‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 4)Chapitre 4 sur 53 · IX · texte numérisé non relu

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alors en France et qui n y existe plus; tout en maintenant qu'il n'appartenait pas au gouvernement français d'imposer au Pape le programme formulé pai* la lettre au colonel Edgar Ney, voici ce que je disais, d'après le Moniteur du 20 octobre 1849 :

a Pie IX n'a ni changé ni erré. Il ne s'est pas trompé a en essayant de donner la liberté à son pays et à l'Italie, « quand il a invité la liberté moderne à se réconcilier avec (c rÉgfise, trop souvent méconnue par elle. S'il n'avait pas c( fait ce grand essai... on aurait pu croire que l'autorité (( pontificale repoussait systématiquement le progrès, la ci- « vilisation, la liberté... Il ne s'est pas trompé en «itreprea nant cette grande et nobte œuvre qui l'immortalisera et « dont pour ma part je le féliciterai toujours. Il ne doit pas « non plus avoir changé : je suis convaincu qu'il n'est nulce lement dispoté à saeriiler la cause de la liberté au culte « de la force. Je suis convaincu qu'il reconnatt qu'il y a (( un milieu à garder entre cette souveraineté du mal que a la fausse liberté réclame et le retour exagéré et absolu tt vers le despotisme. Mais au moins, vous tous, amis sin- « cères et fidèles de cette pauvre liberté dont je vous pei^ <c gnans tout à l'heure les douleurs et les catastrophes, « aidez^le dans sa tâche ; ne le découragez pas, ne Fem- € barmssez pas, ne compliquez point sa situation déjà si « difficile et si douloureuse ; prétez-Iui le concours de vos « sympathies et de vos respects, et aidez-le à trouver dans <c la sainteté de sa conscience et dans la pureté de ses in- « tentions ce milieu que nous désirons tous, nous qui a croyons encore, malgré tout, à la liberté. »

Voilà, Monsieur, comment, en 1849, je signifiais au Pape qu'il devait s^abstenir de donner une ombre même de liberté à ses sujets. Toili conmient, ait dire de M. Rendit,

« je m'ingéniais à déraciner du cœur et de Tesprit de Pie IX « toute pensée de retour à de grands desseins. y>

Complice involontaire, j'ensuis sûr, de l'indigne calomnie "dirigée contre moi, vous. m'aiderez à en obtenir une réparation partielle en publiant cette lettre.

Agréez d'avance mes remercîments avec l'assurance de ma considération.

M. Yang» auteur de Tarticle qui relevait cette lettre, et M. Eugèae Rendu lui-même ayant Tud et Tautre publié de nouTeaux articles d'une longueur extrême, pour insister sur les accusations qu'ils avaleot portées contre M. de Monfalembert, la réplique suivante leur fat adressée :

A M. le Rédacteur eu chef du Journal des Débats.

La Roche-eo-Brenil, ce 19 janvier 1863.

M02ISI£UII leRédactkcii,

Puisque vous avez ouvert vos colonnes deux fois à 31. Yung et une fois à M. Rendu contre moi, sur un débat qu'ils ont soulevé, vous me permettrez de vous adresser encore quelques explications qui seront, au moins de ma part, les dernières. Je ne re\îendrai pas même sur le texte de mon discours du 19 novembre 1849^ Il me su£Qt de rappeler que j'ai parlé et voté alors dans le même sens que M. Odilon Barrot, M. de Tocqueville, M. Thiers et M. Dufaure. Quand on a de tels alliés dans le passé et dans le pré-

■ Sur Uê amditUmi iu retour ât Pie IX à Rome. Voir toiQ0 II des Ùiteourêf

sent, on peut se consoler de n'être pas d'accord avec le libéralisme italien de M. Rendu. Mais il s'agit d'une question d'histoire générale.

S'il fallait en croire M. Rendu, l'histoire de la question romaine depuis quinze ans se résumerait ainsi : <c En 1846, il y avait un Pape libéral; en 1848, il a été renversé; en 1849, il a été restauré; en 1859, il a été de nouveau ébranlé, privé des trois quarts de ses États; en 1863, il ne lui reste plus que Rome sous la garde de l'armée française.

tt Pendant ce temps, il y avait à Paris deux ou trois laïques faisant des discours. De 1846 à 1848, l'un d'eux a applaudi et encouragé le Pape libéral ; en 1849, il a demandé qu'on le restaurât ; en 1859, il a protesté contre de nouvelles violences; et en 1863, il ne se sent ni rassuré ni satisfait. Mais comme en i 849 il repoussait l'idée d'imposer au Pape restauré le système de gouvernement dont on avait si cruellement abusé contre lui un an auparavant, il est évident que tout ce qui s'est passé depuis est la faute de ce discoureur et de ses amis. »

Voilà l'histoire racontée par M. Rendu. La voici racontée pîu" le Moniteur :

En 1848, une révolution tumultueuse a fait le tour de l'Europe : à Paris, à Vienne, à Berlin, à Francfort, le sang a coulé dans les rues. A Rome, le Pape réformateur a été renversé et son ministre égorgé, sans qu'un seul Romain libéral ait protesté. — En 1849, les institutions libérales imposées au Pape par la France l'eussent été par une assemblée dont une portion considérable l'accablait d'invectives et par un président de la république dont le passé, seul connu alors, ne pouvait lui inspirer une entière confiance. — En 1852, réaction violente ; établissement en France de la dictature, bientôt transformée en Empire. De 1852 à 1856,

accord entre l'Empire et le Saint-Siège, le premier demandant des services au second et pas l'ombre des institutions qu'il venait d'abolir en France.

En 1856, congrès de Paris; dénonciation publique à l'Europe du gouvernement romain. En 1889, promesse de le respecter tout entier au début de la guerre d'Italie. En 1860, impassibilité pendant qu'on le démolit pièce à pièce; et en 1861, reconnaissance du gouvernement qui Ta détruit. En 1862, menaces et symptômes d'un abandon prochain. En 1863, conseils et compliments lorsque le Pape est réduit à Rome et à un jardin. On en est là.

Il est vrai, pendant que tout changeait, M. Rendu dit qu'il n'a pas changé. Encore faut-il qu'il en convienne : en 1848, il s'enthousiasmait pour la république dans VÈre nouvelle; en 1863, il sert l'Empire. En 1849, il a été le collaborateur du Père Lacordaire; en 1859, celui de M. de la Guéronnière. Il croit que ses phrases de 1849 auraient tout sauvé et que les miennes ont tout perdu. Il enregistre ce que lui et moi nous avons dit, et oublie ce que d'autres ont fait. On pensait généralement que l'ambition du Piémont avait causé la mort de Rome ; il écrit, au contraire, a que la mort de Rome a fait l'ambition du Piémont. » Il croit que le gouvernement parlementaire à Rome, en 1849, aurait produit un 'État tranquille et contenté M. Mazzini. Mais est-il bien surprenant qu'on ait moins conseillé ce gouvernement à Rome, lorsqu'on en redoutait la ruine à Paris, prévision que M. Rendu devrait pardonner, car il traite de nouveau Charlemagne le prince qui l'a réalisée. De bonne foi, est-ce que M. de Cavour aurait gardé le silence au congrès de Paris si le Pape eût été parlementaire? Est-ce qu'après Villafranca la politique de Tunité italienne eût désarmé devant une consulte avec voix délibérative à Rome? Est-ce qu'à Castelfidardo, une

choisie placardée sur un poteau eût forcé Cialdiai de. reculer? Est ce qu'à l'heure présente, une charte accordée par le Pape à ses trois cent mille sujets permettrait le départ de la garnison française ? Est-ce qu'à Turin on demande Rome libérale et non pas Rome capitale?

Je le crains, en littérature et en politique, M. Rendu croit trop à la puissance de la phrase. Je le rappelle au souyenir des faits qu'il qualifie de « matière à plaidoirie, i» — Seule*ment il oublie que dans cette plaidoirie je n'ai pas la même liberté que lui. Il nous dit qu'U écrit sans peur. De quoi aurait-il peur? 11 est toujours du côté du plus fort. Je ne suis pas si fier que lui, j'ai peur; peur des avertissements pour ceux qui me prêtent le secours de leur publicité. Il est, lui, employé par les pouvoirs qui les donne, et moi je ne puis écrire que dans les journaux qui en ont reçu. Vous-même, monsieur le Rédacteur, si je vous adressais le récit complet et motivé de ce qui s'est dit et fait en 1849 et depuis, vous me diriez avec raison que vous ne voulez pas être averti ou même poursuivi, comme je l'ai été, il y a trois ans, à propos de cette même question romaine.

Voulez-vous me permettre d'ajouter que je suis un peu surpris de voir le libéral protestant M. Yunget le catholique impérialiste M. Rendu s'accorder pour m'attaquer, sans être pour cela, je. suppose, d'accord en tout. A la veille 4es élections, l'un divise les libéraux ; l'autre poursuit les catholiques au lendemain de leur défaite. Que veulentrils que je déclare? que le Saint-Siège s'est affaibli en n'ayant pas plus de confiance dans la liberté? Je le dis depuis trente ans et je le répète très-haut. — Mais d'où vient cette défiance? qu'est'Ce qui Texcuse? la justifie? l'entretient? N'est-ce pas la peur de tomber dans les mains de deux puissances qui ont malheureusement usurpé le nom de la liberté : le pou-

LETTRES AU JOiWiJU. DES DÉBATS. 71

voir absolu et la révolution ? Ce n'est pas ma faute si dans cette question romaine M. Rendu représente Tun et M. Yung sert l'autre.

Agréez, ^te., etc.

Le Journal des Débats ne crut pas pouYoir, vu l'état de la législation sur la presse, insérer la lettre précédente, mais consentit néanmoins à accueillir celle qu*on va lire.

La Eoche-^o-Breoil, ce 29 janvier 1863.

Monsieur,

Dans votre numéro d'hier, après plusieurs jours de silence, vous déclarez qu'il vous a été impossible d'insérer ma réponse à MM. Rendu et Yung, à qui vous aviez permis de soutenir devant vos lecteurs que j 'étais le principal auteur des malheurs du Pape. Je m'expliquais difficilement, je l'avoue, ce qui vous empêchait de donner la parole à un liomme qui veut simplement établir que trois phrases de lui, prononcées en 1 849, n'ont pas gagné La bataille de Solfériao, signé le traité de Yillafranca, ensanglanté les collines de Gastelfidardo et bombardé Gaëte. J'aurais surtout pu dé-> sirer que le public sût iouoédiatement que le régime actuel de la presse ne me laissait pas la liberté nécessaire pour répondre à M. Rendu. Vous n'avez certes pas besoin de mon autorisation pour démoatrer une fois de plus que nous n'avons pas cette liberté c<Mnme en Angleterre, dont l'Empareur vient de faire ua si bel éloge, ni même la liberté comme en Autriche, où la Im sur la presse yieai de supprimer les avertissements aux journaux.

Quoi qu'il en soit, vous annoncez que votre refus d'inser*

tioD vient de votre situation et non de votre intention. Je n'ai qu*à m'incliner devant cette raison, à laisser M. Rendu seul maître sur un terrain où il est seul libre, et à vous remercier d'avoir bien constaté notre situation à tous les trois: les gênes de la vôtre, les rigueurs de la mienne et les facilités de la sienne.

Agréez, Monsieur, la nouvelle assurance de ma haute considération.

Le Progrès^ journal démocratique de Lyon, étant intervenu dans le débat, il lui fut répondu par la lettre suivante :

La Roche-en-Brenil, 6 février 1863.

Monsieur,

On m'envoie de deux côtés à la fois votre numéro d'avanthier, qui contient à mon sujet une assertion que je me crois obligé de relever. N'ayant pas l'avantage de lire habituellement le Progrès^ j'ignore quels sont vos motifs pour intervenir dans la polémique suscitée par l'injustifiable agression de M. E. Rendu contre moi. Je vous ai souvent entendu citer comme un organe loyal et considérable de la démocratie libérale. Est-ce en cette qualité que vous prenez parti contre un homme qui n'a plus ni tribune ni journal à sa disposition? Et cela, au profit d'un inspecteur général qui, après avoir réclamé en 1848 le droit au travail, qualifie aujourd'hui l'Empereur de nouveau Charlemagne; qui se montre plein de courage contre un vieux parlementaire auquel il est interdit de se défendre à sa guise, mais qui n'aurait certes pas osé écrire une ligne contre moi, si j'étais ministre, ambassadeur ou simplement préfet?

Vous dites, Monsieur, que je n'ai pas le droit de me plaindre du refus d'insertion de ma réponse à M. Rendu, parce que c'est moi qui ai porté le premier coup à la liberté de la presse par mon discours sur la loi de 1849.

Je n'aperçois pas en quoi le droit de réponse, consacré par l'équité naturelle bien plus que par la loi, devrait être méconnu en ma personne, parce qu'en présence des crimes et des folies qui, de 1848 à 18S1, ont réduit la France à désirer et à accepter la dictature, j'aurais protesté contre des excès dont la liberté devait si promptement et si crueUement payer la rançon .

Mais je viens de relire le discours que vous me^ reprochez et je vous défie d'en citer un seul mot, entendez bien, un seul mot qui déinente ma conviction et mon attitude d'aujourd'hui ; un seul qui répugne aux vrais principes et aux conditions essentielles de la liberté de la presse ; un seul enfin qui contredise la pensée fondamentale du discours, ainsi formulée dès le début : a II faut sauver la société française, mais avec elle la liberté ; et non pas elle sans la liberté ! » [Moniteur du 22 juillet 1849.)

Vous m'appliquez deux ou trois adages latins qui peuvent se résumer en celui-ci : Patere legem quam ipse /ledsti. Soit. J'ai voté pour la loi de 1849, comme MM. Odilon Barrot, Dufaure et tant d'autres fidèles et généreux défenseurs de la liberté. Je suis loin de la regarder comme parfaite ou adaptée à tous les temps, mais je ne demande pas mieux que d'en subir toutes les dispositions. Et pour toute vengeance, je vous souhaite. Monsieur, ainsi qu'à moi-même, de retrouver un jour les lois et les juges de 1849.

Les hommes publics qui demeurent mêlés à la vie active de leur pays peuvent dédaigner les erreurs et les injustices

7i LETTRES AU JOURNAL DES DEBATS.

de la presse^ car ils trouvent chaque jour Toccasioii de la réfuter par leur conduite ou leur parole. Mais ceux à qui il ne reste que leur passé doivent veiller avec une jalouse sui^ ceptibilité à ce que ce passé ne soit ni travesti ni calomnié, et défendre la dignité de leur retraite contre le servile attachement des courtisans de la force et de la fortune.

Je vous crois aussi étranger que moi-même à cette catégorie, et c'est pourquoi je viens avec confiance vous prier de publier cette réclamation.

Agréez, etc.

LA

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