‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 4)Chapitre 36 sur 53 · IX · texte numérisé non relu

IX

630 LE PÊftE LACMDA1RE.

vi?on&-DOU6 pas en eux, et ne revivent* 3s pas en aoufi? n*outrils pas touIu que nous fuseiMis ce qu'ils éuienl, une génération de chevaliers pour la défaise de TÉglise? Nous pouvons donc le dire, coofondânt par un orgueil légitime les fils avec les pères... , nous avons vaiacu Arius, 3I«iioi]iet, Luther, et fondé temporellament la Papauté. L'arianisme défait, le mahométisme défait, le proteataoiisffle délait, um trône assuré au Pontificat^ voilà les quatre couroanes qui ne se flétriront pas dans Tétemîté ^ i»

N'est-ce pas le même accent qui, vingt ans plus tard, et au seuil du tombeau, éclate dans ces paroles cruellement vraies : a Italiens, votre cause est belle, mais vous ne savez pas rhonorer. Il ne fallait à Rome que du temps et votre liberté reconquise... Pour un vain système d'unité numérique et absolue, qui n'intéresse en rien votre nationalité et votre liberté, vous avez élevé entre vous et deux cents millions de catholiques une barrière qui grandit chaque jour. Vous avez mis contre vos plus légitimes espérances plus que des hommes, vous y avez mis le christianisme, c'esl^à-dire le plus grand ouvrage de Dieu sur la terre, sa lumière et sa bonté visibles, l'emiûre des âmes, la pierre où sont venus se briser tous les desseins enoemis... Vous avez mis contre vous une volonté étemelle de Dieu* Vous la retrouverez sur votre chemin, n'en doutez pas^. »

' Discoars proDoncé à Notre-Dame le 14 février 1811 pour rinaaguralioD de l'ordre des Frères préchenrs en France.

' De la UberU de l'Haiie et de PBglite, p. 36. — On lira pevuétre aTM intérêt la lettre adressée par le père Lacordaire, dix-neuf jours avant sa mort, à M. Guizot, au sujet du généreux plaidoyer que ce grand homme d'État a consacré à la cause pontificale. C'est» je crois, la damiére leilre qv'il aitpa dicter avant son agonie. La postérité ne dédaignera pas cet échange de sympathies sur l'intérêt le plus considérable et le plus compromis de notre temps, enue le religieux catholique et l'homme d'Ëtat protestant, toas les deux

U PHtE LÀGOttlIU. m

«ES DSlOilÈUlS OONTABIMCGS. — «ON OPINfOII SOU hk HeUVELLE AtTITTIM:

Mais il est temps de finir, et d^autaot plus vite, qu^il oaue manque la liberté nécessaire pour nous exprimer sur les dix dernières années de la vie du père Lacordaire avec la complète sincérité qui a présidé jusqu'ici à notre travail. Rappe-

lilasires entre tavs et eupérievrs ans violenees ceonne aux injustices Ab

l'esjwU de parti*

« Sorèie, 1 noTembre 1861.

« Monsieur et cher confrère,

« Je venais d^achever la lecture 4e TOtre ontrage sur r-ʧ/Kêe «f la êoeiéié chrétienne en 1861^ lorsque j'ai reçu un second exemplaire fui m'était adressé par vos ordres et en même temps votre billet da 29 octobre. Ces marqoes de votre souvenir m'ont été d'autant pins agftebles que j'étais encore sous le ooap du plaisir que n*a causé voire liwe. C'est «ne ^ande iumiére dans «ne grande autorité. Il est bien entendu que je ne puis pas être d'accord avec vous sur la question tfaéologlque du protestantisme; je ferais aussi une réserve sur lafiiealiDn d'Italie jusqu'au nernsnt «ù le Piémoai a eorabi-à main armée les Etats de Naples et une portion des Ëtats du Saint-Siége qni avait été maintenue sous l'obéissance régulière du Pape. C'est à cette limite, «e ne seaibte, que la justificalÀon a 'Oessé ^èm passible et qae la révolution italienne a pris un caraclèce de violence, de conquête et d'usurpation.

c Quant aux grandes perspectives de votre ouvrage, aux erreurs et aux sérites de notre temps, à ce qui no«s a nanqué dans le succès et dans les tvvera. A ia néoessité de la liberté jpsHfieuse sincèrement pratiquée pour le bien de TËtat et celui de toutes les communautés chrétiennes, à la distinctiofi île l'esprit libérât et de l'esprit révoIntiomiaiTe, aux craintes et aux espésancea de l'aveoir, je m'associe à vos planées comme à eellei fui seules peuvent sauver le monde et l'Ë^lise.

« Vous avez dû, monsieur et très-bonoré confrère, subir bien des attaques; oain v«ua y êtes accoutumé dès leogtuMps* «t ûo me peut servir les bonnes qu'en s' exposant à leur ingratitude.

« Ha santé, dont vous voulez bien me dire un mot, est toujours trèsdiancelante et me fait envier votre belle 'vieiltesse à qui de si longs et si ««oasidérahies travaux n'ont rien enlevé.

« Veuillez agréer, etc.

(Signé de sa main) : c Fr. Henbi-Dovixiqdb LACoaDAïas,

ém Frèrm pwéelmmi, »

&32 LE PÈRE LAGORDAIRE.

Ions donc que Lacordaire^ délivré de son mandat de constituant et de législateur, remonta dans la chaire de Notre- Dame et l'occupa pendant les trois années 1849, 1850 et 1 8S 1 . Ces trois stations furent consacrées au Commerce de r homme avec Dieu, à la Chute et à la Réparation de r homme, enfin à Y Économie providentielle de la réparation. En avril 4851, nul symptôme alarmant ne pouvait lui faire craindre que cette chaire, si longten&ps illustrée par lui, allât lui être fermée ; et cependant, comme par un secret pressentiment, qu*il désavouait tout en l'exprimant, il se trouva amené à clore sa station par des adieux solennels, qui doivent être reproduits ici, parce qu'on y rencontre une sorte de résumé de sa vie antérieure et une des très-rares occasions où l'orateur s'est mis lui-même en scène :

« Encore qu'une nouvelle carrière me fût préparée par Dieu et par mon dévoueibent pour vous, je ne puis me défendre de vous parler comme si je vous adressais des adieui. Permettez-le-moi, non comme un pressentiment de l'avenir, mais comme une consolation.

« Je dis une consolation, parce que j'éprouve en moi deux sentiments contraires, Tun de joie d'avoir achevé avec vous une œuvre utile au salut de plusieurs et de l'avoir achevée dans le siècle que l'on a nommé le siècle des avortement5 ; l'autre de tristesse, en songeant qu'une œuvre ne s'achève pas par un homme sans qu'il y laisse la plus belle partie de soi-même, les prémices de sa force et la fleur de ses ans. Le Dante commence ainsi sa divine épopée : a Au milieu du a chemin de la vie, je m'éveillai seul dans une forêt prott fonde. » Je suis parvenu, messieurs, à ce milieu du chemin de la vie où Thomme se dépouille du dernier rayon de sa jeunesse et descend par une pente rapide aux rivages de l'impuissance et de l'oubli; je ne demande pas mieux que d'y

LE PÈRE LAGORDAIRE, 533

descendre, puisque c'est le sort que Téquitable Providence nous a fait, mais du moins à ce point de partage des choses d*où je puis Yoir encore une fois les temps qui vont finir, vous ne m'envierez pas la douceur d'y jeter un regard et d'évoquer devant voua, qui fûtes les compagnons de ma route, quelques-uns des souvenirs qui me rendent si chers et cette métropole et vous. C'est ici, quand mon âme se fut rouverte à la lumière de Dieu, que le pardon descendit sur mes fautes, et j'entrevois l'autel où sur mes lèvres fortifiées par l'âge et purifiées par le repentir, je reçus pour la seconde fois le Dieu qui m'avait visité à l'aurore première de mon adolescence. C'est ici que, couché sur le pavé du temple, je m'élevai par degrés jusqu'à l'onctjon du sacerdoce, et qu'après de longs détours où je cherchais le secret de ma prédestination, il me fut révélé dans cette chaire, que, depuis dix-sept ans, vous avez entourée de silence et d'honneur. C'est ici qu'au retour d'un exil volontaire, je rapportai l'habit religieux qu'un demi-siècle de proscription avait chassé de Paris, et que, le présentait à une assemblée formidable par le nombre et la diversité des personnes, il obtint le triomphe d'un unanime respect. C'est ici qu'au lendemain d'une révolution, lorsque nos places étaient encore couvertes des débris du trône et des images de la guerre, vous vîntes écouter de ma bouche la parole qui survit à toutes les ruines et qui, ce jour-là, soutenue d'une émotion dont nul ne se défendait, fut saluée de vos applaudissements. C'est ici, sous les dalles voisines de l'autel que reposent mes deux premiers archevêques, celui qui -m'appela tout jeune à l'honneur de vous enseigner', et celui qui m'y rappela après qu'une dcQance de mes forces m'eut éloigné de vous^. C'est ici, sur ce même siège

* Mgr de Qaélea.

' Mgr Affre.

airchié^^copal, ^pie ^ai rdroMé dan» «n troisième poalîfe^ le ménie d«e«r et k Biéiiie {rotecti<m.i Eain c'est ici qu*oflt pris naôseance tomes lee afe^eas qm est eoBselé ma ne, et que^ hoanne suHtairei, iacMom àm graaés^ éloîgoé de» partis^ étranger aux Mena où se pvesse la foule et se nooest les velafliens, j*^ai reneontré )e^ Icaes qtHiift'eiit mmé^

« 0 miffs cbe No<t&4tai)ie^ toutes âaeitéeâr (pô a!Y« reporté n» parole à tant d'iiHeâigoiittts privées de Dien, a«Éels (^ m'aftez béni, je ne me sépare point de ikmm; je ne fais que dvt ce (fBÊt TO«B. aves été fomst m homioe et m'épaneher oi naoirBièBie au souvenir do> to» bioniailB^ cohudo les tdhnts d'israélf, présents om en) exil, eétébraieol la mémoire de Sien. Et tousv messieurs, géopèratiiott déjà nomèteuse ea qiâ ji'ai semé peut'-étre* des Tcrttés et de» nerUis, je vous deoRve \mk pouv Fatemr, comme je le fus dm», le passé ; mais sî un jour mes ferrées trahissasent mon élan, si vous veoâes à dé^ daigner lies restes d^lne voix qui vous fut ehère, saiebez que vous no serea jamais iaigrats, car rien ne peut empêcher éb» sormais que vous n*ayez été k gloire de ma vie,. et qo» vous ne soyez ma couronne dans Tétenité. n

Tête furent ses adieux à la eiiaîre de Nolîre-Daaie^ Après le coup d'État d'u 2 décembre t88i, il: tt'y reimonta pl«^. La (temière fois qu'il se fit entendis h Biaris, ce ivA k Saint- Roch, k f 0 février 1833, dans eette méoie église où il avait baiitutié sa pveimëro ptédîicaÉion vingt ans auparavant. C'é^ tait pom y préclier, enpréseneede Tardasvéque de Paris et dtt cardinal Donnet, T»i«senKu)n de efaaffîté au profit de l'œuvre des Écoles chrétiecinesv 11 avait pvis pour te:ste les paroles de

* Wgr Sibottf.

' II écrivait de Toulouse le 19 juin 1854 : «c J*ai été bien touché de ce que vous a fait éprouver la nef de Notre-Dame. C'est ma gramme fyaMiev 3e la salue toujours, dès qu'en entrant à Paris j'aperçois ses tours. »

LB PÈRE lACOHDAlRE. &t6

David moaraDt à son fils Saiomon : Estovir^ et son discours roabdt sur les obligalions dte la TÎiilité chrétienne dans la ide publique et privée.

Quoique le Moniteur ait inséfé dans son niaisiéro du lendemain une analyse louangeuse de ce discours, il suscita de grandes susceptibilités et fut regardé comme une manifestar tioa hostile au nou^feau pouvoir» C'était une appréciation singulièrement exagérée* J'ai aoua les yem diverses sténographies de cette improvisation qui est restée înédii», et je n'y trouve rien qui dépasse ou même qui égale ses hardiesse? ordinaires. Le si^et n'est pas épuisé : \am de là; il est à peine effleuré par quelques puissants coups d'aile. Il s'attachait surtout à établir en quoi consiste la grandeur du caractère et comme quoi elle est un devoir strict et rigoureux du cbré. tien. « n y a meompatibilité, disait-il, entre la possession de la grandeur de l'Évangile et la bassesse du caractère. . . » « n est bon, aîoutait41, que nous sachions ce que nous en* tendons flaire en voulant faire des chrétiens; si ce sont des hommesv véritables que nous entendoiïs former, ou bien des hommes vulgaire»; si pour neus l'homme est Yhomo que les anciens dérivaient àHiumus^ la terre, la boue ; ou bien le tn>, cet homme, qui est plus que la terre, qui a du courage, de r&me, de la vertu, mrim... On peut avoir un grand esprit et une âme vulgaiie; une intelUgonce capable d'illomi- Bcr son siècle et une ftme capable de le déshonorer : on peut être un grand homme par l'esprit et un misérable par le ciBur. Celui qui emploie des meyens misérables, même pour faire le bien, même pour sauver son pays, celui-là deiBeure toujours un misérable, b II entremêlait ensuite aux considérations religieuses une éloquente apologie de la httérature antique^ que des écrivains catholiques commençaient éè^ à décrier vieienonoient, et oà il aimait à reconnaître le

536 LE PÈRE IAC0RDA1RE.

vestibule du christianisme. Il n*oublia point son cher Sénat romain, m cette assemblée, la plus illustre du monde, avant le Parlement anglais, qui a sur elle l'avantage d*être une assemblée chrétienne. » Passant à un autre ordre d'idées, il dit : « Dieu accomplit tant d'événements pour créer çà et là d'illustres infortunes et des hommes qui savent en connaître le prix ; Dieu n'est occupé qu'à nous donner des occasions de pleurer. Il renverse des empires, il en élève d'autres, non pas pour ce que vous pouvez vous imaginer, mais pour qu'il y ait des larmes, et que, y ayant des larmes, il y ait des martyrs, des patients, des hommes qm, en souf6rant, développent ce grand caractère de l'adversité, qui en fait seul quelque chose! »

De là, un magnifique développement sur la révolution, qu'avait précédée la conspiration des princes de la terre et des princes de la pensée pour dépouiller et déshonorer l'Église : « L'Église de France abandonna ses biens volontairement quand on les lui demanda ; elle alla dans l'exil quand on le voulut, elle offrit sa tête au bourreau quand on l'exigea, et ainsi, en quelques jours, elle sauvait la foi dans vos pères et dans leur postérité qui est vous-mêmes. Les malheureux qui avaient combattu le christianisme croyaient ne plus trouver qu'un troupeau d'esclaves ; ils retrouvèrent les catacombes, et ils périrent eux-mêmes devant cette géné-^ rosité, cette force de patience qu'il plut à Dieu de nous donner. Le Saint-Siège avait perdu plus que tout autre, parce que, comme il est la tête, c'est à la tête que paraissent tous les affronts, comme c'est à la tête que paraissent les diadèmes. Dieu prit un homme qu'il investit d'une grande puissance, un homme qu'on appela grand, mais qui n'était pas assez grand pour ne pas abuser de sa puissance ; il le mit aux prises avec ce vieillard du Vatican pendant un cer-

tain nombre d'années, et au plus fort de ses triomphes : ce fut le vieillard qui fut vainqueur. Quand le vieillard rentra dans sa capitale, après cette grande lutte, Rome se leva du milieu de ses solitudes et apparut à la terre étonnée avec toute la majesté de son Pape rétabli.

« Et l'Espagne, qui avait conquis les deux Indes et porté si loin l'étendard de la foi ! depuis Philippe II, la chrétienté d'Espagne, frappée de mort par le despotisme de ce monarque célèbre, n'avait pas pu se relever ; elle était couchée par terre, comme un arbre qui ne peut plus produire une végétation jeune et forte, mais qu'ombragent encore sou antique gloire et sa puissante ramure. Il plut à l'homme dont je parlais tout à Theure de se l'attribuer en vertu de ce que tous les conquérants appellent le droit de conquête. Quand on lui disait : Prenez garde d'attaquer cette masse de peuples, il répondait : a C'est une nation qui a été faite par des moines, et toutes les nations qui ont été faites par des moines sont des lâches ! » Et aux pieds des Pyrénées, il trouva ces chrétiens formés par des moines, et ses guerriers qui, des Pyramides jusqu'à la mer Baltique, n'avaient, à leur dire, rencontré que des enfants, ces guerriers confessaient, dans un langage tout à la fois militaire et énergique, qu'ici c'étaient plus que des hommes : c'était une guerre de géants. L'Espagne eut l'honneur insigne d'être la première cause de la ruine de cet homme et de la délivrance du monde. »

Il terminait ainsi : a Faisons des chrétiens dans nos écoles, mais avant tout, faisons des chrétiens dans nos propres cœurs. Enfants du Christ, soyez grands comme votre Père, soyez généreux comme la croix qui vous a portés dans ses bras. Le monde sans doute ne vous connaîtra pas; mais quelques âmes souffrantes vous connaîtront : elles appren-

S4» L£ PËIU; LÀCORMIRE.

dront de tous ki puiâsaace et la beauté du ehristiamsine, et quel que fioH le soi et le tempd que tous habîtea, irotis serez de ceux qui oiaktieDiieDl ici-bas Testiflie de Dieuetresâoie de rhonuBoe^ ces deux grands respeeta qui ae coAfoadent pour sauver le monde. »

Une sorte de pressentîmeiit da silenee ifaî le menaçait semble avoir donikié un infant sa pensée : « H ne fout pas une armée pour aarrèter iei ma parole^ fl ne iaut qu^ua sat« dat. Mais Dku m'a doimé pour déienA?e hml pan^ et la vérité qui est en die quelque chose qui peut séaister à tous les empires du monde, n

Toi^ours esti41 qu'4 pairtir de ce jour la prédicaftion œssa d'ét» po68&Ie pour kn à Paris.

Deta aus plus tard, amené par las^ dBitoîra de sa charge de provincial à Toukuse, et dans les contrées où il retrouvak à chaque pas les monuments du lèle et de la foi de sesaaicé* très spirituels, il fut invité par Taft^bévéque ^ à reprendre ses coniérences pour la nombreuse jeunesse de cette métropole inteUeetnelle du Midi, berceau de saint Dominique et tom* beau de saûit Thmnas d'Aquin. H y fit donc en 1854 six conférencesi, qin sont les decnières, et j'oserai dire les plus éloquentes, ks. plus ifreprechabksdetoiites.il 7 envisageait la vie à tous les éegré% la vie en général, la vie des passions^ la vie morale» la vie sumatarelk, et Vinfluence de ceUenri sur la vie privée et la vie publique. A la fia de sa sixième conférence, il annonçait Fintention de prendre pour sujet de ses futurs déscours les moyens étràlis de Dieu pour nous ccNximuniquer la viesumalurelfe, c'est-à-dire les sacrements ; mais ce disco«vs contenait déjà sur la misàie am^e des natiotns réduites à la vie privée certaines exiriosions de vé-

* Hjir Kiolwiér mon «s 188(8.

liléy de douleur, de fievté, ^i D^étaîenft plus de saiscua. Il dut Fefioacer défiiutifetteAt à la parole imbUque.

La direction de Técofe de SorèEe luî fut efferte à U fin de 9» statîoD de Toulouse : il Vacce^ta ai y ccN^sacra en même temps qu'au gouvernement de la province domittkaine de Fcaoce le reste de sa vie. Deux cents jeimes geiisdes facultés de Toulouse lui demandèrent en vain de reprendre la parole à leuff preit». Sa réponse fol reeonaahaaiibte et émue, mais iiégati\'e : a Ce n'est pas* la première kiè qfm je suis Tok^ei de dérnoostrations senblables k eeSk dont lîent de m'hiHftomc la jfeonesse de Toidoueiey maïs ^eHe^ci m'est plus s^astble, pat ee qn'éiaol pkis vieux» je m'en véis aelnelkment à l'ouUi... Jamais le soupir desàmesoe m'a trouvé sans éia4>* tîon et sans k désir dn éévouemeat^.. M«$ Diea m'imjpose des devoirs obscurs : û faut ^ne jfe les aime et que j'oublie le passée»

Je ne trois pas qn'^aucune mterdictioo formelle, émanant même de l'autorité temporelle,, art été jamais prononcée contre lui; mais il y eut comme un sentiment général que cette parole libre et hardie , qui s'était produite pendant vingt ansy sous tous les régimes, sans jamais rencontrer; ë'obstaele, sans rseenualtre d'antre frein que l'orthodoiie^ n'était plus à sa plaos. De manirais jours étaient venu» pour les lattes et les triomphes de l'étoquenee. £Ue était universellement conspuée et rendue responsable de tous les mal* Imputs de la patrie, de ton» les dangers de hi société, par nne revanche triomphante de tons eenx qni n'avaient jamais su se faire écouter de personne. Le prince de la parole sa-* cfée dut donc se taire. H l'a dk depuis : « Je dSspams delà chaire, par une crainte spontanée de ma liberté devant un

* fcom » ir séBie diiM r^e*» le CiAMélr^ d« ai nati lâ65^

siècle qui n'avait plus toute la sienne '. Je compris, » ajoutait-il, tt que dans ma pensée, dans mon langage, dans mon passé, dans ce qui me restait d*aYenir, j'étais aussi une liberté, et que mon heure était venue de disparaître comme les autres^. »

Quand Lacordaire quitta pour toujours la chaire de Notre- Dame, il n'avait encore que quarante-neuf ans. Sous plus d'un rapport, il pouvait s'appliquer à lui-même les paroles qu'il avait prononcées quelques années plus tôt sur M. de Forbin-Janson, évéque de Nancy; paroles, du reste, faciles à appliquer comme à méditer dans un pays qui se ddnne si souvent le plaisir de sourire aux disgrâces éclatantes et imméritées : tt II avait quarante-cinq ans : c'est l'âge de la plénitude, l'âge où tout ce que l'on a semé dans la vie lève autour de l'homme ses branches chargées d'ombres et de fruits, et cet âge-là même était celui où il venait de perdre < son passé, et voyait sa vie gisante devant lui comme un arbre coupé jusqu'à la racine. Il est difiicile à ceux qui ne l'ont pas éprouvée de connaître à fond la douleur de cette situation, et quel courage il faut pour n'y pas succomber. Mgr de Janson n'y succomba point, il ne vit pas sa (Usgrâce sans émotion ni sans regret; mais il trouva dans son cœur des ressources pour la supporter devant Dieu, pour l'honorer devant les hommes et pour la faire servir au bien de ses frères*. »

Le grand orateur n'eut d'ailleurs à se plaindre d'aucune violence, d'aucune persécution : et je ne fais que rendre hommage à la vérité en déclarant que je n'ai jamais rencontré chez lui la moindre trace d'aigreur ou d'animosité

> Notice fur le père de Rtnignan, 25 mars 1857.

' Mémoires dictés sur son lit de mort, en octobre 1861.

' Ëloge fanèbre de Mgr de Forbin-Janson, évéque de Nancy, 38 août 1814.

LE PÈRE LAC0RDA1RE. &4t

contre le nouveau pouvoir. Ce pouvoir ne lui inspirait que la neutralité digne et un peu dédaigneuse, qui était dans sa nature à Tendroit de tous les pouvoirs.

Mais le pays, mais Topinion publique, maiâ la multitude ! ce pays qu'il avait cru dévoré de la soif de toutes les libertés ! cette opinion qu'il avait vue si exaltée, si prompte nouTseulement à la résistance, mais à la révolte! ces multitudes, naguère si rebelles à toute autorité, même la plus douce, devenues tout à coup si empressées non-seulement à accepter, mais à implorer un maître : ah! qu'il y avait là pour son enthousiasme patriotique un rude désenchantement! Aussi l'exprimait-il sans cesse comme il réprouvait : « On peut avoir, disait-il, de l'esprit, de la science, même du génie, et ne pas avoir de caractère. Telle est la France de nos jours. Elle abonde en hommes qui ont tout accepté des mains de la fortune, et qui n'ont cependant rien trahi, parce que pour trahir il faut avoir tenu à quelque chose. Pour eux, les événements sont des nuages qui passent, un spectacle et un abri, pas davantage. Ils les subissent sans résistance après les avoir préparés sans le vouloir, jouets inconséquents d'un passé dont ils ne furent pas maîtres, et d'un avenir qui leur refuse ses secrets... Tout échoue contre trente millions d'hommes qui ne savent pas se tenir eux-mêmes sur un fondement, et qui ont perdu le sentiment poUtique de la religion et du droit * . »

L'Europe d'ailleurs tout entière liii semblait mériter d'être au moins aussi sévèrement jugée que la France : a Ce qui attriste, écrivait-il, c'est le peu de génie des hommes pour parer à des maux que tout le monde prévoit. Il n'y a pas en Europe un cabinet qui veuille mettre sérieusement la main à la pacification de l'Italie et du monde... Rien, rien, rien,

* Première leiire à un jeune homme sur la vie chrétienne, mars 1858.

543 UE V«K LAOOBDàiRE

llBtéfit tout seul, la farce» le cam», wcûlà toute l'habileté des maltreft du Bioude. Getégotane et cette dénonce des pouvoirs faumains mlwMgoeDt encore plus que les faisais de la démagogie. Ces geiis4à, les démag^ogues, ont mm préteite apparent, «ne lueur d^îdée et de dévouement; Us enîent encore i quelque chose, eu moins on peut le penser d'un certain nombre ; mais les autresl Grâce à Dieu, si nous pémdons avec tout le reste, du moins nous n'aurons été aroc k mal dans aucune de ses lumées^. »

Mais qu'était-ce que cette blessure purement politique, auprès de celle qui traosp^çaîl son cœur de prêtre, à la vne de Tattitude des catheliqttes et d*une trop grande portion du clergé ! et comment n'eihril pas été narvré de surprise en même temps que de douleur? II yoyait ce clergé et ces cathoUquea, qui avaient si longtemps applamfi i la mâle indépendance de sa parole, tomber tout à coup en proie à une illusion saw 'excuse et à une prostration sans exemple dans taule Ilûstoire de l'^gKse. Des noms qui avaient eu Thonneur de figui^^ k côté du sien, dans ces manife^s mémorables où la HMrté chrétienne n'était invoquée qu'àTabri de la liberté puUiqoe, apparurent tout à coup au bas de harangues et de ma&dsments qui empruntaient les formules de Fadulation byzantine pour saluer le rêve insensé d'un absolutisme orthodoxe.

Le cynisme des apostames politiques était reprodiût et surpassé par la grande palinodie des organes prépondérants de Topinion catfaoliqoe : « L^école ultramostûne, m'écrivait l'archevêque de Paris', était nagnère une école de liberté; on en a fait uue écc^e de servitude qui veut amener une double idolâtrie : Tidolèlrie du pouvoir temporel et l'idcrii^ trie du pouvoir spirituel. » Ceux qui avaient si hautement

> 30 janvier 1858.

' Mgr Sibour : lettre da 10 détembre 1859.

LE PÈKC LM:(HtDA1RC. 548

mvoqaé k droit commufi et la liberté pour tcme, si fièrement affiché leur dédain pour les avances ou la protection du pouvoir, si brayamnient proclamé qu'ils voulaient des droils et non des places, si hardiment déclaré que la liberté de conscience était à la fois te cri de CÉflise naissante et le tri de f humanité victorieuse^ et « que le peinte de Février avait eu le $ens divin ée ralliance naturelle entre le catholicisme et la liberté'; » ceux-là même faisaient litière de toutes les gaorantîeB, de toutes les institutions, de tous les principes d'un passé dont ils étaient tous acteurs ou témoins. Aveugles volontaires, ils prétendaient concourir on du moins assister à la restauration de ce qu'ils appelaient la monarchie chrétienne, et partant de là, on les vit réhabiliter du même coup rpmpire romain et le premier empire français, nier tous les droits de la liberté politique, appeler à grands cris la force au secours de la foi, affirmer qu'il faut imposer à toQS le joug de la loi de Dieu, vanter et regretter Tinquisition, déclarer que le principe idéal de la liberté est antichrétien , que la tolérance même civile est un crime, enfin expliquer effrontément que lorsqu'ils avaient réclamé la liberté générale, ite n'avaient entendu parier que de la leur, et a que la liberté de conscience doit être restreinte à mesure que la vérité se fait connaître ' ! » Après avoir répété À outrance que, l'Église étant protégée, ils se sentaient libres, et que edia leur suffisait, ils aDèrent mémejnsqu^à traita de préjufés ptdens et naturalistes^ ces principes d'autorité paternelle et de liberté personnelle, au nom des* quelles tout l'épiscopot français avait pendant ringt ans réclamé et enfin obtenu la liberté d'enseignement.

' Profession étectofal« de M. Tabbé de Salinis (depuis arcbevèqira d'Aucb), te 5 avril 1848.

^ Vm^oert dtt 14 noTembre 1854.

3 UnvDeri da 34 octobre 1858.

544 LR PËRE LACORDAIRE. .

Od peut facilement juger de Thorreur qu'une si noire et si prompte ingratitude envers la liberté devait inspirer à celui qui, du haut de la chaire de Notre-Dame, devant son archevêque, et sans qu'aucune voix catholique se fût élevée pour le contredire ou Tavertir, avait ainsi formulé le langage de la justice et de Thonneur : ce Quiconque excepte un seul tt homme dans la réclamation du droit, quiconque consent « à la servitude d'un seul homme, blanc ou noir, ne fût-ce a même que par un cheveu de sa tête injustement lié, celui- « là n'est pas un homme sincère et ne mérite pas de com- (( battre pour la cause sacrée du genre humain. La cona science publique repoussera toujours l'homme quidemande tt une liberté exclusive ou même insouciante du droit d'aua trui; car la liberté exclusive n'est qu'un privilège, et la a liberté insouciante des autres n'est plus qu'une trahison... « Mais il y a dans le cœur de l'honnête homme qui parle <c pour tous, et qui en parlant pour tous, semble quelquefois « parler contre lui-même, il y a là une loi de puissance, de tt supériorité logique et morale qui produit presque infailtt liblement la réciprocité. Oui, catholiques, entendez-le tt bien, si vous voulez la liberté pour vous, il vous faut la tt vouloir pour tous les hommes et sous tous les cieux. Si « vous ne la demandez que pour vous, on ne vous Fac- « cordera jamais : donnez-la où vous êtes les maîtres, afin tt qu'on vous la donne où vous êtes les esclaves. »

Ah ! certes, ce n'est pas lui qui eût jamais accepté une ombre de complicité dans cette douloureuse transformation; lui qui, dans sa dernière entrevue avec la jeunesse catholique de Paris, leur disait : tt Je compte vivre et mourir en pénitent catholique et en libéral impénitent*. » Ce n'est pas

■ Réponse à la députation du Cercle catholique, après sa réception à TÂca* déxnie française.

lui que les déconvenues de la liberté pouvaient précipiter jusque dans les antichambres de ses ennemis. Il Tavait connue et aimée lorsqu'elle était entourée d'hommages et d'adorations, reine de l'opinion et de l'avenir. Comment son âme généreuse l'eût-elle abandonnée dans sa défaite et son humiliation !

Mais comment aussi eût-il pu se consoler de voir le drapeau catholique, l'honneur de l'Église, et toute l'influence sociale de la religion livrée aux hasards d'un si lamentable revirement? Tout dans sa noble nature devait se révolter contre l'arrogance et l'audace que déployaient les chefs et les docteurs de cette défection , en s'imposant comme des oracles à la majorité du clergé et du public religieux, sans autre titre que l'enflure versatile de leurs opinions et la perfide habileté de leurs dénonciations contre tous ceux qui refusaient de les suivre dans leur nouvelle évolution.

Il reconnut tout d'abord la filiation directe qui rattachait cette école tyrannique à l'ancienne école de la Mennais, du la Mennais absolutiste et ultramontain, séparé par un si court intervalle du la Mennais incrédule et révolutionnaire ; école qui lui avait toujours déplu et qui l'avait tout d'abord révolté par ses violentes diatribes contre l'ancien clergé de France, dont il n'était pas, mais en qui il aimait à reconnaître a ce grand air sacerdotal qui annonçait tout ensemble la distinction de la nature et l'élévation de la grâce. » « Toutes ces fureurs, » disait-il, « pour la liberté comme en Belgique, ont donc tourné subitement à l'amour fanatique du despotisme, et bien peu sont restés pour honorer l'Église par leur constance. Nous revoyons le Mémorial catholique de 1824, sauf l'homme de génie qui le dirigeait, et avec l'intempérance d'une défection qui a besoin d'étouffer ses remords. Dieu nous permet, dans ces lamentables circon-

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