POUR ÉCRIRE LA VIE DE SAINTE ÉLISABETH
En cherchant à élever à la gloire si douce et si pure de la chère sainte Élisabeth cet humble monument , nous avons dû renoncer à tout mérite d’invention ou de création : le seul honneur que nous ayons ambitionné est celui d’ètre regardé comme un traducteur scrupuleux et un compilateur fidèle des monuments de la foi de nos pères. Une pieuse exactitude est la seule qualité à laquelle nous croyons avoir des droits ; c’est pour les constater que nous insérons ici une liste de toutes les sources historiques où nous avons puisé pendant trois ans de recherches et de voyages entrepris dans ce seul but, et où chacun pourra vérifier les citations que nous avons faites. On nous reprochera peut-être le grand nombre et l’étendue de ces citations; nous y avons été forcé pour justifier la minutie et la familiarité de certains détails, de certains discours que nous avons trouvés dans d’anciens écrivains peu connus en France, dont les uns étaient contemporains de la Sainte ou de sa postérité immédiate, dont les autres ont exploité la riche mine des traditions de la piété popu-
INDICATION
lairc, et n’ont pas cru devoir rejeter tout ce qui ne s’accordait pas avec la raison ou les mœurs de leur époque. Nous ne nous dissimulons pas qu’on trouvera une grande différence entre cette manière d’écrire l’histoire des Saints et celle qui a été employée, surtout en France, depuis deux siècles. Mais c’eût été faire violence à notre conscience et à notre foi que de suivre une autre méthode. A ceux qui croiraient trouver dans nos pages la trace d’une érudition exagérée, nous nous estimerons heureux de pouvoir donner une faible idée du zèle, de la patience, et surtout de la conscience avec laquelle les historiens allemands d’aujourd’hui, sans distinction de religion, labourent le champ si fécond et encore si inexploré de l’histoire des siècles chrétiens. Quant aux lecteurs que le caractère poétique ou romanesque de quelques passages pourrait inquiéter sur notre sévère véracité, nous ne pouvons que les renvoyer aux auteurs dont l’énumération suit , ainsi qu’à tous les monuments authentiques sur l’histoire des Saints en général, antérieurs à l’époque des mutilations et des altérations modernes. Nous nous sommes imposé pour règle, en transcrivant les annales de la vie de notre Sainte, de ne rien ajouter, mais aussi de ne rien supprimer. Nous avons observé cette règle avec la plus scrupuleuse fidélité. Nous pouvons déclarer solennellement qu’il n’y a pas un seul détail ni une seule parole attribuée à l’un des personnages de cette histoire , qui ne soit pas textuellement extraite des monuments imprimés ou manuscrits, investis d’une autorité suffisante à nos yeux. Qu’il nous soit permis de répéter à ce propos, et de nous appliquer à nous-méme, les expressions du premier biographe de la Sainte, heureux de pouvoir, à cinq siècles de
distance, parler avec la même foi et la même simplicité : « Je « prends à témoin Dieu et ses saints anges, que dans ce petit « livre je n’ai rien mis qui n’ait été recueilli dans les écrits « des auteurs approuvés, ou que je n’aie appris de personnes « religieuses et d’une véracité éprouvée. J’avoue, en outre, « que je suis bien indigne d’exposer ces grandes et sublimes « œuvres de la grâce ; je souhaite et j’espère qu’il viendra « quelqu’un qui, en lisant cette histoire, en aura pitié, et « lui consacrera une érudition et une éloquence plus digne « d’elle que la mienne »