LETTRE A M. LOUIS ULBACH
M. Louis Ulbach publia, le 15 août 1856, dans la Revue de Paris, dont il était rédacteur en chef, un article dans lequel il prenait occasion de la polémique engagée par l'Univers contre M. le comte de Falloux pour diriger contre les chefs de l'ancien parti catholique les plus vives attaques. M. le comte de Montalembert, personnellement attaqué au sujet de sa conduite lors du coup d'État du 2 décembre, adressa à M. Ulbach la lettre suivante, qui parut dans la Revue du t» septembre 1856.
Besançon, le 7 septembre 1856.
Monsieur ,
Je viens seulement d'avoir connaissance de la Bévue de Paris, du 15 août 1856, qui contient un article intitulé : Le parti catholique et ses variations. Vous y citez un passage de l'écrit récent de M. Yeuillot contre M. de Falloux, contenant un prétendu récit de ma conduite lors du coup d'État du 2 décembre 1851. Vous ajoutez que ce récit n'a pas été démenti, et que, par conséquent, il est authentique.
Un homme public, souvent obligé de critiquer les adversaires de ses idées et de ses convictions, doit savoir à son tour supporter la critique, même quand elle est grossière ou perfide. C'est pourquoi je n'ai jamais opposé que le silence aux attaques dirigées contre moi, tant par les écrivains démocratiques que par les rédacteurs de Y Univers. Mais tout homme
loyal et sensé doit comprendre que le silence gardé devant l'injure ne peut pas servir de garantie au mensonge, et qu'il serait souverainement injuste d'en conclure que l'on admet tout ce que l'on ne conteste pas.
Telle est cependant, monsieur, la conclusion que vous tirez, en admettant que le récit de M. Yeuillot est authentique, parce qu'il n'a pas été démenti. Vous m'obligez donc à déclarer que tout est controuvé dans le fragment que vous avez cité de M. Veuillot sur moi, comme aussi dans la plupart des nombreux passages de son récent écrit où il est question de moi.
Dans cet écrit, au lieu de se borner à attaquer, comme il en avait droit, mes discours et mes actes publics, il s'est permis d'afficher une sorte d'étude intime sur les impressions et les intentions qu'il m'attribue. Puisque, seul entre tous les organes de la presse parisienne, vous avez jugé à propos de lui prêter le secours de votre publicité, trouvez bon que j'en use à mon tour pour opposer un démenti pur et simple à tout ce que M. Veuillot a cru pouvoir avancer sur mon compte comme sur celui de mon ami, M. de Falloux. Je ne saurais entrer dans une discussion de détail avec un adversaire aussi habile que violent, passé maître dans la stratégie de l'invective, parlant tous les jours, et aidé par vingt subalternes qui se relayent pour achever ses victimes. Je me borne à déclarer que ma mémoire, ma conscience et mon honneur protestent à l'envi contre tout ce qu'il a dit. J'affirme, en outre, qu'il m'a audacieusement calomnié en osant prétendre que c'est moi qui, en 1852, ai voulu changer l'assiette et les couleurs du camp des catholiques ( Univers du 3 juillet).
Vos préférences pour notre antagoniste sont manifestes. Elles s'expliquent par le sentiment qui vous fait reconnaître