‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 26 sur 236 · Acte III, scène it, pajje 283 , vers i5 et suiv · texte numérisé non relu

Acte III, scène it, pajje 283 , vers i5 et suiv

Séjan se montre son émule exécrable, en l'invitant pour l'honneur de l'Etat à prolonger son règne, en lui confirmant qu'il a pour soutiens l'or, les dignités et les proscriptions; en lui déroulant une liste de lâches suppôts, desquels il acheta les délations passées et futures qui le servirent déjà contre Silius et Silanus, et qui l'aideront à faire des coupables de l'historien Crémutius, dont il redoute le témoignage devant la postérité ; du poète Scaurus, de qui les tragédies frappent d allusions sa conscience épouvantée, et de tous les

20 ANALYSE RATSONNÉE

citoyens qui méprisent encore la foule avilie dont les pensées lui sont vendues: car nulle particularité de sa lâche surveillance n'est omise ; et chacun de ces détails est si bien touché dans la pièce qu'ils ne dégradent point la noblesse du cothurne.

Ici commence une des plus belles scènes entre l'Empereur et Pison : ce courtisan menacé de périr par la loi de l'État qu'il a bravée d'après l'ordre de son maître, effrayé de voir son collègue Séjan s'armer pour Agrippine, leur commune adversaire, par l'effet de ces infidélités habituelles entre les agens du despotisme; enfin, réduit par le désespoir à essayer les moyens de la témérité devant l'Empereur, qui veut le payer légalement de ses services par un procès capital ; ce courtisan, dis-je, victime de son zèle honteux, engage avec lui la conférence la plus hardie. Là, chaque interlocution , chaque repartie , tend au but le plus moralement dramatique , ainsi qu'à la peinture des mœurs de Rome. On y voit l'empire fortifier ses abus des lois judiciaires de la république, et surtout en conserver l'influence des accusations. Nous n'aurons besoin que de citer quelques fragmens de cette scène pour en faire admirer la beauté.

PISON

César, fant-il aussi punir tous les coupables?

DU THEATRE DE CHENIER. ui

TIBÈRE

Sur des preuves, saus doute : ainsi le veut ia loi.

p 1 s o N> César seia puni.

TIBERE

Qui l'accuserait?

p ISO N.

Moi, Ses ordres à la main : je les ai.

TIBÈRE

Téméraire !

Vous les avez gardés?

PISON

Je connaissais Tibère.

TIBÈRE

Et des audacieux connaissez- vous le sort?

PISON

Vous ne pouvez, César, commander que ma mort.

On verra si Pison brave les destinées.

Ou s'il a dans les camps perdu quarante années.

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