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t dans les contrées les plus septentrionales, où elles se voient pri*
* fées de tout secours religieux, et les remplace par des aveDluriert « schisQiatiques. 11 persécute et massacre les prêtres, il relègue les fl évéques au fond de son empire, et, tout hétérodoxe et schisma- « tique qu'il est, il ose encore dépouiller de sa juridiction un évêque fl légalement institué par moi. Insensé {stoHo) ! 11 ignore qu*un
• évêque catholique, sur son siège ou dans les catacombes, est « toujours le même, et que son caractère est indélébile.
« Et que personne ne dise qu*en m*élevant contre le potentat du fl Nord je fomente la révolution européenne ; je sais bien distinguer fl la révolution socialiste du droit et de la liberté raisonnables» et, a si je proteste contre lui, c'est pour soulager ma conscience.
« Prions donc le Tout-Puissant d*éclairer le persécuteur du cathoa licisme et de ne pas abandotiner les victimes qui, condamnées « par lui, périssent au milieu des déserts glacés sans avoir le moveti « de se réconcilier avec Dieu. »
En prononçant ces paroles, le Souverain Poûtîfe, nous dit un témoin oculaire, était sublime à voir. Sa magnifique voix avait atteint un diapason formidable. Elle tonnait. Se soulevant sur son tr6ne, il semblait de son bras étendu lancer une foudre invisible ; la sainte colère qui le remplissait avait empourpré son front , sous sa couronne de cheveux blancs, et transfiguré ses traits. Ce vieillard désarmé était là seul debout au milieu de l'Europe dégénérée et prosternée devant la Russie, seul en face de la prétendue Sainte^ Alliance que le czar voudrait reconstituer, et au moment où la diplomatie européenne s'épuise en ménagements et en adulations pour le potentat moscovite, seul il demandait compte du sang de la Pologne. Les auditeurs, parmi lesquels on comptait quatorze cardinaux et un archiduc d'Autriche, semblaient étonnés de ce mépris pour les calculs de la politique en présence du devoir, de cette majesté presque divine de l'homme qui est le suprême interprète de la vérité. A l'étonnement, au frisson
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inToloDtaire qui circula dans rassemblée, succéda bientôt un enthousiasme que le respect seul rendit muet K
J'ai trop aimé, trop servi la Papauté pour éprouver le besoin de la flatter ou de professer cette sorte de dévotion idolAtrique à la personne des Papes qui rappelle le culte des courtisans de Louis XIV pour leur m^tre. Mais je me crois autorisé à dire, avec calme et sincérité , que le Pape Pie lî a écrit, en ce jour du 24 avril dernier, une des plus belles pages de la glorieuse histoire des vicaires de Jésus-Christ. Je le remercie humblement, comme catholique et comme homme, d'avoir ainsi honoré notre foi et sa divine autorité. Je le remercie d'avoir montré un cœur plein de courage et de pitié, c'est-à-dire de ce qui manque le plus aui rois et, disons-le sans détour, aux hommes de notre temps. Ils ne sont pas méchants ou du moins pas si méchants qu'on le dit ; nuds ils n'ont ni courage ni pitié : ni courage contre les triomphes du mal, ni pitié pour les victimes et les vaincus de ces odieux triomphes.
Trop souvent aussi les actes les {dus légitimes et les plus généreux ne récoltent que l'injustice €t la calomnie; témoin les invectives des' apologistes attitrés de la Russie dans la presse prétendue libérale, contre Pie IX, qu'ils représentent tantôt comme en proie à une exaltation fébrile et maladive^ à une colère qui exclut tout raisonnement^; tantôt comme le chef d'une grande conspiration absolutiste et d'une trame moyen âge* pour réaliser la théocratie appttyéf! sur la féodalité!
A défaut de tout autre sentiment , ces risibles calomnies
Correspond an ce do 97 avril, dans la Qa%9m du Miéi,
Le Jfortf .
L'Indépenianee htUft^ daS mai 1864. Ce mène jonroal déclare, dans son
Déro du 16 mai, que « l'insorrection aristocratique qui depuis quinze mois
et ces stupides injures suffiraient pour imposer à tous les catholiques le devoir de proclamer, par tous les moyens possibles, leur adhésion au grand acte de Pie IX.
Aux cœurs tièdes et aux esprits sceptiques qui demandent s'il a bien fait, il faut répondre hardiment : Oui. A ceux qui disent encore : Pourquoi ce langage violent et inusité? il faut être prêt à citer les arguments invincibles qui justifient et les paroles et la conduite du chef de rÉghse. Il faut savoir rappeler à une époque oublieuse et frivole ce qui s'est vu, ce qui s'est fait au grand jour, à nos portes, à deux pas de nous, au vu et au su du monde entier, grâce à nos télégraphes et à nos chemins de fer.
Mais d'abord il faut constater que Pie IX est, avant tout, dans cette question polonaise, fidèle aux antécédents de ses prédécesseurs. Pie IX suit la trace glorieuse de ce grand Clément XIII ', qui seul, parmi les potentats de l'Europe au dix-huitième siècle, protesta contre les spoliateurs de la Pologne, tandis que Voltaire, on ne saurait assez le répéter, les encourageait et les encensait avec tous les raffinements d'une basse adulation et tous les paroxysmes d'une rage acharnée contre la nation catholique qu'il s'agissait d'effacer du rôle des vivants.
Pie IX renouvelle en outre et confirme la noble attitude
désole la Pologne n'est autre chose qa'une vasle conspiration de l'élément absolutiste contre le parti libéral européen, » Voilà, on en conviendra, un parti libéral bien servi, bien honoré, et surtout bien renseigné !
> On trouvera dans l'Appendice un document curieux : c'est Vtnriiotaero par lequel le cardinal-Vicaire de Clément XIII prescrivait an nom du Pape, en 1767, des prières et une procession pour la Pologne, en termes presque identiques à ceux employés un siècle plus tard par le cardinal-vicaire de Pie IX. Quant aux magnifiques lettres de Clément XIU à tous les souverains catholiques contre le partage de la Pologne, il faut en lire le texte dans le livre du P. Theiner sur les Viciaitudei de VÉglite ealholique en Pologne et en Butsie, Paris, 1841, Bray.
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de Grégoire XVI, qui sut, le premier parmi les souverains du dix-neuvième siècle, tenir tête à l'empereur Nicolas, et qui fut le seul à lui rappeler, par son allocution de 1 842 et dans une entrevue célèbre, ses devoirs envers le peuple polonais. Pie IX ne fait enfin que persévérer dans la voie où il est entré depuis longtemps et dont il a déjà marqué les glorieuses étapes dans son allocution du 6 mars 1863 pour la préconisation des évéques polonais ; dans sa lettre à l'empereur Alexandre II, du 22 avril 1863; et enfin dans les prescriptions relatives à la procession du 31 août dernier à rilitention de ia malheureuse Pologne *.
L'histoire émue redira jusqu'à la dernière postérité ces nobles efforts de la plus grande force morale qui subsiste sous le soleil. Aucun sophisme, aucun mensonge, aucune ingratitude ne parviendra à effacer de la mémoire des hommes ce contraste saisissant de l'intrépide et persévérante sympathie des Papes pour une nation opprimée avec l'abandon ou l'hostilité qu'elle a rencontrée chez les philosophes du dixhuitième siècle comme chez les politiques du dix-neuvième.
Pie IX n'a fait d'ailleurs qu'exprimer ou sanctionner le sentiment intime et ardent de tous les cathoUques, ainsi que le témoignent les nombreuses manifestations émanées, avant comme après le signal qu'il en a donné, de nos évéques les plus éminents, de nos plus éloquents prédicateurs , de tous les écrivains catholiques sans exception. Les catholiques, si divisés sur toutes les questions politiques, historiques et autres, sont unanimes en ce qui touche à la Pologne. Ils reconnaissent dans cette nation, qui s'offre en holocauste pour la rédemption temporelle de la société moderne, tous les caractères du martyre ^.
* Voir le texte de ces documents dans TAppendice.
' Rappelons ici, à Tappui de cette unanimité, diverses lettres pastorales
Gomment d'ailleurs cette sympathie manquerait-elle à un pays où les éléments les plus naturellement révolutionnaires se transforment et s'épurent sous Tinfluence des traditions nationales et religieuses , où les soldats de Garibaldi, enrégimentés sous le drapeau de Finsurrection , combattent et meurent comme de pieux chrétiens, comme d'humbles et fervents Croisés ' ?
Et cependant on ne saurait regarder cenome inutile ou superflu le soin que le Pape a pris, dans sa dernière improvisation, de distinguer la cause polonaise de la cause révolutionnaire^, puisque certains esprits, opiniâtrement aveugles,
ou doeaments analogvei sur les droite et les malheurs de la Pologne, émanés da cardinal-archevêque de Bordeaux, des évéques de Nioies, d'Autan, d'Orléans, de Rodez, etc. Citons an premier rang des défenseurs de la Pologne tous nos principaux prédicateurs, avec bien d'autres écrivains ecclésîasii* quas : le P. Gratry, le P. Félix, l'abbé Perreyve, le P. Perraud, le P. Lescœur, l'abbé Gnthlin, l'abbé Ansault, etc.; et parmi les écrivains laïcs, plusieurs des rédacteurs du Monde^ de la GasHte de Fromee et du Journal ier FtUfls €i deê Cawtpoffmet. On me paxdonnera les omissions involontaires qui peuvent être remarquées dans cette rapide énumération. En outre, la différence des opinions politiques ou religieuses ne doit pas nous faire oublier, en parlant des champions de la cause polonaise, que la Revmt de$ Dnue Mm^deêj VOpinûm nalionaUf le Temps et le Siècle lui ont prêté un concours aussi persévérant qu'énergique par la plume si souvent pathétique et éloquente de Mil. Lan/rey, Aaacole de La Forge, Gb. da Maaade, £lias BegnaolL
* Voici, par exemple, la lettre qu'écrivait à Garibaldi lui-même un de ses anciens officiers, Bechi, fait prisonnier par les Russes et fusillé par eux :
Wloclawek, 16 décembre 1863.
c Mon bon général,
< Quand vous recevres ces lignes, je serai devant Rieu. le meurs fuiUé par les Russes, et je meurs en vrai soldat italien. Adieu, mon général ; que votre puissante protection s'étende sur ma veuve et sUr mes deux jeunes enfants, i'aî seulement huit heures à vivre: je vais me réconcilier avee Dieu, et ensuite j'aurai cessé dfi souffrir.
« Je suis pour la dernière fois votre serviteur et ami, < Bechi. »
(Cité dans VOpinion nationale, février 1864.)
> Sur ce point les termes <d« texte qot bous Êifmm cHé pim haut ■• dlilèreD t 9M pour Aa faune 4m fidkii qrn^ d'jèoni pnUié id«M la Psàm, a été plas
s'obstinent à ne voir dans le peuple polonais que le complice ou rinstrument de ce qu'ils appellent la révolution universelle. Jamais erreur ne fut plus étrange et plus inexcusable.
Il y a des révolutions légitimes et nécessaires ; il y en çi plus souvent encore d'insensées, de coupables et d'inutiles. Mais la Pologne n'est pas plus respop sable des unes que des autres. Elle n'a de commun avec la Révolution que d'en être la victime. C'est la Russie, et non la Pologne, qui est la vraie révolutionnaire et qui est en train d'accomplir la révolution la plus inique et la plus atroce que les hommes aient jamais connue, une révolution qui s'appelle la suppression d'un peuple! La Pologne n'a jamais ni renversé un pouvoir légitime ou national, ni envahi une nation voisine. Son histoire çst peut-être la seule au monde où il ne se trouve ni attentat contre la personne d'un roi, ni guerre de religion. Au moment où la France laissait aboutir la grande rénovation de 1789 à la Terreur, la Pologne, par sa constitution du 3 mai 1791, devançait ou atteignait, en établissant une mouarchie héréditaire et parlementaire, les résultats acquis par la douloureuse expérience des peuples les plus éclairés. Aujourd'hui même, après tant de catastrophes et de désespoirs, aujourd'hui que la direction du mouvement insurrectionnel a passé des mains de Taristocratie à celles de la petite noblesse , qui répond à ce qu'on appelait bourgeoisie chez nous, l'esprit révolutionnaire n'exerce aucun ascendant et ne vient ni troubler ni souiller aucun dévouement.
On peut dire hardiment qu'il n'existe en Pologne ni une
répanda. Voici le teite de la Gaxetle du Midi : c Qae personne ne dise qu'en xn'élevaot contre le potentat du Nord, je fomente la révolution européenne : je sais distinguer la révolution socialiste du droit et de la liberté raisonnable. > Voici celai de la Pairie : c Nous savons bien faire une différence •otre la révolution sociale et les légitimes droits d'une nation qui latte poor son indépendance et le salut de la religion. »
idée, ni un instinct, ni une institution révolutionnaire ^ Si les révolutionnaires du reste de TEurope sympathisent avec elle, cette sympathie dont il faut les louer fait plus honneur à leur cœur qu'à leur logique. Mais ce qui ne fait honneur ni à la logique ni au cœur de certains conservateurs plus ou moins religieux, c'est le soin qu'ils prennent de chercher un prétexte à leur inhumaine indifférence dans la prétendue complicité des Polonais avec la révolution européenne. Il ne s'agit pas même en Pologne d'une nationalité nouvelle à créer ou à reconnaître; il s'agit d'une des nationalités les plus anciennes et les plus indélébiles de l'Europe , qui n'a jamais cessé d'exister en fait ni en droit, et qui réclame avec une invincible obstination son indépendance confisquée.
Quelques jours avant son allocution sur la Pologne, le Souverain Pontife avait dit à l'empereur du Mexique, en lui donnant la communion dans la chapelle du Vatican : « Grands sont les droits du peuple^ et il faut les satisfaire; « mais plus grands et plus sacrés encore sont les droits de (( r Église , épouse sans tache de Jésus-Christ qui nous a « rachetés au prix de son sang, de ce sang qui va rougir « vos lèvres. »
Or, de ces droits de l'Église, le plus beau assurément est celui de dire la vérité, de défendre la justice et l'innocence. C'est celui qu'a revendiqué Pie IX, avec une intrépide constance et le plus généreux oubli de ses propres dangers, en présence d'une série de crimes sans pareils dans l'histoire et qui infligent un affront ineffaçable à la civilisation contemporaine.
' Voir à ce sujet un écrit remarquable, intitulé la Pologne et la catue de l'ordre (Paris, décembre 1863), et, dans un tout autre esprit, la lettre de M. de Rolland, du 16 juillet 1863, insérée dans le procrée de Lyon, qui cherche à démontrer que l'insurrection polonaise est entre les mains de ce qu'il appelle la réaction et s'est condamnée à une mine certaine en désavouant Mieroslawski et Tidée révolutionnaire.
Car ce qui s'accomplit aujourd'hui en Pologne, on Ta dit avec raison, c'est la destruction virtuelle de la civilisation européenne. Ce respect de la vie, de la dignité humaine , de la liberté civile et individuelle qui distingue partout les peuples civilisés des sauvages, est aujourd'hui effrontément foulé aux pieds dans toute la Pologne et la Litliuanie ' par les ordres et les agents d'un souverain qui se dit conservateur, par les bras dHm peuple qui se croit religieux et monarchique.
Tout Polonais peut aujourd'hui s'écrier, comme le preux Écossais, dans Macbeth^ à la vue de sa patrie ensanglantée :
Bleed, bleed, poor counlry !
Great tyranny, lay thou thy basis sure. For goodness dare not check Ihee * !
Les suppUces et les tortures dont on trouve en frémissant le récit dans les annales des peuples barbares , ou de ces
' La qoestioo si importante de Tanion de la Pologne et de la Lilhnanie mériterait d'être traitée à part. Elle remonte à la sainte et héroïque reine Sedwige, morte en 1399, et depais lors elle offre l'exemple unique dans l'histoire de deux nations indissolublement unies pendant cinq siècles par le sent fait de leur libre arbitre et sans que la conquête étrangère ait pu anéantir Vœuvro de la liberté et de la spontanéité nationale. Nous ne pouvons qu'indiquer ici, sur ce grand sujet, la Pologne et sa frontièrei, par le marquis de Noiilles et divers travaux de M. Elias Regnault.
> « Coulez, coulez, sang de ma pauvre patrie! Et vous, tyrans, creusez aussi avant que vous voudrez les fondations de votre empire ; car la vertu n'ose plus vous brider. > J'emprunte cette citation au beau livre que M. Rio vient de publier sur Shakespeare, et dont je recommande la lecture à tous les amis de la Pologne et de la vérité : car ils y verront ce merveilleux poëte éclairé d'un jour tout nouveau et restitué, par des arguments irréfutables, au groupe des purs génies qui ont préféré à la fortune et au succès la pitié, la JQstice, les religions persécutées et les causes vaincues.
iU LE PAPK ET LA POLOGNE.
tyrans de TOrient et de Rome, que Bossuet appelle si bien les monstres du genre humain^ tout cela se retrouve et se reproduit contre ce peuple vivant, ce peuple de chrétiens, de frères, d'alliés, qui a donné tant de soldats à la France. Tout cela s'accomplit et se continue avec un degré de raf** finement dû au progrès moderne, qui en fait peser tout le poids et le tranchant sur Tàme même du pays, sur sa religion, sur son esprit public, sur tout ce qui représente Tintelligence et la conscience nationales.
Ce que la Terreur avait à peine osé rêver , dans le pa*' roxysme de la fureur et de Tinvasion, quand elle égorgeait Lavoisier et Chénier, Malesherbes et Bailly, le gouvernement impérial de la sainte Russie n'hésite pas à le pratiquer de sang-froid, lentement, savamment, d'une main toujours occupée à empoisonner les plaies de sa victime pendant qu'elle tend l'autre à l'Europe dupée et déshonorée. Il s'agit d'y supprimer, d'y détruire toutes les classes supérieures et libérales. Pour anéantir l'élément polonais dans les provinces occidentales de l'empire , la Russie ne veut y laisser ni prêtres, ni médecins, ni savants, ni magistrats, ni artistes, ni étudiants, ni négociants, ni hommes de loi, ni industriels, ni fermiers, ni propriétaires indépendants. Elle veut surtout extirper cette admirable classe de la petite noblesse qui constitue le cœur de la nation, ces soldats -laboureurs si bien personnifiés par Kosciuszko, qui était un des leurs. Il faut les remplacer par des Moscovites ou des Allemands ; il faut décapiter le pays et la nation en ne laissant debout qu'un tronc stérile et découronné.
Nulle avanie, nulle vexation, nulle humiliation n'est épargnée à ceux qu'il faut pousser à bout jusqu'à la révolte ou à la conspiration, afin de poiivoîr sévir sans merci contre des criminels, après avoir rendu la vie publique et même donaes-
LE PAPE ET U POLOGNE. Uh
tique impossible à ceux qui voudraient n'être que citoyens. Il y a plus de trente ans, un grand poète, Adam Mickievicz, resté grand et cher à son peuple , malgré de bizarres aberrations, a tracé, dans une élégie trop peu connue, le progranmie des angoisses qui attendent tout Polonais depuis le berceau et qu'il avait lui-môme traversées :
▲ Uinr HÉftV FOIjOff AISR.
€ 0 mère polonaise I lorsque Fëclaîr do génie brille aux paupièrea de ton fils, que Tantique valeur et i'aniique ierté de sa race font une auréole à sa jeune tôle; lorsque, fuyant les aœusenienU de ses camarades^ il 8*en va chez le Tieillard qui lui chante des airs de la patrie ; ou bien, si, le front baissé, il écoule pensif les histoires des aïeux ; ô mère polonaise, préserve ton enfant de ces Jeux redoutables I Cours plutôt te Jeter à deux genoux devant l'image de la Vierge des douleurs, et regarde le glaive qui déchire son seio, car le sort va te frapper d'une atteinte aussi cruelle» Oui» tandis que la paix fera refleurir et prospérer le monde entier, ton fils est appelé à des combats sans gloire, au trépas du martyr, sans espoir de résurrection. Ordonne-lui donc d'aller méditer dans la caverne solitaire; étendu sur la paille^ de respirer une vapeur moite et glacée, de partager sa couche avec l'immonde reptile. Là, qu'il apprenne à déguiser ses Joies et ses colères, à creuser sa pensée comme un abtme, à rendre ses discours mystérieux et funestes comme la contagion, à se composer comme le serpent un maintien de froideur et d'humilité. Le Sauveur, parmi les enfants de Nazareth, portait déjà la croix sur laquelle il a sauvé le monde. 0 mère polonaise I songe A. n'amuser ton enfant qu'avec les instruments de ses supplices futurs.
« Que ses maias s'accoutument à la chaîne, qu'elles apprennent à traîner l'infâme tombereau^ que son front ne pâlisse pas devant la liache de l'exécuteur et ne rougisse point à l'aspect de la corde. Car il n*ira pas^ comme les guerriers d'autrefois, arborer la victoire sur les murs de Solyme^ ni comme les soldats du drapeau tricolore, u:eusejr le siUon de la liberté, l'axruser de json ^ang« Un espion téné^ breux le provoquera au combat ; il lui faudra combatire 4ieiitaDt W
tribunal parjure, son arène sera le cachot soalerrain, un ennemi tout-puissant sera son arbitre et son juge.
« Vaincu, Tarbre desséché de la potence sera son monument funèbre. Pour toute gloire, pour toute immortalité, il aura les larmes si vite essuyées d'une femme et les longs entretiens nocturnes de ses concitoyens. »
Cette élégie s'est trouvée être à la fois une histoire et une prophétie. Elle résumait dès 1830 ce que la jeunesse polonaise avait déjà enduré, ce qu'elle devait endurer encore et tant que durera la domination moscovite. Mais en justifiant celte poésie qui a été ime dénonciation non moins qu'une lamentation , la domination russe a atteint le cœur humain dans ce qu'il a de plus intime et de moins impunément vulnérable. Elle a ainsi armé contre elle-même deux forces qui sont le plus souvent étrangères aux mouvements politiques des temps modernes : les femmes et les prêtres *. Elle a porté ses mains homicides jusque sur ces assises fondamentales de la nature humaine que Dieu permet quelquefois aux tyrans de méconnaître et d'écraser, mais jamais d'anéantir.
Je sens qu'ici il faut parler vite et peu. 11 faut courir à grands pas à travers ces régions sombres , sanglantes , enflammées. Et cependant il faut bien constater en passant connnent on respecte en Pologne, sous le régime moscovite, ce fameux programme en trois articles : « la religion , la famille , la propriété , » qui a servi de drapeau à tous les conservateurs de l'Europe après la catastrophe de 1848, et qui a été invoqué partout pour justifier les victoires ou les exigences de l'ordre public et de la monarchie.
* c Les prêtres M les femmes ! voilà ce qui entretient rinsurreclion en Lithoanie. » Mot du général Mourawieff, cité dans la correspondance du Tempt da 8 octobre 1863.
La religion ! Ici le témoignage du Pape, chef et juge suprême des intérêts religieux de la chrétienté catholique, est à la fois le plus compétent et le plus irréfragable de tous. On sait qu'il a reçu des sources les plus authentiques un ensemble de détails d'une gravité inouïe et d'une portée capitale qui démontrent un plan suivi de longue main pour décathoUciser la Pologne. De là ce cri de Tàme qui a ému et stupéfait l'Europe. Mais, en dehors de ces détails qu'il se réserve sans doute de rendre publics , le monde entier est déjà informé, et nul mortel ne peut plus se prétendre ignorant des attentats quotidiens contre la religion nationale des Polonais : leurs églises fermées ou profanées ; leurs monastères violés ou confisqués ; leurs prêtres déportés ou pendus ; leurs évéques emprisonnés, exilés et même destitués de leurs fonctions spirituelles par l'autocrate ; des millions de paysans lithuaniens poussés par la violence dans le schisme, conmae l'avaient été des millions de paysans ruthènes sous Catherine II ; en un mot , tous les sacrilèges et toutes les persécutions désormais dénoncés à l'Europe et à l'histoire par un auguste et irrécusable témoignage.
La famille ! Elle est frappée chaque jour, par le poing de l'oppresseur, dans ce qu'elle a de plus sacré et de plus inviolable : dans la femme et l'enfant. L'enfance n'est pas seulement atteinte dans son âme , dans les premières lueurs de son intelligence, confisquée au profit de la tyrannie étrangère par un système qui tarit et qui corrompt toutes les sources de l'enseignement public et privé. Elle est appréhendée au corps ; elle est associée aux supplices et aux tortures de ses parents ; elle est condamnée à grossir de ses rejetons inoffensifs ces bandes de condamnés innocents, ces longues files de proscrits qui vont peupler la Sibérie , qui semblent renouveler en plein dix-neuvième siècle, au profit d'une ty-
28S LE PAPfi ET LA POLOGNE.
rannie étrangère, le spectacle de ces migrations de peuples dont Tère barbare avait le monopole. Une indiscrétion du journal officiel de Wilna, en publiant les clauses de Tadjudication des vêtements destinés aux déportés', a fourni la preuve toute récente et du reste superflue de l'habitude prise par les Russes d'enlever les enfants polonais au-dessous de douze ans, pour les déporter dans les provinces moscovites et les y façonner à leur aise aux mœurs et aux croyances de la servitude.
Et les femmes ! Ici la plume s'arrête ; car , ainsi qu'il est dit dans le manifeste du gouvernement national ', en ce qui touche à l'honneur et à la pudeur des femmes , il y a des misères qui se dérobent à la plainte , parce que la plainte elle-même fait rougir de honte la victime. Mais on peut les deviner, ces misères, et il faut les flétrir à jamais, en rappelant les excès, les opprobres dont une soldatesque brutale, qui n'écoute plus même ses officiers , a souillé les campagnes et les villes polonaises. On peut deviner ce qu'ils se permettent au loin d'après cette inqualifiable ordonnance de la police de Varsovie qui prescri^'ait d'emmener toute femme vêtue de deuil dans les corps de garde ou dans les casernes, et de l'y retenir dans la compagnie des soldats moscovites jusqu'à l'acquittement de l'amende imposée ; — car, on le sait , le deuil porté par les femmes est devenu un acte de haute trahison , un crime qui entraîne des pénalités aussi sauvages qu'impunément outrageantes.
Cette armée russe, qui compte dans ses rangs tant de
' L'adjadicalaire des vêtements destinés aux déportés du gouvernement de Wilna fournira... 8" Pour let enfanU au-detsoui de douxe ans : 200 moiiehoirs de drap, 200 chemises, 30 pantalons, 500 caleçons, 300 pelisses, 300 vestes, 100 paires de souliers, 100 paires de bottines, etc. Courrier de WiltM du 18 décembre (l" janvier) 1864, n- 148.
' Décembre 1863.
braves gens , tant de vaîllants officiers , au dire des nôtres, si bons juges quand il s'agit de ceux avec qui ils ont croisé le fer ; cette armée russe , tant est contagieuse Tinfecte atmosphère du despotisme ! produit des généraux capables de promulguer et d'exécuter des dispositions pénales contre les doublures des chapeaux et les parasols des dames ' . Ces
* Toiei, d'après le Jûwmtâ ogMel àèTartévit^ le Mite de rgrdonoABce maêe relative aax vètemenU de deuil :
c 1* Le denil et, en général, tons les signes révolutionnaires dans les vêtements, fortnani une manifestation criminelle, doivent être déposée;
« 9* Les femmes, sa*s distinetiMl de classe, de profession ou d'âge, qui, à partir du 10 novembre, se montreraient en habits de deuil, seront arrêtées et conduites au bureau de police, où elles seront retenues jusqu'à ce qu'elles •toftt payé Tamende fixée c^aprés ;
c 3* U n'est permis de porter des vêlements de deuil qu'aux femmes qui les prennent à la suite de la mort de. leur père, mèn et mart, à condition d'obtenir d'ici au 10 novembre une peroissioo du chef de la police, qu'elles devront porter sur elles.
c Les femmes allant à pied en habits de deuil payeront une amende de 10 roubles. Celles qui ne pourront payer subiront la peine d'emprisofraement.
« Les femmes allant en habits de deuil dans leurs voitures à elles ou non louées seront con^uiles aux casernes de Mirow, où la voiture et les chevaux resteront jusqu'au payement d'une amende de 100 roubles par personne.
€ Les femmes en habits de deuil dans les voitures louées payeront 15 roubles chacune. Les voitures louées, fiacres ou omnibus, dans lesquels ces femmes seront arrêtéee, seront conduites aux casernes de Mirow. Les propriétaires de ces voitures payeront 10 roubles par chaque femme vêtue de deuil; leurs voitures et chevaux seront retenus jusqu'au payement de l'amende; les conducteurs et cochers subiront des peines de police.
c Les fonctionnaires dont les femmes et les enfants seront arrêtés en Labits de deuil perdront, outre les amendes ct^lessus, un mois de leurs appointements. Les fonctionnaires en retraite perdront un mois de leur pension.
€ Varsovie^ le 27 octobre 1803.
« Signé Lbwcbinb, mu^or générol. »
Le journal officiel du 2 novembre 1863 publie en outre l'avis suivant :
c En raison de l'ordonnance publiée dans la Gazette de police du 27 octobre, qui a défendu de porter des habits de deuil à partir du 10 décembre prochain, on fait savoir qu'à partir de ce jour les prescriptions suivantes devront être observées concernant les vêtements des femmes :
c Le chapeau doit être de couleurs diverses ; quand il sera noir, il devra
vexations puériles n'exciteraient que le sourire, si on ne savait qu'elles ont précédé ou accompagné des horreurs, de véritables horreurs ; si on n'avait pas les noms de celles qui, pour avoir soigné les blessés ou préparé de la charpie , ont subi la fustigation sous les mains de misérables qui joignaient ainsi la torture à l'outrage.
Mais à côté de celles que l'on dépouille, que l'on flagelle, que l'on outrage dans leur innocence et leur honneur, quelles sont ces autres Polonaises que l'on aperçoit en costume de bal, couvertes de pierreries, de dentelles ? A quelle fête vontelles, la tête parée de fleurs et l'œil voilé de larmes? Où elles vont ! Elles vont au bal par ordre dans les hôtels somptueux des gouverneurs russes et le long des rues spontanément illuminées par la police russe. Elles vont à ces véritables bals de victimes organisés avec un raffinement atroce d'ironie et de cruauté par les autorités russes, à Varsovie comme dans toutes les villes de la Lithuanie, peuplées par une foule captive et désespérée, et qu'il est défendu même de critiquer sans encourir une sévère responsabilité * ! Malheur à ceUe qui refuse une invitation ou qui, après l'avoir acceptée, s'abstient de danser ! Elle payera la rançon de son impertinence à la première occasion qui se présentera de la frapper
être orné de flears et de rabans, mais non blancs. Les plumes blanches on noires sur des chapeaux noirs sont interdites. Des capuchons noirs ne peuvent être portés qu'avec une doublure de couleur, mais non blanche.
« Sont prohibés : les voiles noirs, les gants noirs, les parasols noirs ou noirs et blancs, les châles, mouchoirs et cravates noirs, les habits noirs on noirs et blancs. Les manteaux, burnous, pelisses, paletots et autres pardess&s pourront être noirs, pourvu qu'il n'y ait pas de blanc avec.
« Varsovie, le 2 novembre 1863.
« Général Lewczin. »
1 Expression dn chef de police Kalinski, cité dans le Ttmpê, Voir, dans ce journal, toute l'intéressante et poignante correspondance des frontières de Pologne, du 23 décembre 1863.
dans sa personne ou dans celle de ses proches. Quoi ! femme intraitable et séditieuse , vous pleurez! Et qui donc? votre mari incarcéré? votre frère déporté? votre enfant exilé? vos amis, vos proches morts les armes à la main ? la liberté trahie, votre patrie opprimée, désolée, dévastée? Il vous déplaît de sourire, de vous parer, de danser au milieu de ces larmes et de ces tombes? Vous ignorez donc que, sous cette conquête pire que celle des Huns, que sous cette tyrannie renouvelée de celle des Césars, la joie est un devoir, la douleur une licence et le deuil une révolte ?
Mais ne sont-elles pas encore plus à plaindre , celles qui doivent peupler, non plus les salles de bal des commandants russes, mais les convois immenses qui alimentent les armées de la déportation? Ni Tâge, ni le rang, ni la maladie, ni ces touchantes infirmités de la mère de famille que le bourreau lui-même , dans tous les pays chrétiens , est condamné à respecter', rien n'arrête ici les pourvoyeurs de la Sibérie. Les jeunes filles de quinze ans figurent à côté des mères, des aïeules d'insurgés absents^. Éveillées au milieu de la nuit, entraînées à travers les rues par les sbires, sans avertissement, sans interrogatoire, sans enquête, sans jugement, la plupart à peine couvertes d'un léger vêtement, quelquefois soumises à des fouilles et à des visites corporelles d'une indécence inexprimable ^, ces femmes vont grossir le fimèbre
* Par exemple, la comtesse Sierakowska, veuve d'un officier pendu, dé" portée au fond de la Russie, par ordre de Hourawieff, après le supplice de mon mari et au moment où elle allait devenir mère. (Jowmal de Poien, sous la date de Wilna, le 31 octobre 1863.)
* Lettre de Varsovie du 39 novembre 1863, dans le Journal des Débatiy et f3u 8 novembre^ dans la Gatetu naêianaU de Berlin.
* Voir dans la correspondance spéciale et trés-authentique du Honde (13 décembre 1863) le récit des infamies commises sur M"« Huiralt, âgée de ^ente ans, femme d'un employé compris dans un convoi de deux cents
employés déportés pour la Sibérie» expédié de Wilna, le 6 décembre, par
:U2 LB PAPE ET Lk POLOGHE.
oc»rtége des Iransportés et s'entaseer dans les'ivag^as du chemin de fer qui Teotralne vers ces immenses et loiotames régions, vers cet Orient d'où Ton ne reident pas.
Mais à part même des circonstances moBstrueueemeiit aggravantes du sexe, de F Age, de la maladie, se figur^-lrcn quelque chose de plus inique et de plus indigne que ces déportations en masse appliquées même à des honuBes, à des jeunes gens, à d'honnêtes gens dont le crime , Tunique crime est d'avoir aimé leur patrie ? S'imagine-t-on au c<Bur de rhiver, par ce froid intense, dont nos climats tempérés ne nous donnent pas une idée, des centaines de victimes, appartenant aux classes aisées ou élevées de la société, enlevées, toujours la nuit, à leur famille, à leurs amis, sans qu'on leur dise ni ce qu'ils ont fait ni où on les mène? Us disparaissent de la terre des vivants, de la terre de leurs aïeux, du foyer d'où on les arrache par bandes de cinq à six cents, la tête rasée, les fers aux pieds, vêtus d'un ignoble sarrau gris-noir. On les entend passer à travers l'obscurité, dans cette' capitale conquise, où il est défendu ^de sortir la nuit. Avant l'aube ils sont déjà partis. Au moment où le convoi s'ébranle, on entend parfois entonner l'hymne de la prière nationale : Grand Dieu, qui aimais naguère la Pc-
ordre de Moarairiéff; dénoncée pour avoir reçu chez elle deax iosnrgés blessés; condamnée par le conseil de guerre à quatre ans de travaux forcés, et s«n mari à la Sibéri e;. après qvalie mois de cachot, amenée devant la commission militaire composée d'officiers de la garde, ils ordonnent de pnK céder en leur préMOce an changement de costume de la condamnée. 6n lu arrache ses vêtements chauds, son scapulaire, et, en plein jour et soaaleofs yeux, sa chemise pour la remplacer par la chemise de grosse toile des forçats. Pour chaussure on lui net une pure de grandes bottas 8aoaba8»<M on Jla couvre de Vignoble capoie mvnie dlune pièce jaune * sur le dos. Ainsi costumée, elle est conduite avec les autre» déportés, à travers les rues 4e Wilna* jnaqu'à rembaroftdère.Ses .deux- eiilaatSi;sont pris par la police pour 4tfe étovéa dans la religion orthodese. fiepareiU treiia ne a'inTeuieutipu.
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logne...^ rends^nous la patrie ^ rends-nous la liberté l Oueiques-ims osent crier, leur nom au hasard pour voir si quelque voix amie se trouvera là et leur jettera un dernier adieu. D'autres, plus heureux, entendent des sanglots étouffés, ils ont aperçu une femme, une mère, qui a bravé toutes les prohibitions, tous les dangers pour saisir un regard, une larme de son mari, de son enfant, agenouillée au bord de la voie ou aux approches de la gare K Car il y a des gares , des embarcadères , des voies de fer, des convois et des locomotives pour servir de véhicules à ces infamies, pour dérober avec la rapidité de Téclair toutes ces victimes à l'œil de l'observateur étranger, pour les aller enfouir làbas, bien loin , hors de portée de la mémoire et de la compassion des hommes !
Où trouver rien de plus poignant, de plus répugnant que tous ces perfectionnements de notre civilisation ainsi prostitués au service de cette barbarie ?
Pourtant, ne les maudissons pas, ces inventions, car elles allègent certainement le sort d'une fraction des victimes. Mais d'une fraction seulement : car avec le système de la déportation en masse, tel qu'il est pratiqué impunément par les Russes en Pologne et surtout dans les provinces lithuauiennes, le seul chemin de fer qui marche de Varsovie vers l'intérieur de l'empire ne saurait suffire. La grande masse des déportés est donc acheminée vers la Sibérie à pied et par bandes, en proie à toutes les avanies, à toutes les brutalités des gardes, absolument comme les chaînes de nos galériens
* CorrespoDdaDce de Varsovie dans le Jowmal de» Villes el des Campagnes^ da 8 novembre 1803, sur les deux convois^ l'an de qualre cents déportés, et Vautre de six cents, expédiés de cette ville le 16 et le 25 novembre. L'A4§ie iltme de Zurich, du 14 mai dernier, affirme qu'il part encore maintenant chaque semaine de Varsovie un convoi de déportés destinés, soit à la Sibérie soit aux forteresses rosses.
d'autrefois, ou plutôt encore comme ces convois d'esclayes que Ton amenait autrefois du fond de l'Afrique pour assouvir la cupidité des négriers et des trafiquants de chair humaine. Par quel mystère de faihlesse et d'iniquité ces attentats, que la chrétienté unanime a prétendu abolir sur le sol de Guinée, les laisse-t-elle se produire impunément en pleine Europe et en plein dix-neuvième siècle?
En dehors des insurgés, des accusés ou des suspects du royaume de Pologne proprement dit, et sans parler des quarante-cinq mille familles de ci-devant gentilshommes, transplantées sous Nicolas au Caucase, on évalue à deux cent cinquante mille au moins le chiffre des personnes appartenant à la petite noblesse, c'est-à-dire à la classe moyenne, de la Lithuanie, de la Podolie, de la Volhynie et de l'Ukraine, qu'il s'agit de déporter dans la Russie orientale, dans les gouvernements d'Orenbourg et de Samara. Non, redisons-le, depuis les migrations des peuples barbares, on n'a rien vu de pareil ; et encore ces migrations étaientelles plus ou moins volontaires. Elles avaient sans doute pour cause la pression exercée par d'autres races plus nombreuses et plus puissantes; mais rien n'y ressemblait à la savante régularité, à l'impitoyable cupidité qui préside à cette invention du machiavélisme moscovite. La Convention elle-même n'a rien fait de pareil en Vendée. Elle égorgeait : elle ne déportait, elle ne transplantait pas. Seul dans l'histoire moderne, Cromwell avait imaginé de réduire l'Irlande par des forfaits analogues. Après avoir fait enlever et vendre aux Antilles des milliers d'Irlandais et d'Irlandaises catholiques, il fit venir des Écossais protestants pour les remplacer, en les dotant de la propriété des vaincus égorgés ou exportés. On sait comment cette infamie a réussi à l'Angleterre.
La Russie, encouragée par la tolérance de TEurope , n'en persiste pas moins dans la voie qu'elle s'est ouverte. Et ceci nous amène à dire un mot du respect qu'elle professe pour la propriété^ pour ce troisième article du symbole de l'ordre et de la conservation. On peut affirmer qu'à l'heure présente la propriété privée n'existe plus, comme droit, en Pologne, qu'elle dépend absolument de l'arbitraire des satrapes qui ont reçu de l'empereur la mission de réduire à tout prix les provinces polonaises et lithuaniennes au rang des provinces russes. Le temps et l'espace m'obligent de renvoyer le lecteur à l'excellent et lumineux travail de M. de Lavergne *, sur les ukases du 2 mars i864, qui ont si profondément modifié les conditions de la propriété territoriale. Il y démontre victorieusement que le véritable but de ces mesures est de mettre toutes les existences et toutes les fortunes entre les mains des chefs militaires, de ruiner les propriétaires sans profit réel pour les cultivateurs, et de fonder l'oeuvre de la conquête par la substitution d'une grande démocratie rurale, exclusivement dépendante du czar, à Tindépendance des citoyens aisés ou éclairés. C'est la perfection du socialisme tel qu'il nous épouvantait en 1848. C'est l'abolition des dettes, des conventions, des hypothèques, moyennant une indemnité chimérique et au profit exclusif du radicalisme bureaucratique .
Mais, on le sait, le gouvernement russe ne se borne pas à répartir au gré de son caprice les biens patrimoniaux entre les anciens propriétaires et les paysans : il procède tout autrement en Lithuanie. Il commence par confisquer tout ce qui bon lui semble , et il ne vend les terres ainsi confisquées qu'à des Russes , tandis que les Polonais dé-
* R«vve def Dmmp JToimIm da !•' mai 1864.
pouiUés du sol national' sont chargés d'aller cultiTar la Sibérie. Notre Moniteur annonçait, le 9 de œ mois^ qne trente mille Polonais^ réduits à une misère absolue, avaient déjà consenti à accepter les terres qui leur sont gratuitement concédées... esa Sibérie! Le Moniteur Axx surlendemain, 10 mai, expliquait mieux encore la nature de cette opération , par le récit suivant emprunté au Courrier de Vilna (journal officiel russe) :
« Dès le commencemeDi de rinsorrection, leA habitaDts du bourg d'fbiany, dans le gouvernement de Kowno, bourg peuplé en grande partie de petite noblesse, ont pris une part active au mouvement.
a Le bourg d'Ibiany n^existe plus à l'heure qu'il est. Parmi les habitants, les principaux coupables ont été traduits devant les cours martiales, jngés et condamnés; les autres ont été transportés, par décision du gouvernement, dans les provinces du fond de reiApire et y sont établis comme colons* Le commandant de la psemière brigade de troupes tenant garnison dans le gouvernement de Kovirno a détruit de fond en comble le bourg d'Ibiany et n'en a laissé aucune trace, conformément aux ordres du chef du pays, le général Mourawiefi*. Les terres appartenant à la noblesse de cette contrée ont été distribuées à trente-deux familles de vieux croyants (Raskolniks). Pour effacer jusqu'à la trace de ce nid de rebelles détruit par le» autorités, la nouvelle colonie de vieux croyants fondée sur ses décombres a reçu le nom de colonie Nicolas. Chaque famille a obtenu 10 arpents pour y construire son hahitation, et a reçu, en outre, 100 roubles (400 francs) sur les sommes provenant des contributions de guerre mises sur les propriétaires et une portion des forêts confisquées sur les rebelles. »
Ceux mômes d'entre les propriétdres polonais qui échappent à la transplantation directe ou immédiate n'en seront pas moins exposés à la confiscation ou à la ruine absolue ^ Elle résultera nécessairement pour eux des actes officiels qui mettent à la charge de ces propriétaires en mèmB' temps
LE PArE ET^ LA' POtOGffBi 2#1 *
que duxlergé tous les frais de la guerre et des mesures répnssives que le spoliateur juge nécessaires, aiosi qu- ilrésultef de la lettre du géoéral Mourawieff au nnnistre desdomaîiiesv du 5 décembre 1863, ainsi conçue :
c Penoadé que tous les frais occasiouDés par nusurrection polonaise doivent être répartis sur le clergé cathob'que romain, les propriétaires, la petite noblesse et les employés d'origine polonaise dont la majorité a pris une part active à Tinsurrection, ou bien n'a cessé de Tentretenir par ses sympathies morales, on bien enfin a gardé vifràrvit dn gouvernement une atdtade neutre, j'ai avtorisô des mor suMfl nécessaires pour faire rembourser pjir lesdites personnes et . lesdites classes toutes les pertes du gouvernement et des particuliers d'origine russe. »
Cette même lettre laisse très-spécialement à la charge des Polonais les frais de la déportation en masse de leurs concitoyens :
f Je suis d'avis, en outre, que les frais de transport, au fond de la Rossie, des villages peuplés par la petite noblesse doivent étr^ rér INutis sur les personnes d'origine polonaise. »
Tous les fonctionnaires russes usent des mêmes procédés ; et lors même qu'ils ne tiennent pas le même langage, tous agissent conformément aux idées exprimées par une lettre de M. Hesse, gouyerneur civil de Kieff en Ukraine, qui coatient ce passage :
« Si nous. ne parvenons. pas à russi/ler nos provinces occidentales duB l'espace de quinze à vingt ans, nous nous exposons A des dAQgers imminents^' Il faut donc que nous employions les années do présent à détruire ou du moins à affaiblir autant que possible i'élé<i> meoIpolonaiStiAle réduire A sa plus simple expression ^ »
Toaies ces matant «promilgméa» esIAlhatiiia ttnlapiiliqaéitdanirit
On se tromperait en croyant que tous ces attentats à la propriété suffisent à la cruauté moscovite, et préservent ses victimes de plus graves sévices. Non, non, la vie n'est pas plus ménagée en Pologne que la propriété, Thomme n'y est pas plus épargné que la terre. Tout est la proie légitime du conquérant. J'emprunte autant que possible mes chiffres et mes renseignements à notre Moniteur. Cet impassible organe de la publicité officielle annonçait, le 4 mars dernier, que le ministère de la guerre russe comptait déjà, au 1*' janvier de cette année, 19,860 Polonais tués, et 31,573 déportés. Si tels sont les chiffres avoués par la Gazette de Moscou, dans un pays où tout ce qui est officiel passe pour être mensonger, que l'on juge du chiffre réel des immolés. S'il y avait déjà eu tant de victimes pendant les onze premiers mois de l'in-
royaume de Pologne, ainsi que le constate le rescrit suivant pablié dans le Journal officiel de Varsovie du 5 janvier 1864 :
« Pour étouffer d'une manière rapide et déflnitive l'insurrection et l'organisation révolutionnaire qui existe encore dans le royaume, aûn d'infliger un châtiment mérité aux personnes qui ont pris une part active dans les troubles, et enfin pour leur enlever le moyen de continuer à seconder l'insurrection, j'ai jugé nécessaire d'étendre sur les biens meubles et immeubles de ces personnes le séquestre, d'après les régies suivantes :
« Article I*'. — Toute personne faisant partie de l'organisation révolutionnaire ou des bandes d'insurgés, outre une responsabilité personnelle, encourt encore une responsabilité mobilière et immobilière.
« Art. 2. — Pour assurer la responsabilité des biens, on institue, par ordre du lieutenant de l'empereur dans le royaume, le séquestre sur les biens meubles, immeubles, capitaux, revenus temporaires ou viagers.
€ Art. 3. — Le bien séquestré passe sous l'administration de la commission des finances.
« Art. 4. — Les biens non partagés sont laissés en la possession de ceux qui ne font pas partie de l'insurrection, à la condition qu'ils verseront dans les caisses du Trésor la part du revenu des biens qui appartiennent à ceux qui font partie de l'insurrection. »
Il ne s'agit plus que de distinguer les personnes qui ont pris une pari aeliu dans les troubles. Or le tsar sait bien qu'il peut s'en rapporter, sur ce point, au discernement de ses lieutenants. Tout individu qui possède est suspect^ tout suspect est coupable, et la justice du tsar est impitoyable.
surrectioii, combien D*en faut-il pas ajouter à cette funeste liste, pendant les cinq mois écoulés depuis le 1*' janvier!
Les plus heureux à coup sûr sont ceux qui meurent les armes à la main, ou avant d'être assez guéris de leurs blessures pour subir les tortures et les supplices qui leur sont réservés par le vainqueur.
Le clergé ouvre, comme toujours en Pologne, la marche triomphale de ces glorieux suppliciés. Signalons , parmi les nombreux prêtres fusillés ou pendus par les Russes, Tabbé Stanislas Iszora, exécuté le 3 juin 1863, à vingt-huit ans, pour avoir lu à ses paroissiens la proclamation du gouvernement national qui rendait les paysans propriétaires des terres qu'ils cultivent; puis Tabbé Laszkiewicz, qui périt en s'écriant : Je meurs ^ mais la Pologne vivra /enfin le capucin Konarski, dont une correspondance de Varsovie du 15 juin dans la Gazette de Silésie raconte ainsi la mort :
« Ce matin, à quatre heures, je me rendis sur le glacis de la citadelle pour assister à Teiéculion du capucin Konarski et de M. Abicht. Des troupes en grand nombre étaient rangées sur la place. H y avait en outre une centaine de spectateurs, tous du sexe masculin.
« Les portes de la citadelle s'ouvrirent, et on vit paraître une charrette: elle contenait deux personnes habillées de blanc : le premier, un jeune homme d'une vingtaine d'années, à longs cheveux blonds et à figure germanique ; le second, homme de quarante ans à peu près, avec une longue barbe, et qu'on reconnaissait facilement pour être un prêtre. La charrette se plaça tout près de la potence.
« Là, ils descendirent tous deux. Le jeune homme était pâle, mais ferme, et se plaça d'un pas résolu sur l'échafaud. On lui mit la corde au cou, et, un instant après, son corps flottait dans l'air. Le prêtre monta ensuite sur la planche fatale, il regarda fièrement autour de lui, et ses lèvres semblaient murmurer une prière. L'exécution se fit immédiatement. Pendant ce temps toutes les églises catholiques de Varsovie sonnaient le glas funèbre. »
2fte UD PA^C ET LA POLOGNE-
Qudquefois les deux frères', ou Men le père etlé fits^ subissent le dernier supplice, ensemble ou Tun après Tautre. Ges exécutions multiples et simultanées sont, à ce qu'il parait, une sorte d'habitude chez les Russes, témoin ces six jeuoes' gêna que le général Belgord faisait pendre à la même potence à Opatow, le 30 du mois dernier ^ Et en abordant sous cette forme répugnante la mort pour lai patrie, lee laïcs ne ie cèdent aux prêtres, ni en ferveur ni en intrépide résignation ; témoin le jeune Ladislas Ravicz, âlsd'un banquier, lui aussi âgé de vingt-huit ans, et pendu à Siedlee, après airoir dit au prêtre qui avait passé sa dernière nuit en prière mec lui : <x Remettez mon alliance à mon fils^ et dite£h-lm d'aimer sa patrie aussi sincèrement que son père l*a adorée jusqu'à ses derniers moments^ » Sa jeune femme ayant supplié le général Namioukine de lui accorder une dernière entrevue avec son mari, cet homme lui répond : « Vous aurez le temps de le voir pendant quatre heures, quand il sera pendu! » L'héroïque jeune femme accepte cet affreux défi, et va prier aux pieds de la potence pendant tout le temps que son mari y reste accroché *.
Tout cela a été dit et redit, tout cela a été lu et relu, tout cela est oublié ou passe inaperçu au milieu de notre légèreté, de notre insouciance, de notre inexorable futilité. Tout cela s'enfonce dans l'océan glacé de l'oubli, derrière le rideau vivant de scribes salariés, d'habits dorés, de femmes décolletées^ de diplomates mielleux, de journalistes éhontés, que la Russie a élevé entre ses crimes et la réprobation de l'Europe !
* Les deax frères Haciewicz fasilléa à Mohilew, le 18 jaÎD 1863.
' Le Journal de Saiml'Péter^Hmrg da 21 novembre 1863 annonce que H. Padlewski, propriétaire, père de Sigismond Padlewski, fnsillé le 19 mai à Peok, a été fusillé le 21 i Kieff.
* Dans tons les journaux da 11 mai 1864.
* Journal det DibaU dv 11 décembre 1863.
On le Toit donc, c*est Textermination méthodique de la race polonaise et de la religion catholiqae que Ton poursuit. Ce n'est pas à Tinsurrection qu'on en Teut, mais à la société polonaise, personnifiée dans la religion et la famille. II ne s'agit pas de soumettre le peuple polonais, mais de Texterminer, de le détruire et de le remplacer sur le sol qu'il occupe de temps immémorial par des colonies russes ou allemandes, de remplacer cette population fiëre et pieuse,. douce et honnête, agricole et militaire, par les fonctionnaires- ?oleurs, les popes ivrognes et les raskolniks fanatiques quii constituent le fond de l'immigration moscovite. L'expropriadon enlnasse, puis l'expatriation forcée et à perpétuité delà population polonaise, dans ses éléments constitutifs, telle est la tâche confiée par le czar à ses lieuteuants Mourawieff et flterg, et qu'ils ont remplie de façon à mériter l'un et l'autre les plus éclatants témoignages de sa satisfaction.
N'est-ce pas le cas de répéter les fortes paroles écrites par le P. Lacordaire, à propos des massacres de la Gallicie : c< Les maux de notre Uberté présente (en I8i6) sont grands; mais, en voyant les crimes publics du pouvoir, là où il s'est conservé intact, on comprend que le genre humain s'en soitretiré par un mouvement d'irréconciliable horreur* Aujourd'hui l'autocratie en est à son 1793; son cœur, si on* peut' dire qu'elle en a un, s'est révélé devant la terre entière, et, si épouvantable que soit cette révélation, elle est une pro^ messe et une récompense pour les générations afranchies de tels monstres * . v
I LiBitre àH^^Siretehiiie, datée dd Notre-DÉnra^deChilats, S3inii 1M9«
Qu'il a donc bien fait, Tauguste vieillard, eu proie luimême aux persécutions, à la spoliation, à mille soucis dévorants, qu^il a bien fait d'avoir lâché la bride à sa sainte colère et de ne pas accepter la néfaste solidarité de toutes ces hontes et de tous ces crimes ! Qu il a eu raison, lui, ce demeurant d'un autre âge, au fond de sa sacristie, en la fête d'un martyr capucin, de ne pas se taire comme se tait l'Europe en présence de ce qui se passe depuis un an entre la Vistule et le Dnieper : Vœ mihi quia tacuil Ah ! si c'est là ce que permet le progrès, si c'est là ce que ne peuvent empêcher ni le droit nouveau ni la civilisatioo moderne, comme on est tenté d'absoudre et de comprendre ceux qui en font peu de cas! Ah! vieille pudeur, vieille pitié, vieille charité pour les vaincus et les victimes, vieilles et fortes vertus de la vieille humanité, qu'il est heureux pour vous et pour nous qu'il subsiste encore quelque part un vieux débris du passé, un vieux pontife, pour vous rendre hommage, vous revendiquer, vous venger, et, tout en priant pour les persécuteurs, rappeler aux criminels triomphants, aux victimes désespérées, qu'il y a un Dieu*, et que sa justice est éternelle!
Ne nous lassons donc pas de le répéter, il n'y a de vrai-
ment grand aujourd'hui dans le monde que le Pape et la Pologne : l'un et l'autre fidèles à leur devoir, à leur conscience, à l'honneur, au malheur. En Usant les généreuses improvisations de Pie IX, on est tout naturellement conduit à se rappeler la célèbre harangue de sou prédécesseur, Urbain II, au concile de Clermont, lorsque, par le seul récit des injures infligées aux chrétiens de la Terre sainte, il alluma dans le cœur des Français qui l'écoutaient une flamme destinée à gagner tout l'Occident et à enfanter la première croisade. L'âme de la papauté reste donc toujours
la même ! Mais quel contraste entre l'Europe d'alors et l'Europe d'aujourd'hui! Quelle chute et quelle honte pour la civilisation contemporaine, pour l'Europe en général et pour chaque pays en particulier! Certes, je tiens plus que je ne puis dire à n'être pas confondu avec les détracteurs systématiques de la société moderne. Je lui crois beaucoup de vertus à côté de beaucoup de misères; je la crois surtout essentiellement perfectible et convertible. Mais il est impossible d'y méconnaître une grande décadence du sens moral, un grand refroidissement du cœur humain, une grande
• diminution de cette susceptibilité de l'honneur et de cette solidarité des peuples qui constituait autrefois la chrétienté.
Il y a huit siècles, un pape armait tout l'Occident en racontant des attentats commis contre la dignité et la liberté des chrétiens de la Palestine. Aujourd'hui c'est encore le Pape qui parle : il dénonce à l'indignation de Dieu et des hommes les attentats bien autrement cruels et nom-
* breux dont la Russie accable nos frères Polonais : et l'Europe reste sourde et immobile.
En revanche, il y a eu un jour où l'Europe s'est émue, s'est armée, s'est ruée contre le colosse moscovite. Et pourquoi? Pour maintenir intact et inviolable l'empire ottoman ! En une année cent mille Français ont été blanchir de leurs ossements les plateaux de la Crimée et les cimetières du Bosphore; deux milliards de notre argent ont été dépensés. Et pourquoi? Pour défendre la domination turque sur les races chrétiennes du Levant; la domination turque, c'està-dire un édifice vermoulu qui repose sur trois colonnes d'ignominie : l'autocratie, la polygamie et l'esclavage! C'est- à-dire, une monarchie qui a perdu tout ce qui autrefois lui donnait de la force et de l'éclat, toutes les dange-
reusee vertus de sa période conquérante^; qui n'a conservé de sa détestable religion et de son détestable gouvernement que les plus tristes et les plus bonteuses plaies : la violence, la fraude, Tindolence du fatalisme, la corruption, la vénalilè, ie fanatisme et la brutalité dont, en ce siècle même, la Grèce et la Syrie portent les sanglants sUgmate?. Oui, voilà ce que TËurope moderne a su et voulu conserver à tout prix. Voilà le touchant objet de ses sacrifices, de la sollicitude universelle. Voilà ce que la France, TAutriche et l'Angleterre, les deux plus grandes puissances catholiques et la plus grande nation libérale du monde, ont su consolider, en oubliant leurs jalousies, leurs rivalités séculaires, pour entreprendre une guerre lointaine et coûteuse contre Tennemi commun.
Et la Pologne ! cette nation chrétienne , généreuse, chevaleresque, intelligente, toujours humaine et libérale, boulevard de TEurope pendant mille ans contre le despotisme oriental; boulevard de l'Autriche et de l'Allemagne contre les horribles invasions des Turcs d'autrefois ; boulevard de la France en 1830 contre les menaces de la Sainte-Alliance; * boulevard de l'Angleterre elle-même et de tout l'Occident eontre les formidables accroissements de la Russie qu'elle contient, qu'elle entrave, qu'elle humilie par son invincible protestation; la Pologne qui lutte depuis un siècle contre ses meurtriers avec l'énergie d'une jeunesse toujours retrempée dans l'épreuve ; la Pologne qui, après un nouvel et suprême élan, agonise aujourd'hui en proie aux tortures d'un nouveau martyre; la Pologne est écartée, oubliée, trahie ! L'Europe n'est unanime que pour l'abandonner.
Oui, cette Europe qui, il y a quarante ans, sous le soufQe
' Voir les témoignages nombreux recaeillis avec une indifférente impartialité par 'M. Senior dans son Journal kept in Turkey and Greeee in 1857 ùnd 1868.
LEtfiAPE ET LA POLOGNE. 2bi
de la renaissance libérale qu'avait iaaugurée la Restauraèion, futi transportée d'iadignation au bruit lointain des horreurs oomoQâses par les Turcs contre les insurgés grées ; cette Europe qui, malgré les di{>lomates et les banquiers, sut alors afiranchir la Grèce du joug ottoman ; cette même Europe, énervée par la mollesse et la richesse, corrompue par je ne sais quel souffle méphitique, ne sait plus et ne veut plus faire son devoir en sauvant son honneur.
De tous les étonnements que nous léguerons à Tavenir, cdui-là sera assurément le plus grand et le plus légitime.
Plus que jamais il sera vrai de dire, avec le père Gratry, que TEurope est, depuis le partage de la Pologne, en état de péché lEiortel. Ce péché, il se présentait une occasion inattendue, merveilleuse, impérieusement obligatoire, de le réparer, ou au moins de Talténuer. Les princes et les peuples Tout dédaignée; ils ont ainsi assumé encore une fois la responsabilité du crime, d'une compUcité trop évidente avec ses auteurs ; ils ont provoqué les châtiments que méritent le mépris de la justice et Toubli de Thumanité.
Je sais bien quelle est la réponse qui est dans le cœur ou sur les lèvres de tous les adversaires d'une intervention efficace en faveur de la. Pologne. On nous objecte les périls et les calamités de la guerre, ses funestes conséquences pour la prospérité publique et privée, et même , selon quelquesuns, pour la liberté. J'ai déjà répondu ' que le gouvernement quia su faire la guerre d'Italie malgré l'opinion, et le pays qui s'est épris de cette guerre faite contre son instinct et contre son intérêt, étaient tenus de ne pas reculer devant me guerre pour le salut de la Pologne. J'ajoute qu'en se montrant d^avance résolus à ne pas reculer devant cette
' Voir plus html Vlnêwrection polonaise, page 190.
guerre on l'eût très-probablement rendue inutile et impossible. Mais il faut le dire sans détour, si la guerre est toujours un malheur et un danger, il y a des malheurs plus profonds et des dangers plus terribles ; le plus grand de tous les maux, celui qui ébranle Tordre social jusque dans ses fondements, c'est le renversement des lois morales qui interdisent aux nations comme aux hommes toute complicité avec un crime public. Les milliers de vies que coûte toute guerre, et qu'il faut déplorer même quand cette guerre est la plus légitime du monde, ont toujours souleyé moins d'effroi et de pitié que la vie du plus obscur des honunes immolée dans l'ombre par le fer d'un tyran ou d'un assassin. Et que sera-ce s'il s'agit non d'un attentat obscur ou isolé, mais de l'assassinat de toute une nation?
Sur quoi, dormez tranquille et jouissez de la vie, monarques de l'Europe, hommes d'État et diplomates, et vous, conservateurs à tout prix. Fermez les yeux à tout ce sang qui coule jusqu'à vos pieds. Fermez les oreilles à ces clameurs déchirantes d'enfants et de femmes qu'on outrage, déjeunes gens et de vieillards qu'on déporte ; à ces gémissements, à ces cris de désespoir d'un grand peuple qu'on égorge. Dormite et gaudete. Ne songez qu'à vos spéculations, à vos profits, à vos étranges plaisirs, et contentez-vous de pousser votre sympathie jusqu'à emprunter des modes aux costumes polonais et des émotions à la musique polonaise. Mais quand le tonnerre vous réveillera, quand le terrible lendemain apparaîtra, quand tout s'effondrera sous vous, quand, éperdus, tremblants, sous cette terrible lueur que projette sur l'avenir toute calamité imprévue , vous recommencerez à chercher les vieux sentiers de la vérité, n'allez pas chercher bien loin la cause et l'explication de votre catastrophe.
Écoutez cette courte page de Chateaubriand, du roi des génies de notre siècle :
V Le monde n'aperçoit de Napoléon que ses victoires. Les larmes dont les colonnes triomphales sont cimentées ne tombent point de ses yeux. Mais moi, je pense que de ces souffrances méprisées, de ces calamités des humbles et des petits, se forment, dans les conseils de la Providence, les causes secrètes qui précipitent du faite le dominateur. Quand les injustices particulières se sont accumulées de manière à l'emporter sur le poids de la fortune, le bassin descend. Il y a du sang muet et du sang qui crie. Le sang des champs de bataille est bu en silence par la terre ; le sang innocent répandu jaillit en gémissant vers le ciel, Dieu le reçoit et le venge ' . »
Cependant la Pologne va succomber encore une fois : mais cette fois encore elle ne périra pas. Elle se recouchera sur son lit de misère pour y offrir de nouveau ses angoisses au Dieu dont elle attend la justice avec une indestructible espérance, avec un instinct sûr et profond de l'avenir, avec une confiance indomptée dans l'inépuisable fécondité du sacrifice. Grâce au ciel, la question n'est pas encore tranchée. Dans huit ans il y aura un siècle que le premier partage a été accompli. La résistance n'est-elle pas ausSi vivante qu'au premier jour? N'est-ce pas précisément dans les provinces lithuaniennes, arrachées depuis un siècle au vieux tronc national, qu'il a fallu employer tous les raffinements de la destruction et -de la vengeance pour contenir et châtier l'é-
* jrémoîrei d'(hUre'Tombe, t. VHI, p. 201.
IX l?
teraelle protestation de la vitalité polonaise contre l'oppression et la contagion moscovite? Quoi qu'il arrive, le droit aura été proclamé une fois de plus : la Pologne de 1863, comme celle de 1830, de 1809, de 179S, de 1793, de 1772, aura écrit avec son sang une de ces protestations inefiEsiçablés qui rendent toute prescription impossible.
Quel exemple et quelle leçon, non -seulement pour les nations, mais pour les âmes, pour toute âme chrétienne et souffrante! Toute illusion, tout prestige humain a disparu du cœur de la Pologne. Chez elle les viriles douleurs conune les viriles amours ont remplacé tous les rêves, toutes les douces mélancolies de la jeunesse. Elle est sortie pour toujours des vertes et fraîches vallées de la vie, pour en gravir les âpres et rudes sommets, plus voisins de la vérité et du ciel. Elle sait qu'elle continuera à être vaincue, méconnue et trahie ; elle n'en persiste pas moins par honneur, par fldéUté, au miUeu des angoisses de l'abandon et de l'oubU universel, à aimer et à servir une cause d'autant plus chère qu'elle a coûté plus de larmes ; à combattre, à souffrir comme par le passé ; à maintenir son imprescriptible droit ; à accomplir ce qu'elle tient pour son devoir et sa mission ici-bas.
Une génération entière , deux peutrétre, vont descendre prématurément dans la tombe, sous les coups de l'impitoyable vainqueur, sans avoir entrevu le jour de la délivrance. Une autre se ^forme déjà et d'autres se lèveront après elle pour accomplir les mêmes sacrifices et subir les mêmes supplices, pour étonner le monde par les mêmes prodiges de valeur et de souffîrance. La promesse inspirée du roi-prophète les enflamme d'une espérance solennelle : Dieu ne laissera pas toujours la verge du pécheur sur le patrimoine des justes, de peur que les justes eux-mêmes ne soient tentés de
tendre la main à l'iniquité. Non relinquet Dominus virgam peccaiorum super sortent jtistorum : ut non extendant fusti ad iniquitatem manus suas. Comme la procession des Saints dans cette touchante frise de Téglise de Saint- Yincent-de-Paul , que nous a léguée le plus chrétien et le plus regrettable de nos artistes contemporains-, Hippolyte Flandrin, l'armée des martyrs est en marche ! Calme, triste, résolue, inaccessible à la peur, à la fatigue, au découragement, tous les regards et tous les cœurs tournés vers le ciel, elle ne s'arrêtera que quand elle aura atteint le but qu'eUe contemple, quand elle reposera dans les bras de ce grand Jésus-Christ, le père et le Dieu de cette justice et de cette miséricorde dont la Pologne demeure l'humble mais invincible créancière.
25 mai 1864.
APPENDICE
(Voir page 228).
INYITO SACRO
Marco A ntonio del Titolo di S, Maria délia Pace délia S. R, C. Prête Card, Colonna délia Santità di Nostro Signore Vicario Générale f ecc. .
Le moite e gravi urgenzo délia Chiesa Caltolica^ che tengono indefessamefite occupata la pastorale sollecitudine délia Santità di Nostro Signore, eccitano ancora la sua pietà a ricorerre senza intermissione al Padre dclle Misericordie, acciô si degni di proteggerla e assisterla, e col potentesuobracciosovvenirla in tempo opportu no. Quindi è, che rifleltcndo, non senza grande amarezza dell*animo suo, ai présent! speciali bisogni di essa presso l'inclita Nazione Polacca , la quale dopo di avère costantemente date fine a questi ultimi tempi le più illustri riprove del fedele suo attaccamento alla Santa Romana Chiesa, trovasi al présente suo nialgrado. e per înscrutabili fini di Dio, nelle più critiche et pericolose circostanze, ha giudicato espedienle e necessario di vieppiù moltiplîcare le preghiere air Âltissimo, e di far congiungere aile proprie anche quelle del dilctto suo Clero e Popolô di Roma, nella ferma fiducia che penetrando cosl insieme riuniti i gcmiti e i voti del Pastore e del Gregge innanzi al trono di Sua Divina Maeslà, potranno più facilmente, e mcdiante rintercessione di Maria SSma, e dei Santi Apostoli Pietro e Paok), inchinarla ad esaudirli, a riconciliarsi col suo PopolOf a non abbandonarlo in taie nécessita, e a spargere final-
menle suUa Chiesa e sulla Cattolica Nazione sudddla ogni copia délie celesti sue grazie e benedizioni.
A quesfo effctlo la Santità Sua vuole c comanda che nei tre consecutivî giorui 26, 27 c 28 del corrente si esponga ogni matlina aile ore 15, il Venerabile Délie tre Basiliche Patriarcali di S. Gio. in Laterano, di S. Pietro in Vaticano e di S. Maria Maggiore, c nelle Cbiesc di S. Maria sopra Minena, e di S. Maria in Vallicella delta la Chiesa Nuova, e si tenga ivi esposto alla pubbtica adorazione de* fedeli durante tutla la giornatà, finchè verso le ore 24^ premesse leLilanie de' Santi e le preci a taie oggetto destinate, si dia al Popolo laSania Benedizione.
Nella matlina poi dei 28, festa dei SS. Innocenli la Santilà Sua, coir intervento del Sacro Collegio, di lutta la Prelalura, e del Clcro Secolare e Hegolare, farà nella Basilica suddetta di S. Pietro una solenne e devota Processione durante la quale si recilerrano da ciascuno del Clero e degli interyenienti suddetti allemativamente le Litanie e Preci, notale nei Libretti, che a taie efTetto si dislribuirannoy e in seguito schieratosi ciascun Corpo nei sili, che saranno rispettivamente assegnati, ivi si fermera fi no a tanto che la Santità Sua non abbia dato colla trina Benedizione del SSmo Sagramento r ultime compimento alla sacra funzione.
AiBne poi di Tieppiû eccitare i Fedeli a concorrere colle proprie orazioni a un oggelto si santo e si intéressante, la medisima Santità Sua si degna di concedere Indulgenzia plcnaria e remissione di tutti i peccati a chiunqueconfessatoecomunicatp accompagnera lasovra descritta Processione, ovvero visitera in uno dei suddetti tre giorni una délie mentorate Basiiiche o Chiese, e pregherà ivi S. D. M. per Fesaltazione di Santa Madré Chiesa, per Testirpazione dell* Eresie, per la pace e concordia fra i Principi Cristiani , e in specie per i preseoti attuali bisogni délia Religione nei Regno di Polonia.
Rispetto aile Monache, Oblate, Li telle, ed altre Donne Secolari dimoranti colle débite licenze ne* Monasteri, Conservatori ed altri Lnoghi pii di quest* aima Città, come anche ai Regolari chiusi in perpétua clausura ed a tutti i Fedeli dell* uno e dell* altro sesso, che ritenuti nelle Carceri, o impediti da infermità corporale, o che per qualunque altra legittima cagione non potranno, dopo essersi confessati e comunicati, visitare le suddette Chiese o accompagnare la Processione Papale, la Santità Sua dà la facollà ai Confessori da
Noi approvali di commutarloro una tal visita il altre opère di pieté, purch(( preghiDO per i succennati urgeoti bisogoi délia nostra santa cattolica Religione.
Dato délia nostra solita Abitazione questo di 24 dicembre i767.
M. A., Gard. Vicario.
Gaspaao,. Arciprete; Oui, SegrelarïcK
fn Roma oetla Stamperia délia Rer. Gainera Apoitolica, 1767.
Mandement du cardinal Patrizi^ Vicaire de S. S. Pie IX^ le 31 août \ 863, à l'occasion de la translation de l'image du Sauveur de la Scala Santa à la basilique de Sainte-Marie-Majeure, à Borne.
« C'est, la volonté du Saint-Père que, dans celte circonstance, on fasse des prières particulières pour la malheureuse Pologne, qu'il voit avec douleur devenir en ce moment un théfttre de massacres et de sang. La nation polonaise, qui fut toujpurs catholique et comme un rempart contre l'invasion de Terreur, mérite certainement que Ton prie pour elle, afin qu'elle soil délivrée des maux qui TafOigeiit et que, ne perdant jamais son caractère, elle se maintienne toujours fidèle i cette mission que Dieu lui a donnée,, non-seulement de garder, mais encore de conserver intact et inviolable, par l'unanime consentement de tous ceux qui forment cette nation, l'étendard de la ioi catholique et de la religion de ses pères, >
Allocution du Pape Pie IX ^ prononeée à Rome dans le Consistoire
du 46 mar$ 1863.
La déplorable situation actuelle de la Pologne a ému de plus en plus la sollicitude pontificale dont nons n'avons cessé d'entourer ce
royaame catholique. Nous avons cru, entre autres mesures, opportun de pourvoir au veuvage de plusieurs églises polonaises, dont quelques-unes, à notre profonde douleur, se trouvaient privées depuis longtemps de leur pasteur. C'est pourquoi, nous avons préconisé les évéques de Ploçk, d*Augustow et de Chelm, ce dernier du rite ruthëne uni, et nommé des suffragants aux titulaires de Varsovie et de Chelm, afin qu'embrasés de zèle sacerdotal, ainsi que nos vénérables frères les autres évêques de ce royaume, et recherchant ce qui est scrupuleusement de Jésus-Christ, ils consacrent tous leurs soins, tous leurs labeurs, tous leurs conseils et tous leurs efforts à la stabilité, à la force et aux progi'ès de la divine et salutaire foi du Christ, de sa religion et de sa doctrine, et à Téloignement de tous les maux et désastres qui, dans ces régions, affligent l'Église catholique depuis si longtemps. Daigne le très-clément Père des miséricordes et Dieu de toute consolation se montrer propice aux très-humbles et très-ferventes prières que nous ne cessons de lui adresser nuit et jour pour le triomphe et la tranquillité de la sainte Église sur tous les points du globe, et pour la vraie prospérité et la paix de tous les peuples I