‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 25 sur 236 · scène · texte numérisé non relu

scène

Il lui reste son fils.

Ibid., scène iv, page 271 . vers 2.

La touchante harangue qu'il adresse aux sénateurs respire la vertu , l'amour filial et le respect des chagrins d'une illustre veuve, pour laquelle il sait accorder les plus nobles déférences avec les expressions du zèle qui l'enhardit à défendre son père. La réplique d'Agrippine ne le cède point en dignité généreuse à ces beaux sentimens. Aussi le tyran, contraint à louer des combats de grandeur qui lui font ombrage, se hâte de réprimer ces mouvemens de la nature soulevée autour de lui; et, prompt à faire taire le bruit des afflictions qui l'importunent , il dissout l'assemblée , en prescrivant à tous de surmonter les regrets, à son exemple, et d'honorer Germanicus par l'effort d'un courage digne de lui.

Il blâmerait lui-même un lony abattement. Les princes, les héros, ces astres d'un moment, Vont s'éteindre à jamais dans la nuit éternelle ; Mais Rome leur survit : Rome est seule immortelle.

Ihid. ibid. , page 273, vers 21 et siiiv.

Le développement politique de cette époque du despotisme impérial ne ralentit point, au troisième acte, le cours de l'action. Tibère, long-tems sage gouverneur de Rhodes, général vainqueur chez les Parthes et dans l'Illyrie, étudia dès sa

Œuvres anciennes. I. '-i

ï8 ANALYSE RAISONMÉE

jeunesse les mouvemens des armées et des "villes ; il apprit comment les factions perpétuent les murmures, et interprètent les sévérités du pouvoir, érigent les rebelles en vengeurs, leurs partisans en vertueux opprimés, et leurs chefs en idoles. Il sait avec quel art elles en exagèrent la réputation et les souffrances dans le souvenir, pour qu'à défaut de patrons, qu'ils n'ont plus, mille cliens égarés s'arment au nom de fantômes; pour que les cris élevés contre des proscriptions supposées leur prêtent ensuite des raisons plausibles de proscrire. Ces fausses lamentations des partis, qui glacent la compassion méritée, et qui déshonorent les accens du malheur ; ces exaltations menteuses, ces impostures qui éternisent les troubles des États, et qui ne sont que les imitations intéressées des douleurs produites par les vraies calamités publiques : Tibère, qui en mesura tous les dangers, ose, après son attentat, les attribuer au sincère désespoir d'Agrippine, qu'il a consternée d'un réel sujet de pleurs. 11 lui reproche l'appareil de son deuil, la durée de ses soupirs, la pitié que les cités lui montrent, le cortège des fils qui la suivent , et les prières qu'elle lui adresse en faveur de leurs droits de fraternité avec Drusus. Les démonstrations de la fierté maternelle qui l'anime tendrement pour eux ne paraissent à Tibère que celles d'un orgueil jaloux de les élever

à l'empire. Ses soupçons enveniment le langage de tous les transports naturels. Tout aigrit son âme basse. A peine se retrouve-t-il seul avec Séjan qu'il lui parle du jeune Caùis, qu'une mère éplorée vient de recommander à son adoption : cet enfant que déjà l'aveuglement du peuple idolâtre par avance, à titre d'héritier d'un héros; ce monstre naissant, dont il a pénétré la méchanceté, plaît à sa rage pour lui succéder sur le trône :

Puisse Rome , en effet , tomber eut re ses mains ! Ma haine avec plaisir le conserve aux Romains. Timides artisans des discordes civiles , Rebelles en secret, publiquement serviles, Du sein de leur bassesse ils osent m'outrager : C'est en me succédant qu'il pourra me venger. Écrasés par le fils, ils maudiront le père, Et, sous Caligula, regretteront Tibère.

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