‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 16 sur 236 · XX SUR M. J. CHÉNIER · texte numérisé non relu

XX SUR M. J. CHÉNIER

par lui et par eux de déclamer quelque chose, mademoiselle Dumesnil , qui les avait reçus avec obligeance , déclama le vers cité par madame de Genlis, et le déclama avec un accent admirable, ce fut sans aucune intention malveillante. Le hasard seul avait placé sur ses lèvres ce vers qu'elle récita pour complaire à un poète illustre, dont elle réclamait, en ce moment même, le crédit , par suite de l'état de détresse où la révolution l'avait jetée '. Peut-être mademoiselle Dumesnil, dans l'isolement où elle vivait, ignorait-elle même l'existence des calomnies exhumées aujourd'hui par madame de Genlis. Enfin , l'espèce d'énergie que supposerait l'intention qu'on lui prête est tout- à -fait incompatible avec la bonté qui faisait le fond de son caractère, bonté que le tems ne fait qu'accroître dans les bons cœurs, et qui est la véritable grâce de la vieillesse.

Tout cela se passait, au reste, pendant que madame de Genlis habitait Altona. Les nouvelles de France ne lui arrivaient pas là sans avoir été altérées par l'esprit de parti : elle est donc excusable d'avoir cru ces faits quand on les lui a racontés; mais est-elle excusable.

I. Dans la séance du 14 nivôse an III, Cliénier, rapporteur du Comité d'instruction publique, présenta à la Convention un décret sur les gratifications pécuniaires à accorder aux gens de lettres et auv artistes les plus distingués. Le décret fut adopté à l'unanimité; et mademoiselle Dumesnil , qui figurait en tête de la liste des principaux artistes et gens de lettres , reçut une somme de trois mille livres. Voyez le tome V des OEuvrcs anciennes de M. J. Chc'uier. (Note de l'Éditeur.^

A L'EDITEUR. xxj

quand elle s'est déterminée ù les écrire, de les avoir donnés pour véritables, sans s'être assurée s'ils étaient en effet conformes à la vérité ?

Revenons à Ghénier. La chute de Roberspierre rendit aussi la liberté au théâtre. L'interdit dont certaines pièces avaient été frappées par sa censure, car il avait eu aussi la sienne, étant levé, le Théâtre-Français songea à reprendre les répétitions de Timoléon. Chénier, à qui l'on redemanda la pièce, répondit qu'elle était anéantie; il le croyait: il se trompait. Une infidélité la lui avait conservée : le copiste, chargé de la transcrire, en avait fait un double manuscrit à l'insu de l'auteur, et l'avait remis à madame Vestris, qui l'avait conservé secrètement.

Peut-être eût-il mieux valu pour Ghénier que Timoléon ne se fut pas retrouvé; car, bien que la représentation de cette tragédie ait ajouté à la réputation de son auteur, la satisfaction quil en reçut ne compensa pas à beaucoup près les chagrins qu'elle lui attira. Ses ennemis se prévalurent de 1 événement rappelé dans cette pièce, pour élever contre lui les accusations que nous avons réfutées. Comment, dira-t-on, ne l'a -t- il pas prévu? C'est qu'il est des accusations auxquelles on ne se trouve exposé que parce qu'on n'imagine pas que le public puisse admettre la possibilité du fait qu'elles supposent.

Pendant l'intervalle qui s'écoula entre la destruction du gouvernement coiwentionnel et VmsVcxWaXion du gouvernement directorial^ loin d'avoir été par l'ingratitude dégoûté du plaisir d'obliger, Chénier s'obstina à rester

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