Œuvres poléra. et dW
4 h DES INTÉRÊTS CATHOLIQUES
récs du protestantisme et du libéralisme ; là où cette effrontée avait réussi à se poser en \ietime des jésuites, et profitait de son ignominieux ascendant pour faire renvoyer des conseils du roi et des chaires de l'université des ministres intègres et des savants renommés ; là même, une association catholique pour la défense de la liberté religieuse et de la monarchie constitutionnelle venge noblement les outrages infligés aux catholiques, en maintenant la vieille fidélité du peuple bavarois et en sauvant par l'influence cléricale l'ingrate royauté. Là où s'était pavanée cette association dite de Gustave- Adolphe, qui avait entrepris, sous l'invocation du dévastateur de l'Allemagne , de faire pénétrer le protestantisme jusque dans les derniers refuges de la superstition papale; là même se fondent, s'enracinent, se ramifient chaque jour de plus en plus les grandes associations de Pie IX, de Saint-Charles- Borromée, de Saint-Boniface , marchant de front et à grands pas à la conquête de l'Allemagne, par la foi et la charité. Leurs réunions solennelles et annuelles à Mayence, à Munster, à Ratisbonne, ont à la fois assuré et sanctifié le droit d'association. Leur intelligente initiative combine l'autorité du prêtre avec l'activité du laïque. Leur courageuse persévérance tend à reconstituer l'unité germanique, si vainement arborée par la démocratie, en la fondant sur l'union cordiale et féconde des fidèles de la Prusse, de la Souabe, de la Westphalie, de la Bavière et du Tyrol. Enfin, là où Clément-Auguste voyait des prêtres égarés par l'hermésianisme et des fonctionnaires que la révolution allait bientôt punir de leur aveuglement, braver son autorité et la
• On a déjà presque oublié celte doctrine dangereuse, qui, fomentée avec soin par la bureaucratie et les rationalistes, avait envahi la plupart des facultés de théologie catholique dans l'Allemagne du Nord. Elle tire son nom du docteur Hermès, prêtre et professeur à Bonn, qui prétendait appliquer la méthode de Kant à la théologie.
miner dans le cœur du peuple , un simple vicaire de la métropole', lui-même ancien ouvrier, sans autre ressource que son entraînante éloquence, fonde et propage avec un succès prodigieux l'œuvre du compagnonnage chrétien, sous la forme d'une vaste association pour le bien-être moral et physique des ouvriers 2.
Partout le feu sacré se rallume. Enflammés par l'exemple de la Belgique, des évoques vigilants et dévoués , ayant à leur tête un ancien officier de cavalerie 3, devenu le successeur de saint Boniface sur le siège de Mayence, s occupent d'adjoindre à leurs séminaires des facultés de théologie, où les jeunes lévites pourront se dérober aux dangers des trop fameuses universités de leurs différents pays. En Prusse, un roi protestant, mais intelligent et généreux, a promis que, sous son sceptre, l'Église ne reverrait plus les mauvais jours qu'elle avait eus à déplorer avant lui ; et malgré les apparences contraires, malgré les nouvelles vexations dont il sera question plus loin, nous avons la confiance qu'il tiendra sa parole. En Autriche, un jeune et chevaleresque empereur, à peine sorti de l'adolescence, digne héritier de Ferdinand II et de Marie-Thérèse, destiné, comme elle, à recueillir l'empire sur les bords de l'abîme, et résolu, comme lui, à remplir avant tout son devoir de prince catholique, inaugure son règne par l'abrogation de la législation de Joseph II, et prélude à la victoire de ses armes sur la révolution par l'émancipation complète de l'Église dans ses immenses États 4.
' M. Kôlping 2 Getellenverein.
» Le baron de Ketller, de la maison du dernier grand maître de l'ordre des PorU-Glairtt. Son frère, également officier prussien, vient d'entrer dans l'ordre des capucins.
* Voir l'édit impérial du 12 avril 1850, précédé d'un intelligent rapport du comte de Thun, ministre de l'instruction publique, contre l'ancienne législation, et spécialement contre le Plaeet.
Aussi l'épiscopat autrichien, devenu jadis presque étranger à toutes les sympathies catholiques, derrière cette muraille de la Chine qui le séparait du reste de l'Église, se hâte de rivaliser avec ses frères de France par son dévouement au souverain pontife, par son zèle pour le salut des âmes ; et déjà sa pieuse vigilance se reporte sur les millions de Slaves arrachés par le schisme à l'unité catholique Que si la bureaucratie rationaliste et absolutiste, désolée de voir la religion, renseignement et la charité échapper à son joug, oppose mille obstacle à la réalisation des promesses souveraines; que si la Bavière, inûdèle aux plus belles traditions de son histoire, s obstine à rester en arrière de l'Autriche et même de la Prusse, en entravant l'action de l'Église par une police tracassière et humiliante 2 ; que si les gouvernements badois, mecklembourgeois,et ceux de quelques autres États du second ordre, semblent vouloir s'affubler de la défroque anticléricale que viennent de rejeter les grandes puissances, il n'y a pas là de quoi troubler le courage de nos frères d'Allemagne. La victoire leur restera. Il leur faudra l'acheter par de longs et constants efforts : mais déjà le présent peut leur répondre de l'avenir. Sans doute, il reste encore beaucoup à faire pour arriver à un régime de liberté et d'équité parfaite ; mais déjà le pro-
1 Le prince-évèque de Lavant, en Carinthie, a organisé une union de prières destinée à obtenir la conversion des Gréco-Slaves : dans son mandement du 18 juin 1852, il associe son œuvre à celle qui s'est formée en France pour le même but, et annonce quo Pie IX l'a approuvée et bénie.
2 Voir la réponse du ministre bavarois, du 8 avril 1852, à la réclamation collective des évéques du royaume, en date du 2 décembre 1850. II existe en Bavière un édii de religion, analogue à nos artkle$ oryaniquet, et qui, rendu postérieurement au concordat de 1818, annule arbitrairement plusieurs dispositions essentielles de ce contrat synallagmatique, en empruntant aux traditions gatlicaues et joséphistes les entraves habituelles. Cet édit a eu pour inspirateur un jurisconsulte prolestant, nommé Feuerbach, lequel s'en est vanté dans les mémoires posthumes que vient de publier son fils, le trop célèbre professeur d'athéisme Louis Feuerbach.J
grès est immense. Quand on sort d un précipice en gravissant le flanc d'une montagne escarpée, il est bon de ne pas toujours fixer les yeux sur le sommet, de peur de se laisser aller à la fatigue et au découragement : il convient de se retourner quelquefois pour mesurer tout le chemin qu on a fait depuis le fond de l'abîme, ne fut-ce que pour se rassurer sur ses forces, et pour justifier sa confiance dans le succès définitif.
La Belgique avait conservé plus fidèlement qu'aucun autre peuple les mœurs et les institutions du vieux monde catholique : le moyen âge n'y avait jamais été travesti par l'esprit de cour. Aussi a -t-elle été appelée la première à appliquer les conditions et à recueillir les fruits de l'action catholique dans le monde moderne. Sa nationalité, noblement reconquise, repose sur une constitution que ses enfants catholiques ont eu la gloire de lui donner et de défendre fidèlement jusqu'à ce jour. Elle a consacré tous les vœux et toutes les conquêtes du catholicisme dans les temps modernes : l'indépendance absolue de l'Église, le libre choix des évoques par le vicaire du Christ, la liberté complète de l'enseignement et des associations religieuses. Son territoire s'est graduellement couvert de monastères, de collèges, de fondations pieuses. Seule en Europe, elle a vu renaître une de ces universités comme on en voyait tant aux siècles de foi, uniquement consacrée à l'enseignement et à la défense de la vérité. Certes, le mal n'y est pas vaincu sans retour. Chaque jour, à l aide d une presse effrénée et dont les habitudes sauvages constituent pour la Belgique le plus grave danger, il s'efforce d'y reprendre son empire, d'y rétablir les traditions du joséphisme, et d'y implanter la corruption du matérialisme contemporain. Forclos, par la constitution belge, de ses entreprises ordinaires contre l'enseignement et le droit d'association , il s'en est dédommagé par des atteintes odieuses à la
liberté de la charité. Mais, au moins, le bien peut y combattre à armes égales; et il s'en sert pour maintenir les inappréciables conquêtes de 1830. Quelques esprits craintifs semblent oublier aujourd'hui tous ces bienfaits et toute cette gloire, parce qu'il a fallu les acheter au prix de maint combat ; parce qu'ils ne se peuvent conserver qu'au sein de cette lutte qui est la condition de la vie, et qui tourne quelquefois contre le bien ; parce que le jeu des institutions politiques a dépuillé les catholiques d'un pouvoir dont ils avaient loyalement usé , mais en leur laissant tous les droits qui suffisent à l'honneur et au salut de la religion; parce que là, comme ailleurs, comme presque partout et presque toujours , les fourbes et les audacieux peuvent envahir ou escamoter le gouvernement. Mais nous ne craignons pas la contagion de ce découragement pusillanime : nous avons confiance dans le bon sens, dans l'antique fierté du clergé et du peuple belge. Ils ne chercheront pas un remède dans le despotisme; ils ne soupireront pas après un régime dont ils ont connu et. répudié le péril. Si affligeant que puisse être à leurs yeux l'ascendant politique d'un parti incorrigible, ils le trouveront moins humiliant et moins dangereux que le système qui donnait à Joseph II le droit d'effacer d'un trait de plume toutes les libertés traditionnelles du pays et de l'Église, à Napoléon le pouvoir d'incorporer le grand séminaire de Gand dans un escadron du train d'artillerie et au roi Guillaume 1er l'audace de faire condamner au carcan un évêque coupable de résistance à ses volontés arbitraires 2.
N'oublions pas la Hollande, car, là aussi , de précieux élé-
1 En avril 1813, deux cent Irente-six séminaristes de Gand furent envoyés à Wesel pour y être incorporés au train d'artillerie. Voir le décret du gouvernement provisoire qui leur rend la liberté, en date du 9 avril 1814, au Bulletin des lois, 5< série, t. 1, p. 31.
' Le prince de Broglie, évêque de Gand. S'étanl dérobé par la fuite à la
mente de régénération se présentent et se développent aux yeux de l'observateur étonné. Oui, dans cette Hollande, où la persécution contre les catholiques a été pendant un demisiècle si active et si efficace ; qui a si cruellement pourchassé les missionnaires, les religieux, tous les soldats de la vérité, dans les deux hémisphères, sur terre et sur mer, en Asie comme en Amérique ; qui a anéanti, avec la domination portugaise , les meilleures espérances de l'Église dans les Indes ; et qui , arrivée au terme de ses conquêtes coloniales , était devenue elle-même comme une sorte de colonie d'écrivains incrédules et jansénistes ; dans cette Hollande , où l'existence des catholiques était comme oubliée du monde entier, ils ont peu à peu reconquis la force et l'importance qui conviennent à la moitié d'un peuple. Leur nombre s'élève déjà aux deux cinquièmes de la population entière. La gravité de leurs mœurs, la ferveur de leur foi, leur pieuse munificence, y ont assuré à l'Église une existence considérable et honorée. L'intolérance protestante s'est alarmée de ces progrès imprévus; les vieux réformés de Dordrecht cherchent à voiler le néant où est tombée leur propre doctrine, en maintenant l'ancien joug sur le cou de leurs victimes. Comme la fausse mère du jugement de Salomon, ils réclament la mort de l'enfant qui continue à vivre, pour se consoler d'avoir étouffé la vie chez leur propre progéniture. A la liberté et à l'égalité entre toutes les confessions que garantit en droit la constitution du royaume , et que les rois Louis Ier et Guillaume H avaient essayé de mettre en pratique , on substitue en fait un système d'exclusion universelle, grâce auquel les catholiques sont privés de toute participation aux emplois publics et un
sentence qui le menaçait, il ne fut mis au carcan qu'en effigie, entre deux voleurs le 8 octobre 1817.
1 Sur dix-huit cent dix-huit fonctionnaires rétribués et à la nomination
système de circonscriptions électorales qui les bannit hypocritement de la représentation nationale. Les sociétés secrètes apportent à cette œuvre d'iniquité le concours de leur action perverse et habile. Mais, aidés par la presse et le courage inébranlable de quelques écrivains indépendants , les catholiques n ont pas décliné la lutte : ils ont déjà obtenu la pleine liberté de leurs relations avec Rome; ils disputent pied à pied le terrain que la loi leur assure, que l'arbitraire et le préjugé leur contestent; ils résistent avec cette généreuse persévérance que Dieu ne se lasse pas d'éprouver, mais qu'il se plaît toujours à couronner ; et chaque jour voit s accroître leur nombre et grandir leur courage.
Mais c'est en France surtout que la transformation doit frapper les esprits les plus distraits. Est - ce bien ce même pays qui semblait, il y a trente ans, il y a dix ans même, n'avoir pas assez de répugnance pour l'influence du clergé, pas assez de dédains pour les institutions religieuses? Qu'est devenue cette formidable impopularité dont la moindre manifestation de la pensée ou de l'action catholique était assaillie? Où ont passé ces docteurs, ces écrivains qui trouvaient, dans la résurrection des vieilles diatribes contre les moines et les prêtres, une source intarissable de profits et d'honneurs? On eût dit qu'il n'y avait d'écho, de crédit, de publicité, que pour leurs invectives : et voici que l'Église apparaît plus
du roi, il n'y a quo cent irenle-deux catholique», c'est-à-dire deux sur vingtcinq, au lieu de deux sur cinq, proportion qu'exigerait celle de la population du pays. Dans l'enseignement supérieur, celte disproportion est encore plus révoltante ; il n'y a que deux catholiques sur quatre-vingt-un prolestants. Dans les colonies, l'iniquité atteint les dernières limites. A Curaçao, il n'y a qu'un employé sur treize cent cinquante-deux habitants catholiques, tandis que les prolestants y ont un employé sur quatorze de leurs coreligionnaires. Voir la statistique donnée par le Tijd, en 1848, et l'excellent Mémoire mur ta situation de$ catholique* dan* te* Payt-Ba» depuis leur émancipation, en 1796, par M. Cramer, l'intrépide et infatigable avocat des droits de ses coreligionnaires.
forte, plus aimée, plus populaire qu'à aucune époque de notre histoire moderne! Livres et journaux s'accordaient naguère à exclure la religion de toute discussion sérieuse, à résoudre toutes les questions religieuses par la négation des droits de Dieu, ou à les étouffer par la conspiration du silence. On se souvient du temps où le Constitutionnel accusait le gouvernement de Juillet de tendre au mysticisme , parce que le roi , dans un discours à l'ouverture des Chambres , avait placé le mot de Providence. Et aujourd'hui c'est à qui parlera le plus haut de Dieu, et à qui s'inclinera le plus bas devant l'Église ! Tous les pouvoirs qui se succèdent invoquent son appui et sa sympathie ; tous lui témoignent tour à tour leur respect, leur confiance, leur humble dévouement; tous se disputent Fhonneur de proclamer son indispensable influence, et de relâcher, sinon d'anéantir, ses anciennes entraves. Nous autres, pauvres ilotes de la vie politique, si longtemps méprisés par tous les partis, si longtemps relégués au rang des rêveurs importuns et des pétitionnaires dédaignés, nous avons triomphé, non pas certes pour toujours, ni peut-être jiour longtemps, mais assez pour connaître le secret de notre force et la valeur de notre appui. La liberté de renseignement, si longtemps réclamée en vain, est enfin conquise; elle est votée par les mains mêmes de ceux qui l'avaient le plus opiniâtrement refusée. On offre aux évêques plus de maisons qu'ils n'en peuvent diriger, aux jésuites plus d'élèves qu'ils n'en peuvent instruire. Aux jésuites! avons-nous dit? Oui, ces jésuites, à si peu d'années de tous les efforts tentés à Paris et à Rome pour obtenir leur dispersion, leur extinction complète, les voilà tranquillement investis du seul droit qu'ils aient jamais réclamé : celui de se dévouer au salut des âmes! Les voilà conviés par l'autorité publique elle-même aux missions les plus conformes à l'infatigable flexibilité de leur
institut; au gouvernement des colonies d enfants en Algérie, à la réforme morale des colonies pénales à Cayenne ! Pour les autres ordres religieux, ils se fondent et se développent librement sur le sol dont les bannissaient tant de lois, encore inscrites dans nos codes, et hier encore invoquées contre nous. Nos évêques, à qui Ton interdisait naguère de s'entendre même par écrit, ont pu se réunir librement, et donner à la chrétienté étonnée le spectacle de treize conciles provinciaux, célébrés avec toute la majesté de l'ancien droit, et tous rivalisant de zèle et d'éloquence dans l'expression de leur sollicitude pour les intérêts moraux de la France, de leur dévouement aux prérogatives du saint-siége. Je n'ignore pas que ces conquêtes de la liberté catholique ne sont plus, ou ne sont pas encore, placées sous la sanction des lois; que les articles organiques, si indignement accolés au texte sacré du concordat, ne sont pas abrogés; que plus d'une arme redoutable sommeille dans l'arsenal de la législation; mais, dans un pays où le droit écrit est condamné à subir des variations si promptes et si fréquentes, il est permis de regarder les faits qu'on vient de rappeler comme pourvus d'une autorité sérieuse et incontestable.
Il y a d'ailleurs des faits qui sont des actes, destinés à signaler toute une époque et à prendre rang parmi les plus précieux souvenirs et les plus irrécusables engagements d'une grande nation. Telles sont les éloquentes protestations de dévouement à l'Église que le chef actuel de l'État a si souvent renouvelées depuis sa première candidature à la dignité suprême ; tels sont les témoignages de respect et de sympathie prodigués, dans toutes les occasions, par l'immense majorité de l'Assemblée Constituante et de l'Assemblée Législative, à la religion catholique; telle est l'expédition de Rome, décrétée par nos votes, accomplie par nos armes; telle est sur-
tout cette fin sublime de l'archevêque de Paris, marquée au coin d'une si héroïque simplicité, qui a jeté au milieu de nos discordes civiles un reflet des âges héroïques de l'Église. C'est pour la plus grande gloire du catholicisme et de la France que s'est répandue dans tout l'univers, jusque dans les sierras de l'Amérique espagnole et les îles éparses de la Polynésie, comme la plus touchante et la plus véridique des légendes, l'histoire decetévêque, mort pour F amour de Dieu et des Français
Cependant passons le détroit, et contemplons avec respect et reconnaissance l'un des plus étonnants spectacles que Dieu ait donné au monde. L'Angleterre, cette nation souveraine, héritière et rivale de l'ancienne Rome, par l'étendue de sa puissance, la durable majesté de ses institutions, l'énergie de sa politique, la persévérance de ses desseins; l'Angleterre, si longtemps chère et fidèle à l'Église, puis révoltée contre sa mère, et au sein de son apostasie comblée de toutes les prospérités humaines; l'Angleterre, à qui rien ne résiste, et qui brave avec imprudence et impunité les périls auxquels tous les autres États ont succombé ; cette fière et toute-puissante Angleterre se sent envahie, bravée et vaincue par l'invincible faiblesse de cette Église qu'elle a tant de fois cru anéantir. Elle porte attachée à son flanc, avec le témoignage toujours vivant de sa faute capitale, l'instrument de sa punition, qui peut devenir, quand elle le voudra, celui de la miséricorde divine envers elle. L'Irlande, si longtemps oubliée par toute l'Europe, même catholique, n'a jamais oublié sa foi. Elle a vécu d'un long supplice, martyre de son amour indomptable pour l'Église romaine. Trois siècles de confiscations, de persécutions, de famine, de dégradation, ont passé sur sa tête, sans l'intimider et sans la faire ployer. Elle a fini
' Exergue de la médaille qui fut frappée pour le jour de ses obsèques.
2g DES INTÉRÊTS CATHOLIQUES
par enfanter un vengeur, mais un vengeur à la façon du Christ, qui nous sauve en nous punissant. Un homme s'est rencontré qui, sans avoir jamais exercé aucune fonction officielle, sans avoir jamais demandé ni reçu une faveur, un titre, une décoration, a régné pendant trente ans sur son pays, régné sur les cœurs, sur les bras, sur la bourse même de cinq millions d'hommes. Il a régné, sans jamais avoir fait verser une goutte de sang, sans avoir même engagé une seule lutte violente ou illégale, mais par la seule force de la parole, de cette parole à la fois libre et contenue, que les merveilleuses institutions de l'Angleterre garantissent même aux adversaires de sa domination. Il a régné, et son règne a profité plus que celui d'aucun roi moderne à la cause catholique. Il a reçu de ses concitoyens le nom de libérateur, et la postérité le lui conservera, non pas pour avoir délivré sa patrie, ce que d'autres ont pu faire ailleurs, mais pour avoir délivré l'Ég^se de Dieu dans le plus puissant empire du monde, ce qui n'avait encore été donné à personne. C'est lui qui, avec l'Irlande derrière lui, vient frapper au nom de son peuple à la porte du parlement anglais. Elle s'ouvre, et les catholiques des trois royaumes y entrent avec lui, et pour toujours. Le vainqueur de Napoléon rend les armes au chef moral d'un peuple désarmé, mais devenu invincible par la force du droit, et préludant à la défaite de ses oppresseurs par la victoire qu'il remporte sur sa propre intempérance *. Le grand et
1 L'ivrognerie a été le vice populaire et séculaire de l'Irlande, et, pour ainsi dire, la seule consola; ion de ce peuple dans sa misère. O'Connell avait commencé, lors de son élection à Clare, en 1829, par obtenir de ses électeurs qu'ils renonceraient à toute boisson fermcntée pendant la durée de l'élection; et ce succès fut la plus forte preuve de sa toute puissance. Mais depuis lai a surgi un autre Irlandais, un moine franciscain, le P. Malhew, qui a entrepris de faire prendre à ses compatriotes, au nom de la religion, l'engagement définitif de s'abstenir totalement de liqueurs spiritueases. Les résultats qu'il
glorieux acte de V émancipation catholique, après cinquante ans de débats, est consommé.
La race irlandaise, aussi féconde que fidèle, en se précipitant de toutes parts dans les manufactures, dans les ateliers de travaux publics, dans les colonies surtout, y porte avec elle la vraie foi désormais affranchie; et cet immense empire britannique , répandu dans les cinq parties du monde, et sur lequel on peut dire avec vérité que le soleil ne se couche jamais, devient, comme naguère l'empire romain, une vaste pépinière de sièges épiscopaux et de missions catholiques 1 .
L'Église compte aujourd'hui, dans les pays soumis à la couronne d'Angleterre, quatre-vingt-neuf évéchés ou vicariats apostoliques. Et, pour que l'Angleterre ne soit pas humiliée par cette victoire d'une race étrangère et conquise, Dieu permet qu'il se développe au sein même du clergé anglican un mouvement imprévu et prodigieux vers la tradition, vers l'autorité, vers l'unité romaine. La foi du grand Alfred, de saint Anselme et de saint Thomas de Cantorbéry reprend ses droits dans l'âme de ses fils repentants. Après une longue et vaine lutte, inspirée pai l'espoir insensé de trouver un moyen terme entre la vérité et l'erreur, entre l'unité et la division, l'élite du clergé anglican se détache, et, sacrifiant " bénéfices, richesses, amitiés, famille, vient recruter la milice légitime du sanctuaire, ou édifier le monde par l'humble fer-
a obtenus rappellent les plus beaux temps de la ferveur religieuse. De 1838 à 1842, cinq millions d'Irlandais, tant en Amérique qu'en Irlande, avaient fait entre ses mains le rœu de tempérance, et le produit de l'impôt sur les boissons en Irlande avait diminué d'un tiers. — Uno révolution analogue a été opérée en Allemagne, dans la Silésie, par un capucin polonais, le P. Brzolowski. Il a commencé à introduire les sociétés de tempérance en 1844, et peu après les rapports officiels constataient que, sur les neuf cent mille âmes qui peuplent le gouvernement d'Oppeln, cinq cent mille avaient fait le vœu de tempérance.
' P*t»i, Gerarckia délia S. Chiesa in lutto l'orbe; Roma, 1851.
veur de ses vertus laïques. Nous n'avons jamais partagé les rêves dangereux de ceux qui ont prédit avec une assurance risible la conversion totale et immédiate de 1* Angleterre; nous partageons encore moins les fureurs de ceux qui voudraient réchauffer des antipathies surannées contre une nation si essentielle à la destinée du catholicisme dans le monde entier; mais nous saluons avec bonheur les conquêtes graduelles de la vérité sur ce sol dont elle avait été si longtemps bannie : ces églises, ces couvents, ces écoles surtout, qui, à l'ombre de la liberté d'enseignement la plus complète, surgissent chaque jour à côté des vieilles cathédrales et des vieilles universités fondées par le catholicisme, et dont le catholicisme est exclu ; ces douze évêchés qui subviennent à peine aux besoins spirituels d'un royaume où, il y a cent ans, un seul vicaire apostolique suffisait à une poignée de ûdèlesépars et cachés. Ce sont là les gages d'une renaissance graduelle et assurée. Le retour de l'Angleterre au catholicisme ne dépend plus, comme sous Jacques II, de la volonté d'un souverain, d'une intrigue de cour et de cabinet : il est placé, avec la liberté elle-même, sous la sauvegarde de cette constitution vraiment glorieuse, fondée d'abord par les catholiques, puis sanctionnée à leurs dépens, en 1688, mais devenue aujourd'hui leur bouclier et leur sauvegarde.
Ah! certes le fanatisme de l'hérésie ne se laissera pas vaincre en un jour : les préjugés vulgaires, les appréhensions des hommes d'État, la haine perûde des légistes (presque partout ennemis de l'Église) , préparent encore des embûches et des luttes à la patience et au courage des catholiques anglais. Ils auront plus d'une avanie à subir, plus d'une amende à payer, plus d'une campagne à endurer, comme celle du bili contre les titres ecclésiastiques. Mais rien de tout cela n'aboutira, pas plus que ce bill n'a abouti,
à créer un obstacle sérieux ; rien de tout cela ne changera le fond des choses; rien n'affaiblira la force incomparable que la cause catholique puise dans la publicité, dans l'équité, dans la discussion, dans l'ensemble des mœurs politiques et des institutions libérales de l'Angleterre. Déjà, dans les deux chambres, les hommes d'État les plus éminents, les dépositaires des grands principes politiques de sir Robert Peel, ont généreusement maintenu, au prix de leur popularité du moment, les droits de leurs concitoyens catholiques 1 ; et, depuis les dernières élections , la phalange catholique envoyée par l'Irlande à la chambre des communes devient quelquefois, au milieu delà lutte des partis, maîtresse de la situation. Si ces membres catholiques savent se conduire avec prudence et loyauté, s'il leur naît un chef capable de les guider, l'avenir du catholicisme en Angleterre est assuré. 0 mystère de la miséricorde et de la toute-puissance de Dieu! Il n'y a pas encore un siècle que la première pétition tendant à obtenir l'émancipation des catholiques fut jetée à coups de pied par-dessus la barre de cette même chambre des communes, où les élus des catholiques peuvent être aujourd'hui les arbitres de la politique anglaise!
Enfin, ce qui couronne cette renaissance catholique à laquelle nous avons le bonheur d'assister, c'est la place qu'ont reprise Rome et la papauté dans le monde. Certes il faut remonter bien haut dans l'histoire pour retrouver un temps où le Saint-Siège ait occupé, ému, dominé les esprits, comme
• On sait que M. Cardwell, l'un des collègues de sir Robert Peel au ministère, et plusieurs autres membres distingués de son parti, ont élé exclus du parlement, lors des dernières élections, à cause de leur opposition courageuse au but de lord John Russell contre la hiérarchie catholique. Tout annonce du reste que cette exclusion ne sera que temporaire. Elle se retrouve dans la carrière de Burke et de la plupart des hommes indépendants de tous les pays libres.
depuis que Pie IX y est monté. Destiné, comme celui dont il est le vicaire, à passer, pendant sa vie mortelle, par toutes les vicissitudes de la grandeur et de la douleur, tantôt investi de la popularité la plus enivrante , tantôt assiégé dans son palais, fugitif, exilé, il n'a cessé de fixer les regards du monde et de constater l'incomparable majesté du pontificat romain, soit en réveillant les sympathies des indifférents et des incrédules, soit en provoquant, dans l'épiscopat et chez tous les fidèles 1 , les manifestations d'une union dans l'obéissance et d'une subordination à l'Eglise mère et maîtresse, qui n'a pas été surpassée dans les plus beaux temps du moyen âge. Digne * d aimer et de comprendre la liberté, il a voulu en doter, dans la mesure du juste et du bien, un peuple que les agitations démocratiques en ont rendu profondément incapable. Mais au plus fort des entraînements de cette position difficile, par la célèbre allocution du 29 avril, qui brilla comme un premier rayon de lumière et de vérité à travers les ténèbres de 1848, et en refusant de déclarer la guerre à l'Autriche, il a su montrer que jamais la politique ne lui ferait oublier la sublime neutralité du père commun de toutes les nations. Bien au-dessus des réformes politiques, dont sa sollicitude s'occupait à si juste titre, il a placé les réformes ecclésiastiques et les intérêts spirituels commis à sa garde. Pendant que toute l'Europe se préoccupe de son sort, et pendant que l'on proclame à Rome sa déchéance et la création de la république, lui, calme et libre au fond de son exil, à Gaëte, les yeux fixés sur le ciel, et le cœur uniquement préoccupé du gouvernement des âmes et des devoirs de sa charge apostolique, adresse à tous les évêques de l'univers une bulle destinée à hâter le
Voir le recueil curieux, intitulé l'Orb* eattolico (Rome, 1850, 2 vol. in-4 , et contenant les lettres adressées par divers évéques et autres personnages au pape, pendant son exil à Gaëte.
moment où la doctrine de l'Immaculée Conception sera érigée en article de foi. Ramené dans Rome affranchie par la valeur française, avec le concours des armes de l'Espagne, de l'Autriche et de Naples, il y rétablit son autorité paternelle, à l'ombre de ce drapeau tricolore qui avait jadis présidé à l'enlèvement de Pie VI et de Pie VII. Les secrets de l'avenir sont à Dieu; mais, quelle que soit l'issue de l'occupation française, la prise de Rome et le rétablissement du pouvoir pontifical par l'armée de la république répondent aux plus grands souvenirs de l'Église et de la France. Celui qui a vu nos soldats agenouillés, dans leur force et dans leur simplicité, sur la place du Vatican, inclinant leurs bannières libératrices, ayant devant eux Saint- Pierre, la cathédrale du monde, sous leurs pieds la poussière des martyrs, sur leur tète la main de Pie IX étendue pour les bénir, celui-là peut se dire qu'il a vu le plus beau spectacle que puisse éclairer le soleil ; et il ne lui reste qu'à répéter, avec l'accent d'une reconnaissante admiration, les paroles gravées par Sixte-Quint sur l'obélisque de Néron : Vicrr leo de tribu Juda : fugite,
PARTES ADVERSjE. ChRISTUS VINCIT, ClIRISTUS REGNAT , ChRïS- TTS AB OMNI MALO PLEBEM SUAM DEFEND AT.
— Œuvres polcm. et <liv.