‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 15 sur 236 · XVII. SUR M. J. CHÉNIER · texte numérisé non relu

XVII. SUR M. J. CHÉNIER

Ceux-là même, dans loiiibre armant la calomnie,

Me reprocheut le sang d'un frère iiiforliiné,

Qu'avec la ralomnie ils ont assassine !

L'injustice aj^andit une âme libre et fière.

Ces reptiles hideux, sifflant dans la poussière.

F.n vain sèment le trouble entre son ombre et moi :

Scélérats ! contre vous elle invoque la loi.

Hélas 1 pour arrache." la victime aux supplices,

De mes pleurs chaque jour fatiguant vos complices,

J'ai conrhé devant eux mon front humilié ;

Mais ils vous ressemblaient : ils étaient sans pitié.

.Si, le jour où tomba leur puissance arbitraire.

Des fers et de la mort je n'ai sauvé qu'un fière.

Qu'au fond des noirs cachots Dumont avait plonge.

Et qui deux jours plus tard périssait égorgé,

Auprès d'.^ndré Chénier avant que de descendre.

J'élèverai la tombe où manquera sa cendre,

!\Iais où vivront du moins, et son doux souvenir,

F,t sa gloire, et ses vers, dictés pour l'avenir.

L'a, quand de thermidor la septième journée

Sous les feux du Lion ramènera l'anuée,

O mon frère! je veux, relisant tes écrits.

Chanter l'hvmne funèbre à tes mânes proscrits.

Là, tu verras souvent près de ton mausolée,

Tes frères gémissans , ta mère désolée ,

Quelques amis des arts, un peu d'ombre, et des fleurs;

Et ton jeune laurier grandira sous mes p1eui\s.

Je le demande à madame de Genlis : en conscience, l'auteur de ces vei^s là peut-il être, de quelque façon que ce soit, coupable d'un fratricide? Qu'elle ne s'obsline donc pas à se faire léclio du ne calomnie désavouée parles gens même qui font fabriquée, 1 écho des plus dégoûtantes déclamations révolutionnaires.'* Tarder plus long-tems à se rétracter, ne serait-ce pas manquer de bonne foi, et, qui pis est peut-être pour une dame de si bon ton, manquer de bon goût?

Pour épuiser tout ce i[in nous reste à dire au sujet

A L'ÉDITEUR. xix

des attaques que livre madame de Genlis à la mémoire de Chënier, nous l'engagerons aussi à s'assurer de la vérité des anecdotes dans lesquelles elle le fait figurer, ou du moins à ne pas les dénaturer, en altérant leurs détails, comme elle le fait dans Tanecdote suivante.

« Cette horrible exagération d'une mauvaise action , « dit-elle à la suite de l'imputation que nous venons de « signaler, donna lieu à une anecdote tîTs-vroie et très- « curieuse. La célèbre actrice mademoiselle Dumesnil « existait encore à cette époque; mais elle était très- « vieille. M. Cbénier, sans l'avoir jamais vue, sans se « /aù'e anno/icei', se rendit un matin chez elle. Il la « trouva dans son lit, et si souffrante qu'elle ne répon- « dit rien à ce qu'il lui dit d'obligeant. Cependant, « M. Chënier la conjura de lui dire uniquement un « vers, un seul vers d'une tragédie, afin, disait-il, qu'il « pût se vanter de l'avoir entendue déclamer. Mademoi- « selle Dumesnil, faisant un effort sur elle-même, lui « adressa ce vers de lun de ses plus beaux rôles :

•< Approcliez-vous , Néron , et prenez votre pince. >■

Madame de Genlis aurait tort de mettre historique au bas de cette histoire. Rien de moins exact que cette version. Le hasard a vordu que j'aie eu connaissance de la visite faite par Cliénier à mademoiselle Dumesnil, le jour même où elle a eu lieu ; et que j'en aie tenu le récit de Dugazon, qui, avec madame Yestris, avait servi d'introducteur à Chénier près de la camarade de Lekain. Il en résulte d'abord que Chénier ne se présenta pas seul; il en résulte de plus que, si, pressée vivement

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