‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 82 sur 88 · DE QUELQUES AUTRES HISTOIRES · texte numérisé non relu

DE QUELQUES AUTRES HISTOIRES

ne*, 17 avril.

Depuis que le bon Dieu nous a donné la paix, nous faisons la fîuerre aux moines. On a déjà enlevé einq abbayes aux Bénédictins. On vaaebever d'expulser tous les jésuites (le quelques provinces de la France, où ils croyaient se conserver. Les capucins, s'ils n'y prennent garde, se mettront aussi dans le cas de la réforme ; le flambeau de la discorde vient de se rallumer encore cbez eux : il y a eu des sièges, des batailles, des prisonniers, des assassinats, des manifestes. Les frères accusent les pères d'être des libertins et des faiseurs d'enfants ; on cite, entre autres, madeiuoiselle Brasdefer, maîtresse d'un gardien, qui en a fourni elle seule cinq ou six à la communauté. Toute la sainte paternité passe en revue dans des mémoires que les frères ont donnés au public ; d'un autre côté, les révérends pères dévoilent toutes les petites intrigues des frères, et cette guerre capucinale est aussi amusante que scandaleuse.

Poinsinot lo mystifié a fait inif très-jolio comédie on un acte, intitulée le Cercle, représentée à la Comédie-Française avec le plus grand succès. Cette pièce est dédiée <à M. Papillon de La Ferté, intendant des Menus. L'auteur v prodigue à son Mécène des louanges qui n'ont point été du goût de tout le monde ; quoique M. de La Ferté ait tous les talents nécessaires pour conduire un spectacle, et qu'il ait d'ailleurs l'esprit orné de toutes les connaissances utiles et agréables, il n'a pu parvenir à faire taire l'envie et la critique : on lui a envoyé le couplet suivant, à l'occasion de l'épître dédicatoire.

C'est à tort que fliîcun s'irrile

De voir encenser un butor ;

Jadis le peuple Israélite

A bien adoré )e veau d'or.

Un auteur fait, sans cire trucbe,

L'n Mécène d'un La Ferté ;

C'est un sculpteur qui, d'une bûche,

Sait faire une divinité.

Ce couplet, imité d'Horace, OUm inmciis cram, est d'autant plus dangereux qu'il est bien fait.

Le sieur d'Arnault Baculard vient de mettre au jour de l'impression un drame en vers intitulé : les Amants malheureux ou le Comte de Comiuges. L'intérêt vif et pressant qui règne dans cet ouvrage fait passer le lecteur sur plusieurs négligences qui ont échappé à l'auteur. On a imprimé à la suite du drame les mémoires du comte de Cominges, qui étaient devenus rares, ce qui ne contribue pas peu à la vente du livre. Le duc de La Yalière a fait une romance sur ce sujet intéressant ; et M. Dorât une liéroïdc qui n'est point inférieure à celles qu'il nous a déjà données. Cet auteur a coutume d'orner ses héroïdes (Je

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jolies gravures et ciils-de-lanipes. C'est ce qui u donné lieu à l'épigramme suivante :

Qu'à tes vers fout bien les estampes, Les vignettes, les culs-de-lampes !

Je crois voir en toi, p;iuvie auteur, Pardonne mon humeur trop franclu^ Un malheureux navigateur Qui se sauve de planche en planche.

Le buste en marbre de Crébillon, exécuté par l'ordre du roj, devait être posé dans l'église de Saint Gervais; mais le curé s'y oppose formellement, à la sollicitation de plusieurs dévotes, qui trouvent très-scandaleux que le buste d'un homme d'esprit, mort en bon chrétien, figure à côté des simulacres de MM. les marguilliers, qui n'étaient que des sots.

M , homme distingué dans la robe, devint amoureux,

ou plutôt faisait semblant de l'être, d'une femme de la première condition. Comme il courait de certains bruits sourds, peu avantageux pour lui, sur les non-valeurs des

comptes qu'il pouvait rendre en amour, M crut qu'en

liant cette intrigue il s'établirait une réputation de galanterie, avantage dont nos gens de robe sont aussi jaloux que nos petits maîtres. En conséquence du grand dessein qu'il avait formé, il ne cessait de presser la dame de répondre à ses tendres désirs. H la suivait partout, lui parlait ouvertement de sa passion : en un mot, il ne lui donnait pas un moment de relâche. La dame, qui ne l'aimait point, excédée de ses importunités, demanda conseil à ses amis sur la façon dont elle pourrait se débarrasser de ce fatigant personnage. On lui dit qu'il n'y avait pas de moyen plus sûr qufi de céder à ses sollicitations, et de lui accorder un rendez-vous. « Yous vous moquez, répliqua la dame!

c'est la chose du monde que j'ai le moins envie de faire. — 11 n'y a pourtant pas d'autre secret, lui dit-on ; m«ttez-le en usage, et vous serez délivrée du robin, sans que votre vertu coure aucun risque. » La dame voulut bien en faire l'essai. Un jour que le sénateur, l'obsédant comme à son ordinaire, lui parlait de sa passion avec plus de vivacité, elle lui dit : « Monsieur, il me paraît que vous m'aimez sincèrement; vos assiduités, votre constance, toutes vos actions me le prouvent ; j'aurais tort de vous résister davantage, passez dans mon boudoir. » L'homme de robe, qui ne s'attendait nullement à cette invitation, resta un moment tout interdit ; ensuite, reprenant feu, il frappa rudement le parquet de sa canne, en s'écriant : « Morbleu, madame, je saurai qui est-ce qui m'a joué ce tour-là î adieu. » A ces mots, il sort avec fureur, et la dame ne l'a jamais revu depuis.

Le maréchal de B dont on connaît la capacité dans

l'art militaire, dînait, il y a quelques jours, dans une maison qui rassemblait une compagnie très-nombreuse. Il y avait, parmi les convives, plusieurs officiers, entre autres quelques capitaines de son régiment. Sur la fin du repas, on vint à parler de guerre ; le maréchal cita ses opérations, et principalement une retraite qu'il avait favorisée, en soutenant l'arrière -garde, un peu maltraitée. Tout le monde l'écoutait en silence, excepté M. le chevalier de M..., qui disait indiscrètement presque à chaque mot: « Ce n'est point cela ; c'est mal vu ; je n'aurais pas fait cela. » Le général, indigné de l'audace du capitaine, demanda en lui lançant un regard foudroyant : « Monsieur, qu'auriez-vous fait vous-même à ma place? » Le capitaine sentit alors qu'il avait fait une imprudence, ou pour mieux dire une franche sottise ; mais il ne perdit point la tête : il se remit d'abord, et répondit avec assurance : « .l'aurais

JOURNAL, 2G:i

commence pnr elia«^sortoiislos jpsniU'S do l'Kuropo, et, par ce moyon-là, j'assurais nos derrières. » C'est ainsi qu'il se tira d'embarras par une présence d'esprit qui fit tourner en plaisanterie une affaire dont les conséquences a,uraient pu lui être funestes.

AVENTURE D'UNE FEMME ET DE SON MARI , QUI SONT TOUS DEUX ACCOUCHÉS LE MÊME MOIS.

Deux Lyonnaises, du caractère des anciennes filles de Lesbos, qui pratiquaient la morale galante de Sapho la Lesbienne, ayant conçu l'une pour l'autre dès leur enfance l'amitié la plus tendre, ou plutôt la passion la plus vive, s'étaient réciproquement juré de vivre toujours ensemble dans l'union la plus étroite, sans prendre d'engagement contraire à leur inclination mutuelle. L'une des deux s'absenta quelque temps, prit l'habit d'homme, et, sous ce travestissement, qui n'était connu que de sa bonne amie, lui fit la cour, la demanda à ses parents et l'obtint en mariage. Les voilà toutes les deux au comble de leurs désirs. Cependant, au bout de quelques mois de mariage, il y eut du refroidissement de la part de la bonne amie : elle commença à penser qu'un véritable mari pouvait avoir quelque chose de plus solide qu'un époux femelle, et que c'était une duperie de prendre l'ombre pour la réalité. Soit par un simple motif de curiosité, soit par une impulsion naturelle, elle prit enfin la résolution de se rendre aux vœux d'un jeune homme qui la courtisait. Le prétendu mari ne tarda guère à s'apercevoir de l'infidélité de sa compagne ; pour s'en venger, il fil confidence de son sexe à un autre jeune homme, lui raconta son aventure, et après l'avoir engagé au silence, en usa avec lui comme sa perfide amie en avait usé avec son favori . La nature.

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rt'tablie dans tous sos droits, prodigua aux (I(ML\ époux ses [»lns précieuses faveurs. Le mari et la femme aecouchèreni l'un et l'autre à quinze jours de différence environ. Leur secret ayant éclaté par cette indiscrétion réciproque, ils furent arrêtés tous les deux et conduits en prison, où ils resteront jus(|u'à ce que la justice ait décidé de leur sort.

M. Thierri, célèbre docteur en médecine, fut mandé pour soulager un homme travaillé d'une pituite violente dont les accès faisaient craindre à tout moment pour sa vie ; il se transporte chez le malade, lui tâte le pouls, l'interroge. Le patient ne peut répondre que par sa toux : il est saisi d'un paroxysme épouvantable ; ses efforts lui font cracher une matière verdàtre, épaisse et transparente. Le médecin la considère attentivement pendant une heure, et, voyant que le malade est en état de répondre, il lui fait de nouvelles questions. « N'avez-vous pas, monsieur, une fièvre continuelle? — Oui, monsieur le docteur. — Avec des redoublements ? — Oui, monsieur le docteur. — Tant mieux! et un violent mal de tète? — Hélas! oui, monsieur le docteur. — A merveille ! Et, quand vous toussez, un spasme universel?... — Plaît-il? — C'est-à-dire un mouvement convulsif dans tous les membres qui... — Oui, monsieur le docteur. — Ah ! que je suis content! s'écrie alors le moderne Esculape, que je suis content ! l'heureuse découverte ! C'est la pituite vitrée, maladie perdue depuis plusieurs siècles, et que j'ai le bonheur de retrouver ! Rien n'égale ma joie ! — Ah ! monsieur le docteur, votre air satisfait me console ; vous trouvez donc que ma maladie est... — Mortelle ! reprend brusquement le docteur. — Mortelle ! ah ! ciel ! que dois-je donc faire? — Votre testament, » lui dit M. Thierri pour toute consolation ; et il le quitte en répétant en lui-même le long du chemin : La pituite vitrée !

JOLHNAL. Cli-

que je vais surprendre agréablement mes confrères, en leur annonçant cette heureuse nouvelle !

GOLDOM ET DU BELLOY. - FRKKON ET FRETILLOX.

176o, 3 mars.

Goldoni. ayant lini son engagement avec nos comédiens italiens, se préparait à retourner à Venise, quoiqu'il fût désiré en Angleterre et en Portugal ; mais, par une heureuse circonstance qui fait autant d'honneur à notre nation qu'à lui-même, on vient de le fixer en France. Il vint hier, m'annoncer, en arrivant de Versailles, qu'il avait été présenté par madame la dauphine à madame Adélaïde en qualité de maître de langue italienne. C'est une fortune considérable pour Goldoni ; personne ne la lui envie, il la mérite trop bien. Si la république de Venise perd un poëte célèbre, elle doit du moins s'en consoler par les honneurs que l'on rend à un homme qui lui a consacré si longtemps ses talents et ses veilles. Je ne saurais passer sous silence plusieurs traits qui caractérisent la bonté de notre famille royale. Goldoni, s'élant présenté à la porte de madame la dauphine, fut introduit d'abord de préférence. Il croyait que, pour parvenir jusqu'à elle, il fallait traverser une enfilade d'appartements ; il trouve, dans la première pièce, une dame qui accourt à lui d'un air riant et lui dit : « Monsieur Goldoni, soyez le bienvenu; on dit que vous aimez la France. — Oui, madame. — Eh bien! on veut que vous y restiez, puisque cela vous fait plaisir ; voudriez-vous montrer l'italien à madame Adélaïde ? — Ah ! madame, c'est trop..» trop... — Suivez-moi, je vais vous

conduire chez elle. — Ah! madame, croyez-vous que... — Si je crois... si je crois... Vous ne me connaissez donc pas? — Non, madame, point du tout, je n'ai pas cet honneur-là. )) Alors, la dauphine lit un grand éclat de rire ; car c'était la dauphine elle-même qu'il prenait pour une simple femme de chambre. Elle lui dit : « Eh bien! c'est une connaissance à faire, et j'espère que cette connaissancelà sera bonne pour vous et pour moi. » Ensuite, elle l'introduisit elle-même chez madame Adélaïde, qui le reçut avec une familiarité bourgeoise, u Ma sœur, je vous présente votre maître. » A ce mot, Goldoni reconnaît madame la dauphine, et le voilà confus. « Me voulez-vous bien pour votre écolière? » lui dit madame Adélaïde. Il fit un geste de soumission qui lui tint lieu de réponse. Elle ajouta : « Voici les arrangements que je vous propose : excepté les fêtes et les dimanches, nous prendrons tous les autres jours une heure de leçon dans la matinée. Mais, non, non, pas tous les autres jours, car vous pourriez avoir des affaires à Paris ; je ne veux pas vous déranger : nous ne travaillerons que trois jours la semaine, encore, sans vous gêner; car, si vous avez quelque occupation plus sérieuse, vous serez libre de me le faire dire. Au reste, ne vous embarrassez de rien ; nous vous ferons avoir un logement ici : vous vivrez avec nous, car nous sommes de bonnes gens. »

Le dauphin parut et ne fit pas moins de caresses à Goldoni ; il lui montra plusieurs ariettes italiennes qu'il avait dans un tiroir; ensuite, il lui permit de se retirer en l'assurant de sa protection. J'entre dans ces menus détails parce que je crois qu'ils ne sont pas indifférents à ceux qui s'intéressent à un auteur que l'Italie peut se faire gloire d'avoir produit.

Ce qui suit prouvera également combien le gouvernement français protège et honore les lettres. M. du Belloy,

JOUllNAL. 209

Parisien, l" avocat, 2" comédien en llussie, et 5" auteur dramatique, s'est montré avec distinction dans ces trois états. Il a ouvert sa carrière théâtrale par la tragédie de Titus, imitée de Métastase ; quoique cet ouvrage n'ait pas eu tout le succès qu'il méritait, le public avait conçu de grandes espérances de l'auteur. L'attente est remplie ; M. du Belloy vient de donner une tragédie qui réunit nonseulement tous les suffrages nationaux, mais encore ceux des étrangers. Son drame a pour titre le Siège de Calais; c'est un fait historique également célébré parles historiens de France et d'Angleterre, et dont madame de Tencin a fait un roman si bien écrit et si intéressant, qu'il est entre les mains de tout le monde. Nous avons peu d'exemples d'un succès aussi éclatant et aussi bien mérité ; l'auteur a été obligé de paraître les trois premiers jours des représentations : c'est ce qu'on n'avait encore jamais vu et ce qui fait époque. Cette tragédie a été donnée à Versailles; le roi en a été si content, qu'il dit à M. de Laverdi : « Laverdi, je vous recommande l'auteur de la pièce. » M. du Belloy a reçu une gratification de mille écus en attendant mieux; on a joint à cet honneur celui d'une médaille d'or représentant d'un côté le buste du roi. et, de l'autre, un Apollon qui tient un rouleau où on lit les noms de Corneille, llacine et Molière, avec cette légende : El qui nasccnlur ab ïllis. Jeudi, 7 du présent mois, on donnera gratis, pour le peuple, une représentation de cette tragédie, tant on la croit propre à réveiller parmi nous les sentiments de l'amour patriotique.

Fréron s'est fait avec mademoiselle Clairon une querelle épouvantable dont je vais rapporter les suites. Votre Excellence a vu sans doute, dans un Mercure de cette année, une très-jolie épître en vers adressée à mademoiselle Doligni. où l'on vante beaucoup sa modestie et sa sagesse. L'au-

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tour de V Année liuéraire ayant beaucoup applaudi, d,;ins une de ses feuilles, à cette charmante épître, a pris occasion de faire une sortie très-vive contre Tindécence des actrices. Mademoiselle Clairon a cru se reconnaître dans le portrait; elle a couru aussitôt chez les gentilshommes de la chambre et les ministres pour leur demander justice de rinsolence de Fréron. Tous lui ont en vain représenté (pfelle no devait pas se reconnaître dans ce portrait ; elle a répondu qu'elle s'y reconnaissait très-bien, et qu'il n'y avait aucun trait qui ne la caractérisât. Elle menaça trèssérieusement de quitter le théâtre si cet outrage demeurait impuni. Dans la crainte de perdre cette célèbre actrice, on donna un ordre pour conduire Fréron au Fort-l'Évêque; mais, comme Fréron était alors travaillé de la goutte, et que d'ailleurs il n'avait point fait un crime d'État, on eut l'humanité de suspendre l'exécution de l'ordre. Fréron profita du délai pour écrire au roi Stanislas, son protecteur, qui, tout de suite, dépêcha un courrier à la reine pour lui recommander le pauvre diable. Notre bonne reine de France demanda sa grâce et l'obtint. Mais notre reine de coulisse n'en devint que plus furieuse ; elle renouvela les menaces qu'elle avait faites d'abdiquer le sceptre théâtral. Enfin, on lui a fait entendre raison, en lui disant qu'elle avait eu satisfaction, du moment que l'ordre avait été donné; qu'elle devait s'en tenir là. Ainsi, cette affaire est arrangée au contentement de toutes les parties. Fréron m'avait écrit â ce sujet pour me prier de voir monseigneur le duc de Richelieu et lui faire rendre justice. Mademoiselle ClairoTi est apaisée, elle nous reste, et Fréron est libre. L'indignation de notre actrice contre notre faiseur de feuilh's avait encore un autre motif : plusieurs des amis de mademoiselle Clairon s'étant cotisés pour lui faire frapper une médaille, on la lui envova avec ces vers :

Pour l'inimitable Clairon, On a frappé, dit-on, un médaillon.

M;iis, quelque éclat qui l'environne, Si beau qu'il soit, si précieux, Il ne sera jamais aus.i cher à nos veut Que l'est aujourd'hui sa personne.

I)ou\ jours après, elle en reçut la parodie suivante, dont on accuse Fréron :

Pour la fameuse Frétillon, On a frappé, dit-on, un niédiillon.

Mais à quelque prix qu'on le donne.

Fût-ce pour douze sols, fiïl-ce même pour un. H ne sera j.nn.iis aussi commun Que le fut j idis sa personne.

dette dispute n'est point encore assoupie, et cjiacun pr«'nd parti pour et contre. Un des partisans de l'actrice vient de régaler tout à Theure Fréron de cette épigranime :

Aliboron, de la goutte attaqué,

Se confessait, croyant sa fin procliaino,

El détaillait, de remords provoqué,

De ses méfaits une liste assez pleine.

Naïvement chacun était marqué,

Basse impudence et noire hypocrisie,

Stupide orgueil, mensonge, ivrognerie;

Il ne croyait en oublier aucun.

Le confesseur dit : — Vous en passez un !

— Un, non, pardicu, j'en dis assez, je pens«*.

— Kh ! mon ami, le péché d'ignorance !

272 KAVART.

PETITF.S Clir.IOSITES.

1770, 50 mars.

M. de Laiiraguais s'étant trouvé dans un des guichets du Louvre, où il y avait alors beaucoup d'embarras, entendit les cris d'une femme qui partaient d'une voiture qui arrivait en face la sienne. Il baisse sa glace , avance la tète, et prête l'oreille : il aperçoit madame de ***, qui lui dit : « Il est bien étonnant que M. de Lauraguais, qui est si poli pour les dames, ne fasse pas attention à moi. — Ah ! madame! s'écria M. de Lauraguais, eb ! vous n'aviez qu'à vous montrer d'abord ; moi, mon cocher, mes chevaux, nous aurions reculé jusqu'au fond de la rivière. »

M. .ré\"èque de Tarbes, prélat respectable et très-rigoriste, mais dont on vante avec raison les sentiments d'humanité, rencontra, en revenant de Versailles à Paris, une voiture brisée, et de laquelle sortit une dame mise trèsélf'gammcnt , mais cependant avec modestie. Une thérèse, un grand mouchoir blanc passé en sautoir, firent concevoir au bon pasteur que c'était une personne honnête. Il lui demande où elle allait. « A Paris, chez M. Beudet. — J'y vais aussi, madame; acceptez ma voiture, nous irons ensemble.» Ils traversent une partie des boulevards. Le public est étonné de voir M. l'évoque avec cette dame; le saint homme croit que cet étonnement est l'effet du respect que l'on a pour elle. Us descendent chez M. Beudet, et M. Beudet, après l'accueil qu'il devait au prélat, dit à la dame qui l'accompagnait : « Eh bien ! Gourdan, as-tu du nouveau? Tes filles sont-elles jolies? » A ce propos si leste, le saint évoque fut confondu; car cette dame Gourdan a pris le fonds de madame Paris. Si Votre Excellence n'a pas connu

cotte fomnio colùl)ro, je lui on fais mon compliniont. Jo laisse à juger de la surprise du grave personnage qui présentait madame Gourdan, laquelle n'est point parente du feu père Gourdan, janséniste, qui disait des messes au Saint-Esprit pour faire retrouver les choses perdues, quoique madame Gourdan se soit appliquée aussi, de son côté, à ce même emploi.

Le samedi 10 février, à une représentation du Déserteur, où il V avait beaucoup de monde, il y eut un événement remarquable. Lorsque la pièce était prête à finir, on entendit dans les corridors un cliquetis d'épées; on môme temps plusieurs voix crièrent : A la garde ! au feu ! L'alarme se répand aussitôt dans toute la salle ; une femme , qui était aux troisièmes loges, saisie d'épouvante, laissa tomber son manteletsur l'amphithéâtre. On crut qu'elle s'était précipitée elle-même, pour éviter la flamme , qui n'existait point; car, n'en déplaise à l'auteur du Joui-nal eucijclopédique, qui prétend que le feu avait pris à une toile, il n'y avait aucune apparence de feu ; mais chacun voulait se persuader qu'il y avait effectivement un incendie, ce qui occasionna une confusion générale. Le fait est que plusieurs fdous, venus de Lyon, avaient donné lieu à ce désordre pour exercer leurs talents ; en effet, ils firent, dans cette bagarre, une récolte prodigieuse de montres, de tabatières et de bijoux de toute espèce. Il y a eu trente-sept dépositions de vols.

M. Caron de Beaumarchais a donné, sur le théâtre de la Comédie-Française, une pièce intitulée les Deuaî^jnw, qui n'a eu qu'un succès médiocre. M. Caron, dans le temps qu'on jouait son drame aux Français, fut un jour à l'Opéra, et parut surpris d'y voir si peu de monde. « Comment, disait-il. une nouvelle salle si brillante, un opéra si charmant, n'attirent personne! » Mademoiselle Arnould,

qui entendait ses exclamations, dit à quelqu'un qui était à côté d'elle : « Si nous n'avons pas de monde, il faut espérer que les amis de M. Beaumarchais nous en amèneront. » Ce qui faisait une allusion maligne à la comédie des Deux Amis. Ce propos fut rapporté à M. de Beaumarchais, qui, rencontrant quelques jours après mademoiselle Arnould au Palais-Royal, lui en fit des reproches en lui demandant pourquoi elle critiquait son ouvrage. « Qu'y trouvez-vous donc, mademoiselle? — Oh! rien, monsieur, » lui répliqua-t-elle en lui tournant le dos. Cette épigramme est plus piquante que la première.

M. Billard, caissier de la poste, homme très-dévot et d'une vie exemplaire, n'a pas laissé que de faire une petite manœuvre qui l'a contraint à une hanquerouto considérahle; il a été arrêté. Quelques-uns de ses adhérents, pour éviter l'embarras de rendre leurs comptes et tous les petits détails minutieux, se sont avisés de se pendre, de se noyer ou de se jeter par la fenêtre.

M. l'abbé Griselle, directeur spirituel de M. Billard, dépositaire des secrets de sa conscience, et sans doute de quelque chose de plus, vient d'être arrêté aussi. Cet abbé Griselle était conf<^sseur de monseigneur notre archevêque; et monseigneur, aussitôt qu'il eut appris sa détention, courut demander au roi son élargissement. Sa Majesté lui répondit : « Je suis bien fâché, mon cousin, de ne pouvoir pas vous accorder ce que vous demandez; car M. l'abbé Griselle est à la Bastille par ordre du roi. »

M. de Voltaire, qui aime à faire parler de lui, et dont tout le monde parlera toujours avec plaisir, vient de donner une nouvelle scène au public ; il s'est fait capucin, ou du moins s'est déclaré père temporel et spirituel des capucins.

Votre Excellence, pendant son dernier séjour à Paris, a

JOl'RNAL. 275

peut-ètro ontentlu parler do M. Go\ , admis dans los plus grandes maisons et connu particulièrement sous le nom de milord Ghors. Comme il a passé nombre d'anniM's en Angleterre, il en possède la langue aussi bien (jue les Anglais; même son plaisir est de persifler ceux qui ne le connaissent point. Tantôt il s'annonce pour un négociant de Londres, tantôt poui- un milord, etc.; et, comme il a beaucoup d'esprit, on le croit aisément ce qu'il veut paraître.

Madame Luchet avait un jour à sa table madame de Crussol. La conversation tomba sur M. Goy et ses mystifications. « Oh ! je n'en serais pas la dupe, dit madame de Crussol. — Je parie que si, répond madame Luchet; prenons un jour pour dîner avec lui. » Le jour est indiqué; on s'y trouve. Il y avait grande compagnie; M. Goy était déjà arrivé, sous le nom d'un médecin hollandais. La maîtresse de la maison s'informait de temps en temps si milord Ghors était venu. Point de nouvelle; enfin, on apprend, par une lettre, qu'il lui est impossible de venir : on se met à table. Le faux médecin hollandais est placé à côté de madame de Cr!issol ; il gagne sa confiance; elle le consulte légèrement sur plusieurs choses, auxquelles il n'pond d'une façon satisfaisante. Elle le prie de passer dans une pièce voisine pour achever de le consulter. Là, le prétendu m*'-decin l'interroge plus exactement; et. comme le droit des docteurs en médecine est de visiter au doigt et à l'œil, il s'acquitta de la fonction. On dit même qu'il poussa plus loin ses recherches ; ce qu'il y a de vrai, c'est qu'elle lui fit des aveux qu'on ne peut faire qu'à un médecin ou à un confesseur. La plaisanterie allait assez bien jusque-là ; mais M. Goy. en revenant joindre la compagnie, déclara imprudemment tout ce qui s'était passé. Madame de Crussol, outrée d'avoir été trompée si cruellement, en porta ses plaintes. Goy fut mis en prison, et n'en sortit qu'à la réquisition

(lo la p(>rsoniio (|iril avait offenséo. danio rospoetablo par sa naissance.

Le cure de Saint-Jac(jiies de la Boucherie a eu l'imprudence de cautionner un de ses amis pour la somme de 2,000 livres. Cet ami a fait banqueroute. Le curé devait payer, coriime de raison ; mais il est disparu, ot, depuis près de trois mois qu'on en fait des recherches, on n'en a pas encore eu de nouvelles.

On dit que. dans une ville de Bretagne, les religieux de Tordre de Saint-Dominique ont pris querelle entre eux, se sont battus et se sont poursuivis jusque dans la place publique à coups de bâtons.

Le capucin qui a assassiné le père gardien de son couvent a été arrêté ; mais on l'a soustrait à la justice séculière. Toutes ces aventures monacales, très-scandaleuses, ont beaucoup fait tomber le crédit de ces messieurs, jusque parmi le menu peuple.

M. de La Harpe vient de faire imprimer un ouvrage dramatique qui a pour titre Mélanie, et que j'ai l'honneur de vous envoyer, parce que cette pièce mérite, à beaucoup d'égards, d'être lue. M. de Choiseul, à qui elle est dédiée, a donné i.OOO écus à l'auteurpour la faire imprimer; plusieurs personnes disent afin qu'il ne la fît point imprimer ; ce drame n'a pas réuni tous les suffrages. Votre Excellence en jugera. Voici les vers qu'un homme d'esprit a faits à ce sujet : on les attribue à M. Dorât.

Pour la sixième fois, en pleurant Mélanie,

Mon admiralioii se mêle à ma douleur :

Ton drame si touchant, tes vers pleins d'harmonie,

RelentissenI eiicor dans le fond de mon cœur.

Poursuis ta brillante carrière :

Appelé par la gloire, on t'y verra voler.

.lOlRNAL. 277

Tu nous consoleras quelque jonr de Voltaire, Si quelqu'un toutefois peut nous en consoler.

Un satirique a parodié ces vers doucereux en se servant des mêmes rimes.

J'ai lu plus d'une fois ta triste Mélanic, Et je n'ai ressenti ni trouble ni douleur : De tes vers si corrects la pesante harmonie A frappe mon oreille et non touché mon cœiu".

En vain tu poursuis ta carrière :

Sans ailes à la gloire on ne peut pas voler. Nous pleurerons longtemps la perte de Voltaire, Sil ne reste que toi pour nous en consoler.

LAMOUR VENCK.

20 février.

J'envoie à Votre Excellence l'ouvrage que j\ni eu l'honneur de lui proposer pour les fêtes qui vont avoir lieu à l'occasion du mariage de l'archiduchesse. J'appréhende que mes médiocres talents n'aient point servi mon zèle, et ce n'est qu'en tremhlant que j'expose cette faihle production à vos lumières.

J'avais choisi un sujet qui prêtait beaucoup au spectacle; mais je me suis aperçu, en le travaillant, qu'il était plus propre à satisfaire les yeux que l'esprit; qu'il n'y avait pas cette unité ni cette chaleur d'intérêt qui doivent nécessairement attacher, et que le succès dépendait des accessoires. Je ne connaissais point les acteurs qui pouvaient rendre mon ouvrage ; il en fallait beaucoup pour l'exécuter. Ces raisons m'ont fait abandonner l'entreprise.

Voici quoi ôtail mon sujet. J'intitulais ma pièce les Albane, ou V Amour vengé. Votre Excellence connaît les quatre tableaux de l'Albane, le peintre des Grâces. Le premier représente les Amours endormis ; les nymphes do Diane leur coupent los ailes et brisent leurs armes.

Le deuxième, Vénus à sa toilette; le troisième, les Amours forgerons. Je ne me servais pas du quatrième; j'y suppléais par une autre idée plus analogue à mon sujet. Ces différents tableaux me fournissaient quatre entrées de ballets, que je remplissais de la manière suivante :

Première entrée. — Le théâtre représente la forêt de Diane. Cette déesse appelle les nymphes pour la chasse ; elles se rassemblent au bruit des cors, et suivent la déesse.

Scène IL — Endjmion sort d'un taillis où il s'était caché pour admirer Diane : il n'ose s'offrir à ses regards; il gémit de res.sentir pour elle une passion que le respect doit étouffer.

Scène III. — L'Amour paraît, et dit à Endymion qu'il l'a choisi pour remplir sa vengeance; qu'il veut humilier Diane en la rendant amoureuse d'un mortel. Il fait retirer Endymion, cache son arc et son carquois sous des fleurs, et s'éloigne à la vue de deux nymphes.

Scène IV. — Ces deux nymphes sont les compagnes les plus chéries de la déesse; elles se reprochent de n'avoir pas l'té les premières à la suivre. Comme elles se disposent à partir, elles entendent des cris, elles voient un enfant poursuivi par un serpent. Cet enfant est l'Amour ; il implore le secours des nymphes pour le délivrer du serpent, qui continue de le poursuivre. Les nymphes combattent le serpent, qui s'entortille autour d'un arbre et cherche à s'élancer sur l'une et sur l'autre. Il tombe percé de coups, et expire. L'Amour remercie les nymphes sans se faire connaître ; elles lui conseillent de s'éloigner au plus tôt de la

forêt (le Biane, dans la crainte que cette déesse ne le punisse, quoique enfant, d'avoir osé venir sans son ordre dans les lieux qu'elle habite. L'Amour répond qu'il est accablé de fatigue et de sommeil ; les nymphes le font cacher dans une touffe de fleurs.

Diane vient chercher les nymphes; leur émotion les trahit: elles sont contraintes d'avouer qu'elles ont donné asile à un enfant qu'un serpent était près de dévorer. La déesse soupçonne que cet enfant est l'Amour ; elle écarte les fleurs qui le couvrent; elle le voit endormi; elle lui coupe les ailes, tandis que les nymphes brisent son arc et ses llèches qu'elles ont trouvés. 1/ Amour se réveille : Diane l'insulte, appelle toutes ses nymphes pour se réjouir de l'avantage qu'elle vient de remporter sur son ennemi. L'Amour sort accablé de douleur.

Deuxième entrée. — Le théâtre représente un endroit délicieux des jardins de Cythère. Un pavillon à jour, d'ordre corinthien, s'élève au milieu d'un étang couvert de cygnes et de petites barques dorées ornées de fleurs et de banderoles; des Amours les conduisent. Un autre Amour, en planant dans l'air, fait boire les colombes de Vénus dans des coquilles de lapis, où tombe, par cascade, une eau pure de deux urnes soutenues par des figures de naïades placées sur les côtés du pavillon. Vénus est au milieu, devant sa toilette : une Grâce lui présente un miroir, une autre orne sa chevelure ; la troisième noue les rubans de ses brodequins. Les Jeux, les Plaisirs, chantent et dansent sur le devant du théâtre pour célébrer la puissance et les charmes de la déesse de Cythère.

L'Amour interrompt cette fête paf ses sanglots ; il ne peut voler dans les bras de sa mère. Vénus entre dans une banjuc pour venir à lui. L'Amour lui raconte l'outrage que Diane lui a fait; Vénus le console, et lui promet ven-

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geaiu'e. « Tes ailes \ont bientôt renaître aux feux de mes soupirs, lui dit-elle, ot tu forgeras toi-même de nouveaux traits dans les antres de Lemnos. » Elle ordonne aux Plaisirs de continuer la fête pour achever de dissiper les chagrins de son fils ; ensuite elle monte avec lui dans son char attelé de colombes, en commandant aux Amours de les suivre.

Troisième entrée. — Le théâtre représente les- antres de Lemnos ; les forges sont embrasées : on voit l'action de la flamme; d'un côté, elle s'élève en tourbillons, de l'autre elle se répand en étincelles brillantes. On voit çà et là des monceaux d'armes, ouvrages des Cy cl opes. Brontès forge des foudres pour Jupiter ; Stérops et ses compagnons, des glaives pour Mars; ce dieu les anime. Le bruit des marteaux s'unit à une symphonie caractérisée. Des sons plus ^oux annoncent le dieu des Amours; il ordonne aux Cyclopes de suspendre leurs travaux; Mars leur commande de les continuer. Querelle de l'Amour et de Mars ; ils en viennent au combat : le dieu de la guerre est terrassé par l'Amour au moment que Vénus paraît. Cette déesse promet de répondre aux désirs de Mars, s'il veut être favorable à son fils. Mars se retire plein d'es|)oir. Les Cydopes font encore résistance ; les Amours leur arrachent leurs marteaux, et les chassent. Cette action peut produire un ballet singulier et neuf au théâtre! Je ne crois pas cpi'on ait fait encore usage de cette idée. Les Amours s'emparent des forges : les uns excitent le feu, d'autres frappent sur les enclumes: ceux-ci aiguisent des traits, ceux-là les éprouvent sur un cœur qui leur sert de but. sur le bouclier de Mars. Ils prennent Vénus pour juge de leur adiesse; tous se préparent à la vengeance.

Quatrième entrée. — Le théâtre représente un autre endroit de la forêt de Diane. On \oil, ))ar un percé, une

|iartio du nionl Âtlios et l'horizon. Diano entre en se plaignant que rAmour, en traversant les airs, lui a lancé un Irait cruel. Pour s'en venger, elle le brave de nouveau ; elle jure par le Styx d'immoler tous les mortels qui auront l'audace d'approcher de son asile. On vient lui annoncer que Ton a arrêté un berger téméraire i\ue Ton a trouvé caché dans la forêt. Diane ordonne qu'il lui soit amené. On lui présente Endymion. Au moment qu'elle veut le frapper de son dard, elle s'attendrit; l'Amour paraît et les unit. Les Heures viennent inviter Diane à commencer sa carrière. La Nuit lui présente son flambeau ; l'Amour dit ({ue le sien suffit pour éclairer l'univei's, et qu'il va conduire le char de la Lune, tandis que les Plaisirs vont célébrer l'union d'End\ mion et de Diane. Les faunes, les sylvains, s'unissent aux nymphes, et terminent la pièce.

L'hôtel de la Comédie-Italienne, rue Monconseil, ayant besoin de réparation, les comédiens se sont établis aux boulevards, et représentent sur le théâtre où le sieur Fourré fit voir, l'année dernière, la Descente de Junon aux Enfers. Ils y débutèrent, le -4 mai, par les Talents à la mode, suivis de la Soirée des Boulevards, ambigu composé de chants, de danses et de scènes. La demoiselle Catinon * a prononcé un compliment que l'on a applaudi. Los scènes nou\ elles qui sont ajoutées à la Soirée des Boulevards ont fait beaucoup de plaisir, et surtout la dernière. Comme ces augmentations ne sont point imprimées, je joins à cette lettre les deux principales scènes, et une fable qui faisait partie du compliment.

* Mademoiselle Foulquicr, dite Catinon, depuis madame Rivière, était une des actrices les plus goûtées du public, par la décence de son maintien et les grâces naturelles de sa déclamation ; elle joignait à ce laloul celui de la danse, qu'elle possédait à un degré supérieur.

(Extrait du Recueil des Anecdotes dramatiques.)

282 F A VA Ht.

<( Messieurs.

« iNous ne pouvons mieux vous prouver notre ardeur |>our vous plaire qu'en rouvrant notre théâtre par une nouveauté. Puisse-t-elle être digne de votre indulgence ! Vous êtes accoutumés, messieurs, à ne pas nous juger avec sévérité; Vous exigez moins de nous que du théâtre de la Nation, et vous en exigez plus (jue des théâtres de société, où les auteurs et les acteurs sont toujours accueillis; on leur sait gré avec raison de ce qu'ils veulent bien associer leurs amusements avec la bienveillance de leurs amis, et de ce qu'ils tirent parti de leur loisir même pour en offrir un hommage aux talents.

« Vous nous demandez un peu davantage, vous vous ser\ez de vos lumières pour nous empêcher de nous négliger trop, vDus vous servez de vos bontés pour nous encourager.

" C'est ainsi que vous réussissez à former des auteurs, et qu'en vous prêtant à la faiblesse de leurs premiers essais, vous leur donnez des forces pour s'élever un jour.

« Permettez-moi, messieurs, de vous réciter une fable qui me paraît avoir assez de rapport au sujet. »

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