MM* MM
Le duc de Richelieu. Le marquis d'Aux-Lally.
Le comte de Sainte-Susaone. Le comte Herwyn de Nevele.
Lettre à l'auteur de la Vie intime et religieuse du père
Lacordaire'.
La Roche en Breny, 14 férricr 1866.
Mon Révérend Père,
Vous désirez connaître mon avis sur la Vie intime et religietise du père Lacordaire^ que tous ailes incessamment publier. Cet avis se trouve tout entier dans l'impression que j*ai ressentie en vous lisant. Vous m*avez montré tout ua côté de sa vie que j'ignorais ou que j'entrevoyais à peine. A moi qui survis avec M. Foisset, le plus vieux des vieux amis du père Lacordaire, vous avez révélé en lui un homme plus rare, plus grand, plus saint encore que je ne le croyais» après l'avoir connu et aimé pendant trente ans. Ce qui a été une révélation pour moi le sera, à bien plus forte raison, pour la foule des lecteurs qui n'ont été initiés à sa vie que par les épisodes dramatiques de sa carrière publiquOi le retentissement prolongé de son éloquence, par sa correspondance si attrayante, si admirable, mais encore si incomplète. De son vivant déjà madame Swetcbine disait qu'on ne le connaîtrait que par ses lettres. J'ose ajouter qu'on ne le connaîtra tout à fait qu'après vous avoir lu.
C'est là le privilège de l'habit qu'il vous a donné, des vœux que vous avez prononcés entre ses mains, de la vie commune que vous avez menée avec lui. Vous leur devez d'avoir pénétré ces mystères de la mortification chrétienne, ces merveilles de Taustérilé monastique, cet héroïsme de la pénitence que le glorieux rénovateur de votre ordre mettait autant de zèle i cacher aux hommes qu'à pra-
* Le R. P. Choearne, des Frères précheort.
tiquer devant Dieu. Vous avez éprouvé une hésitation bien naturelle à lever le voile qui dérobait à ses plus intimes amis, en dehors du cloître, ces dons et ces actes surnaturels de la souffrance expiatrice. Vous avez bien fait de surmonter cette hésitation. Vous étonnerez, vous froisserez peut-être quelques esprits; mais vous toucherez, vous édifierez, vous fortifierez beaucoup d'âmes. En disant ainsi la vérité tout entière, vous aurez rempli un grand devoir envers Dieu et envers notre ami. Vous aurez mis sur sa vie le sceau de la suprême beauté. La plus grande âme de ce siècle en a donc été Tune des plus saintes ! Telle est la conclusion de votre livre. Elle est aussi consolante que lumineuse pour ceux qui, comme moi et tant d*autres, ont été surtout attirés vers lui par la tendresse entraînante de SCS épanchemenls intimes, par son ardente sympathie pour toutes les aspirations légitimes de son temps et de son pays, par son intelligent amour de la société moderne, par son invincible- attachement aux principes et aux conquêtes de 1789, par son respect exquis de l'honneur et de la conscience, par la hauteur et l'indépendance de son génie, par son généreux amour du droit, par sa noble horreur des défaillances et des trahisons dont nous avons été témoins et victime?, par sa foi indomptable dans Talliance nécessaire et prochaine de la religion et de la liberté. Ceux-là surtout vous auront une obligation immortelle. Grâce à vous, ils sauront que rien de tout cela n'a empêché ce cœur, resté jusqu'à la fin si passionnément fidèle à ses amitiés d'ici-bas, d'être encore plus enflammé de l'amour divin ; ils sauront que ce libéral impénitent, comme il le disait de lui-même, a été non-seulement un catholique pénitent, mais un amant passionné de la croix de Jésus-Christ; qu'il a eu peur de sa gloire presque autant que du péché, et qu'il en a payé la rançon par ces prodiges d'expiation volontaire qu'il est permis et commandé d'admirer, même quand on n'a rien de ce qu'il faut pour les imiter.
Je vous remercie humblement, mon Révérend Père, du bien que ^ vous m'avez fait, et je vous offre le sincère hommage de mon respect.
LE COMTE BEUGNOT
LE COMTE BEUGNOT
(Extrait du CorretpondarU da 25 avril 1865.)
Que ne puis-je reporter mes lecteurs à l'époque importante et singulière où le comte Beugnot apparut sur la scène politique comme le défenseur de la liberté religieuse? Il ne survit plus aujourd'hui qu'un bien petit nombre de ceux qui pourraient ou voudraient se rappeler les crises qu'ils ont alors traversées avec nous. Ce moment est à la fois trop près et trop loin de nous; trop près, pour avoir acquis le charme et le prestige d'un passé reculé; trop loin, pour intéresser vivement un public qui a si complètement changé d'idées, d'habitudes et d'institutions. Mais la part qu'a prise notre savant et généreux ami à la direction de ce recueil, comme aux luttes où plusieurs d'entre nous avaient engagé leur vie; le sillon lumineux et fécond qu'il a creusé dans le champ de la polémique, sa rare fidélité aux convictions qui l'amenèrent alors dans nos rangs, tout nous fait un devoir d'ajouter au légitime hommage que vient de lui rendre M. le comte Daru quelques lignes empreintes d'un souvenir fidèle et d'une sympathie qui remonte à la période la plus critique et la plus brillante de sa carrière.
Pour bien caractériser la place qu'a tenue, de 1843 à