‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 85 sur 88 · UN AL · texte numérisé non relu

UN AL

moi vous-nirin»'. — Très-volontiers, mon clior monsieur. » L<^ bourreau le met en situation; mais, le patient s'étant (l('rangé un pou sans s'en apercevoir, il entend que l'exct'Uteiir dit tout bas au prrtro : « Il se tient mal. » Alors il se retourne en disant : « Eli ! que diable ! placez-moi donc mieux, c'est votre affaire ; si vous me manquez, vous direz encore que ce sera ma faute.)) Il est place* de nouveau. (( Suis-jebien?)) l/exéeuteur lui répond par un coup de sabre (|ui fait voler la trte. On lance ensuite le corps dans le bùiber, et, comme j'ai dit. le Dictionnaire philosophique, parce que M. Lefebvre dcLa Barre s'était vanté de l'avoir lu. Cette exécution me rappelle une anecdocte au sujet de M. de Lali, avant son départ pour le gouvernement de

Pondicbérv; il était à dîner cbez madame de G avec

plusieurs dames et seigneurs de la cour. Il y avait là un vieux militaire à bons mots qui riait et criait par inter- \alles, parce qu'il avait un rbumatisme goutteux qui contrariait sa gaieté. Comme les accès de ses souffrances étaient violents, cbacun s'empressait à indiquer son remède, comme cela se pratique. Une personne de la compagnie dit qu'il n'y en a\ait point de plus efficace que la graisse de pendu, dont il fallait se frotter. Où trouver de la graisse de pendu? Cbez Cbarlot. le bourreau qui demeure à Villeneuve. Remarquez (jue l'on était au dessert; on avait sablé le cbampagne. On fait la partie d'aller cbez Cbarlot. M. de Lali emboîte dans sa voiture le vieux militaire, qui. jurant, criant et souffrant, fut conduit à la maison de M. Cbarlot, ce grand maître des bautes (euvres, qui, fort bonoré de cette visite, donna autant de graisse qu'on en voulut. Après, M. de Lali demanda à voir son cabinet d'bistoire naturelle, qu'on lui avait beaucoup vanté. Cbarlot commença par lui montrer des potences, des cordes, etc.; ensuite il ouvre une petite armoire, il tire un damas, et, le faisant voir à M. de

ôoi ia\ai;t.

Lali : k Tuulco (juc jc\ous ;ii [noscalc jiis|u'i(;i. dit-il, ne sort qu'au supplice de ces gueu\. de ces pauvres diables qui sont fripons, parée (|u'ils n'ont pas le moyen d'être honnêtes gens. Mais voici pour les nobles, voici pour vous, monseigneur , qui êtes un très-honnête gentilhomme. )' M. de Lali et toute sa suite rirent beaucoup de la simplicité de M. Chariot ; mais M. le gouverneur de Pondichor\ aurait pu regarder cela comme un présage.

Si l'on en croit le cri public*, ce M. de Lali était un monstre. On dit que. pendant le siège de Pondichérv. une pauA re femnu'. accablée de misère, vint se prosterner à ses pieds en lui demandant du pain pour trois enfants qu'elle avait. « Tu as trois enfants, et tu te plains, dit ce barbare; mange-les. tu auras de quoi vivre pour plus- de quinze jours »

Mademoiselle Durancy ijuitte l'Opéra pour entrer au Tlié'àire-Franeais; on prétend que c'est une bien digne rivale de mademoiselle Clairon, et que l'on n'a pctint vu de talent plus décidé.

Mademoiselle Lain quitte aussi rO|)('ra; Pilrot \ient. On doit donnei' aujourd'hui, à la Conu-die-Italienne. une iiiècc en vers et en ariettes, intitulée la Cloihclte. Ce sujet est tire de La Fontaine; les paroles sont de M. Anseaume. et la musi<|uc d(^ M. Duni.

Jesens(|ue tout cela ne vous intéresse guère; mais, pour vous dédommager de l'ennui que je vous cause, je vais \ous rapporter une petite aventure, dont j(^ crois que l'on pourrait faire une pièce pour le théâtre anglais. L'acteur principal est très-connu; mais il n'est pas nécessaire que

L:i justilicalion tic M. ilc I-iili par une tour souvorainc, |iiononiéc lou^lenips après son supplice, ilomic pout-clrela mesure du iiiéiite de ce cri public.

.lOl'ISNAI,. .>Uo

je VOUS le il('sigiie aiilremeiU (juc [nw k-ttirs initialos. M. B. était à dîner à sa petite maison de campagne avec une nombreuse compagnie. Au dessert, un laquais lui vient annoncer une vieille dame qui voulait absolument lui parler. (( Dis que je n'y suis pas. — Mais, monsieur... — Va ilonc; veux-tu que j'aille moi-même le dire? — Mais, monsieur... — Quoi? — Elle a avec elle une tille charmante. Oui! fais entrer. » Aussitôt le valet introduit une femme en deuil, suivie d'une jeune demoiselle, modestement vêtue. Sa gorge était couverte d'un ficliu de batiste assez mal joint : elle avait les yeux baissés; mais, pour peu qu'elle li's ouvrit, il en sortait des éclairs qui frappaient M. B. La vieille dit : <i Pardon, pardon, messieurs, mesdames; que la compagnie ne se dérange point, mais c'est que c'est une affaire qui m'intéresse beaucoup, et j'ai besoin de la protection <le monsieur. « Elleeniilele détail d'un procès, où personne ne comprenait rien, parce que tous les regards étaient fixés sur la jeune personne, et. par la même raison. M. B. trouva la cause très-juste. La vieille le pria de passer dans son cabinet pour lui parler en particulier. Quand ils y furent, la bonne lui dit : « Monsieur, mon procès n'est qu'une fable; mais la jeune personne que j'ai avec moi est une réalité. J'ai remarqué l'impression qu'elle a faite sur ^ous, si vous voulez nous faire un sort, vous pouvez disposer de mon élève. «M. B. lui dit » : Serez-vous satisfaite de 4.000 liv. de rente? — C'en est assez, réplique la matrone; demain vous donnerez votre signature, après-demain nous vous demanderons à souper, et vous serez le sultan favori. » Elle rentre dans la chambre où elle avait laissé sa fille, et la ramène à Paris; elle lui déclare l'arrangement qu'elle a fait avec M, B. La fille était sage; elle est fort surprise du discours que lui tient sa mère, car elle la croyait telle; elle lui fait même des reproches très-vifs sur une pareille dé-

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iiijiiclic: « Ma iiiriT. Itiiilil-cllc, xoiis iiTavez toujours doniK' fies principes lionnètes, ali ! pourquoi avez-vous tout d'un coup- changé de caractère'.' L(; respect (|uo j'avais pour vous était pour mon âme une sensation délicieuse; ce que vous me dites est assurément une feinte pour m'éprouver : vous ne voudriez pas me priver du l)onlieur que je sens à vous estimer. » La bonne ne savait que répondre; elle tranche net. « Apprenez que je ne suis pas votre mère; je vous ai achetée de celle qui vous a donné le jour. Vous savez que je n\ii rien épargne' pour votre éducation; il est temps (|ue je recueille le fruit de mes dépenses et des soins que j'ai pris de vous. Allez, mademoiselle, allez vous coucher, et disposez-vous à remplir dès demain mes \olontés. » La pauvre enfant ne put pas fermer l'œil de toute la nuit. « Quel affreux passage! quels sont donc mes parents'.' » Klle prend une résolution, elle se lève avant le jour, tronqxses surveillants, et va se jeter aux pieds du lieutenant de police en lui déclarant sa situation. Ce juge équitable la rassure : « Ma pauvre petite, ne faites semblant de rien, suivez votre prétendue mère chez M. B.. et soyez sûre qu'il n(} vous arrivera rien de fâcheux, je vous en donne ma parole. » Dans cette confiance, elle retourne chez la matrone. (|ui n'était pas encore levée et ne se doutait de rien. Elles vont ensemble au rendez-vous. M. B. avait rassemblé quel- ({ues amis particuliers pour être témoins de sa bonne fortune; car. dans ces sortes de liaisons, il entre moins de plaisir que de vanité'. On se met à table, la conver.sation s'anime, la petite rougit; l'innocence rougirait à moins. Dans un instant de vivacité, on voit entrer un exempt. (( Monsieur, dit-il en «'adressant à M. B.. je sais que vous êtes le maître de rece\ oir chez \ ous ({ui bon vous semble ; mais vous ne connaissez point cette dame et cette jeuni^ fille que vous avez à votre table. J'ai ordre jde les arrêter.

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,1e vais conduire madame à riiopital. cl iiiadeiiioiselle dans le fouvent qu'elle choisira; mais, avant que je sorte d'ici, il faut que cette g.... (montrant la vieille) déclare à l'instant ({uelle est la véritable mère d(! la jeune personne qu'elle a voulu vous prostituer, w La vieille, étonnée, dit en balbutiant que la véritabb' mère é-tait mademoiselle Fré- (It'ric. A ce nom, M. B. porte ses regards sur cette jeune enfant en répétant : « Frédéric! Frédéric! je la vois; elle n'eut qu'un enfant, c'était une fdle; ah! c'est toi, c'est lui ; je te reconnais 1 » Il se précipite dans les bras de la jeune personne. L'exempt, attendri par cette reconnaissance, où l'on voyait tous les sentiments de la nature, laissa la jeune demoiselle à son père, et conduisit la fausse mère dans uue maison de force. M. B. a gagné au change; au lieu d'une maîtresse, il trouve une fille tendre, sage et verlucuse qui servira d'exemple à sa famille.

.le vous envoie une épître de M. de Voltaire qui n'est point encore imprimée. 11 est aisé de voir qu'il n'a eu pour objet que d'accabler notre célèbre Jean-Jacques. Tout le monde se déchaîne aujourd'hui contre le philosophe de Oenè\e. En vous faisant part de cette satire, j'espère que vous ne la rendrez pas publique. 11 est affreux pour des gens qui ])ensent d'aggraver le malheur d'un homme de lettres, à ([ui l'on ne peut rien reprocher qu'une philosophie mal entendue dont il est la victime.

M. (le Marigny, frère de feu madame la marquise de Ponqiadour, vient d'épouser mademoiselle Filleul, qui est un chef-d'œuvre de beauté. On a dit, au sujet de ce mariage, que madame de Marigny était une sirène. Comment cela? C'est qu'une sirène est une belle femme depuis la tète jusqu'à la ceinture, et que le reste est une queue de poisson. Nota que M. de Marigny se nomme Poisson, (H que l'on fait allusion à sa queue.

r,(is l'A VAUT.

Yoiisin'a\('z promis, mon cher Gjirrick, de m'cnvovci' l.i tiadiiciion triino comédio anglaise d'Olwrai ou de Dry- (h'n. Je ne me souviens plus du titre; mais le sujet est un mari qui oldige sa femme do céder aux instances de sou ii\al. Comme j'ai un sujet à peu près semblaMe. je ne ferai point scrupule de profiler des beautés de la eouii'die anglaise.

Mes respects à la plus heureuse de toutes les femmes.

Je suis, votre ami avec le plus in\iolaljle attachement.

roKsii'S.

CFl.WSON.

Dans sa préface, un jeune auteur Donnant des lois avec hauteur,

Va jusqu'à l'hyperhole.

Sa préface ne conclut rien.

L'ouvrage tombe, eh bien ! ch hioii Il n'écrit plus, on s'en console.

Eh bien ! eh bien !

Souvent le mal produit un bien :

C'est une bonne écolo.

Dorante, au jeu trop entêté,

Ne craignant point d'être r ndellé.

Perd tout sur sa parole ; l'.liacun le plume ; il n'a plus rien : Il est la dupe, eh bien! ch bien!

Il se corrige, il se console.

Eh bien ! eh bien !

Souvent le mal produit un bien :

C'est une bonne école.

Lison, donne-nous un baiser.

— Nenni ; je dois vous refuser :

Ce serait être folle.

En disant : « Tu n'obtiendras rien, »

Son bonnet tombe, eh bien ! eh bien ! Lison pleure, Jean la console,

Eh bien 1 eh bien !

In petit mal fait un grand bien :

C'est une bonne école.

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