I.e moine Robert, Mss
1 Sponsa cu’lestis regis... Jésus Christ us, quem toto corde et tota anima
ililexisti, amicabillter te salutans Mss. Bolland.
» Das aie me gespiset und getroslet wurdent geistliehen dénués von aller der wirtharhaft. Mss. Heid. n° cv, p. IC, 17.
HISTOIRE
enchanté d’avoir vu cotte Élisabeth qu’il désirait tant connaître, prit congé ; le duc l’accompagna pendant un certain temps , puis revint en toute hâte auprès de sa femme, et lui demanda d’où elle avait eu cette parure. Elle ne put le lui cacher. Alors le pieux prince s’écria : « En vérité, c’cst un bien « bon Dieu que le nôtre ! Il y a du plaisir à servir un maître « si bon , qui vient si fidèlement au secours des siens. Moi « aussi je veux dès à présent être à toujours et de plus en « plus son varlet 1 . »
L’année suivante, en 1222, conformément à l’invitation que les envoyés du roi André leur avaient faite en son nom, le duc Louis conduisit Élisabeth en Hongrie. Il confia la garde de ses États, pendant son absence, aux comtes de Muhlbcrg, de Gleichen et autres, et se fit accompagner des comtes de Stolberg, de Schwartzbourg , de Besenbourg, de Beichlingen et d’une foule de seigneurs , parmi lesquels on remarquait Rodolphe de Varila, fils du sire Gauthier, qui avait été chercher Élisabeth en Hongrie onze ans auparavant. Il avait succédé à son père, non-seulement dans ses fonctions de grand échanson , mais surtout dans son féal dévouement à la duchesse. Celle-ci avait pour compagnes dans ce voyage les épouses des comtes que nous venons de nommer, et un grand nombre de nobles dames et demoiselles. Le roi André reçut sa fille et son gendre avec une vive joie; ils restèrent assez longtemps à sa cour, et assistèrent à beaucoup de fêtes et de tournois qui furent donnés en leur honneur, et où les chevaliers thuringiens se distinguèrent particulièrement.
1 Werlichen er ist ein gutler Got : es ist gut eime so gctruwen, etc... Nu wil oueh von diserne tage siu knecht fUrbaz iemer me sin Mas. Heid. n° cv, p. 10, 17. l’assional. f. 59. M. Stædller, dans sa traduction allemande de notre histoire, cite plusieurs textes qui rapportent à l'impression faite sur le duc par ce miracle, sa résolution de prendre la croix.
Ils assistèrent aussi aux secondes noces du roi, qui se remaria avec Yolande de Courtenay, fille de l’empereur français de Constantinople. André , à celte occasion , les combla de présents, et leur donna surtout des pierres précieuses de la plus grande valeur. Tous les chevaliers, toutes les dames de leur suite, et jusqu’aux moindres domestiques, reçurent du roi des dons très-riches. 11 fit même construire une voiture d’une forme particulière , pour contenir tout l’or et les bijoux que sa fille devait emporter avec elle. Quand le moment du départ fut arrivé , le roi les mena à une grande chasse , car le duc Louis était grand chasseur 1 . Puis ils se séparèrent, et le duc ramena heureusement en Tliuringe sa femme, sa suite, et ses nouvelles richesses *.
Quelques temps après son retour, le duc maria sa sœur, la belle Agnès , compagne d’enfance d’Élisabeth, à Henri, duc d’Autriche 3 ; et soit à cette occasion , soit pour fêter son retour dans ses États, il donna à la Wartbourg un grand festin, auquel il convia tous les comtes et les principaux seigneurs de son duché, avec leurs femmes. Comme on allait se mettre à table, on remarqua l’absence de la duchesse, qui n’était point venue, selon la coutume, prendre de l’eau pour se laver les mains avec les hôtes de son mari 4 . Ils déclarèrent tous qu’ils ne voulaient point commencer jusqu’à ce que la duchesse ne fût arrivée. Cependant Élisabeth , en venant de l’église à la salle du festin , avait vu couché sur les mar-
1 Landgraf Ludewig eiu beutiueisler «as... Vit. Rliyl. xva.
! llolhe, p. 1705. Vit, Rhyt. xxvii.
3 Agnès fut grand'inere de ce jeune Frédéric , duc de Bade-Aulriche, qui mourut sur l'échafaud avec Conradin de Souabe.
4 bas aie nicht mit irem juugfrawe quemc l'ud wasser mit déni lierre uehme.
Vita Rhyt. § su.
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ches de l’escalier un pauvre malheureux presque nu, et d’un air si malade et si faible, qu’elle s’étonna de ce qu’il avait pu , dans un pareil état, monter de la ville au château Dès qu’il l’aperçut, il la conjura de lui donner quelque aumône en l’honneur du Christ. Elle lui répondit qu’elle n’en avait pas le temps , qu’elle n’avait du reste plus rien à donner, mais qu’elle lui enverrait à manger du festin. Mais le pauvre insistait toujours avec de grands cris pour qu’elle lui donnât quelque chose sur-le-champ, jusqu’à ce que la duchesse, se laissant vaincre par la pitié, ôta le précieux manteau de soie dont elle était couverte, et le jeta au mendiant. Celui-ci l’ayant pris, le roula à la hâte, et disparut subitement 2 . Élisabeth n’ayant plus que sa robe sans manteau, ce qui était tout à fait contraire à l’usage du temps 3 , n’osa plus entrer dans la salle du festin , et retourna dans sa chambre , où elle se recommanda à Dieu. Mais le sénéchal, qui avait vu tout ce qui s’était passé, alla aussitôt le raconter au duc devant tous les convives, en lui disant : « Voyez, Monseigneur, si ce que notre « très-chère dame la duchesse vient de faire est raisonnable ! « Tandis que tant de nobles seigneurs sont ici à l’attendre, « elle s’occupe d’habiller les pauvres, et vient de donner son « manteau à un mendiant 4 .» Le bon landgrave dit en riant: « Je vais voir ce qui en est; elle nous viendra tout de
1 Rothe Chron. 1705.
* At ille magis et magis elamabat.... quod ille mira eeleritate complican* abseessit. Theod. II, 9.
3 Da stund sie in îrera rucken baer
Und das zu der zeit ungewaebnlich Das sy also xu tische setze sich...
Vita Rhyt. § xu.
* Judicat nunc Dominus meus, si ratioui sit l'onsouum, quod conjux ejus prædilecta Domina nostra, ele. — Tune mitissimus princeps subridens dulcilcr... Theod. I. e.
« suite 1 . » Quittant pour le moment ses hôtes, il monta chez elle et lui dit : « Sœur bien-aimée, ne viens-tu pas dîner « avec nous? nous serions depuis longtemps à table, si nous « ne t’avions attendue 2 . » «Je suis toute prête à faire ce que « tu veux, mon frère chéri,» répondit-elle. « Mais où est « donc, » reprit le duc, « le manteau que tu avais en allant « à l’église?» «Je l’ai donné, mon bon frère,» dit-elle; « mais, si cela t’est égal, je viendrais comme je suis. » A ces mots, une de ses femmes de chambre lui dit : « Madame, en « venant ici j’ai vu votre manteau pendu à un clou dans « l’armoire ; je vais vous le chercher. » Et aussitôt elle revint avec le même manteau que le pauvre venait d’emporter. Élisabeth se mit un instant à genoux, et remercia Dieu à la hâte 3 . Puis elle alla au festin avec son mari. Tandis que tous les chevaliers, et notamment le duc d’Autriche et sa jeune épouse, se livraient à la joie, le landgrave Louis était sérieux et recueilli , car il pensait en lui-même à toutes ces
4 L'ud sprach : Ich niuss das beschen
Sy sali gleichwohl ze uus gehcii.
f Veniesne ad praudeuduin uobtocum, dileclaf Theod. I. c. — Sweater waat ist das das du nicht will zu lisclit* kommen. Vil. Hliyt. — Cotl. Darmst.
8 Pu rata sirai ut vis, frater dilectissiuie. Tlieod. I. v.
Bruder ich hab iltu vergebeu Ich komme also, ists dir ebeuu...
Zu haut die Gurtell tnayd dae sprach Fr av. eweru bcsten mautell ich saeli ltzuud uf déni rycke bangeu AU ich zu euch kaem gegangeii Den hole ich tue h wolt ira han. —
Sy sprach : • Hole iue lieer, so gae ici» daim ; •
Sy kniet dae uf die erdeu uyder l'iul dancket Golte gar geschwiude .
Vit. îtliyt. § *ix.
Œuvres. VU. — Saiute £li$»hell). t.
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grâces si nombreuses que Dieu conférait à son Élisabeth *. « Qui pourrait douter, » .ajoute un de scs pieux et naïfs historiens, o que ce ne fût un ange du ciel qui rapporta le manteau, et le Christ lui-même qui prit la figure d’un mendiant nu, pour éprouver sa hien-aimée Élisabeth, comme autrefois le glorieux saint Martin s ? 11 avait ainsi paré sa chère fleur Élisabeth, ce lis de pureté et de foi , comme n’avait pu l’être Salomon dans toute sa gloire 3 . »
Mais Dieu réservait à ce noble et pieux couple une grâce encore plus douce et plus chère à leurs cœurs. I.a plus précieuse bénédiction du mariage ne pouvait être refusée par le Tout-Puissant aces deux époux, qui offraient à tous les yeux le modèle d’une union chrétienne. Il donna donc à sa fidèle servante la grâce de la fécondité, comme pour la récompenser dès ici-bas de la pureté de son âme et de son corps.
En 1223, Élisabeth, étant âgée de seize ans, devint mère pour la première fois. A l’approche de scs couches, elle s’était fait transporter au château de Creuzburg, sur la Werra, à quelques lieues d’Eisenach. Elle y était bien plus tranquille qu’à la Wartbourg, et s'y trouvait encore plus rapprochée de son mari, qui était allé tenir les états de la liesse à Marbourg*. Beaucoup de nobles dames vinrent pour l’assister, et la veil-
• Lnd Laotgraf Ludwig vil sere lier bedachtc dy gotlichc ere
liy seyuer Klisabet was gescheeu.
Ibid.
* Rothc. Clir. Tliur. 170G. Vil. Rhyt. 1. c. xxi.
3 Sic Pater cudestis suum lilium Elisabeth vestivit, quomodo uec Salomon in omni gloria sua potuit operiri. Theod. 1. c. Ce manteau fut consent jusqu'au quinzième siècle chez les Franciscains d’Eisenach , qui en avaient fait un ornement pour la misse.
4 l)ae nieinte sye weren irem herre uae l'ud w e ic oueb gerilhet dae.
Vil. llhyl.
lèrent nuit et jour. Le 28 mars, trois jours après l’Annonciation de Notre-Dame, elle mit au monde son premier-né. Le duc n’ayait pas pu quitter à temps Marbonrg, ce fut là qu’on vint lui annoncer qu’il lui était né un fils. Louis, au comble de la joie, récompensa richement le messager, et partit surle-champ pour aller rejoindre la jeune mère. Il arriva assez à temps pour voir baptiser l’enfant, et lui donna le nom de Hermann, en mémoire de son père. Pour manifester la satisfaction que lui causait la naissance de ce fils, il fit construire en pierre le pont de bois qui conduisait à la ville de Creuzburg L Ce pont existe encore avec une belle chapelle gothique consacrée à saint Liboire, évêque du Mans.
Un an après (1224), la duchesse étant à la Wartbourg, d’où le duc n’avait pas voulu lui permettre de s’éloigner 2 afin qu’il pût être toujours auprès d’elle, accoucha d’une fille qui fut nommée Sophie, comme la duchesse-mère. Cette princesse épousa depuis le duc de Brabant, et fut la tige de la maison actuelle de Hesse.
Élisabeth eut encore deux autres filles; la seconde fut également nommée Sophie, et la troisième, née après la mort de son père, Gertrude : toutes deux furent consacrées à Dieu dès le berceau, et prirent le voile des épouse^ du Seigneur.
Fidèle en tout à l’humilité et à la modestie qu’elle s’était prescrites, Elisabeth conserva scrupuleusement ces vertus au milieu des joies de la maternité, comme elle l’avait fait au milieu des magnificences souveraines. Après chacune de ses couches, quand le moment de ses relevailles était arrivé, au lieu d’en faire, comme c’était l’usage, l’occasion de fêtes et de réjouissances mondaines , elle prenait son
t Rothe. Chron. — Bcrtli. Capp. Mss. — Winkelmann.
a Der lanlgraf. wollt sie nirgent lasse. Vit. Rhvt. xx.
308 HISTOIRE DE SAINTE ÉLISABETH DE HONGRIE, nouveau-né entre ses bras, sortait secrètement du château, vêtue d’une simple robe de laine 1 et nu-pieds, et se dirigeait vers une église éloignée, celle de Sainte-Catherine, située hors des murs d’Eisenach. La descente était longue et rude, le chemin rempli de pierres aiguës qui déchiraient et ensanglantaient ses pieds délicats a . Elle portait elle-même pendant le trajet, son enfant, comme avait fait la Vierge sans tache ; et, arrivée à l’église, elle le posait sur l'autel avec un cierge et un agneau, en disant : « Seigneur Jésus- « Christ, je vous offre, ainsi qu’à votre chère mère Marie, « ce fruit chéri de mon sein 3 . Voici, mon Dieu et mon « Seigneur, que je vous le rends de tout mon cœur, tel « que vous me l’avez donné, à vous qui êtes le souverain et « le père très-aimable de la mère et de l’enfant. La seule « prière que je vous fais aujourd’hui et la seule grâce que « j’ose vous demander, c’est qu’il vous plaise recevoir ce « petit enfant, tout baigné de mes larmes, au nombre de vos « serviteurs et de vos amis, et lui donner votre sainte béné- « diction *. »
1 A son retour, elle donnait toujours la robe qu elle avait portée à une pauxie mère récemment accouchée comme elle-même. Theod., Jean Lefèvre, etc.
’ Ibat siquidem per difflcilem eastri descensum , via dura et saxosa .. Theod. II, 5. Das ire fusa blttteten. Passional. 58.
* Herr J. C. ich opfre dir und deiner lieber Mutter Marie mein allerlielisle Frucht. Passion. I. c.
4 Le P. Archange, p. 112, ex Waddiug.