DEUXIÈME LETTRE A M. LE COMTE DE CAVOUR
VOR alliés, TÉglise va passer par le creuset où elle se purifie toujours de toutes les faiblesses apparentes, de tous les affaissements éphémères, de toutes les solidarités compromettantes.
Je crois aux promesses étemelles ; mais je n'y croirais point , je croirais au triomphe définitif de Machiavel et au vôtre, que je n'en protesterais pas moins, et toujours, et tout seul. Non, ce ne sont pas les dangers de TËglise qui m'alarment ou me révoltent. Ce qui me révolte, c'est le spectacle que donne aujourd'hui l'Italie au genre humain, c'est tout ce qu'il y a dans notre nature de fier , d'intègre, de délicat, sacrifié à tout ce qu'il y a de grossier et de bas, c^est la faiblesse lâchement opprimée par la force, c'est ]a vérité lâchement étouffée par le mensonge, c'est le droit écrasé par le nombre, c'est le libre arbitre des populations confisqué par des conspirateurs , c'est la liberté des âmes noyée dans le tumulte de la rue, c'est l'honneur noyé dans la trahison. Je serais, non pas catholique et Français, mais Anglais, Chinois, musulman, qu'il me suffirait de lever mon regard vers cefi principes d éternelle justice généreusement invoqués par Pie IX, audacieusement violés par vous, pour me sentir indigné contre vous, et invinciblement incrédule à l'endroit de vos promesses.
Paris, ce 15 avril 1861.
LETTRES AU JOURNAL DES DÉBATS. Cû
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Les lettres suivantes, qui se rattachent à la Question Romaine, semblent trouver naturellement leur place à la suite de l'écrit précédent.
A M. le directeur-gérant du Journal des Débais.
La Roche-en-Breoil (Côte-d'Or), ce 10 jaovier 1863.
Monsieur,
Dans votre numéro de ce matin, en rendant compte d'im écrit récent de M, Eugène Rendu, vous publiez cette phrase :
« M. de Montalembert, en 1849, signifiait au Pape, du « haut de la tribune française, que s*il accordait à ses sujets « Tombre même d'une liberté, <t la confiance des catho- « ligues serait alarmée. »
Cette citation est empruntée à l'ouvrage de M. Rendu. Elle m'oblige à déclarer que ce fonctionnaire, voulant faire retomber sur moi la responsabilité de tout ce qui se passe à Rome depuis 1849, s'est permis de travestir un de mes discours de cette époque, tantôt en m'attribuant des paroles que je n'ai jamais prononcées, tantôt en isolant et en détournant de leur sens naturel des phrases détachées. Il est arrivé ainsi à vous faire croire et dire, monsieur, que j'avais combattu dans ce discours cette alliance du catholicisme et de la liberté que j'ai défendue pendant trente ans à Rome comme à Paris.
Or, tout en établissant alors que le pouvoir temporel du Pape ne pouvait se concilier ni avec la souveraineté du peuple, ni avec la souveraineté parlementaire qui existait