'plorée, perce la foule et vient se jeter aux genoux de l'intendant des Menus : « Ah monseigneur ! monseigneur ! ré- Nocjuez votre cruel arrêt ! Voulez-vous que je meure de faim, en me défendant l'entrée de rampliitliéàtre? Vous m'ôtezle pain et la viande de la main ! » Tout le monde a beaucoup applaudi à cette naïveté; mais cet aveu sincère n'aurait pas empêché la suppliante d'être chassée, si ses protecteurs n'avaient parlé pour elle. Heureusement, elle s'en était fait beaucoup : on l'a reléguée dans la petite loge des danseuses, où elle continue de s'arranger du mieux qu'elle peut : nos petits-maîtres n'y perdent rien.

Emilie et Louison, nièces de Dehesse, âgées l'une et l'autre de quatorze ans, ont été sur le point d'être enlevées nuitamment par M. *** et M. de Sainson. Les deux petites filles avaient donné leur consentement, les domestiques ('taient d'intelligence, le perruquier avait fait faire de fausses clefs ; la chaise de poste était à la porte ; la conspiration allait éclater au moment qu'elle fut découverte. Dehesse, ayant renfermé ses nièces sous le cadenas, attendit le jour pour les mener au couvent ; mais on ne voulut pas les y n.'cevoir par un motif de conscience. Effecti\enient, c'eût été faire un vol à la société. La petite Louison avait pris goût à l'enlèvement à la foire Saint-Germain dernière : ce même monsieur l'avait fait disparaître ; elle fut perdue une nuit et rendue le lendemain par autorité de la police'. Ce perruquier, sacrificateur de l'innocente petite victime, ayant machiné le complot, fut mis à Bicêtre, où il est encore-

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