II. — Œuvres polém. et dit
de Savoie porte malheureusement l'empreinte de ce misérable esprit de rivalité contre l'Église, fondé sur les doctrines gallicanes et jansénistes. Ouvrez les annales du Grand- Saint-Bernard, et vous y verrez les descendants de ce vieux comte de Maurienne qui, au treizième siècle, se nommait le bon avocat et le défenseur dévoué des frères du Mont-Jouy; vous les verrez poursuivre pendant deux cents an3 une série de spoliations et de vexations, avec l'aide des légistes monarchiques du sénat de Chambéry, pour enlever la liberté des élections à la fondation de saint Bernard de Menthon, aujourd'hui victime de la cupidité radicale. Ouvrez l'histoire de Sicile, et vous y verrez Yictor-Amédée Ier inaugurer sa nouvelle royauté 1 par une lutte acrimonieuse et inique contre Clément XI et la suzeraineté du saint-siége sur cette île. Il y a des gens naïfs qui se figurent que tout le mal, en Piémont ou ailleurs, vient de ce qu'il y a des chambres, des journaux, une vie politique et publique. Mais s'il n'y avait qu'un roi, imbu de même esprit , il y mettrait encore bien moins de façon. Les mêmes actes se commettraient sans discussion et sans délai; les victimes seraient bâillonnées avant d'être immolées. On n'entendrait ni protestation ni murmure ; on ne verrait aucune de ces démonstrations qui honorent l'Église, qui propagent et fortifient l'esprit catholique. Cela ne se passait pas autrement au dernier siècle, quand rien ne gênait plus l'exercice de la prérogative royale, quand la doctrine de Yautorité était seule reconnue et prêchée.
Mais je soupçonne très-fort ceux qui se font de la conduite actuelle du Piémont envers l'Église un argument contre le gouvernement constitutionnel, de n'avoir jamais ouvert une page de l'histoire d'Italie antérieure à la révolution française.
' Il fut obligé, en 1718, d'échanger la Sicile contre la Sardaigne, mais en conservant le titre de roi.
De nos jours, on ne lit guère l'histoire, on la refait, chaque matin, à son gré ou au gré du paradoxe qu'on soutient. Disons toutefois, pour ceux qui attachent encore quelque prix à ses leçons, que MM. de Cayour, Brofferio et compagnie sont de bien petits garçons auprès des ministres de la royauté illimitée du dix-huitième siècle, et que les parlementaires du Piémont ont encore fort à faire avant d'égaler les modèles que leur ont fournis, en Italie même, les princes de la maison d'Autriche et de Bourbon. Tout ce qu'ils font n'est et ne sera qu'une contrefaçon assez pâle des actes commis en Lombardie par Joseph II, et en Toscane par Pierre-Léopold, avec l'aide de Tamburini et de l'université janséniste de Pavie, de Ricci et du synode hérétique de Pistoie. Ils ne commettront pas plus de spoliations et de violences que ces deux souverains absolus; et j'affirme qu'ils n'iront pas, comme le grand-duc de Toscane, jusqu'à imposera tout le clergé la prétendue doctrine de saint Augustin sur la grâce 1 .
Il n'y avait pas de parlement à Naples, lorsque le marquis Tannucci, premier ministre pendant deux règnes, usa de son autorité absolue pour abolir la propriété et la juridiction ecclésiastiques, ainsi que les recours à Rome; pour interdire la publication et la circulation des actes du saint-siége ; pour, faire jeter au delà des frontières quatre cents religieux sans reproche; et, enfin, pour ériger des sièges épiscopaux : le tout sans daigner consulter ni écouter le pape. 11 n'y en avait pas en Espagne, lorsque Charles III, transféré de Naples à Madrid, laissait gouverner l'Espagne et garrotter l'Église par d'Aranda et Campomanes; lorsqu'il ordonnait l'expulsion de tous les jésuites de son immense empire; de tous, au nombre de six mille, en un seul jour; et cela, pour des motifs que Sa Ma-
1 César Canto. Bisloire de cent ans, t. I, p 405, édition italienne.
jesté tient renfermés dans son auguste cœur, dit le décret, mais dont Sa Majesté n'a pas daigné révéler le secret à la postérité *. 11 n'existait plus, en Espagne, un seul corps, une seule force capable de résister à cet acte de monstrueuse tyrannie. Pas un seul Espagnol n'eut le droit ni le cœur de se plaindre ! l'iniquité fut consommée en plein jour, et tous les souverains catholiques de l'Europe l'applaudirent ou l'imitèrent.
Que l'on demande au P. de Ravignan, ou à tout autre jésuite de nos jours , ce qu'ils préfèrent : être pris à l'improviste dans leur oratoire ou au confessionnal, sans qu'on leur permette d'emporter autre chose que leur bréviaire, et être jetés au fond de cale d'un vaisseau pour être transportés dans les État3 romains, avec peine de mort contre toute tentative de retour et de correspondance, ou bien subir l'ordre du jour provoqué par M. Thiers, le 3 mai 1845, et la dispersion Active obtenue de leur général par M. Rossi, ce qui a été le maximum des violences parlementaires de notre temps contre les soldats les plus exposés de l'Église.
Il n'y avait pas, dans ces temps antéconstitutionnels , il n'y avait pas jusqu'au petit duc de Parme qui, dans son petit fief du Saint-Siège 2, et vingt ans avant Joseph II, ne tran-
1 En revanche, dans l'ordre royal du 2 avril 1767, adressé à toutes les autorités de l'Espagne, on lit ces mots : « Si, après l'embarquement, il existait encore un $eul jésuite, même malade ou moribond, dam voire département, tout seret puni de mort. Moi le Roi. » C'est ce que son ministre D. Manuel de Roda appelait l'opération césarienne. Ce ministre du Roi Catholique écrivait au duc de Choiseul , premier ministre du Roi Très-Chrétien , le 17 avril 1767 : « Succès complet : l'opération n'a rien laissé à désirer. Nous avons tué l'en- * fant; il ne nous reste plus qu'à en faire autant à la mère, notre sainte « Église romaine. > (Cm£tineau-Joly, Clément IIV et les Jésuites, p. 178-2850
1 Le duché de Parme avait été créé par Paul III pour la maison Farnése, et à titre exprès de fief perpétuel du Saint-Siège.
chât du pontife, en interdisant toute offrande et toute correspondance avec Rome.
L'ordre de Malte lui-même, qui netait autre chose qu'une corporation religieuse et nobiliaire, se croyait obligé, en sa qualité de souverain, d'imiter les rois et les empereurs. Lui aussi voulut soumettre à son placet les décrets pontificaux, réduire et supprimer les privilèges ecclésiastiques, jusqu'à ce que Pie VI se vit obligé de dire à l'ambassadeur du grand maître Emmanuel de Rohan : « Qu'est-ce que votre ordre, « si ce n'est un corps privilégié? Nous vous avons toléré a jusqu'ici ; mais, puisque les privilèges doivent être abolis, « que votre ordre soit aboli avec les autres 1 . » Dix ans après, le général Bonaparte se chargeait d'exécuter la sentence 2.
Dans le cercle étroit où la monarchie tendait de plus en plus à renfermer la libre action de l'Église, respectait-on au moins sa discipline, sa dignité, sa pureté? Non : la reine d'Espagne, la femme de Philippe V, arrachait à Clément XII l'archevêché de Tolède, le plus riche et peut-être le plus important de la chrétienté, pour son fils, âgé de sept ans l Et ce n'était pas seulement le régent d'Orléans, c'étaient presque tous les rois catholiques, dit l'historiographe officiel de la cour romaine, qui violentèrent la conscience d'Innocent XIII, en le contraignant de donner le chapeau de cardinal à l'abbé Dubois 3 , déjà successeur de Fénelon sur le siège de Cambrai!
Absorbé par les souvenirs des hauts faits de ces grandes
1 Panza Vecchia, YUltimo periodo délia ttoria di MalUt, 1835, p. 279.
' Dans sa fameuse conversation avec les députés de l'ordre, qui avait fini par se mettre sous la protection de la Russie , Bonaparte leur reprocha leur eondettendanee pour Ut $chitmatique$. Et lui allait en Egypte y faire des proclamations en l'honneur de Mahomet et du Coran !
'Innocentius XIII, efflagitante Gallorum rege, et quod rarum est, in id etiam incumbentibus caeteris fere omnibus calholic s principibus, hac die 16 julii 1721, eum in sacrum cardinalium collegium invexit. Ciacconius.
monarchies, j'oubliais le Portugal, ce Portugal dont on nous objectait tout récemment la honte, la misère, le désordre, sous le régime constitutionnel. Mais, si l'on veut bien s en souvenir, il n'y avait ni constitution, ni parlement, ni système représentatif, lorsque Poinbal, investi de la toute-puissance royale, commit contre les jésuites les atrocités que chacun sait. Mais ce qu'on paraît ne pas savoir du tout, c est le système suivi par la monarchie absolue en Portugal contre l'Église tout entière, non-seulement pendant le règne de ce ministre, mais après sa chute, et jusqu'à l'invasion française, sous la pieuse reine Marie, pieuse au point d'être devenue folle par scrupule de dévotion *. Ce qu'on ne sait pas, c'est l'histoire de ce saint évèque de Coïmbre 2, qui, seul de tout l'épiscopat portugais, osa résister au tyran, qui, pour avoir voulu prémunir ses ouailles contre les doctrines de Fébronius et d'Ellies Dupin, fut enlevé de son siège, déclaré mort civilement, et plongé, pendant quinze ans, dans un cachot, sous le Tage. Ce qu'on ne sait pas enfin, c'est que, dans ce royaume Très-Fidèle, toute relation avec le Saint-Siège était interdite, et punie comme un crime de lèse-majesté ; que la théologie janséniste régnait seule dans les universités; que les évêques et les ordres religieux étaient tous courbés sous le joug d'un oratorien qui, après avoir d'abord prêché l'abolition de l'inquisition, avait fini par se faire nommer lui-même grand inquisiteur, afin de mieux assurer le triomphe de sa secte et de mieux conduire la guerre contre Rome. L'illustre cardinal Pacca, qui nous a fait connaître tous ces faits et bien d'autres, ajoute que, pendant les sept années que dura sa nonciature à Lisbonne, il n'y vit pas paraître un seul livre favorable aux droits de l'Église.
• Pacca, Nuntiatura di Lisbona p. 20. J D. Michel dell' Ànouiuiala Ibid., p. 34.
Le mal est encore grand en Portugal : je ne l'ai que trop vu par moi-même; mais il est peut-être moindre qu alors, et c'est alors, et non aujourd'hui, qu'il est né.
Voilà l'histoire ! non pas l'histoire travestie au gré de certaines théories et d'un enseignement déloyal et superficiel, mais l'histoire prise sur le fait, et recueillie par les témoins les moins suspects.
Tels sont donc, tels étaient du moins les avantages que les gouvernements antiparlementaires procuraient à l'Église. On nous permettra de ne pas les regretter, et surtout de ne pas désirer le retour d'un régime qui, dans les pays les plus catholiques du monde, ouvrait le sacré collège à Dubois, livrait l'Église à Pombal, et l'État à Godoy. On nous permettra de lui préférer, malgré les misères incontestables des choses et des hommes, le régime qui a ouvert la presse à Balmès et la tribune à Donoso Cortès.
Et notez bien que tout cela se passait, non pas sous le joug de conquérants barbares et infidèles, mais sous le sceptre de princes tous croyants, pour la plupart pieux, même réguliers dans leurs mœurs, et élevés par des prêtres ou des religieux.
Peut-on croire que la monarchie illimitée produirait aujourd'hui des résultats moins dangereux pour la liberté et la dignité de l'Église? Sans doute, grâce aux mœurs libérales et constitutionnelles, dont l'influence s'est fait sentir au sein des plus douloureux désordres de notre temps, on peut croire que les princes de nos jours reculeraient devant certaines violences extérieures qui n'inspiraient aucun scrupule à leurs grands-pères. Mais que le fond des choses allât mieux, il faudrait être bien crédule pour l'espérer.
Je n'en veux donner que deux indices. On se souvient du traité de la Sainte- Alliance , de cette alliance par laquelle
l'empereur d'Autriche , le roi de Prusse et l'empereur de Russie, après la défaite de Napoléon, prirent Dieu à témoin qu'ils ne voulaient plus régner que pour le bonheur de leurs sujets et le triomphe de la religion chrétienne. Cet acte est certainement un des plus touchants et des plus solennels de l'histoire des rois, et rien n'autorise à élever le moindre doute sur la sincérité des souverains qui y apposèrent leur signature. Le traité fut conclu à Paris en 1815 : les trois autocrates se séparèrent, et s'en retournèrent chacun dans ses États : François 1er, pour y conserver scrupuleusement, pendant ses quarante-cinq ans de règne, la législation de son oncle Joseph II contre l'Église ; Alexandre, pour expulser et dépouiller les jésuites, sans avoir aucun crime à leur reprocher ; Frédéric-Guillaume, pour y entamer contre l'Église le système qui devait aboutir à la prison et à l'exil de l'archevêque de Cologne.
La royauté française ne prit aucune part au traité de la Sainte-Alliance : mais qui pourrait mettre en doute le dévouement des rois de notre siècle à la religion et à l'Église? Depuis longtemps on n'avait vu sur le trône un chrétien aussi accompli, un aussi honnête homme que le roi Charles X. Voici cependant ce qu'écrivait son ambassadeur à Rome, le duc de Laval-Montmorency, chrétien aussi loyal que son maitre, dans une dépêche officielle au sujet du conclave de 1823 : «Les cardinaux français doivent être envoyés, sans « parole de qui que ce soit, sans recommandation, on ose « dire sans conscience, en prenant ce mot dans le sens qui « exprime une vanité occupée de sa propre chose plus que de « celle du Roi... Chacun d'eux, pénétré des sentiments de « fidélité dus au Roi, consentirait à se tromper avec /ta, s'il « se trompait... ils travailleraient à l'œuvre désirée par le « Roi, et recommandée à leur véritable conscience de prélats
AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. 1o3
« placés là par le Roi, et qui n'y seraient pas entrés sans le « Roi 1 . »
J attendrai qu'on me cite de M. Brofferio, ou de tout autre radical parlementaire, un acte plus éloigné de la véritable intelligence des droits de l'Église, que cette naïve déclaration d'un excellent catholique, ambassadeur d'un roi très-chrétien.
Si cela ne suffît pas, je demande la permission de citer cet autre extrait des dépêches d'un ambassadeur du roi de France au ministre des affaires étrangères, pendant le conclave de 1829, où fut élu Pie VIII : « Je n'ai ni argent à donner, ni « places à promettre. Les passions caduques d'une cinquante taine de vieillards ne m'offrent aucune prise sur elles. J'ai « à combattre la bêtise dans les uns, l'ignorance du siècle « dans les autres ; le fanatisme dans ceux-ci, l'astuce et la « duplicité dans ceux-là. . . » Ces paroles sont de M. le vicomte de Chateaubriand, auteur du Génie du Christianisme, et ont été destinées par lui-même à la publicité, dans ses Mémoires d outre- tombe 2.
Je prie instamment mes lecteurs de ne pas me prendre pour un ennemi de la royauté, des races royales ou des hommes monarchiques, parce que je réponds aux détracteurs de la monarchie constitutionnelle et tempérée en racontant à une génération oublieuse les erreurs des rois et de leurs serviteurs; parce que je signale les écueils dont ils n'ont pas toujours su se préserver, et où l'on veut que nous allions de nouveau nous briser.
Je me borne à conclure, de tout ce qui précède, que le
1 Artaud, Bûioire de Lion XII, 1. 1, p. 145, 146. L'auteur, premier secré- " taire d'ambassade du loyal et chevaleresque duc de Laval, cite cette dépêche sans critique ni surprise. Cela lui parait tout simple. ' Dépêche du 15 mars 1829.
gouvernement représentatif n'a pas fait et ne fera jamais autant de mal à l'Église que lui en a fait, souvent sans le vouloir, le pouvoir absolu; que, par conséquent, les catholiques n'ont aucun droit ni aucun intérêt à s'associer aux diatribes des flatteurs de la force contre ce genre de gouvernement. J'en conclus aussi que, presque toujours, les pouvoirs qui ont prétendu protéger l'Église en associant sa cause à celle de la monarchie absolue, ont fini par la compromettre ou l'asservir.
Sauf dans les grandes explosions révolutionnaires, où l'Église subit le sort de la société tout entière, l'expérience prouve que partout où elle a eu à souffrir, dans les temps modernes comme au moyen âge, ç'a été l'œuvre des volontés absolues de quelque prince aveuglé.
Croire que l'on pourra, dans l'état actuel de nos mœurs et de nos lois, conserver la liberté de 1 Église en dehors d'une liberté générale sagement contenue et réglée, c'est une déplorable illusion. Une fois réduite à l'état de privilégiée, elle retombe tôt ou tard à l'état de cliente, de protégée, avec toutes les entraves et toutes les humiliations d'une telle condition.
Vous voulez, dirai-je aux imprudents apologistes de l'ancien régime, vous voulez ressusciter le passé pour le clergé. Mais n'avez-vous donc jamais réfléchi que ce passé pourrait être également ressuscité contre lui? N'avez-vous pas calculé qu'il aurait plus à y perdre qu'à y gagner?
Vous gémissez sur les luttes auxquelles le régime de la liberté a condamné l'Église dans quelques pays ; vous semblez craindre par-dessus tout qu'elles ne recommencent chez nous. Pauvres âmes sans foi , pauvres cœurs sans courage ! Où avez-vous vu que l'Église dût cesser d'être militante ici- ^ bas? Mais la vie entière est une lutte : la vie domestique, la vie privée la plus obscure, qu'est-elle autre chose? Militia
est vita hominis super terram. Et vous auriez la prétention de l'éviter dans la vie publique, dans la vie de l'Église surtout! 11 n'y a qu'un moyen efficace d'éviter la lutte, c'est de supprimer la vie. C'est à quoi l'on était parvenu, à peu de chose près, dans ces royaumes où le despotisme régnait, et creusait en silence l'abîme où la révolution devait tout ensevelir.
Loin de moi d'ailleurs la pensée que les catholiques aient à se poser en chevaliers errants du régime parlementaire ou représentatif! Je ne leur demande pour lui qu'une équitable comparaison avec les régimes qui l'ont précédé et qui pourraient le remplacer, et, à défaut de toute autre justice, je demande au moins l'impassibilité et la dignité du silence.
Je suis loin d'être moi-même l'admirateur sans réserve de ce régime. Je conçois fort bien qu'il n'inspire plus ni la même confiance ni la même estime qu'il y a trente ans. Je ne veux pas plus être rangé parmi ses panégyristes que parmi ses insulteurs posthumes.
Je me borne à croire que, dans un temps comme le nôtre, dans une société pulvérisée par l'esprit démocratique, ce régime si décrié est le seul abri contre le despotisme, et qu'il lui est préférable. Il laisse plus de place au talent, au caractère, à l'honneur, à la conscience. Certes, il ne nous rendra pas le treizième siècle, ni le dix-septième : il n'enfantera pas des Joinville, des Guise, des l'Hôpital, des Saint-Simon; mais au moins nous donnera-t-il autre chose que des muets ou des valets. Que si l'on peut trouver une autre combinaison, une autre forme de gouvernement, qui nous préserve à la fois des périls de la liberté et des abaissements de la servitude, rien de mieux. Je serai des premiers à en saluer l'avènement, car je n'ai pas de parti pris , et je ne crois à aucun système absolu ou éternel. Mais, en attendant cette découverte, je
m'en tiens à l'expérience, qui nous fait voir dans le gouvernement représentatif, dans la monarchie tempérée, un régime dont l'Église s est fort bien trouvée, en comparaison de tout ce qui la précédé. Je ne voudrais pas qu'on immolât le souvenir de ses bienfaits à celui de ses abus, parce que, comme le disait tout récemment le P. Lacordaire, a s'il fallait dé- (( truire tout ce qui engendre des maux et des abus, il ne « resterait rien debout sur la terre, pas même la religion. »