XXII SUR M. J. CHENIER
p;irmi les législateurs les plus ardens à réparer le mal dû au régime de la terreur. Aucun ne se montra plus empressé que lui à consoler les familles, à défendre les opprimés, à encourager les artistes. C'est sur son rapport que la France fut rouverte aux premiers patriotes qui avaient été punis par l'exil de leur dévouement à la monarchie constitutionnelle; c'est sur son rappoi't que la sollicitude nationale vint au secours d'une foule de savans , de littérateurs et d'artistes victimes du malheur des tems; c'est sur son rapport que fut créé le conservatoire de musique ; c'est sur son rapport que les académies ressuscitèrent pour mettre leurs gloires diverses en commun , et former désormais un même corps sous le nom d'Institut national.
Des arts abandonnés réparant l'infortune , J'ai de leur souvenir einbelli la tribune. Talleyrand méconnu dans l'exil a gémi ; Il était malheureux; je devins son ami. Un décret du Sénat le rendit à la France.
( Épitre sur la CalomiiU. )
L'exécration que Chénier portait à la tyrannie démagogique n'altérait pas cependant son amour pour la liberté. Les partis qui, pour détruire la république, se prévalaient des maux qui accablaient la France depuis l'existence de la république le trouvaient toujours inébranlable à la menace, et inaccessible à la séduction. Il ne se prononça pus moins énergiquement contre eux qu'il ne s'était prononcé contre les suppôts de la terreur. On en vint aux mains. La journée du i3 vendémiaire, qui décida la querelle, n'avait fait qu'enflammer son animosité contre les provocateurs de cette insurrection; mais cette ani-
A L'EDITEUR. xxiii
inosité ne se prolongea pas au-delà du combat : la victoire décidée, on le vit s'empresser à relever les vaincus sur le champ de bataille.
Forcé, par suite de mes opinions qui avaient plus d'analogie avec celles des vaincus qu'avec celles des vainqueurs, à recourir pour les premiers à l'obligeance de Chénier, j'eus, dans leur intérêt, de fréquens rapports avec lui à cette occasion. Je dois le déclarer : je ne l'ai pas trouvé moins secourable pour les ennemis de sa personne que pour ceux de son parti ,• je lui ai vu prendre vivement la défense des hommes qui l'avaient le plus outrageusement déchiré, et qui ne se seraient pas probablement monti'és aussi généreux envers lui , si la chance eût tourné différemment.
Au nombre de ces hommes était La Harpe. Tourmenté surtout du besoin d'occuper l'attention publique , La Harpe, qui n'avait pas changé de caractère en changeant de drapeaux, s'efforçait alors d obtenir dans le parti religieux, par un fanatisme outré, l'importance qu'il n'avait pas obtenue, par l'exagération de ses opinions philosophiques , parmi les révolutionnaires. Toujours virulent, et déclamant en bonnet carré contre les doctrines qu'il avait professées en bonnet rouge, il avait donné mille moyens de le perdre à un gouvernement qui savait n'avoir pas d'ennemi plus acharné. Chénier ne craignit pas de s'exposer au ressentiment de ses propres collègues, en se faisant dans les commissions de gouvernement le défenseur de La Harpe. 11 le sauva de la proscription j et il savait bien que ce n'était pas un ami qu'il sauvait.