‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 4)Chapitre 11 sur 53 · IX · texte numérisé non relu

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t4# UNE NATION Bf DEUIL.

qui cherche à se renouveler par la liberté, et qiû, das» le loyal et courageux essai qu'elle fait aujourd'hui du gouvernemeot représentatif, mérite Tappui et les encouragement de tous les honnêtes gens et de tous les vrais libéraux. Dès aujourd'hui, on est tenu de proclamer l'immense progrès qui &'y est opéré au profit de la publicité, de la Uberté individuelle, de la liberté de la presse, progrès qui fait de l'Aiïtriche actuelle un pays ou l'on respire à l'aise^ et qui forme un contraste aussi heureux que frappant avec les deux systèmes successivement personnifiés par deux ministres^ célè* bres, le prince de Mettemich et le prince Félix Schwarzenberg. Le Times, quia un jour étonné l'Europe en expliquant comme quoi l'Angleterre était la première puissance musulmane du monde, aurait plus beau jeu à démontrer comment l'Autriche pourrait et devrait remplacer la France comme la première puissance parlementaire du continent. Toutefois, si c'était ici le lieu, je dirais pourquoi je tremble que les deux Chambres, dont j'ai suivi les débats à Vienne avec une si attentive sympathie, ne deviennent un neuiwl instrument de cette centralisation bureaucratique qui acom^ promis et dépopularisé l'auguste maison de Lorraine, au lieu d'être la garantie et le couronnement du vaste système de libertés fédérales qu'appellent à la fois les vœux et les intérêts des nationalités si diverses^ dont se compose l'em^ pire, nationalité» dont aucune n'a envie, pour complaire aux avocats viennois, de se laisser transformer en départe* ments à la française. Je dirais encore en quoi l'on peut craindre que l'Autriche, si bien inspirée dans toutes ses concessions aux provinces slaves et aflemandes, nase trompe dans ses relations avec la Sk>ngrSe, et, pardes^ sdtemstives fâcheuses de laisser-aller et de sévérité , ne coure risque de se créer une seconde Italie dans le beau, royaume de:

OHE NATION» BM* BBUIL. 147

Étienae, qui pourrait si bien devenir le principal foyer de sa pittssance régénérée. Je voudrais surtout démontrer la néi^es^té absolue pour F Autriche de s'entendre avec la Uc^igrie, et pour la Hongrie de rester unie à rAutriche , sous peine d'être condamnées à perdire l'une sa situation de grande puissance, et l'autre sa nationalité historique, irrévocable^ ment engloutie dans le chaos qui suivrait la dissolution de l'empire autrichien.

Maïs il faut résister à cette tentation pour se borner à ce qui touche la position de l'Autriche vis^à-vis de la Pologne, et ici on est heureux de pouvoir rappeler que, des trois puis* sances copartageantes, elle est à la fois la moins coupable et la moins hostile. Les nobles remords de Marie-Thérèse, ^gagée malgré elle dans cet attentat, la distinguent de l'hypocrisie machiavélique comme du cynisme impie de Frédéric II et de Catherine II, ces dignes idoles de Voltaire , et constituent pour sa race un titre d'honneur, en même temps qu'une sorte d'engagement à prendre la première place dans l'œuvre de réparation. L'Autriche, comme on l'a déjà dit, Q'a pris aucune part au second partage de 1793. Pendant l'insiffrection de 1831^ elle s'est abstenue et a montré, par plus d'un symptftme, qu'elle était disposée à laisser fiûre tout ce qu'il plairait à la France et à l'Angleterre d'entre^ prendre pour le salut de la Pologne ' . Les massacres de <jallicie en 1846 et Tincorporation de Cracovie, exigée par Fempereur Nicolas en 1847, ont paru sceller de nouveau la solidadté de l'Autriche avec l'œuvre infernale du partage; mais on peut espérer que ç'» été lài le dernier acte de sa vieille politique à l'égard de la Pologne. Aujourd'hui elle semble manifester des drapossBions de plus en pli» rasstt-

* Voir le curieux diseours du comte LadisUsZamoyski à Londres, le 11 juillet 1861.

rantes et d*ailleurs bien naturelles, car aucune puissance au monde n'est plus intéressée que rAutriche à la reconstruction d une barrière telle que la Pologne contre les envahissements de la Russie. Mais, à défaut de cette barrière reconstruite, on conçoit qu'elle doit désirer avant tout que sa part de la dépouille ne devienne pas la proie de la Russie. Si elle n'a pris aucune part sérieuse à la guerre de Crimée, dont la gloire meurtrière a été si stérile pour l'Europe et pour l'Orient, c'est peut-être parce que cette guerre ne devait aboutir à aucune issue vraiment efficace du côté de la Pologne. Dans la récente discussion du parlement britannique ', M. Hennessy, qui en a pris l'honorable initiative, a pu affirmer sans être contredit que , au début de la guerre de Crimée, l'Autriche était toute disposée à y prendre une part active, pourvu que les alliés missent à sa disposition un contingent de cent mille hommes, pour l'aider à rétablir la Pologne dans son intégrité. Il a ajouté que la France n'était pas éloignée d'y consentir, mais que l'Angleterre s'y refusa. A l'heure qu'il est, l'Autriche semble regarder la Gallicie comme une possession provisoire, mais dont elle ne se dessaisirait à aucun prix si c'est à la Russie que cette possession devait échoir. En attendant, il lui est difficile, ou pour mieux dire impossible, de traiter avec dureté ses sujets slaves des bords de la Vistule, lorsqu'elle a im besoin si impérieux de se concilier les Slaves des régions danubiennes. Aussi la patente du 20 octobre 1860, inspirée par un ministre d'origine polonaise, le comte Goluchowski, en répudiant la politique de centralisation absolutiste et bureaucratique qui prévalait depuis le coup d'État du 31 décembre 1851 , avaitelle rappelé à la vie officielle l'élément polonais au sein de

* 3 juillet 1861.

la diète de Gallicie. L'adresse de cette diète ' a aussitôt constaté le réveil du sentiment national dans la Pologne autrichienne, en même temps que le degré de liberté sérieuse dont jouissent les assemblées provinciales dans cette monarchie. Appelés par la patente de février 1861 à siéger au parlement central de Vienne, les députés galliciens y ont pris la meilleure des attitudes. Sous la direction du généreux comte Adam Potocki et de M. Smolka ^, ils se sont entendus avec les députés slaves de la Bohême^ qui suivent l'impulsion du comte Clam-Martinitz ^ et de M. Rieger, pour résister aux tendances absorbantes de la bureaucratie allemande, et ils ne se sont associés à aucune des démonstrations récentes contre le droit national de la Hongrie.

Si les dispositions bienveillantes et conciliantes qu'on voudrait attribuer à l'Autriche envers la Pologne ne reposent jusqu'à présent que sur des hypothèses, Thostitité de Prusse n'est malheiu:eusement que trop certaine. Frédéric II a été autrefois l'artisan le plus implacable de la perte des Polonais, et aujourd'hui ils n'ont pas d'ennemie plus acharnée que la Prusse, et derrière elle l'Allemagne tout entière. Car je suis condamné à dire que depuis que cette Allemagne a été mordue au cœur par le démon de la démocratie contemporaine et de l'ambition unitaire, on ne trouve

I 5 janvier 1861.

^ Avocat de Léopol, qui a été président de la Diète générale de Vienne, en 1848.

' Ancien gouverneur de Gracoviei l'an des hommes politiques et des orateurs les plus remarquables de la nouvelle Autriche. — Depuis que ces pages ont élé écrites, les quatre orateurs que je viens de nommer, et surtout X. Smolka, se sont signalés par leurs énergiques protestations, au sein de la seconde chambre, contre la dissolution de la diète hongroise. Le comte Clam a proposé une contre-adresse où se trouvent résumées les opinions les plus justes sur la solidarité qui doit unir, au sein de la liberté, les diverses races soumises an sceptre de la maison de Habsbourg.

guère traee chez ette de ces sympathies lM>érale6 qu'elle lâmoigiiaii; en i'834 i^ec tMt d'dfuftioD à la Pologne ioeav gée. Je à(Àè ajouter que cette hostilité est réeîpFoque. Tout observateur attentif reconnaîtra que les Polonais «oumîs à la domination prussienne s'en plaignent aivec encooe plus d'amer Uime et d'îOHiKio^té que leurs voisins n^«n mettent à lépucher la domination moscovite. (Is avouent qu'ils tsont perg&mtneilemeni beaucoup plus libres ; mais ils ajoutent que nationalement ils sont beaucoup plu& menacés.

N'en déplaise à mes ainis des bords de la Warta, si j'avais Thonneur d'être Polonais, j'aimerais mieux être sujet de la Prusse que de laPiUSsie. C'est la pratique des libertés cUules et politiques dontlaPrusee a doté depuis longtemps tous «e» sujets, dont les sujets €Mitrichiens joinssent maintenant^ mais seulement depuis peu, et dont l'ombre même n'existe pas encore en Russie, c'est eUe qui habitue à sentir avec plus le viTacité et à réclamer avec plus de hauteur les'bieos et les droits dont on est privé. C'est Thonneur de la liberté, à quelque degré et sous quelque climat qu'elle existe, ^ue d'inspirer ces susceptibilités, qui ccmstatent et entretiennent un degré supérieur de vie dane le corps social, mais qui donnent à la souffrance une expres»on plus bruyante. Le riche souffre plus impatiemment les privations auxquelles le pauvre s'est habitué en silence ; l'homme en bonne santé se lamente de la moindre incommodité bien autrettient que le malade toujours étendu sur son lit de douleur. L'abondance des plaintes ne prouve pas toujours qu'un gouvernement soit mauvais : tandis que leur liberté prouve à elle seule la supériorité du pouvoir qui les endure 6ur tels autres pouvoirs qui imposent ou achètent le silence.

Il est toutefois certain que la Prusse, dans les provinces polonaises soumises à -ses lois, poursuit la nationalité p<rio*

UKE ffAIIOir lEN DHDIL. XBX

mne par des moyens «pie les fiusseB n'eooq^oieiit pas on nVinploieiit pkis. Elle travaille syâtématiquemeiit à -eKckire fes PoloDais de tous les emplois, à étÔEidre la langue ipokH naîse, à introduire le protestanlisme et à dénatioBaliser la propriété foncière. Toutes les platces administrathres et finanoi^es sont données à des Allemands, et, par une déro- ^tion spéciale à la loi générale du royaume S les kmdtûêhe^ -ou premiers magistrats de chaque arrondissement, ékctife dans toutes les autres provinces, sont à la nominaiion du ToS dans la Posnanie, afin qu'on puisse 7 nommer des Allemands. Tous les procès se plaident en allemand, tout Fen- «eignement supérieur et secondaire se donne en allemand. Cette administration prussienne , qni se prétend si zélée pour la propagation de la science , refeise opini&trém^it d'autoriser un gymnase catholiqueet polonais dans le grand- Quelle, et interdit aux jeunes Polonais renseignement de llûstoire de la Pologne dans les écoles priyées comme dans les écoles pubMques. Dès que cinq ou six Allemands viennent s'étaMir dans un rillage polonads, on érige ausâtât, 'SBus le nom de système ^ xme paroisse protestuite, à laquelle on agrège les villages voisins, et que Ton pourvoit d'une église enlevée aux catholiques et d'une dotation prise sur les fonds de la province. Mais tout cela offre un moindre péril pour la nationalité polonaise que les atteintes portées systématiquement à la propriété foncière, qui aboutissent, absolument comme en Irlande, à supplanter les propriéiaiies indigènes et catholiques par des étrangers protestants. La noblesse polonaise a vu depuis longtemps ses propriétés grevées de charges nombreuses contractées au service de An temps de l'indépendance nationale, alors que

* fMre an cabinet dvB fénier ZBS8.^ Mémoire pi^itédn minUlM filoW tewell, p. 56.

toutes les fonctions publiques étaient électives ou gratuites. Ces charges se sont aggravées par suite de la conquête, des guerres, de Tabolition des corvées et de Tenvahissement graduel des Allemands. Ceui*ci , arrivant avec des capitaux du dehors, ont pu facilement se rendre acquéreurs des terres mises en vente par voie d'expropriation. Le gouvernement prussien est d'ailleurs venu à leurs secours avec les fonds de TËtat ; son ministre avoue ' qu'un fonds de roulement de quatre millions de francs est consacré à acheter à bas prix les propriétés polonaises, afin de les revendre à des Allemands. Les Polonais avaient organisé une Société de Crédit foncier qui a rendu des services essentiels aux propriétaires obérés. Par une mesure qu'il est difficile de ne pas taxer d'arbitraire ou de mauvaise foi, le gouvernement a interdit la continuation de cette institution, qui conunençait déjà à dégrever la propriété. 11 prête lui-même de l'argent aux Allemands, et il interdit aux Polonais de s'en prêter les uns aux autres. Toutes les sources demeurent ainsi feimées aux .Polonais et ouvertes aux Allemands. Oa se croit assuré d'arriver par ces voies à la germanisation complète du grand-duché de Posen, comme on y a déjà réussi pour la Silésie, province naguère plus qu'à moitié

* Mémoire du président Flotte well, page 57.— C'est en tête de ce Mémoire, pablié par le gouvernement prussien lui-même, qo/on lit ce programme : « Faire progresser et considérer l'alliance intime de cette province avec la monarchie prussienne, en iearUini wceeMicemenl Ut Undancet, les habiludet ei letpenehanlt parliculien aux habitantt polonaii et qui s'opposent à une telle alliance; par contre, répandre déplus en plus les éléments de Ia vie allemand» dans ses rapports matériels et moraux, pour qu'enfin, grâce à l'action décisive de la civilisation allemande, soit atteint le but final de cette tâche : Tanion complète des deux nationalités. >

C'est ainsi que la Prusse accomplit, de son propre aven, les engagements pris à Vienne, afin de donner à cette partie de la Pologne qu'elle possède sous le titre de grand-duché de Posen « une repréeenkUion ei det inttiMwnê deitinéet à auurer ta contervation de leur naiionalUé, >

polonaise, et pour la Prusse occidentale, province entièrement polonaise et catholique lors du partage, mais où les quatre cinquièmes des propriétaires sont aujourd'hui protestants et Allemands, tandis que les paysans sont presque partout restés Polonais et catholiques. C'est tout à fait, comme on voit, le système suivi et le résultat obtenu par TAngleterre en Irlande.

La Prusse moderne continue ainsi Tœuvre cruelle et immorale des chevaliers teutoniques, dont le dernier grand maître, Albert de Brandebourg, fonda, en 1523, le duché héréditaire de Puisse orientale en reniant la foi de ses pères et ses serments de religieux. Rien de plus triste et en général de plus honteux que Thistoire des envahissements graduels du germanisme chez les Slaves, depuis Charlemagne. Les Allemands ont successivement conquis, spolié autant qu'ils Font pu, et dénationalisé les populations slaves entre TElbe et roder, puis entre TOder et la Vistule, puis de la Vistule jusqu'au Niémen, le long de la'Baltique. Les chevaliers teutoniques, qu'une inspiration chrétienne avait conduits au treizième siècle, après leur expulsion de la Terre sainte, sur les bords de la Vistule, y devinrent le fléau du pays qu'ils avaient conquis et odieusement exploité. Ces prétendus missionnaires de la foi catholique n'ont été que les précurseurs du despotisme protestante Le peuple allemand, que j'aime et que j'admire de tout mon cœur, qui est si brave, si intel-

* Tonte celte histoire est si confuse et si peu connue en France, que la note suivante ne sera peut-être pas désagréable à plusieurs de nos lecteurs.

Les chevaliers teutoniques allèrent s'établir sur les bords de la Vistule, sur un terrain qui leur fut caneédépar un prince polonaiif dans le but de combattre et de convertir les Prussiens et les Lithuaniens, encore païens à cette époque. Hais l'avarice, la cruauté, la débauche, souillèrent trop tôt leur do* mination, et d'ailleurs, quand la Lithuanie, réunie à la Pologne par suite du mariage du grand-duc Jagellon avec la reine Hedwige, en 1387, fut devenue chrétienne, leur existence n'eut plus même de prétexte. On peut s'en con-

Uk UME WATION EU HEOIL.

ligeat, 6i attacfamt, «i riche en yertofi-et «n qualités, n*a pas, fl faut bien le dire, le don de fan?e aimer sa domination sm^ les races étrangères. C'est qu'il ne se contente pas de la sonmÎBsioa d'un peufde : il yeut encore lui imposer sa langne, ses mœurs et ce qu'il appelle sa civilisation; c'est là ce qui explique pourquoi sa domination est plus odieuse aux Slaves que celle des Russes. Il a surtout deux poids et deux mesures, srion qu'il s'agit de sa ciTilisation à lui ou de la civilisation d'autrui : c^est ainsi que, aujourd'hui même, fl prétend revendiquer à l'égard du Bcmemark, pour ses compatriotes du Holstein et du Schleswig, tous les droits qu'il refuse de reconnaître cliez les Polonais et les Hongrois soumis à des souverains allemands. Et l'on se demande en 'vérité en quoi cette civilisation germanique, personnifiée par les électeurs de Brandebourg, était si supétieure & la civihsation slanre, personnifiée parla Pologne?X^une était despo-

vaincre en consultant Timportant reeneil de témoignages contemporains publié par le comte DsialiDiki sur ce «ujêU

La Pmue actuelle (non le royaiàme moderne, mais iai deux pimineee d*Of< et Weit-Freuuen qui portent ce nom) faisait partie intégrante de l'aneienae répabliqne polonaise. La nobleeie et les villes se <donnéreDt à la Pologne panr échapper à l'abominable oppression des chevaliers teutooiqnea. La Pmsse orienlaU ou dueaU (capitale Konigsberg) en devint vassale qnand Albeft de brandebourg jeta le froc aux orties pour substituer le duché héréditaire de Prusse à Tordre reUgieuK doatiil étaitie chef. LaPnMie ootiâmdtÊk ou royale (capitale Dantzig) fut incorporée au royaume de Pologne et en a fait partie jusqu'au partage.

An dix-septième siècle, les électeurs de Brandebourg (branche atnée) furent eubstltaés, par iaiàibleese de la royanté polonaise, aoxdnos hérédimires de Prusse, qui étaient une branche cadette de leur maiflon. âTaide des Suédois, ils s'affranchirent de tout lien de vassalité, et substituèrent «ne nouvelle et fermidable ^tasanee allemande, nilHaire «t protestnote, à la iominalion éteinte des chevaliers teutoniques. Au milieu du déluge de*bioehnres publiées sur «eUe question, 11 faut en signaler une qui résume en Irès-peu de .pages les atteintes snoeessives portées à la natfoaalité polonann : £• Bêicçne, U GêrmaniÊate HU CnmnA d«Jloto0ii,|NU' L. de K.» Pans.DesM, lASl.

UME WAtlOll (ES 'KUIL. îi&

tique et prsteatante, dîime iittoléraBee forMiche etrpédante, comme celle qui ^ListiDgue ieBOove les geDtâlshommeB du liéddeiid)oiirg et Iob profeaseurs Ae iamgsbecg. L'autiie était iibéraie et catholique, tolérante et généreuse, on est tenté de dire trop généreuse, piûsque les Allemands protestante qui oe(»4ient et exploitent en si grand nombre les profinees occidentales de la -Pologne déchirée descendant en partie de ceux-là mêmes qui, au nom de la liberté rdi^ gieaae, ont trouTé un asile dans la catholique Pologne, du temps de la guerre des Hussites et de la guerre de Trente ans.

Mais non ; il ne faut jamais regretter la tolérance , encore moÎDs la générosité. O^e les Polonais restent à jamais ^ dèles à ces vertus qui leur sont si nalurelles; qu'ils s'en g^ rifient dans le passé et qu'ils tiennent bon pour elles dans lavenir ! Les violences exercées nqiguëre par les Polonais contre les Grecs non-unis sont devenues aujourd'hnn, enire les mains des Eusses, une arme et un argument contre les catfaoUques. Mieux vaut toujours être persécuté queperséouteor, victime que ixiurreau.

D'ailleurs, comme en friande, la force expansîve des Uberté^ politiques, des libertés modernes, accordées, bien à contrecœur, par le gouvernement prussien aux Polonais, en même temps qu'à tous les autres sujets prussiens, est si féconde et si salutaire, qu'elle sufBt pour aider les vaincus et les op* primée à lutter, non sans succès, contre les conquérants.

Même dans rordre'religieux,leprogrè6 récent est sensible. An 1846, iln^y avait dans les diocèses unis de Posen et 4e Gnesen que quarante séminaristes, il y en a aujourd'hui cent quarante-quatre; il n'y avait que deux maisons de sœurs de charité : aujourd'hui, grAce auxrelaUons directes avec la maison mère de Paris, que la liberté religieuse coa*

sacrée par la Constitution rend possibles, il y en a douze ^ D un autre côté, la vitalité politique du pays trouve un organe et un foyer sérieux dans lé groupe des députés polonais qui, au nombre de vingt, siègent à la seconde chambre de Berlin, et obligent périodiquement Tinjuste Allemagne et môme l'Europe à écouter leurs plaintes. Treize Polonais siègent en outre à la Chambre des pairs ou des seigneurs prussiens, laquelle se recrute non-seulement par hérédité ou par le choix du roi, mais encore par une sorte d'élection tout à fait spéciale et digne d'être imitée partout pour la composition d'une Chambre haute : le pair élu a pour électeiu^s tous les propriétaires centenaires, c'est-à-dire tous ceux qui, sans distinction d'origine, de rang ou de fortune, possèdent leur domaine, grand ou petit, depuis cent ans. C'est de là et de plusieurs autres sources non moins hebreusement inventées que sort cette Chambre des pairs, essentiellement indépendante et conservatrice, que tout l'effort de la démocratie prussienne tend aujourd'hui à détruire. Cette démocratie d'outre-Rhin est essentiellement outrecuidante et imprévoyante comme ses sœurs ; aussi impérieuse et aussi égoïste que le despotisme, elle veut n'avoir rien à respecter et surtout n'admettre aucun frein qui lui rende quelquefois le service de l'avertir et de l'arrêter. Eh bien, c'est derrière les efforts de cette démocratie prussienne et de toute la démocratie allemande, dont elle est l'avant-garde , que j'aperçois la meilleure chance de l'émancipation de la Pologne. Que mes lecteurs me permettent d'ouvrir ici une parenthèse, un peu longue, mais qui ne sera peut-être pas dénuée d'intérêt.

1 Discours précité de l'abbé PmsiDOWski, ap. Reew catholique de FunwertUé de LowDoin, page 838.

Pour bien connaître l'Allemagne, il ne faut pas se laisser rouler uniquement sur les chemins de fer, qui font disparaître non-seulement les distances, mais encore les différences d'un pays à l'autre. Il faut quitter ces grandes voies de la foule, pénétrer dans le cœur des petits États à la recherche de quelque souvenir archéologique ou de quelque paysage solitaire, parcourir ces villes charmantes, à la fois si pittoresques et si confortables, faites pour consoler et reposer l'œil et l'esprit fatigués du vandalisme prodigue et du mauvais goût colossal qui s'étalent dans le nouveau Paris; il faut sillonner le Hanovre, les petits duchés de Saxe, les duchés de Brunswick et de Nassau, la principauté de Waldeck ou toute autre. C'est là que l'on peut apprécier jusque dans ses recoins les plus intimes la prospérité du pays, l'aisance générale et particulière; c'est là qu'on voit non- seulement l'agriculture, mais la silviculture et l'horticulture portées aux dernières limites du progrès ; c'est là qu'on admire la merveilleuse condition des routes et des chemins vicinaux, l'excellence et la régularité du service des postes, le luxe et l'abondance des attelages rustiques, le luxe et le bon goût .des constructions municipales et scolaires jusque dans les moindres villages, le luxe plus grand encore de la propreté universelle, puis des écoles à foison et de tout ordre, des universités aussi libres que florissantes dans les moindres États ; et avec tout cela pas l'ombre de passe-ports ni de police politique, une liberté civile et politique beaucoup plus grande que celle dont la démocratie impériale se vante et se contente parmi nous, une presse aussi généralement répandue que peu gênée, si peu gênée, que neuf journaux sur dix attaquent ouvertement tous les jours la constitution actuelle de l'Allemagne. Nulle part enfin aucune trace de ces abus plus ou moins exagérés, ou de cette misère plus ou

nt uns RATION n. K8IL.

moins rédle, qui ont servi de prétexte à la cévcduticn dbnt est sortie Tunité italienne.

Or, malgré tous ces biens incontestables et incmitestés, quotidiens et universels, qui constituent le beau côté de la eiirilisation moderne, et qui font le plus grand honneur aux princes et aux gouvernements allemands, TAllemagne n'aspire qu'à imiter Tltalie. Elle appelle de tous ses vœux Tunâté allemande, c'eslrà-dire runiformité à la française. Elle aspire à la centralisation bureaucratique, qui fait ce qu'on appelle aujourd' hui les grandes nations. Elle déguise sous le nom de patriotisme allemand le désir passionné d'effacer toutes les traditions de son histoire, de renier le caractère fondamental de son génie national, et de pouvoir dire à la France et à la Russie : a FactA sum sicui tmA ex vobisl y>

J'entends d'ici une foule d'Allemands se récrier, invoquer tous les monuments de l'histoire et tous les arguments de la politique pour réfuter mon assertion. Je les entends nier tout d'abord l'unanimité du vœu que je prétends constater. A ceux qui me parlent histoire et politique, je me borne à montrer l'ItaUe ; au Bavarois qui regimbe contre l'idée de s'identifier avec la Prusse, je demande simplement s'il croit, qu'en 1850 il y avait un Napolitain^ im seul, qui eût jamais prévu que sa patrie serait, dix ans plus tard , la vassale du Piémont. Quant à l'argument du nombre, j'avoue volontiers que, en disant : l'Allemagne, je ne prétends pas dire la ma* jprité numérique des Allemands ; mais j'entends désigner la partie influente, remuante, mécontente de la nationi : b bourgeoisie, les journalistes, les lettrés, les aubergistes^ toute cette foula ebscure,. mais active,, qui prépare les révo^ laiiona et qui les accepte dès qu'un groupe de conspiratews ^1 de flibustiers les a nais en braate. Je sais qu'ï y a beaiH eoup d'Allemands très-patriotes et très-i&teUigeatSy qui ont

UKB NATION SN KUIL. 1 &9

bcMTeur de rabâorption brutale dont Ms sont menacé» ; je eiterai entre autres les deux éloquents frères Reichensperger, au parlement de Berlin, puis^ le baron Gustave de Lerchen^ teld, Torateur principal de la Chambre des députés de Bar* viëre, qui a si énergiquement combattu les prétentions du Naiional-Vereùi et au parti de Gotha. Mais, je suis fâché d'avoir à le leur dire , à moine d'un réveil très-imprévu de l'ancien esprit germanique , à moins d'une transformation on ne peut plus improbable de l'opinion publique, ces cham^ pions intrépides de l'ancien droit et des véritables intérêts de l'Allemagne auront le même sort que Balbo et ses pareil» en Italie. Ils seront désavoués, disgraciés et emportés par le courant démocratique. J'ai lu dans la capitale de la Bavière, celui des États allemands qui résistera le plus vaillamment à la piémontisation de l'Allemagne, ces paroles d'un journal qui circule librement dans toute la Confédération : c< Si nous « avions seulement un Cavour pendant six mois, l'Allemagnie « serait faite. » Et je me suis rappelé le mot de Philoposmen à un Achéen qpi déclamait contre la constitution fédératimie de son pays : a Malheureux ! es-tu donc si impatient de voir «c s'accomjâir le destin de la Grèce ? )> Or , quand on forme de pareils souhaits , on mérite de les voir écoutés , et nous vivons dans un temps oii l'on trouve toujours quelqu'un) pour exaucer des vœux criminels.

Par qui s'opérera cette transformation , laquelle est la conséquence logique et inévitable de l'unité italienne ? Évidemment par la Prusse ' . C'est elle qui sera le Piémont de r Allemagne. L'Europe en a déjà l'instinct , et cet instinct deviendra biaitôt une certitude. A Bien ne plaise que je

* On vendra Bien se rappeler qne ces lignes ont été écrites et publiées

veuille comparer à Victor-Emmanuel Thonnête et loyal roi de Prusse. Sa vie durant, loin de seconder le mouvement, il fera tous ses efforts pour Ténrayer; mais, après lui, qui sait où Ton en sera? Et déjà il ne peut pas empêcher que tous les regards ne soient tournés vers lui, les uns pour courtiser d'avance le futur César, les autres pour étudier le péril. En vue de cette éventualité si naturelle, le duc de Cobourg lui a déjà livré son armée ; le grand-duc de Bade lui livre sa politique et sa diplomatie, tandis que le Hanovre et le Wurtemberg sont involontairement conduits à prendre une attitude de défiance qui appelle sur eux les colères de la presse unitaire.

Encore une fois , il faut voir toutes ces choses sur place, car les soins paternels de notre administration nationale nous préservent de toute atteinte trop grave de germanisme , et nous interdisent la lecture des journaux allemands les plus significatifs. Les Français, en si petit nombre, qui aimaient à se tenir au courant du mouvement des idées et des opinions en Allemagne , pouvaient autrefois se renseigner avec fruit dans la Gazette dCAugsbourg, J'ai usé de ce droit pendant vingt ans, sans me douter de son prix ni de son danger ; et, sans approuver , bien s'en faut , toutes les tendances de ce journal, je lui saurai toujours gré des trésors d'information que je lui ai dus. Mais, depuis quelques années, les grands esprits qui, du haut de l'Olympe du ministère de l'intérieur et de la direction de la presse , président à la garde des grands principes de 1789, ont jugé à propos de nous interdire cette distraction dangereuse. Évidemment les principes de 1789 s'opposent à ce que cinq ou six Français comme moi se licencient au point de puiser aux sources l'histoire des idées et des tendances contemporaines ! Mais on se risque quelquefois à faire l'école buissonnière en échappant à

de si vigilants précepteurs ; et , dans une de ces escapades d'outre-Riiin, j'ai eu la chance de tomber sur le numéro de la Gazette cTAugsbourg du 3 juillet dernier. J'y ai lu en souriant une belle et bonne thèse sur l'incompatibilité naturelle , logique et radicale du germanisme et du césarisme. J'ai bien yite reconnu là mes bons Allemands, les Allemands de ma jeunesse, a\ec leur naïve et savante crédulité. Quoi ! vraiment , cher Germain , vous croyez que l'Allemagne répugne au césarisme? Mais dites-moi donc pourquoi l'on rencontre le portrait de Napoléon I*% sous toutes les formes, dans toutes les auberges de cette Allemagne qu'il a foulée de sa botte victorieuse pendant dix ans ? et cela non-seulement sur la rive gauche du Rhin, mais sur la rive droite, et jusque dans cette ville de Brunswick, capitale des deux ducs qui se firent tuer, l'un à léna, l'autre à Waterloo, pour défendre contre lui leur patrie et leur couronne ? Dites-moi surtout si les deux héros de l'Allemagne moderne ne sont pas Frédéric II et Joseph II? Et quoi de plus césarien que les guerres et les conquêtes de l'un, que les innovations et les usurpations de l'autre ? Quoi ! tous vos professeurs et tous vos écrivains * sont unanimes pour vanter à votre peuple ces deux hommes, et vous dites que ce peuple ne voudra pas d'un César ! Vous aviez , en Allemagne comme partout , un rempart contre le césarisme, un seul : c'était l'autonomie de l'Église catholique ; ce rempart, vous l'avez abattu tant que vous l'avez pu , et chaque jour vous applaudissez ou vous provoquez à la violation des traités conclus avec elle. Mais

* A ce propos, il faut que je recommande ici un ouvrage tout k fait original et remarquable, sur Frédéric le Grand, par un protestant, Onno Klopp, professeur à TËcoIe normale de filles k Hanovre. Publié en 1860, il a élé victime de la conspiration du silence, parce qu'il se met en travers des admirations ser\'ile8 de la foule. Son livre n'en mériterait que mieux d'être traduit, on an moins étudié, en France.

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