IX
2t» LE Pàn ET LÀ POLOGNE.
€ regione proculqwmiwn jMest aremsjucert. Dixk emim : Non videéa morieniem pmrumu
Mais voici qye, èa ntlieii de ce sâenee glacial, de eette indifférence uuivefselie , une Toix s^élève , une seule , poar répondre au cri de détresse de la Pologne agonisante. G'esl la Toix de la Religion ; voix plaintive, indignée, iaHnovteife. Celui qui est aux yeux de tous, amis ou ennemis, fidèles eu invpîes, la plus bante personnification de la religion dans le monde, celui-là a parlé ! Le vicaire de Jésus^Christ, da Fils de Dieu mort pour les hommes sur la croix, a parlé pour la nation crucifiée* L'éloquence a jailli, en flots pressés et bouillonnants, du fond de ce noble cœur, du coeiir de Pie IX, cœur d'bomme et de pontife, où l'indignation a débordé avec la pitié.
Ah ! certes. Ton n'est pas sur un ht de roses quand on a pour métier celui d'avocat de la cause cathcJique an temps actuel. 11 faut s'y résigner à toutes les tristesses ; il faut s*y attendre non -seulement aux outrages et aux mépris du dehors, mais aux misères et aux ténèbres du dedans, fari$ pugnœ^ inius timorés. Petits et grands nous y sommes tous appelés à subir les mécomptes, les défaites, les défections, les abattements , les tristes découvertes , les obscurités , qui sont le partage des plus bombles soldats comme du plus auguste représentant de la vérité. Mais aussi, de temps à autre, quand la vérité, quand la justice vient à briller comme réclair dans la nuit, en em{H*untant à la reUgion sa force et son autorité surnaturelles, quelle joie incomparable s'allume dans l'âme fidèle ! quel transport de reconnaissance éclate parmi les chrétiens ! Je ne sais ce que la grande voix de Pie IX aura fait éprouver aux Polonais dans les affres de leur agonie; mais me», leur vieux et impuissant ami, j'en ai tressailli de bonheur, d'adminiftion, et je ne résiste pas à
Lff PAFE RT EA POLOGNE^. 311
TeiiTie de m>n épancher aiRec ceux qm pensent comme moi sv la justice et la ssûnteté de la cause potonaise.
A rheure qu'a est, on peut dire qu'il n'y a de Yraiment grand en Europe que deux opprimés : le Pape et le peuple polonais.
Elle est encore debout cette Pologne prodigieuse ! Malgré tant d'épreuves et de désastres, malgré les déftdtes et les supplices de chaque jour, malgré l'indifférence et l'abandon, rien ne la décourage ni ne l'abat. La lutte dure encore, et déjà, par un miracle de^ vitalité, elle- a duré deux fois plus longtemps qu'en 1830 et 1834 . El cependant alors le soulèvement national avait pour pivot non- seulement la possession de la capitale, avec- une administration tout organisée, mais par-dessus tout une armée régulière de quarante mille hommes, admirablement disciplinée et commandée par d'illustres vétérans des grandes guerres du premier Empire ; tandis qu'aujourd'hui et depuis dix-huit mois l'insurrection n'a pas où reposer sa tête. Elle n'a pu arracher aucune ville in:4>ortante aux Russes. Les Toréts et les marais sont ses uniques citadelles. Elle n'a d'autre armée que des bandes irrégulières sans cesse décimées, dispersées, anéanties, mais toujours renaissantes et toujours indomptées. Elle s'alimente par la pratique quotidienne des sacrifices les plus héroïques, les plus difficiles ; de ceux qui répugnent le plus à la nature des sociétés modernes. Les Polonais ne prodiguent pas seulement leur vie ; ils ne se donnent pas seulement eux-m£mie& avec leurs enfants, et toute une jeunesse qui va au feu, à la mort, à toutes les fatigues, à toutes les misères qui précèdent la mort, avec encore plus de calme et de résolution que d'entraînement. Ils prodiguent encore et surtout leurs biens. La fortune, la propriété» cette idole de la civilisation mo^ derne, plus chère que la vie à tant de nos contemporains,
ils De semblent la connaître que pour la mépriser et pour la sacrifier. Terres, maisons, biens-fonds, argent, capitaux, tout est exposé, tout est perdu, et une ruine totale devient le partage assuré de ceux qu'aura épargnés la mort. Cette prodigalité patriotique n'est point une vertu nouvelle chez eux. Ce qui Test davantage, c'est la merveilleuse subordination , les miracles d'obéissance et de docilité qu'a déployés ce peuple réputé indisciplinable, sous l'impulsion de son gouvernement national*. Nul ne sait le nom ni le séjour de ce pouvoir occulte, et partout il rencontre une soumission absolue , due au seul empire de cette foi patriotique qui n'a encore été ni imposée ni souillée par aucun excès dictatorial, par aucune violence révolutionnaire.
Mais détournons un instaut nos regards de cette lutte sanglante pour voir l'effet qu'elle a produit sur l'Europe.
La nation victime avait appelé à son secours toutes les grandes nations de l'Occident : la France , TAngleterre, l'Allemagne, l'Italie. Toutes étaient provoquées et obligées à remplir ce grand devoir. Aucune n'a su, n'a voulu l'accomplir.
L'Allemagne, oubliant avec une cynique ingratitude que la Pologne lui a servi de rempart vivant et perpétuel contre les Mongols au moyen âge, contre les Turcs depuis le quinzième siècle, contre la domination moscovite depuis la chute
' Voir, à ce sujet, de précieux et d'importants détails dans l'ouvrage récent de M. Tanski, intitulé : L'Entrée du Bwtu à Parti et V Armée rutu, où l'on trouve aussi de très-curieux renseignements sur la transformation subie par l'armée russe depuis ses victoires de 1813 à 1814, et sur Taction des Polonais incorporés dans cette armée.
de Napoléon, T Allemagne aime mieux maintenir et aggraver sa complicité dans le crime ineffaçable du Partage que de l'expier en garantissant sa propre indépendance par un acte solennel de justice internationale. Elle use de sa supériorité matérielle pour frapper à coups redoublés sur le Danemark, sur un peuple aussi faible par le nombre qu'il est intrépide et généreux ; et cela pour venger la nationalité allemande des Schleswigeois qui, très-probablement, n'a pas été plus opprimée que celle des Alsaciens en France, tandis que les deux grandes puissances allemandes poursuivent depuis mi siècle avec un inégal mais infatigable acharnement l'extirpation de la nationalité polonaise dans les vastes provinces qui leur ont servi de lots dans la dépouille de la victime.
L'Italie nouvelle, ou, pour mieux dire le Piémont, agrandi par des procédés trop analogues à ceux des spoliateurs de la Pologne , essaye à peine de feindre ou d'affecter une sympathie froidement déclamatoire pour la grande victime de cet esprit d'usurpation et de conquête dont la royauté piémontaise est devenue la plus coupable personnification dans l'Europe contemporaine. Au fond et au vrai, toutes ses sympathies sont pour la Russie , qui s'est hâtée de reconnaître dans l'Italie de Victor-Emmanuel l'auxiliaire et l'imitatrice de sa politique immorale et spoliatrice : a II y a, d disent les gens qui s'y connaissent le mieux , « il y a un trait d'union entre Saint-Pétersbourg et Turin dans la question de Rome ' . » Le gouvernement soi-disant libéral qui a volé le patrimoine du Pape, qui emprisonne chaque jour évoques et cardinaux, qui supprime tous les ordres religieux pour confisquer leur patrimoine et profaner leurs sanctuaires ; ce gouvernement ne peut ni aider, ni aimer, ni même comprendre la Pologne.
' Correspondance de Torin dans le Jowmal dct DAûU, Au U ]aUlet 1863.
£t Garibalii , qui vient d'afficher à LondFes une certaÎAe condoléance ^pour la cause polonaise, était hien plus dans son râle et dans sa nature quand il écrivait, le 28 déoembve i&63 , en s'adressaat aux. Polonais : a Ceasez de donnera a vùtre UiUe héraique woi caractère religieux, qui éloigne «L de vous les sympathies et provoque contre vous les réao- «L tions sanglantes'. »
L'Angleterre ! comnoent peindre ici la pitié douloureuse qu'inspire à ses meilleurs amis , à ses plus fidèles admirateurs, la triste décrépitude de sa politique extérieure ! On nous dit chaque jour d'applaudir aux progrès iocontestaUes de la démocratie au sein de ce grand peuple libre. Pourquoi faut-il que ces progrès soient contemporains de la déchéance trop manifeste de son énergie , de sa capacité , de son intégrité dans le maniement des affaires européennes ? N'est-ce pas elle qui , en déclarant publiquement par la bouche ëe son ministre des affaires étrangères que , dans aucun, eas^ les négociations entamées par les puissances occidentales au profit de la Pologne ne poiuraient ni ne devraient aboutir à la guerre, n'est-ce pas elle qui a garanti à la Russie Timpunité des crimes dont la Pologne s^nble aujourd'hui la seule victime, mais qui seront un jour cruellement expiés par l'Europe entière ? Ici , comme en Italie , c'est le fanatisme antireligieux qui produit l'aveuglement et Tincapacrté pohtir que. A la terreur risible que lui inspire la papauté, à la re-
' L'équité nous fait un devoir de signaler l'hommage rendu an courage apostolique de Pie fX, dans la séanee du 7 mai de la Chambre des députés de Turin, par M. Brofiîério, l'un des adversaires les plus acharnés du Saint- Siège. € Quand je vois, a-t-il dit, un vieillard fatigué, malade, sans ressonroe, sans armée, sur le bord de sa tombe, maudire un potentat parce quH égorge un peuple, je me sens émn 4aM toot mon être, je me crois reporté la temps de Grégoire VII, je m'incline et j'applaudis. > Et l'assemblée tout entière a applaudi. On doit regretter qu'aucun hommage semblable ne se soit produit AU jein des Chambiet fcaAçaiMA>
LE PàJn ET LA POLOGNE. ^15
crudesoeoce puérile de ses ancieiis préjugés contre les peuples <i les iostitutioQS ca&oliqBes , Tient se joindre , en oe qui touche la Pologne , une éY0caiÎ4»i du passé , qui est comme un remords. L'Angleterre s'est reconnue dans le système <iue suit la Russie contre la iiatioa qu'elle porte attachée au flanc. La Pologne d'axxjourd'hui lui représente rirlande du temps des Tudors et des Stuarts. C'est à l'école de la reine Elisabeth et de Gromwell que les Mourawieff et lesBerg ont pu apprendre la théorie et la pratique des transplantations, des déportations et des expropriations qui constîtaeot la phase actuelle du supplice périodiquement renouvelé de la rafce polonaise.
fteste la France ! L'année dernière, l'illustre évéque d'Orléans , toujours le premier sur la brèche quand ii y a une grande cause à servir, une noble infortune à défendre, écri^ vaîtàlL Quînet : «Oui, j'espère aussi; je ne sais quel instinct profond me dit que ce grand cri de douleur sera écouté, exaucé, apaisé ; que la France ne manquera pas à son devoir , à sa destinée ; que ce mécompte suprême ne som pas ajouté à toutes ses douleurs. » — On sait maintenant que cet instinct a été trompé et que ce mécompte a été consommé. On sait assez ce que nous en devons penser, et on conçoit la réserve qui nous est imposée sur ce point. Nous parlions, il y a im instant, d'honneur et de reconnaissance, et nous songions, en écrivant ces mots, à la France, à sa vieille et inextinguible dette envers la Pologne comme envers l'humanité. Quand je dis la France, je donne à ce mot son sens complet; j'entends le peuple français tout aussi bien que le gouvemement français, et je c(mfesse avec douleur que Tindifférence du pays a trahi la Pologne autant et plus -que la débilité du pouvoir.
ToigoBiB esl-il «que dans cette défaillxiee universelle des
grands peuples et des grands États , c'est le plus faible , le plus désarmé des souverains européens , qui a seul rempli son devoir , seul répondu à l'attente des cœurs généreux, seul obéi à la voix de la justice et de la pitié. Et ce plus faible des souverains, c'est le chef de notre religion, le père de nos âmes ! C'est lui qui nous donne en ce moment le sublime et consolant spectacle de la protestation du faible contre le fort , de la justice contre l'iniquité , de la vérité contre le mensonge. Mais, en plaidant ainsi pour la Pologne, Pie IX a , sans le vouloir et sans y songer peut-être , fourni au monde le plus grand argument en faveur du pouvoir temporel de la papauté. Jamais on n'a mieux prouvé qu'il ne pouvait y avoir pour elle de complète indépendance que dans la souveraineté. Qu'on nous montre donc une autre façon de rendre son autorité libre et souveraine comme il nous la faut, comme il la faut à la justice et à la vérité qu'elle personnifie pour nous ! Qu'on essaye de se figurer un Pape sujet ou vassal salarié d'un roi d'Italie ; qu'on se le représente usant de ce fier et généreux langage devant un maître allié ou complice de l'oppression qu'il faut dénoncer, de la trahison qu'il faut dévoiler !
Mais de plus, comment n'être pas frappé du contraste significatif entre l'attitude courageuse du Souverain Pontife et les allures incertaines et timides des grandes puissances ? Je n'entends pas dresser ici un acte d'accusation détaillé contre la diplomatie française en particulier. Je ne suis pas de ceux qui, parce qu'ils réprouvent la politique intérieure du gouvernement de leur pays, triomphent de ses défaites à l'étranger. J'ai déjà dit que le nôtre n'avait pas trouvé dans l'opinion l'appui qu'il devait espérer. Je rends d'ailleurs hommage avec tout le monde à la capacité reconnue, aux intentions droites et patriotiques du ministre actuel des af-
faires étrangères, M. Drouyn de Lhuys. Je suis convaincu qu'il a désiré autant que personne la victoire du droit et de rhumanité en Pologne. Ce n'est pas moi qui lui reprocherai, comme d'autres , Theureuse inconséquence qui a remplacé le dédain glacial et inhumain des premières paroles officielles de M. Billault sur l'insurrection polonaise par des négociations et des documents propres, selon quelques-uns, à exciter et à encourager les efforts des insurgés. Mais je le plains sincèrement de n'avoir pas même pu appliquer à la Russie, notoirement coupable de si monstrueuses cruautés, cette peine de la quarantaine morale , cette interruption des rapports diplomatiques qui avait été prononcée contre le roi Ferdinand de Naples pour de bien moindres griefs , même en tenant pour avérées toutes les calomnies ou toutes les exagérations propagées contre lui.
Je le plains de n'avoir pas pu obtenir pour la Pologne insurgée, c'est-à-dire pour la plus ancienne et la plus généreuse alliée de la France, cette reconnaissance de la qualité de belligérante accordée avec tant d'empressement par son prédécesseur aux esclavagistes américains qui rompaient, sous le plus inexcusable des prétextes, l'unité nationale du grand peuple que la France avait aidé à naître au delà de l'Atlantique.
Avouons-le du reste, sans prétendre devancer le jugement de l'histoire, et en lui laissant le soin de distribuer entre les grandes puissances la part de réprobation qui revient à chacune d'elles : on trouverait difficilement dans les annales de l'Europe moderne un épisode plus triste et plus humiliant que celui de la prétendue intervention de la diplomatie européenne, pendant l'année 1863, en faveur de la Pologne. Les ambassadeurs des trois plus grands empires du monde se sont laissé éconduire comme des solliciteurs importuns.
218 LE ëàK ET Là MUM»£.
Ce n'est pas ssixïb rdima que le cxar a pu accorder au prînoe fiortcfaakoff riaeigDe faveur de porter «on portraii à U feourkoiuûère, en le Jeiiciiaat d'mvoir écarté «bs tefUatùfes injusies d'ingérence dans les affaires imîérieures des Russes et d'avoir aiamtenu CimoiolabUiié des droits de la Russie ' .
Quant à Tiaviolabîiîié des droite de la justice, de Thon- Heur et de Thumaaité, persoune, à coup sûr, parmi les hommes d'État de l'Europe actuelle, n'aura joéiité de récompenses pour les avoir maioteuus.
Rien ne pourra jamais justifier une politique qui de Taotion commune de foix^es si imposantes n'a pu tirer que l'aveu éclatant d'une faiblesse fii prodigieuse, et qui, prétendant réprimer les attentats de la Russie ooQtre le draèt des gens et contre les traités, n'a pu aboutir qu'à constater son impunité, en fortifiant sa position menaçante sur la Yistuie, au centre de 1 Europe. C'a été le triomphe de l'inactioa, de la division, de l'impuissance. Jamûs peutrétre la timidité, la crédulité, l'hésitation, n'avaient joué un si grand r61e dans les aiiaires humaines. Jamais la diplomatie n'avait donné une preuve plus affligeante de la singulière aptitude qui la rend tellement plus habile à confirmer les conquêtes du mal qu'à venger les injures du bien.
En vivant au jour le jour et sous prétexte de gagner du temps, on a perdu les occasions les plus favorables, et laissé passer tous les moments décisifs. Tenus en échec par les seuls efforts de l'insurrection pendant plus de six mois, les Russes eussent très-probablement cédé à la moindre diversion de la Baltique, laquelle eûi centuplé les forces de la Pologne en même temps que l'ascendant moral de la France dans le monde. Dominées par la plus aveugle confiaaee
> leBDdtJnl9j(Mfl(l«flicQ1864.
dans une politique d'expédients et de pourparlers indéfinis, TËurope tout entière, rAllemi^e, rAngleterre surtout, ont perdu la plus beUe occasitti de relever une barrière iadispeosable contre ie développement colossal de la prépondérance moscovite. Il viendra un tens^, et peutrétre n'estai pas si loin, où dles payeront «bèremeni icette miaéraUe errecu*, et où elles voudront avoir racheté , au prix du meilleur de leur sang, chaque jour de cette année si follement, si crueUement gaspillée dans une inexcusable inaction, pendaiU que la Pologne versait tout le sien pour le safait et la liberté du monde.
Il faut bien d'ailleurs le reconnaître, en renouvelant sous le règne si prospère et si vanté de Napoléon III, l'abandon de la Pologne qui a été si violemment reproché à Louis XV et à Louis-Philîppe ; en consacrant de nouveau le crime du Partage, la politique française paye la rançon de cette alliance russe, qui a favorisé la guerre d'Italie et les annexions dont cette guerre a fourni l'occasion. £n présence des paroles formelles de l'Empereur ^ et de son premier ministre '^, il doit être permis à ceux qui ont déploré une guerre
' « Qmnd ëolaU rinsarrecaoD de Potogae, les goarerDeinents de Rvssie
«t de Franee étaient dans les meilleures relations ; depuis la paix, les grandes
qoeations eofofiéeiuies les avaient trouvés d'accord, et, je n*hésite pas à le
• déclai«r, pendant la ffuerre d'Italie, comme lors de l'anDextOQ du comté de
Nice et de la Savoie, l'empereur AUxamàre m'a firHé l'appmi le plus tineère
et le pim cordial. Ce boa accord exigeait des ménagements, et il m'a fallu
croire la caase polonaise bien populaire en France pour ne pas héaiter à
eomproosettre une des premières alliances du cootineot, «( à élever la voix en
faveur d'une nation, rebelle aux yeux de la Russie, mais aux ndtres béri-
tiëre d'un droit inscrit dans Thistoire et dans les traitéa. » (DisMarsdnô^n*-
wmbre 1663.}
' Diacoars de M. Rouher. MonUeur du 80 janvier 1864 :
X 0«, après le traité de Paris» les lelalioM entre la France et la VHqêêêb
iost ddvenaas exeeUentei . Un n^prœheiBeDt était naturel entre cea deui.
pniMiiicea qui n'étaient ■wiunéea «nr le ctuunp de batailla, et fai amiMt
acquis. Tune pour Tantre, une estime wmwdfle ao nfhnltam glnrienin— it
dont le double et incontestable résultat a été la ruine du pouvoir temporel de la papauté et le réveil des défiances de l'Europe contre la France, il doit leur être permis de constater que les fautes contre la justice et contre la sainte faiblesse de l'Église ne portent pas bonheur. Les quelques Polonais et les trop nombreux amis de la Pologne qui ont eu des complaisances pour la cause piémontaise reconnaîtront tôt ou tard que la question polonaise a été perdue par la question italienne. Nul n'estime plut haut que nous la gloii*e nouvelle dont nos incomparables soldats se sont couronnés dans les plaines de la Lombardie ; mais nous ne craignons
et courageusement {Trèi-bien /). Oui, un rapprochement était naturel entre ces deux puissances, car le continent les sépare, car elles n'ont d'ailleurs aucun point de contact, car il semble que, dans toutes les grandes questions qui intéressent le monde, elles n*ont pas d'intérêts contradictoires, et qu'elles peuvent ainsi marcher dans une confiance commune. Aussi ces sentiments d'alliance, nous n'avons pas hésité, après 1856, à les cultiver et à les développer.
« Agir ainsi, Messieurs, ce n'était pas dédaigner les autres alliances, c'était uniquement en élargir le cercle, en régler l'équilibre et renouer, dans des conditions appropriées k notre temps, ces traditions nationales qui nous avaient autrefois rapprochés de la Russie.
c Oui, ces pensées d'alliance étaient justes et vraies; elles ont produit leurs résultats légitimes. Lorsque, obéissant à une politique traditionnelle aussi, pour protéger nos frontières menacées et un fitat voisin attaqué, l'Empereur a cru nécessaire de franchir les Alpes, nous avons dû à la bienveillance de cette grande puissance du Nord une neutralité que comprenaient assez mal d'autres puissances moins favorables à notre entreprise et plus voisines denous. [C'est vrai! — Trèê-bten! tris^bien!)
c Puis, lorsque l'agrandissement pacifique de ce pays s'est opéré par l'annexion du comté de Nice et de la Savoie, l'empereur de Russie a repoussé avec énergie ces pensées surannées, vieillies, empruntées à d'autres temps, à l'aide desquelles certaines puissances ont cherché à nous menacer. {Ntm- MMes fHorqwi d'approbation.)
« Enfin, lorsqu'on 1862 nous avons témoigné à la Russie le désir de lui voir reconnaître Tltalie, elle l'a fait avec un empressement dont nous lui avons été reconnaissants. Car, en établissant des rapports réguliers avec ritalie, elle rendait à la fois les obligations de ce royaume nouveau plos impérieuses et plus faciles ; elle secondait la France dans l'œuvre d'apaisement qu'elle accomplissait à Turin. »
pas d'affirmer que, aux yeux de Dieu et de la postérité, cette guerre ne servira pas de contre-poids suffisant à l'abandon de la Pologne.
En outre, cette postérité comprendra très -difficilement que le restaurateur de l'Empire n'ait pas cherché avant tout, en présence d'une occasion si naturelle et si légitime, à réparer les torts de l'ancienne politique napoléonienne envers la Pologne, torts voilés dans la mémoire des Polonais par une touchante et opiniâtre crédulité, mais qui n'en éclatent pas moins aux yeux de l'observateur le moins attentif des faits historiques.
Par quelle fatalité faut-il que ce soit tantôt à l'alliance, tantôt aux agressions de la France impériale que la Russie ait dû la consoUdation des frontières redoutables d'où elle pèse sur l'Europe !
C'est la France, l'ancienne alliée de la Suède, qui sous Napoléon a livré la Finlande à la Russie, en venu des conventions secrètes de Tilsitt dont les événements de 1809 ne furent que la réaUsation.
C'est Napoléon qui s'est toujours montré prêt à sacrifier la Pologne, dès que l'occasion s'en présentait, par ses ajournements, ses hésitations, par une politique ambiguë, énigmatique, évasive, toujours égoïste, trop souvent par ime complicité clandestine mais directe avec les bourreaux : et cela à Tapogée de sa gloire comme à la veille de sa catastrophe ; en 1809 quand il approuvait que les noms de Pologne et de Polonais disparussent de l'histoire ^ ; comme
1 Le 30 octobre 1809, M. de ChampagDy, duc de Cadore, ministre des affaires étrangères de Napoléon I*', adressait au comte Romanlzow une note officieUe où se trouve le passage suivant :
€ L'Empereur veut non-seulement ne point faire naître l'idée de la renaissance de la Pologne, si éloignée de sa pensée, mais il est disposé à cooconrir
22!^ LE MPB ET LA POtOGNB.
en 1813 qmmd 'il offrait à la Prasse tout le grand-duché de Tarsavie, en déclarant que ce projet iméanHraiiàjammh la Pologne ' .
Il est d€»e trop \rai, comme on Ta très- bien établi, que vingt millions de Piolonais, après avoir prodigué leur sang à Napcrféon f, attendaient à ses genou m mot qui lew eût rendu la vie en leur donnant ime dynastie, des lois, des frontières ; en donnant à FéquiKbre européen une base in*comparabèe^ et à la ceascienee du genre humain une conso* lation nécessaire. « Maïs c'eût été, même dans ce lointain du Nord, une barrière à sa puissance. Il aima mieux essayer d'abaisser au Kremlin nn trftiie de plus qu'accepter de refaire un peuple... Il donna deux invasions à la France, qui en qiiaitorze siècles n'avait pas connu ce fléau, pour n'avoir pas voulu rendre la vie à la Pologne ^. »
Jamais l'omnipotence de l'autocratie ne s'est moatrée plus aveugle, plus insensée, plus égoïste que dans cette
avec l'empereur Alexandre à tout ce qui pourra en effacer à jamais Ib venir dans le cœur de ses anciens habitants. Sa Majeili approuve que leg noms de ToLOGNE et de Polonais dhparaiuenî non-seulement de toutes les tramaetiom ptiitiques, mùiswtème de l'kistoin. Elle engagera le roi de Saxe i se prêter à tout ce qui pourra tendre à ce but. Tout ca qui pourra servir à maintenir dans là soumission les habitants de la Lithuanie sera approuvé par TEnaperenr et exécuté par le roi de Saxe. >
' Inslroctiona données, le 17 mai 1813, au due de Yicence, citées par M. Armand Lefébvre, conseiller d'Ëtat. Revue des Deux Mondes, 1«' février 1S57.
On ne peut pas se lasser de signaler le contraste de ces actes avec les belles paroles des plénipotentiaires de Lavis IVUI an congrès de Vienne, si bi«a exprimées et comprises dans la lettre du prince de Talleyrand au princa Mettemich, du 19 décembre 1814 :
« De toutes les questions qui doivent se traiter au congrès... la première, la plus grande, la plus éminemn^ent européenne, c'est celle de la Pologne..., de son anUque et camplèu iadépendanee... » Paroles aussi généreiises que hardies dans la booeba d'un vaincu d'hier, a dit M. Saint-Marc Girardia; surtout si l'on songe que, si cette Pologaa anrait succombé pour la c'était pour la France inipénate, et no» povr celle des Bonrhona.
* Sa&vandy, Biêiaire it Jêrns SaHttkL
LX PAJn ET LA POiJOmE. 2tS
qoestion polomnse» Mais, quelque dévoué que je sois à la casse des giMveraemeiils Kbres et par conséquent à k gioîre de» assemUées leprésentatires, je suis coudanmé à reeoo- DBltre qœ, de nos jours au moins , les corpe délibérants n'ont ^ère miem compris que le grand empereur le» droits de la Pologne et ki mission de la France.
Au Sénat, fat trop fameuse formule du chaam chez m, chacun stm droite a reparu pour être applaudie comme eHe ne rayait pas été il y a trente ans, et reparu (kns \k bouche même de son auteur ^ armé contre la Pologne de sa Terre eaastîque et ligué contre elle arec M. de ia Rochejaquelein et ayec M. Proudbon, comme pour montrer que les «mciefis partis n'étaient pas plus incapables que les hommes neoyetux de fownir des auxiliaires à la Rusae.
Au Corps législatif, les protestations toujours généreuses et intelligentes de M. Eugène Pelletan n'ont pas renc(»tré sur les bancs de la Cbaeaibre élective les sympathies qu'elles auraient dû provoquer ; et le plus éloquent des avocats de la cause polonaise, M. Jules Favre, a singulièrement amoindri la portée de son plaidoyer pour elle, en déclarant que l'alliance russe était, à son avis, infiniment désirable^ bien qu'impossible pour le moment. En quoi donc désiretblef peorrait-on lui desuoider.. Pour la France militaire, agrès* sive, conquérante : soit. Mais pour la France libérale, pour la France chrétienne, pour la France civilisatrice, émancipatrice, jamais! Le président de la Chambre, M. le duc de Morny, a été bien plus loin encore en déclarant dans une allocution mémorable et applaudie, après avoir parlé de rendre Rome aux Romains, que la Russie était un pays démocratique, plus démocratique qu'aucun autre en Europe^.
* M. Dupin.
* jroniCeur da 29 novembrv 1863.
Étrange panégyrique dans la bouche d'un des plus hauts fonctionnaires de notre démocratie impériale, qui tendrait à faire d'une bureaucratie corrompue et tyrannique le synonyme de la démocratie, mais trop conforme à Tidée d'un autre duc moderne, qui a représenté la hiérarchie de nos fonctionuaires comme le seul ciment de la société française'. D'où il faudrait conclure que Fidéal de la démocratie se trouve en Turquie, car c'est là, encore plus qu en Russie, que subsiste et a toujours subsisté l'onmipotence des fonctionnaires, et de plus l'égalité dans la servitude, le néant de l'individu, l'alliance naturelle, contre toute liberté, d'une multitude irresponsable avec im despote investi de la puissance spirituelle et temporelle. Autant valait répéter le propos attribué au grand-duc Constantin, pendant sa viceroyauté à Varsovie : a A quoi bon une noblesse et des bourgeois? Il ne faut qu'un empereur et des paysans ! »
Tous ces débats, on le sait, n'ont abouti qu'au vote d'ime adresse plus froide encore et plus décourageante à l'endroit de la Pologne que le discours de la couronne, adresse où l'on exprime « le regret qu'on éprouverait de voir nos bons rapports avec la Russie refroidis, » et où l'on félicite l'Empereur de ne pas compromettre la France « pour des causes dans lesquelles ne sont engagés ni son honneur ni ses intérêts ! »
Il est temps, plus que temps de laisser là ces faiblesses et ces misères, de sortir de cette atmosphère brumeuse et
* Cette « hiérarchie administrative, qui constitae à elle seale tout l'organisme politique de notre démocratie, et en dehors de laquelle il n'y a plus que des grains de sable sans cohésion, sans adhérence. » Discours de M. le duc de Persigny, à Saint-fitienne, le 25 août 1863.
glaciale, pour contempler à notre aise le spectacle d'un homme de cœur, d'un vrai prince, d'un prêtre que rien n'intimide, et qui brave toutes les complications e1 tous les périls pour fulminer contre l'iniquité triomphante l'immortelle protestation du droit et de la vérité.
Ces belles armes de la parole et de la publicité, trop souvent prostituées au mensonge et à l'égolsme, vont nous apparaître dans toute leur splendeur au service de la justice, de la vérité et du malheur.
Transportons-nous par la pensée à Rome, dans cette sacristie du collège de la Propagande, où, le 24 avril dernier, en la fête d'un martyr capucin, saint Fidèle de Sigmaringen, le Pape a prononcé ces paroles désormais acquises à l'histoire et dont nous reproduisons, parmi diverses versions, celle qui parait le plus à l'abri de tout reproche d'exagération ou d'inexactitude :
« Non I je ne veux pas être forcé de m*écrier un jour, en présence « du Juge étemel : Vœ miki quia iacui /... Le sang des faibles et des c innocents crie vengeance devant le trône de l'Éternel contre ceux « qui le répandent. Et de nos jours, ne voyons-nous pas aussi un « sang innocent versé dans un pays catholique, dans la malheu- « reuse Pologne, où cette môme religion catholique» pour laquelle « saint Fidelis donna sa vie, est si cruellement persécutée ? La fête « d'aujourd'hui me rappelle que, de nos jours aussi, il est des mar-
• tyrs qui souffrent et meurent pour la foi... Je me sens donc inspiré « de condamner un potentat dont je ne tais le nom en ce moment
• que pour le nommer dans un autre discours, et dont l'immense « empire s'étend jusqu'aux régions hyperboréennes... Ce potentat, ■ qui s'appelle faussement catholique d'Orient et n'est qu'un schisc matique rejeté du sein de la véritable Église; ce potentat, dis-je, « opprime et tue ses sujets catholiques, qu'il a poussés par ses ri- « gueurs à l'insurrection. Sous prétexte de réprimer cette insurrec- « tion, il extirpe le catholicisme, il déporte des populations entières