‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 5)Chapitre 45 sur 94 · NOMINATION DES PAIRS DE FRANCE · texte numérisé non relu

NOMINATION DES PAIRS DE FRANCE

le moment de sa chute pour le combattre, et après tout il n'est guère tombé, puisqu'il est remplacé par ceux mêmes qui ont été ses agents les plus confidentiels. Je n'ai pu me résigner à voir un ministère qui a longtemps, selon moi, abaissé mon pays aux yeux de l'étranger, venir, par ce dernier acte de sa politique intérieure, abaisser la Chambre des pairs aux yeux de la France. Je me hâte de dire que les personnages qu'il a appelés à la pairie sont dignes à tous égards de cet honneur, et je m'honore personnellement de les avoir pour collègues ; mais il y a dans la manière dont ils ont été nommés une double inconvenance. D'abord, quant à la date même de leur nomination. C'est le moment même où le ministère donne sa démission, où il se retire devant la réprobation de la majorité électorale, où il n'est dépositaire du pouvoir que pour la forme, c'est ce moment qu'il choisit pour exercer l'acte peut-être le plus délicat de la prérogative royale, et c'est avec la pairie qu'il fait des cadeaux d'adieux à ses amis. Jamais la Chambre des pairs n'avait été traitée de la sorte.

Mais ce qui est plus grave encore, c'est le caractère de trois d'entre ces nominations qui portent sur des candidats ministériels aux dernières élections, rejetés parles électeurs trois jours avant leur nomination à la pairie. Je ne conçois pas d'offense plus grave à la Chambre, et c'est une offense sans exemple jusqu'ici. Lorsque ce même ministère, il y a deux açs, nomma cinquante pairs, parmi lesquels vingt-cinq députés, il choisit le moment d'une dissolution, mais il n'attendit pas le résultat des élections pour savoir quels étaient les candidats malheureux qu'il faudrait consoler par la pairie.

Bien plus, à la mauvaise époque de la Restauration, et lors de sa mesure la plus désastreuse, M. de Villèle, en introduisant soixante-quinze pairs dans cette Chambre pour y briser la

Page 1