‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 81 sur 88 · Jô octobre · texte numérisé non relu

Jô octobre

Le roi vient de défendre expressément, et sous des peines très-graves, à tous comédiens, chanteurs, danseurs et symphonistes, ses sujets, de sortir de la France sans une permission signée du premier gentiliiomme de la chambre en exercice; on a écrit aux directeurs des troupes de comédiens qui sont dans le royaume, pour leur signifier les ordres de Sa Majesté. Ce qui a donné lieu à ce règlement est : 1" mademoiselle Beaupré ; 2" mademoiselle Montrose. Elle s'était engagée pour la Russie : un nommé M. Clerval, comédien de cette cour, étant ^enu à Paris pour faire recrue, s'était assuré de mademoiselle Montrose par un contrat bien cimenté et des avances assez considérables. Malgré toutes les précautions qu'il avait prises, on a trouvé le moyen d'annuler ledit contrat, et l'on a retenu la demoiselle. 3' C'est la désertion de quatre danseurs delà Comédie- Française, et de trois de la Comédie-Italienne, du nombre desquels est le petit Du val, que j'ai proposé plus d'une fois à Votre Excellence, et que Ton regrette beaucoup ; cette troupe fuyarde est partie en poste après le spectacle, il y a quatre jours. Dès qu'on a été informé de l'escapade, on a dépêché, pour faire arrêter ces déserteurs sur la frontière; s'ils sont attrapés, ils seront sévèrement punis ; on a donné pour raison de ce nouveau règlement, que les personnes attachées au théâtre ayant, dans les pays étrangers, des appointements plus forts que l'on n'en donne en France, il arriverait qu'au bout de quehfues années on manquerait totalement de sujets aux trois théâtres. On regarde les théâtres de province comme une pépinière pour ceux de

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Paris; on veut établir ici une école tragi(|ue et comique. Lekain et Préville sont nommés pour être à la tête, et, sur leur simple exposé, on retiendra tous les sujets dont ils croiront avoir besoin ; il en sera de même pour ceux qui se destinent à l'Opéra et à la Comédie-Italienne ; il n'y aura donc plus de sûreté pour les engagements contractés avec les directeurs des troupes de province et des cours étrangères, à moins que l'on n'ait l'attache des personnes qui dirigent nos spectacles. Ce n'est pas tout, on donne à cette loi un effet rétroactif, et tous ceux ({ui se sont engagés précédemment sont dans le cas d'être retenus- l'intention, néanmoins, n'est pas de priver l'étranger des sujets tragiques, comiques et cabriolants, parce qu'on pense qu'il est de la gloire de notre nation de donner la comédie aux autres.

Les nouvelles du jour sont les histoires de voleurs. Depuis la réforme des troupes, aucun citoyen, ou regnicole, ne serait en sûreté sans l'exacte vigilance de notre police. Malgré la discipline, il arrive journellement des malheurs ; tout petit politique que je suis, je crois que l'on y pourrait remédier. Il n'y a point de hameau si chétif qui ne puisse nourrir et entretenir deux hommes pour sa sûreté ; les villages, quatre au moins, les bourgs davantage, et les villes beaucoup plus, proportion gardée. Par un calcul facile, il est probable qu'en France on pourrait entretenir nu moins cinquante mille honunes sans qu'il en coûtât une obole au roi. Il y a tant de couvents qui .pourraient soutenir chacun vingt cavaliers, sans que la portion monacale en fût plus mince ! Par ce mojen. les routes seraient sûres en temps de paix, et l'on aurait, en temps de guerre, cinquante mille hommes de plus, au premier coup de tambour.

Dans le seul village de Belleville, où je loue une mai-

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son. à un ((uart do lioiio de Paris, on a anvté. an fond das earrièros, seize voleurs qui s'y reliraient la nuit ; ils attaquaient en plein jour, et avaient des relations avec plusieurs garnements des villages circonvoisins. Un bourgeois de Paris, avec sa femme et sa tille, furent presque dépouillés par deux de ces scélérats; les pauvres gens, trompés dans leur partie de plaisir, s'en retournaient tristement à Paris. Fatigués, ils entrent dans un fameux cabaret de leur connaissance, où ils demandent à se rafraîcliir ; à peine lesa-t-on servis, qu'il parait deux jeunes gens. « Ah! s'écrie le bourgeois, voilà ceux qui nous ont volés !» Quelle est. à ces mots, la surprise du maître du cabaret, en voyant son fils et celui d'un voisin 1 Malheureusement pour le père, mais heureusement pour l'humanité, il y avait à une autre table deux archers de la maréchaussée qui s'emparèrent d'abord des coupables.

Une autre histoire plus singulière, est celle d'un cul-dejatte, mendiant, connu de tout Paris. Cet homme donnait l'eau bénite le matin à l'église de Notre-Dame, notre cathédrale, ensuite il parcourait la ville et les environs à l'aide de deux chevalets, qu'il empoignait avec beaucoup de force, de promptitude et d'habileté : ce coquin a une face de quatorze pouces au moins de circonfé-rence ; il est gras à proportion, et, à juger par son tronçon, il aurait près de six pieds, s'il n'était pas mutilé. A son embonpoint, sa rougeur, sa vigueur, il est aisé de connaître qu'il était nourri en bonne maison, c'est-à-dire maison de chanoine ; rien ne lui manquait pour être heureux que d'être honnête homme. Il y a quelques jours que, sur la route de Saint- Denis, il demanda l'aumône à une femme qui passait ; elle lui jeta une pièce de douze sous, il la pria de la lui ramasser, attendu l'impuissance qu'il affectait. Tandis que la bonne femme se baisse, il .«'approcbe. lui décharge un coup

de maillet sur la tète, et, voyant qu'elle n'est pas morte, lui coupe le cou, et la vole. Cette action est aperçue, on saisit le cul-de-jatte, que l'on mène en prison ; il a avoué qu'il y a vingt ans qu'il fait un pareil métier. Cet effronté maroufle en plaisante ; il dit qu'il ne peut jamais être rompu qu'à moitié, et qu'il défie le bourreau de lui casser les jambes.

J'ai annoncé à Votre Excellence la mort du poëte Roi ; cet auteur avait du talent ; mais il n'est regretté de personne. Son esprit satirique l'avait rendu odieux. Tout le monde se souvient de son Coche, petite pièce de vers allégorique qu'il fit contre l'Académie. Cette imprudence l'empêcha d'y être reçu. Le roi l'honora du cordon de Saint-Michel ; il en était si glorieux, qu'il allait dans toutes les promenades pour le montrer à tous ceux qu'il rencontrait. « Messieurs, messieurs, disait-il, voici le cordon de Saint-Michel ; c'est la critique de l'Académie, voici le cordon. » Quelqu'un lui répondit flegmatiquement un jour : « Monsieur Roi, ce n'est pas encore ce que vous méritez. » Je crois vous avoir dit, monseigneur, que M. de Monerif donnait un soir des coups de bâton au poëte Roi pour le punir de certaines épigrammes; celui-ci, qui n'était pas le plus fort, lui dit : « Ah! Monerif, Monerif, mon ami, toi qui as fait V Histoire des Chats, fais patte de velours. »

L'Opéra ne désemplit point depuis que l'on y entend la nouvelle haute-contre, M. le Gros ; on a fait à ce théâtre, en une représentation, 6,600 francs, indépendamment d'environ cinquante louis qui n'avaient pas encore été portés en compte. Madame de Pompadour est entièrement hors d'affaire ; elle a été samedi dernier à Versailles, où toute la cour s'est empressée de la féliciter. Nous allons être inondés de vers et de chansons pour sa convalescence. On a fait le couplet suivant, au moment de l'éclipsé de soleil.

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Air : Marguerite csl mal;ut'.

Pompadour est malade, Le soleil l'est aussi ; Ce n'est qu'une passade;, Le ciel est éclairci.

Le bon Dieu qui seconde Nos voeux et notre amour, Pour le bonheur du monde, Nous a rendu le jour Avec Pompadour.

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