‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 5)Chapitre 47 sur 94 · DES PAIRS DE FRANGE · texte numérisé non relu

DES PAIRS DE FRANGE

décorations et de récompeuses ; je sais bien qu'un des derniers ministres a pu dire avec une déplorable vérité qu'au^ jourcThui tout était descendu; mais on est toujours libre de mettre son honneur personnel à Tabri de ces scandales, en protestant quand ils viennent frapper le corps dont on fait partie. C'est ce que je fais, et ce que je ferai toujours, lorsqu'on se permettra encore des nominations pareilles ; je le ferai au risque d'encourir votre mécontentement, sûr au fond que vous m'approuvez tous, parce que vous êtes tous blessés. {Mouvement en se^is divers.)

M. LE COMTE MoLÉ. Je crois que le noble pair est loin de la vérité lorsqu'il pense qu'au fond du cœur la Chambre a approuvé le discours qu'elle vient d'entendre. Ce discours, j'ai peine à me l'expliquer : il est, à mon avis, l'attaque la plus intempestive à l'usage le plus légitime et le plus convenable de l'une des prérogatives de la couronne.

On a dit que nous avions proposé à la couronne de nommer des pairs lorsque nous n'étions plus ministres, au moment où nous avions déposé notre démission entre les mains du Roi. Messieurs, le pays n'est jamais sans gouvernement, il y a toujours des ministres; tant que les démissions ne sont pas acceptées, tant que les ministres démissionnaires n'ont pas de successeurs, ils conservent la plénitude du pouvoir ministériel. Voilà les principes et ce que commandent les nécessités du gouvernement.

Maintenant, je le demande, qui donc a pu attirer sur cette promotion de huit pairs, l'une des moins nombreuses qui aient été faites, la censure si violente que vous venez d'entendre? On s'est efforcé de dégager les personnes ; on a rendu hommage à leurs titres ou à leur mérite ; on a concentré sur l'acte ministériel toute son hostilité. Mais ne penserez-vous pas avec moi, Messieurs, qu'un ministère, en se retirant, a non-seulement le droit, mais quelquefois le devoir de proposer au Roi de récompenser, et, comme dans la circonstance présente, d'une manière éclatante, d'anciens et loyaux services rendus au pays ?

On a dit que c'était la première fois qu'on voyait des candidats

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