‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 2)Chapitre 37 sur 71 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LA RÉFOKME PARLEMENTAIRE.

Quant à la réforme parlementaire, à celle qui s'est faite il y a vingt-cinq ans, comme à celle dont il sera encore question dès que la paix sera rétablie, elle ne changera rien au fond des choses en Angleterre. La réforme de 1830 a eu pour principal inconvénient de rendre l'accès de la Chambre des communes plus difficile à des jeunes gens de mérite et d'avenir, qui y arrivaient autrefois, comme Burke, Fox et Pitt, par l'appui d'un personnage indépendant, propriétaire d'un bourg ayant la franchise électorale, tandis qu'ils sont aujourd'hui obligés de se dévouer dès leurs débuts aux intérêts du gouvernement, ou aux passions de l'opposition, en recherchant à tout prix une notoriété souvent peu compatible avec la réserve et la dignité de l'homme public. On en a conclu que le niveau général de la Chambre des communes avait baissé depuis lors. Cela peut être : il n'en était pas moins légitime et nécessaire de faire disparaître le scandale des bourgs pourris, et de rétablir une juste proportion entre la représentation des intérêts anciens ou agricoles et celle des intérêts nouveaux ou industriels dans le parlement. Cette réforme n'a fait que répondre à l'accroissement de travail et de richesse qui s'était produit dans les villes et dans les districts manufacturiers du pays. Au point de vue moral et historique on peut déplorer cet accroissement , mais du moment qu'il a été un fait accompli, il était interdit à la politique de n'en pas tenir compte. C'eut été le comble de

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l'injustice et de l'imprudence que de refuser aux populations et aux capitaux créés par le développement du travail mécanique et de l'industrie houillère leur part proportionnelle , dans la représentation nationale. Cette part n'a point été dépassée, et en même temps qu'on admettait à la jouissance de la franchise électorale ces éléments nouveaux , on renforçait l'élément ancien et vital de la puissance publique en augmentant le nombre des fermiers électeurs, et surtout celui des membres du parlement nommés par les comtés, c'est-àdire par la propriété foncière, constituée et consolidée par l'indivision des terres. Celle-ci conserve donc encore la prépondérance dans un système dont heureusement aucune force vive, aucun ensemble d'intérêts, aucun droit, aucun besoin n'est exclu. Notons qu'il a fallu cinquante années d'efforts pour en arriver là â. On pourra encore réduire le nombre des petits bourgs électoraux, mais on ne le fera pas sans donner un équivalent proportionné à la représentation agricole; et tant qu'il en sera ainsi on n'aura rien changé, rien ébranlé de fondamental. Il en serait autrement si on parvenait à changer la proportion actuelle, à prendre pour base unique la population, à livrer à la population flottante, agitée et démoralisée des villes la majorité des choix, à donner pour fondement exclusif à la représentation nationale les mirages et les aberrations du suffrage universel. Ce jour- là. à coup sûr, c'en serait fait du parlement et de l'Angleterre actuelle ; mais d'ici-là, on a le temps d'attendre.

Quant à présent, le parlement reste ce qu'il était, le grand conseil d'un grand peuple, où toutes les passions et tous les préjugés ont droit de séance et de vote , mais où leur iné^i-

• Le second Pill fit son premier discours pour la réforme électorale en 1782, et la réforme ne fat votée que sous le ministère de lord Groy, et sur la proposition de lord John Russell, en 1831 -

table danger rencontre pour contre-poids et pour remède toutes les forces, toutes les lumières et toutes les indépendances que cette race virile et prudente recèle dans son sein. Jusqu'à présent tous les besoins réels y ont trouvé une libre . manifestation ; tous les intérêts sérieux y sont sagement pondérés. Aucune autre forme de gouvernement n'a donné à l'homme plus de chances de rencontrer le juste et le raisonnable, plus de facilités pour éviter Terreur ou pour la réparer.

Que peut-on vouloir de plus? Ne pas permettre à l'instrument de se rouiller ou de se contracter, c'est la sagesse même qui l'ordonne : mais vouloir le briser ou le transformer, ce serait le comble de l'ingratitude et de la folie. Laissons là pour un moment les prévisions de l'avenir, pour jeter un regard sur le spectacle que nous offre la vie actuelle du palais de Westminster.

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