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il n'y a pas un de vos publicisies démocrates cpû n'évoque tous les jours un homme qui commencera par renv^ser tout ou confisquer tout au profit de Tidée dominante, puis qui se mêlera de tout, qui défera et refera, qui agira et qui pensera pour tous. Cet homme se présentera, gardez-vous d^en douter.
Que Tunité de TAllemagne soit faite par ce César, ou que, selon la marche ordinaire des choses, ce César soit le produit naturel et légitime de Tunité allemande, peu importe : cette unité se fera, on peut même dire qu'elle est déjà faite. L'£u* rope y a consenti le jour où elle a consenti à Tunité italienne. Reste à en déterminer les conséquences qu'en tirera TEurope. C'est sur quoi le National- Verem et ses acolytes semblent vouloir fermer les yeux ; mais je suis convaincu que, au fond du cœur , en bons et loyaux soldats de ridée , ils ont déjà pris leur parti. L'Allemagne, ramenée à l'unité et conceDtrée dans une seule main, ne gardera pas les limites qu'elle a aujourd'hui. L'ItaUe a dû livrer, pour prix de son unité, la Savoie et Nice : il ne faut pas que l'Allemagne croie qu'elle en sera quitte à si bon marché ! Scribitur ad narrandmrk, non ad probandum. Je suis bien obligé de déclarer, en passant, que j'ai horreur de toutes ces annexions, puisqu'un journal anglais très-répandu, VEco^iomist^ répété avec empressement par la Presse , m'a accusé , ces jours-ci, d'avoûr dit que l'annexion de la rive gauche du Rhin serait pour la France un accroissement de pouvoir et de dignité qui me réduirait désormais au silence I N'ea déplaise à ces jouraaiix, je suis au contraire de ceux qui ont réprouvé l'annexion de la Savoie, parce qu'ils y ont vu la rançon de la spoliation du pape ; je suis de ceux qui ne voient d» vrûe grandeur et de vraie dignité pour une grande nation que dans le respect du droit et de la faiblesse, et dans le territoùre moral que l'ijà-
fluence désintéressée de ses idées et de son exemple lui Mi conquérir dans Tâme des peuples ses Toisins.
Mais je ne su^s pas de ceux qui prennent leurs préférences ou leurs répugnances pour la loi des événements. Je sais très-bien que ce qui se prépare en Allemagne est aussi peu de mon goût que ce qui s'accomplit en Italie ; mais je sais aussi envisager avec calme les conséquences de ce qui arri* vera malgré moi, et tâcher de les faire comprendre d'avance à mes amis. Quand on n'est que spectateur, il faut tâcher de n'être pas aveugle, afin de pouvoir rire ou pleurer à bon escient de ce que font tant d'acteurs , aveugles volontaires, eotmme ces libéraux belges qui, en recooimissant le royaume d'Italie et en adhérant à l'absorption, par un voisin puissant, de cinq petits États indépendants, vont signer et parafer d'avance la suppression du royaume de Belgique.
Je dis donc que l'unité allemande pourra avoir pour résultat non-seulement un très^grand changement sur le Rhin, mais encore des changements non moins grands sur la Yistule, et que la Prusse, transformée en Allemagne, ne devra et ne pourra pas garder te qu'elle a enlevé à la Pologne. Je dis que la Pologne, délivrée de l'étreinte de la Prusse, sera invincible dans la pression morale qu'elle exercera alors et qu'elle exerce déjà sur la Russie. Quant à la Gallicie, elle est trop peu germanisée pour ne pas suivre d'elle-même le sort de la Posnanie. Ici, tout en détestant l'origine de ce mouvement et les moy^is qui le feront triompher, je ne puis qu'admirer d'avance l'oeuvre de la justice de Dieu dans ce qui en sera le résultat. Je jouis de voir les révolutionnaires allemands démolir de leurs- propres mains foeuvre monstrueuse de leur précurseur Frédéric II , et travailler à la reconstruction de -cette vaillante et catholique Pologne qui leur inspire tant de dédain. Je n'éprouve de ce côté qu'une seule crainte, celle
devoir les Polonais, dans l'attente de ce qui se prépare, éprouver et témoigner d'avance trop de synapathie pour leurs auxiliaires involontaires.
J'ai parlé d'eux j usqu'ici avec admiration et confiance, parce que je n'ai parlé que du présent et du passé. Je ne réponds pas de l'avenir. Nul ne sait à quoi peut aboutir le mouvement polonais, abandonné par l'Europe religieuse et conservatrice, et exploité par la démocratie occidentale : U peut devenir la honte et le fléau du Nord, comme le mouvement italien, si glorieusement inauguré par Pie IX, est devenu, soiis d'autres influences, la honte et le fléau du Midi.
J'exprime cette appréhension sous l'impression du souvenir douloureux que j'ai conservé du vote unanime des députés polonais au parlement de Berlin, en faveur de l'amendement de M. de Vincke, qui proclamait la sympathie des démocrates prussiens pour l'œuvre du Piémont en Italie. Je dirai ce que Je pense de ce vote avec la franchise d'un dévouement désintéressé, et, comme disait M. de Maistre, avec la colère de ramour. Ce vote a été plus qu'une faut€, c'a été un crime. Ceux qui l'ont émis se sont rendus solidaires, involontairement sans doute, mais publiquement, de toutes les indignités qui accompagnent la destruction du droit ancien en Italie. Ils ont fait plus, ils ont donné un éclatant démenti à leur cause, qui n'a. Dieu merci, rien de commun avec la cause italienne ; qui est aussi ancienne que celle-ci est nouvelle, aussi pure que celle-ci est souillée, aussi sainte et aussi légitime que celle-ci est coupable. Les Polonais , inébranlablement dévoués à l'Église catholique, n'ont pas le droit de sympathiser avec une révolution dont le principal héros, Garibaldi, traite publiquement cette Église « de la plus horrible des plaies, rendue chronique par dix-huit siècles de mensonges, de persécutions, de bûchers
et de complicité avec tous les tyrans *. » Les Polonais, victimes irréprochables de tant de générations de bourreaux, doivent rougir de tout contact avec un peuple qui envoie Cialdini et Pinelli pour traiter le royaume de Naples comme les colonnes infernales de la Convention traitaient la Vendée, et comme les généraux de Catherine II traitaient les compagnons de Kosciuszko. Je ne sais même si jamais les Russes, conune Ta fait Pinelli à Somma, ont fait fusiller des Polonais, sans jugement et sans confession^ en disant : Ils se confesseront sous terre.
Si les Polonais avaient le malheur d'approuver ce qui se passe en Italie, c'est-à-dire non plus la délivrance mille fois légitime du joug étranger, mais les attentats les plus révoltants au droit et à l'humanité, mais la destruction de la souveraineté séculaire du pape et de l'indépendance également séculaire des Deux-Siciles, ils justifieraient tout ce qui a jamais été fait contre eux. Us absoudraient tous leurs oppresseurs. Est-ce que, par hasard, les Slaves russes n'ont pas tout autant le droit d'absorber les Slaves polonais que les Italiens du Piémont d'absorber les Italiens de Naples? « Comment voulez-vous, » écrivait le roi Joseph Bonapai'te à Napoléon 1", « que je fasse égorger la moitié de mes sujets pour me faire obéir par l'autre moitié? » Or c'est là précisément la tâche qu'accomplit en ce moment Victor-Emmanuel ; c'est celle dont la Pologne, plus qu'aucun autre peuple au monde, doit avoir horreur, à moins qu'elle ne veuille déshonorer sa propre infortune.
Du reste, ces députés polonais ont reçu immédiatement leur châtiment, et c'est ce qui pouvait leur arriver de plus heureux; car il vaut mille fois mieux, pour des honnêtes
* Lettre du 16 juillet 1861 , à madame Dora d'Istria.
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g6BS égarés, être punis sur l'heure que de séduire les émes faibles par de coupables succès et d'être résenrés pour de plus tardifs et de plus terribles jugements. Us croyaient avoir acheté par leur cemplaisanoe la sympathie des démocraties prussiens ; mais, lorsqu'ils ont voulu à leur tour faire passer un amendement favorable aux droits de leur pays, ils ont vu ce même M. de Vincke, sommé d'appliquer à la Pologne les principes italiens, se retourner contre ses cam^ plices de la veille, et leur prouver, en faisant njeter leuis justes doléances par une majorité dédaigneuse, qu'il n'y avait rien de commun entre la cause polonaise et la cause italienne. Il avait raison : et, malgré eux, il leur a fait'hon^ neur et leur a rendu la justice qu'ils se refusaient à euimêmes.
Je me sens d'ailleurs rassuré contre cette aberration passa^ gère de ces hommes que je plains et que j'estime encore plus, que je ne les condamne, par le souvenir de tout ce cpie j'ai vu dans leur pays, comme de tout ce que j'ai recueiliî dans les enseignements de leurs chefs et de leurs oracles. J'en appelle de leur vaine et coupable illusion à ces paroles du prince Adam Gzartoryski la dernière fois qu'il éleva la voix devant ses compatriotes exilés ' :
<c Ne descends pas, 6 ma nation ! de cette hauteur sur laquelle les peuples et les puissants sont forcés de te res* pecter... Au milieu de tes cruelles douleurs et du désespoir vers lequel te poussent la trahison et la vidence, rejette las tentations de la colère , ne t'abaisse pas à des combats in* dignes de toi, qui ne feraient qu'accroître tes maux^ si même ils ne consommaient pas entièrement ta ruine. Souviens-toi qu'il faut plus d'héroïsme pour aller à la mort en
■ Discours da 3 mai 1861.
UNE NATION BN DECTL. 167
déGouvraat sa poitrine que pour défendre sa vie le glaive à la main. La plus grande force sur cette terre consiste à ne pas tenir à la vie. Avoir cette force et en même temps être doux et généreux, étranger à toute idée de vengeance, à tout projet de nuire, même à son ennemi , c'est la vertu par exceUtnce et la véritable raison politique. Ferme surtout ton coeur à r-orgueil, car il abaisse et aviHt les mouvements les plus nobles; mais sache, ô peuple polonais! que c'est dans Télévation de tes sentiments, dans la grandeur de tes vertus, que résident et ta force actuelle et tes espérances pom* l'avenir. Le martyre pour làfoî et la patrie annonce toujours lavTCtoîPe, car il élève la victime également devant Dieu et devant les hommes. Il n'est pas donné aux hommes de prévoir les événements, surtout quand les faits dont nous sommes témoins sont dhm ordre aussi élevé. C'est la Provillenee qui a aujourd'hui éclairé et inspiré la nation; c'est d'elle que nous devons attendre du secours, et ce secours ne nous manquera pas. »
J'en appelle encore à ces aatres paroles, léguées à la Pologne par son poète national, gigismond Krasinskî, dont le nom se trouve sur toutes les lèvres , les vers dans toutes les mémoires, et qui a conquis, depuis sa mort, la plus touchante et la plus légitime des popularités :
« Seigneur, ce que nous te demandons, ce n'est pas l'espérance , parce qu'elle tombe déjà sur nous comme une pluie de fleurs; ce n'est pas la mort de nos ennemis, cette mort est écrite sur les nuages de demain; ce ne sont pas des ormes, car tu en as mis dans nos âmes ; mais nous te demandons de nous donner xine intention pure au fond de nos cœurs. Oui, Saint-Esprit, toi qui nous enseignes que la plus grande puissance c^est la force du sacrifice , que la plus grande raison c'est la vertu, fais que nous puissions par l'a-
mour entraîner les peuples vers le but que nous poursuivons. »
Et plus loin :
« Faut-il donc être meurtrier avec les meurtriers, criminel avec les criminels? Faut-il mentir, tuer, haïr, blasphémer? Le monde nous crie : A ce prix, à vous la puissance et la liberté, sinon rien! Non, mon âme, non; pas avec ces armes ! Le poids du sacrifice peut seul écraser à son tour le sort qui nous écrase... Oh! non, ma patrie, sois plutôt la patience qui enseigne comment on élève Tédiflce pierre à pierre; sois Tinflexible volonté et l'humble recueillement qui prépare la victoire future ; sois le calme dans la tempête; sois l'harmonie au milieu des cris de discorde; sois l'éternelle beauté au milieu des laideurs ; sois, pour les lâches et les pharisiens , le silence accablant qui méprise ; sois pour les faibles la force qui relève les courages ; sois l'espérance de ceux qui perdent l'espérance. Dans ton combat contre l'enfer de ce monde qui se dresse contre toi, sois cette force tranquille et aimante contre laquelle l'enfer ne prévaudi'a jamais * ! »
Ému et enflammé par ces accents sublimes, qui n'ont, Dieu merci, rien de commun avec la politique d'un Cavour ou les exploits d'un Garibaldi, j'écarte toute sombre prévision et j'ouvre mon cœur à une inébranlable confiance dans l'avenir d'une nation qui produit des âmes de cette trempe. Puis, par un légitime retour sur notre propre passé, à nous amis fidèles et malheureux de la liberté honnête et modérée, de la liberté politique et religieuse en France et dans le monde, je dis que nous n'avons pas failli lorsque, dans les
' Pumma de l'Avenir,
temps aujourd'hui si lâchement calomniés de la souveraineté parlementaire, nous avons fait servir la tribune de piédestal à la justice pour lui arracher un verdict contre l'oppression de la Pologne. Nous n'avons pas failli quand nous protestions solennellement, à l'aide de la publicité la plus sincère et la plus complète qui ait jamais existé , pour le droit contre la force; quand nous luttions contre l'indifférence et l'oubli; quand nous entretenions la flamme sacrée de Tindignation des honnêtes gens ; quand nous empêchions la prescription de s'établir au profit de l'iniquité. Malgré les méprisables dédains dont nous couvre aujourd'hui une presse d'antichambre, nous n'avons rien à regretter. Cette parole célèbre: La nationalité polonaise ne périra pas^ descendue il y a trente ans du haut du trône constitutionnel , est plus que jamais une vérité. Cette parole, que je répétais alors avec Tardente inexpérience de la jeunesse , je la renouvelle aujourd'hui avec la conviction enracinée de l'âge mûr. Oui, la Pologne renaîtra. Elle a déjà revécu. Elle a révélé au monde son existence par une victoire morale dont son histoire , ^oni l'histoire contemporaine n'offre pas un second exemple. Les événements de Varsovie sont une bataille gagnée. Je comprends le deuil que j'ai vu partout; mais ce ne sont pas des victimes, ce sont des vainqueurs que l'on pleure. La Pologne revivra par eux et comme eux. Qu'elle sache seulement rester elle-même. Qu'elle n'imite personne. Qu'elle ne se fie ni aux tribuns ni aux Césars. Qu'elle ne fasse jamais rien qui lui ôte la sympathie des honnêtes gens, des âmes chrétiennes. Cette sympathie est souvent, est longtemps impuissante ; mais toute cause à laquelle elle manque est condamnée à périr dans l'ignominie. Salut donc, 6 chère et noble Pologne ! si Dieu prolonge ton épreuve, c'est pour te rendre plus digne d'une glorieuse
no UNE lUTION ÏN OfEDIL.
âcnancipation. Salut, Niobé des nations M Salut et esj comme au type immortel du droit, de Tinnocence, "de lortune, mais aussi de la force, de la vraie force, de la 1 morale, la seule qui mérité d*étre servie et admirée id-^
Oh Romelmycoanttyl city of the soall...
The Niobe «f nalions ! Btaon.
LMNSURRECTION POLONAISE
(Extrait do Corretpondant de fëTrier 1863.)
La nation en deuil est aujourd'hui une nation en flammes et en sang. Ce sang qui coule, c'est le nôtre, car c'est celui de nos frères, celui d'un peuple qui nous est uni par des liens intimes et sacrés. En coulant par torrents, il cimente de nouveau, devant Dieu et devant l'histoire, l'indissoluble union de ce que la France estime le plus, de ce que la Pologne personniiie le mieux : la foi , la liberté, le patriotisme.
La Pologne est donc soulevée. Les légions du désespoir, comme elles s'appellent, ont apparu et ne disparaîtront, si elles doivent être vaincues, qu'après des funérailles qui laisseront sur la conscience de l'Europe le poids d'un insupportable remords.
Que s'y passe-t-il aujourd'hui? Que s'y passera-t-il demain? On ne saurait encore le définir , l'affirmer avec certitude. Mais ce qu'on entrevoit, ce qu'on entend de loin suffit et au delà.
Les faits parlent et avec une éloquence qu'aucune parole humaine ne saurait égaler. Les renseignements ont beau être confus et incomplets, les stipendiés de la Russie , si nombreux dans la presse continentale, ont beau amplifier ou embellir les bulletins nisses, il demeure avéré que l'insurrection qui a éclaté dans la nuit du 22 janvier devient chaque jour plu? sérieuse, plus étendue, plus redoutable qu'on ne l'avait d'abord supposé. Les insurgés se comptent
par milliera. Il a'y a pas un homme, pas une femme, dans toute la vaste étendue de l'aucienne Pologne , dont le cœur ne batte pour eux. Ils prennent et ils gardent des villes, des camps, des points fortifiés. Répandus sur toute la surface du royaume, abrités par les bois, les marais, les landes, les lacs, ils entament déjà les provinces lithuaniennes. Vaincus, selon les bulletins officiels, partout où on les rencontre, ils reparaissent partout et ne se découragent nulle part» Ces désespérés agissent non-seulement en branles, mais esk honnêtes gens et en gens comme il faut» Ils renroient, avec des excuses, à la grande-duchesse Constantin, ses lettres interceptées^ tandis que les généraux russes, dignes émules des Pinelli et des Fumel, leur répondent par le mas^ sacre, Tincendie et rextermination.
Sans doute, nous eussions mille fois préféré voir la Po-> logDke persévérer dans la voie douloureuse, mais lente et sâre^ où elle était entrée depuis deux ans, où tous ses émigrés, tous ses principaux citoyens désiraient la maintenir; où Tavaii guidée cet iUusIre comte André Zamoyski, qui a su élever jusqu'à Thérolsme la pratique de la modération et de la légalité; où TEnrôpe, distraite et démoralisée, ne pouvait s'empêcher de la contempler avec une attention, une sympathie croissante. Mais comment oserions - nous juger à cette distance les causes qui ont produit et justifié le mouveuieBl? Qui donc a,^ comme toujours, été Tagresseur? Qui donc a exilé du sol de la Pologne le comte André, ce médiateur écouté et respecté de tous, pour le récom> penser de sa paissante et généreuse intervention an profit de la paix> et. da Tordre? Il est trop fooile dé vantev 1» patience ou la prudence quand on est soî-mènK à Tahri du mal; trop facile de prèeh^ la confiance à œux dont on ne parta^ ni les angoisses^ ni les hnmiliartienfi>, ni tes c<^res;
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à ceux qui se sentent le cœur chaque jour traversé par un glaive empoisonné, dont nous ne connaissons ni le trandiaiitiii le venin.
Une sage et décente réserve comn^aiidait, ce semble, à M. BiUault, d'hésiter quelque peu avant de déclarer, comme il Ta fait au Corps législatif, que a l'autonomie de la Poloce gne aura plus à attendre des sentiments généreux et libén raux de Tempereur de Russie que d'une tentative insm> « rectionnelle , dont les efforts ne peuvent appeler que de « nouveaux désastres sur ce malheureux pays. »
Dieu nous garde de prononcer, même dans le milieu restreint de notre chétive publicité, une parole qui puisse encourir la responsabilité d'une seule goutte de sang imiti* Icment versé. Mais Dieu nous garde aussi de blâmer ou de décourager ceux qui donnent leur sang comme uuâ offrande à la patrie et à Téternelle justice.
Qu'il est triste et poignant de ne pouvoir leur offrir qu'une stérile sympathie. Ils meurent pour nous et sans nous : ils meurent et nous vivons! Us meurent et nous écrivons! Quelques gouttes d'encre sont tout ce que nous pouvons offrir en échange de ce sang qui monte vers le Juge de toutes les justices, vers l'immortel Vengeur, pur comme une larme et saint comme un holocauste.
S'il fallait en croire les rapports officiels, tous les insurgée jugés par les conseils de guerre auraient déclaré que le clergé a été le principal instigateur du mouvement. Cela est peu probable, mais voici ce qui est certain.
Conmae toujours, la foi catholique, qui est Tàme de la Pologne, que rien n'a pu arracher jusqa'ici de ces poilnuies généreusea,. a. fait tout d'abord exploaioii dans ceite lutte nouvelle. Les églises, nous dit-on, sont partout pleines de ces jeunes et vaillants insurgés,, victimes volontairesi^ qui.se
ne L'INSURRECTION POLONAISE.
préparent à marcher à une mort certaine. Ils viennent s'y confesser, y remplir les derniers devoirs du chrétien qui va paraître devant Dieu. Debout et pleins de vie, ils viennent demander le sacrement des mourants; puis, munis de l'extrême-onction', ils partent et s'enfoncent dans les forêts pour y mourir en combattant. Avant de succomber, ils bravent les baïonnettes avec leurs faux ; ils s'élancent, comme les premiers Vendéens, armés de simples bâtons, sur le canon russe. Us se font à eux-mêmes de lartillerie avec des cloches. Comme les catholiques de la guerre de Trente ans, ils ont, pour mot d'ordre, les noms de Jésus et de Marie. Je n'insiste plus sur cette glorieuse solidarité du catholicisme et du pati'iotisme polonais, aujourd'hui universellement reconnue et qui ne s'est jamais démentie. A la différence de ce qui s*est vu en 1831, la sympathie unanime des catholiques du monde en a été le prix. Je tiens d'ailleurs à établir que cette sympathie devrait être acquise à la Pologne, quand même la religion y eût été moins évidemment compromise. Je n'admets pas que l'Église ait besoin d'être directement en cause, pour que ses fidèles soient tenus de s'enflammer au nom des grands intérêts de moralité et d'humanité. La justice doit suffire, la pitié, la probité et aussi l'honneur. Quand, il y a quarante ans, les Grecs s'insurgèrent. Chateaubriand ne s'inquiéta pas de leur orthodoxie pour jeter dans la balance l'épée de sa parole avec le prestige de son génie : et par cela même il rendit à la religion, qu'il aimait et qu'il a si courageusement honorée, un service signalé. S'il en était autrement, si les catholiques ne savaient s'émouvoir, comme tous les égoïstes d'ici-bas, que pour leurs propres intérêts et ne s'indigner que de leurs injures personneUes,
* Journal de Poten cité dans le Tempt du 8 février 1S63.
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il faudrait rougir de la petitesse de leur cœur et gémir sur cette nouvelle dépravation du sens moral, déjà si profondément altéré parmi nous.
Je viens de nommer la Grèce : j'entends la Grèce de notre jeunesse, non celle d'aujourd'hui qui cependant, malgré sa récente révolution, reste encore digne de sollicitude et dépositaire d'immenses intérêts en Orient. Mais constatonsle, à l'honneur exceptionnel de la Pologne, son insurrection n'est pas une émeute étourdie, comme celle qui s'est accomplie à Athènes, il y a six mois, ou à Paris, il y a quinze ans, et où les vainqueurs éperdus se trouvent plus embeurassés que fiers de leur trop facile victoire. Ce n'est pas non plus un complot tramé dans l'ombre et spéculant sur les profits du jeu sanglant des batailles, comme celui qui a produit la guerre de Lombardie et la révolution italienne. C'est une explosion subite et spontanée, légitime et provoquée, oui, provoquée par un des attentats les plus exorbitants dont notre siècle, fertile en spectacles de ce genre, ait été témoin. C'est la conscription qui l'a fait éclater, une conscription imposée non pas avec les formes équitables et régulières dont ce mot éveille l'idée chez nous, mais avec la sauvage perfidie qui caractérise l'enlèvement des nègres sur la côte de Guinée; une conscription qui, d'après les instructions secrètes du ministère de l'intérieur et l'aveu public du Journal de Saint'Péiersbourff^ a eu pour objet de débarrasser le gouvernement des sujets dangereux, et de frapper d'une pénalité monstrueuse les instruments innocents d'une résistance morale dont on ne pouvait atteindre les chefs; une conscription qui transforme ses recrues en galériens; dont le but est, non d'armer un peuple, mais de le décimer; dont les circonstances ofTrent toutes celles qui constituent le guetapens nocturne ; dont le résultat est la déportation à vie de