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sur ce grade de licencié que Ton exige. Ces échecs les laissent sans emploi, et souvent sans avenir.
Je disais que ce grade est beaucoup plus difficile à obtenir que celui qui est cependant plus élevé dans la considératiim publique et aux yeux de l'Université, celui de docteur es lettres.
£t, en effet, qu'exige-t-on pour le doctorat? Si je ne me trompe, deux thèses préparées à loisir sur des objets choisis dans un certain cercle par le récipiendaire lui-même, et qpii se trouvent par conséquent conformes au but de ses études et de sa vie intellectuelle. Vous comprenez combien il est plus fa* cile à un homme dont la vie est vouée à la littérature de subir ces deux thèses.
M. LE RAPPORTEUR. Mais avaut de pouvoir être docteur, il faut être licencié.
M. LE COMTE DE MONTÂLEMBERT. Certainemcn t il faut être licencié avant d'être docteur, mais cela ne prouve rien contre mon raisonnement. On peut parfaitement se plaindre des difficultés qu'on a rencontrées et qu'on a surmontées pour arriver à un grade inférieur à celui qu'on obtient plus tard : cela se voit tons les jours dans l'armée et ailleurs.
Je tiens de plusieurs professeurs de l'Université que la plus grave difficulté qu'ils aient rencontrée dans leur carrière a été la licence. Cela se conçoit, quand on pense que les examens nécessaires pour ce grade roulent sur les matières de quatre agrégations différentes. L'honorable M. Cousin vous a dit, l'autre jour, combien les fonctions d'agrégé étaient estimées et haut placées dans l'Université. Et bien I les connaissances requises pour l'agrégation de grammaire, pour celle de haute littérature, pour celle de philosophie et celle d'histoire, se trouvent toutes comprises dans les matières de l'examen de la licence. J'en conclus qu'un examen de cette difficulté sera une arme terrible contre ceux dont les examinateurs (qui font nécessairement partie de l'Université d'après un article postérieur de la loi) blâmeraient soit les tendances, soit les antécédents, soit les projets. Tel sera surtout le cas, quand un ecclésiastique se présentera pour être revêtu de ce grade ; car
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on sait bien qu'aucun ecclésiastique n'y viendra pour le simple plaisir ou pour l'honneur d'être licencié, mais toujours dans la vue de fonder un établissement rival, destiné à faire concurrence aux établissements de l'Université. Et ainsi une nouvelle sanction sera imprimée à ce déplorable état de choses qui constitue toujours l'Université juge et partie dans sa propre cause.
J'ajoute que ce serait une épreuve douloureuse , humi* liante, quand elle ne serait pas insurmontable, pour les professeurs, les établissements actuels d'instruction secondaire que vous prétendez rendre libres, et que vous allez au con* traire gêner et asservir en attendant leur suppression complète. Pour ne pas exposer ces établissements à une ruine immédiate, à une suppression légale, les professeurs actuels seront obligés de se pourvoir de ce grade de licencié, et par conséquent, après vingt années d'études spéciales, l'un sur la philosophie, l'autre sur l'histoire, un troisième sur la littérature, ils vont se trouver forcés de revenir au milieu des jeunes élèves des Facultés qui suivront encore les cours, subir un interrogatoire difficile en même temps que ces élèves euxmêmes, sur une véritable encyclopédie, et échouer peut-être devant ceux dont ils doivent être les maîtres.
Une dernière preuve de l'extrême difficulté de la condition que vous imposez, c'est ce qui s'est passé au dernier examen pour la licence, examen auquel l'honorable M. Cousin a pris part.
S'il faut en croire les journaux de l'Université eux-mêmes, sur 43 candidats, 14 seulement ont été reçus. Presque tous ces candidats, sinon tous, faisaient partie de l'Université I Que serait-ce donc s'ils avaient eu pour concurrents des hommes placés dans des conditions tellement moins avantageuses où se trouveront les professeurs des établissements libres 7
Ne voulant pas abuser de la patience de la Chambre, je ne prolongerai pas des détails sur la nature de cet examen. Je citerai seulement le sujet de la dissertation française proposée au dernier examen. Le voici :
Le cardinal Duperron disait de la langue française, au
seizième siècle : « Les langues commencent par la naïveté et finissent par l'affectation. Voltaire, vers 1750, écrivait que la corruption du goût lui semblait proche depuis que le bizarre succédait au naturel. La prédiction de Tun s'est-elle plus vérifiée que celle de l'autre ? »
Certainement, Messieurs, c'est là un sujet intéressant qui peut donner lieu à des développements spirituels et savants; mais je demande s'il est absolument nécessaire d'être apte à écrire un essai sur de pareilles finesses en fait d'histoire littéraire, pour être admis à former des jeunes gens, et s'il est juste de faire dépendre de ce genre de travail l'existence même d'une maison sur laquelle comptent une foule de pères de famille pour y donner à leurs enfants l'éducation que, seule, ils croient convenable.
Je le répète, je trouve cette nature de travaux excellente pour former un haut enseignement de l'État ; mais quand on veut en faire la loi commune de tous les citoyens et la condi* tion sine quâ non de l'exercice d'un droit et d'une liberté publique, je la trouve semée de difficultés exorbitantes.
Tout le monde, on le sait, n'a pas toi^gours été d'avis du certificat d'études : l'honorable M. Persil vient de vous dire quelques-unes des raisons qui pouvaient avoir porté des personnes A changer d'opinion à cet égard. Avant de lui répondre, je demanderai s'il en est de même de l'honorable M. Cousin, qui, en sa qualité d'ancien ministre de l'instruction publique et de défenseur si brillant, si éloquent, de l'Uversité dans cette discussion, doit certainement avoir voix au chapitre. Ëh bien ! dans un rapport célèbre, qui a fait beaucoup de bruit en France et à l'étranger, sur l'instruction publique en Allemagne, voici ce qu'il disait :
c( Le monopole n'existe pas en Prusse, et les gymnases n'ont d'autres privilèges qu'une excellente organisation et l'habileté des professeurs; ce sont là les seuls que je réclame pour nos collèges. Ainsi que la jeunesse française soit entièrement libre de suivre ou de ne pas suivre les collèges, et que non-seulement de la maison paternelle, mais des établissements privés on puisse se présenter au baccalauréat sans
autre certificat d'études que les connaissances dont on fait preuve. » {Mouvement.)
Voilà ce que disait l'honorable M. Cousin il y a quelques années, et je ne conçois pas de meilleure réponse i ce que vient de dire aujourd'hui l'honorable M. Persil.
En effet, Messieurs, les connaissances dont on fait preuve seront toujours la meilleure démonstration des études qu'on a faites. Et lorsque l'honorable M. Persil vient nous dire qu'il faut prouver i la fois, et qu'on a profité de ses études, et qu'on a étudié, je ne comprends pas, je l'avoue, comment on peut avoir profité de ses études sans avoir étudié. Lorsqu'on aura prouvé qu'on en a profité, on aura suffisamment prouvé à coup sûr, et c'est l'expérience de tous les pays et de tous les siècles; on aura suffisamment justifié et la nature et la valeur de ces études mômes.
J'aurais donc mieux aimé que l'honorable M. Persil eût laissé de côté les arguments qu'il s'est donné la peine de développer devant vous sur les hasards de la mémoire et sur l'analogie entre le certfficat d'études et les certificats, les diplômes exigés pour le droit et la médecine. Nous répondrons é cela, en passant, que c'est précisément parce qu'on exige le baccalauréat pour le droit et pour la médecine, études qui ne sont pas en discussion aujourd'hui, que c'est précisément pour cela que nous voudrions que l'on pût arriver plus facilement au baccalauréat et sans l'inquisition préalable du certificat d'études.
Mais ce ne sont pas là, j'oserai le dire, ses véritables raisons, ou du moins ce sont ses raisons très-inférieures ; il vous l'a dit, sa véritable raison, c'est la peur des jésuites : voilà le mot I
Eh bien ! Messieurs, j'avoue que je ne conçois pas une peur semblable dans un pays qui a deux Chambres, trois ou quatre cents journaux, qui a toutes les ressources de la publicité, de la légalité, de toutes les libertés dont on dit que nous jouissons, contre cette malheureuse corporation qui efiraye tant, et à l'existence de laquelle l'honorable M. Persil se croit autorisé à attribuer toutes les variations, toutes les modifications
et toutes les décisions du ministère actuel, en ce qui concerne l'enseignement.
J'ajouterai que, si vraiment vous ôtes obligés a mettre ainsi le verrou sur votre porte, pour empêcher l'émigration de la jeunesse française dans les collèges tenus par les jésuites à l'étniDger; si vous croyez vraiment que les jésuites inspirent une telle conGance au peuple français, que vous êtes obligés d'avoir recours à cette mesure vexatoire du certificat d'études, pour empêcher les parents de rechercher l'enseignement chez les jésuites ; si vous croyez cela, alors vous faites à la fois le plus bel éloge des jésuites et la critique la plus sanglante de l'Université.
Comment I cette grande institution nationale, celte Université dont nous avons entendu l'éloge sortir de tant de bouches, cette fameuse Université qui représente la société, l'esprit moderne, la liberté, la nationalité française, cette fille de la Révolution et de l'Empire, cette garantie de toutes nos institutions, à ce qu'on prétend, elle ne pourrait pas exister en France, elle succomberait sous la concurrence, si vous n'étiez pas réduits à cette mesquine et pitoyable précaution des certificats d'études 7
Je le répète, je ne conçois pas qu'on puisse faire un éloge plus magnifique des jésuites et une critique plus amère de l'Université.
Quant à moi, on ne me croirait peut-être pas, ou on me croirait aveuglé par mes préventions, quand je dirai que, si les jésuites étaient autorisés, non-seulement hors de France, par la suppression du certificat d'études, mais encore s'ils étaient admis à donner en France même l'enseignement secondaire, s'ils étaient investis de toutes les libertés que je désirerais pour eux et pour nous tous, j'ai l'intime conviction qu'ils n'attii*eraient jamais une proportion d'élèves beaucoup plus grande que celle qu'ils avaient lorsqu'ils existaient autrefois en France. Vous savez , d'ailleurs , qu'aujourd'hui même beaucoup de pères de famille, au risque de perdre les droits et les garanties qu'assurerait à leurs enfants la possession du baccalauréat, au risque de leur fermer la porte de
tous les emplois, vont aujourd'hui même chercher renseignement chez eux et à Tétranger.
Oui, comme j'ai eu l'honneur de le dire l'autre jour, une portion considérable des enfants de la France^ dont les parents savent très-bien qu'ils leur ferment l'accès de toutes les carrières auxquelles mène le baccalauréat, une portion notable de ces enfants va chercher à l'étranger une instruction religieuse que leurs parents ne croient pas pouvoir leur procurer en France. Et cette proportion est si considérable qu'elle s'élève au cinquième à peu près des élèves pensionnaires des collèges royaux. Et croyez-vous , Messieurs, que ces familles ainsi gênées, ainsi vexées dans leur conscience et leurs intérêts religieux, soient autorisées à croire à la sincérité de vos institutions libérales?
N'oubliez pas non plus, Messieurs, que lorsque les jésuites étaient en France, sous la Restauration, non-seulement tolérés, mais en quelque sorte encouragés et protégés par le Gouvernement, n'oubliez pas le nombre de maisons qu'ils avaient. Ce nombre n'était que de huit : M. le comte Beugnot vous l'a rappelé l'autre jour ; huit sur plus de cent vingt maisons d'instruction ecclésiastique.
Je crois donc que cette grande peur des jésuites est une terreur tout à fait chimérique; et je m'étonne de voir un homme d'État aussi grave que M. Persil en proie à une pareille frayeur.
J'avoue que je m'étonne encore plus de le voir attribuer à l'épiscopat de France, à ces quatre-vingts évéques dont les sept huitièmes ont été choisis par le gouvernement de Juillet, de le voir leur attribuer, permettez-moi l'expression, ime telle servilité à l'égard des jésuites, qu'ils en soient réduits à courber leur autorité, leur caractère sacré, leur auguste indépendance, devant ces religieux : et je livre à votre appréciation, tout en la repoussant, cette étrange assertion, que toutes les réclamations, toutes les plaintes et tous les actes des évéques de France dans la question d'enseignement depuis plusieurs années proviennent d'une seule origine, et sont dictées uniquement par cette corporation, qui n'a, en réalité, et ne peut
avoir aucune influence directe, ni indirecte, sur le corps épiscopal.
Quant à la contradiction que l'honorable M. Persil a cru remarquer entre le clergé du second ordre et Tépiscopat, je m'étonnerai de nouveau de voir un ancien garde des sceaux, un ancien ministre des cultes, avancer, au milieu de la Chambre des pairs, une opinion que je ne craindrai pas de déclarer aussi dangereuse qu'inexacte.
Comment ! on vient vous dénoncer ici une lutte entre l'épiscopat et le clergé du second ordre, lutte dont personne n'a jamais oui parler ; on vient dire que le clergé du second ordre improuve tout ce que font ses chefs légitimes, ses chefs désignés par le roi et institués par l'autorité suprême de l'Église * ! Je ne crois pas qu'il m'appartienne de répondre à cette imputation; c'est à M. le garde des sceaux actuel que cette réponse convient, et je ne puis pas me persuader qu'il s'en abstienne.
M. LE GARDE DES SCEAUX. Je demande la parole.
M. LE COMTE DE MONTALEMBERT. Permettez, je n'ai pas fini.
Un mot encore au sujet des petits séminaires, car je 'croîs qu'on n'a pas seulement peur des jésuites, quoiqu'on en ait assurément bien peur, et tout ce qui se passe dans cette enceinte démontre, de la manière la plus évidente, à quel point est grande la peur, la frayeur, la terreur môme qu'ils inspirent {Vives exclamations).
M. LE Drc DE GoiGNT. C'est de l'horreur, et non pas de la peur.
M. LE COMTE DE MOifTALEMBERT. Je CTois quc Ics jésuitcs ne
' Cette assertion de H. Persil servit de point de départ anx nombreuses adresses qui furent aussitôt publiées, et dans lesquelles le clergé de la plupart des diocèses témoignait aux évéques son entière adhésion et les encourageait à continuer la lutte pour la liberté d'enseignemenU Dans sa réponse à l'adresse du clergé de Paris, Mp Affre disait : À Vinfltteneê polUiqu$ et mue iignitèt, qu'on reyrtUe de ne pouroir ntnu donner, nom fréfhreranê UnÊJonn wne liberli qui noue permette de nous dévouer à l'éducation det enfanU eon/lés à notre êollidtude. {Journal de$ Dibate du 35 mai 1844.)
sont pas le seul objet de la terreur ; je crois que les petits séminaires inspirent aussi une grande frayeur et un grand embarras.
Or, cette question des certificats d'études touche on ne peut pas plus directement et plus intimement à la question des petits séminaires eux-mêmes. Je ne viens pas traiter cette question des petits séminaires à l'occasion de l'article qui est en discussion; je viens seulement vous montrer le point de contact entre ces deux questions.
Si vous vouliez résoudre la question du certificat d'études dans le sens de la liberté ; si vous permettiez à tous ceux qui ont étudié de venir faire foi de leurs études dans un examen public, devant vous, devant les professeurs mêmes de l'Université, vous auriez tranché, par cela même, la plus grande, la plus épineuse des difficultés qui vous attendent sur la question des petits séminaires.
Vous savez bien que vous allez être obligés soit de changer radicalem^t le régime actuel en ce qui touche aux petits séminaires, soit d'accorder à ces petits séminaires une espèce de privilège qui excitera des murmures, qui excite déjà une vive opposition, et qui, quant à nous, partisans de la liberté, partisans du droi^ commun sans exception et sans privilège, ne nous parait désirable pour personne. Je me borne à vous indiquer ce point-là, et à dire de nouveau, qu'en renonçant à cette exigence vexatoire des certificats d'études, non pas pour les élèves des petits séminaires seulement, mais pour ceux de toutes les institutions rivales, vous éviteriez la voie dangereuse où vous allez toucher, pour les compromettre, aux intérêts les plus sérieux de la société et de la religion.
Un mot encore, et j'aurai fini, c'est sur l'exemple que vous donnent à ce sujet les nations étrangères, et surtout la nation la plus voisine de nous.
Voix diverses. Ah I ah I nous y voilà I
M. LE COMTE DE MONTALEMBEAT. Oui, McSSicurS, UOUS y VOilà :
non pas en Belgique, conune vous croyez, mais en Angleterre.
Je ne comprends pas, lorsqu'on se trouve si près d'un pays *
(SuTres. 1. — Dttooon. i. M