‹ Œuvres de M. le comte de MontalembertChapitre 9 sur 32 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

DE CE ODl ADVINT AUX ENFANTS ET AUX PARENTS DE LA CHÈRE SAIN'iE ÉLISABETH APRÈS SA MORT, ET DE PLUSIEURS GRANDES SAINTES QUI SORTIRENT DE SA RACE.

O ([uam pulchra est caata (.'eneralio cuni elarilale: iinuiorlalis est eniiii nieiiioiia illius; qunniam et apud Deum nota est et apud homines... in perpetuum eoronala triumphat incoinquinatorum ferlaminum praünium vincens.

SAP. IV, t, 12.

On nous pardonnera sans doute de placer ici quelques détails abrégés sur le sort des enfants d’Élisabeth , ainsi que des principaux personnages qui ont figuré dans l’histoire de sa précieuse vie.

'Sn suivant l’ordre dans lequel ces derniers ont successivement quitté le monde, nous trouvons d’abord le roi André, père de notre Sainte. Depuis la nouvelle de la mort de sa fille, il était tombé dans une profonde tristesse, produite surtout par la pensée qu’il n’avait pas su apprécier et honorer suffisamment la vertu de son enfant, et qu’il s’était si facilement résigné à la laisser dans la misère et l’abaissement. 11 eut cependant la consolation de voir sa sainteté reconnue par l’Église et proclamée dans le monde chrétien ;

HISTOIRE

mais, peu de temps après sa canonisation , il mourut luimême*.

La belle-mère d’Élisabeth, Sophie, mourut aussi en 1238, deux ans après avoir assisté à la translation solennelle de celle dont elle avait si longtemps méconnu la haute destinée: elle se fit enterrer au couvent de Sainte-Catherine à Eisenach, que le duc Hermann, son mari, avait fondé.

Le plus fervent des admirateurs et des champions de la Sainte, son beau-frère Conrad, ne survécut pas très-longtemps à la satisfaction éclatante qu’il lui avait faite pour ses anciens torts envei’s elle. Sa piété, son courage, sa grande modestie, le firent élire grand maître de l’Ordre Teutonique, où il était entré par esprit de pénitence; il consacra une grande portion de sa puissance et de ses richesses à la construction de la basilique qui porte le nom d’Élisabeth à Marbourg, et dont il eut la gloire d’être le fondateur. Ce fut sans doute pour surveiller de |)lus près et hâter ces vastes travaux, ou peut-être par affection pour les lieux que sa belle-sœur avait sanctifiés, cpi’il choisit la ville de Marbourg pour centre et résidence de l’Ordre dont il était le chef, et qu’il y fit élever le palais dit de la Commanderie, dont on voit encore les débris. Ses séjours prolongés en Hesse ne l’empêchèrent pas de présider au nouveau développement que prenait l’Ordre Teutonique en l’russe, où le duc de Masovie l’avait appelgau secours des Chrétiens contre les Païens. Conrad y combattit avec courage et talent; il étendit les nouvelles possessions de l’Ordre, et reçut du pape l’investiture de cette province, qui devait être le théâtre du plus grand éclat de son Ordre. Mais avant de finir sa vie il voulut encore retourner à Rome : y

' Ingenli Irislilia rex illc eorreplus esl, quod lilloe prceâlaiiliaiu, elc. Bonlinii. Rit. Ttiparii'. Dw. ii, lib. vu, p. 28G. — \Vaildiii(.' t. ii, p. 292.

étant arrivé, il tomba grièvement malade*; pendant cette maladie il était parvenu à un tel degré de pureté intérieure et même sensible, qu’il ne pouvait endurer sans de très-vives douleurs la présence de quiconque avait commis un péché mortel*. Tous ceux qui le servaient se virent donc forcés de s’abstenir de tout péché. Il avait pour confesseur l’abbé de Hagen, de l’ordre de Cîteaux. Un jour que ce vénérable religieux’ se trouvait à côté de son lit, il le vit plongé dans une extase. Lorsque le prince revint à lui, l’abbé lui demanda ce qu’il avait vu dans sa vision. « J’étais, » répondit Conrad, « devant le tribunal du Juge éternel, où l’on examinait sévè- « rement mon sort futur. Enfin, la justice voulut que je « fusse condamné à cinq ans de Purgatoire. Mais ma bonne « sœur Elisabeth s’est approchée du tribunal, et m’a obtenu « la rémission de cette peine. Sachez donc que je mourrai « de cette maladie, et que je jouirai de l’éternelle gloire*. » Il mourut en effet, après avoir ordonné que son corps fût transporté à Marbourg pour y re|'oser auprès de la Sainte, dans l’église qu’il avait commencée pour elle. On voit encore son tombeau, sur lequel il est représenté pieusement endormi dans le Seigneur, et tenant à la main la discipline qu’il présenta au peuple pour le frapper, sur les ruines de Fritzlar

* Les historiens varient sur ta date de sa mort , Uxée par les uns à l’année 12 40, par les autres à 1243.

• Nullius qui criminali olmoxius esset peccato, prœsentiara ahsque gravi eruciatu poterat sustinere. Theod. VIH, 6.

^ Homo vaide venerabilis et devotus. Ibid. Nous ne trouvons dans les listes de l’ordre de Citeaux aucune abbaye du nom de Hagen ; Tliéodoric a probablement voulu désigner Hcyii, ou Halna, fondée en 1140, à cinq lieues de Marbourg, selon Jongelinus, Noiitia Abbatiarum ord. Chterciensis.

4 Accédons autem soror mea Elisabeth renüssionem hujus purgatorii mihi protinus impetravit. Unde sciatis, etc. Ibid.

' Voyei plus haut, t. II, p. 92.

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< Si Conrad sut réparer complètement tous ses torts envers Dieu et envers sainte Élisabeth, il n’en fut pas de même de son autre beau-frère, Henri Raspon, dont la vie se trouve douloureusement entremêlée à celle des enfants de notre Sainte, dont nous allons parler. Ces enfants se montrent, dans tous les actes émanés d’eux qui nous sont parvenus, pénétrés de reconnaissance envers Dieu de ce qu’il avait daigné les faire naîtré d’une Sainte, et justement flei*s devant les hommes d’une si glorieuse origine : dans toutes leurs chartes et autres documents officiels, ils inscrivaient toujours leur qualité de ftls ou filLe de sainte Élisabeth avant tous leurs titres de souveraineté et de noblesse ^ Deux d’entre eux, ses deux dernières filles, la seconde Sophie et Gertrude, achevèrent paisiblement leur vie dans les asiles qu’elle leur avait choisis, au milieu des vierges consacrées au Seigneur, l’une à Kitzingen et l’autre à Altenberg, près de Wetzlar. Toutes deux devinrent abbesses de leurs monastères. Gertrude fut élue en 1249, et gouverna sa maison pendant quarante-neuf ans ; elle marcha dignement sur les traces de sa mère, par sa piété et sa générosité envers les pauvres; on lui attribuait même des miracles, et elle a toujours porté le nom de Bienheureuse. Elle mourut le 15 août 1297, à l’âge de soixante-dix ans. A la prière de l’empereur Louis de Bavière, le pape Clément VI accorda des indulgences à ceux qui célébreraient sa fête^. On voit encore son tom-

• A'os Sophia, fUia beatœ Elisabeth^ laudgravia Thuringias, etc... Charte de 12U8. 11 y a plusieurs autres exemples dans Gudenus, Cod. diplomat., i, p. 543. Weuk, Hessiche laudesgesciiichte , t. ji, 156; t. iii , 128, 14G. On voit même que son pelit-ûls Henri, duc de Brabant et de Hesse, s’intitulait 7mpos sanctœ Elisabethœ,

- La bulle est insérée dans les Àct. Sanct. August., t. iv, p. 142. De beata Gerlrude.

beau à Allenberg', ainsi que plusieurs précieux monuments (le sa sainte mère qu’elle y avait réunis avec un soin pieux

Les deux autres enfants d’Élisabeth, son fils Hermann et l’aînée de ses deux filles, Sophie, eurent une destinée bien difiérenle, et furent, comme l’avait été leur mère, victimes de l’injustice des hommes.

Hermann, parvenu à l’âge de seize ans en 1239, avait pris possession des États de son père, que son oncle, le duc Henri, avait administrés jusqu’alors. 11 fit bientôt un voyage en France pour rendre visite au saint roi Louis IX, et se trouva, comme nous l’avons vu, à la cour plénière de Saumur, où sa qualité de fils de sainte Élisabeth lui attira des hommages universels, et où la reine Blanche de Castille surtout lui donna des marques de la plus tendre affection H se maria avec Hélène, fille du duc Othon de Brunswick. Tout annonçait à ce jeune prince un brillant et heureux avenir, lorsqu’il mourut à dix-huit ans, en 1241, à Creuzbourg, où il était né. On attribua généralement cette mort précoce au poison qu’une femme, nommée Berthe de Seebach, lui aurait administré à l’instigation de son indigne oncle Henri. Avant de rendre le dernier soupir, l’infortuné jeune homme témoigna le désir d’être enterré à Marbourg, auprès de sa bienheureuse mère; mais Henri, qui ressaisit aussitôt la souveraineté, ne voulut pas même lui laisser cette consolation ;

' On y lit celle inscription : Anno Dni. mccxlvii in die lUi Ypolili obiit Bta Gertrudis E'elix muter Iiujus convenlus iilia Ste Elysabet lanlgravie Tliuringie. Justi, p. 80.

’ Telles sont une chasuble Taite avec une robe de sainte Elisabeth en velours rouge, une coupe d’argent doré dans laquelle elle versait il boire aux pauvres de son hôpital, son anneau de noces (sur lequel M. Jusii a fait un travail spécial), et d’autres objets en partie transférés au cliàtcau de Braunfels, chéi le prince de Solms. Ibid.

^ Voyez plus haut, t. 11 , p, 30.

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et, craignant que sa mère ne Je ressuscitât comme elle a\ait ressuscité tant d’autres morts il fit transporter si s <lé|)ouilles à la sépulture des ducs, à Reinharlsbrunn , où l’on peut encore voir sa pierre sépulcrale à coté de celle de son père.

Henri Raspon, désormais seul maître et légitime héritier des vastes possessions de la maison de Th u ri nge, devint bientôt chef de l’opposition qu’excitaient chaque jour davantage en Allemagne les entreprises de l’empereur Frédéric II contre l’indépendance de la haute noblesse et les droits de l’Église. Le pape Innocent IV ayant fulminé contre Frédéric, au concile de Lyon, la sentence de déposition, le duc de Thuringe se trouva naturellement sur les rangs j>our le remplacer. Quoiqu’il soit permis de croire que la couronne impériale fût le. but de sa suprême ambition, il protesta toutefois de son incapacité; mais le pape l’exhorta à se dévouer au bien de la chrétienté, et lui envoya des subsides considérables : il se laissa élire roi des Romains à la diète de Francfort en 1246, et fut sacré l’année suivante. Il fil la guerre avec assez de succès à Frédéric et à son fils Conrad, mais il ne jouit pas longtemps de sa nouvelle dignité. En 1248, la mort l’enleva à son tour; et quoiqu'il eût été trois fois marié, il ne laissa point d’enfants. Le peuple chrétien vit dans cette extinction de sa race le juste châtiment de sa perfidie envers Élisabeth, et du crime qu’on lui imputait à l’égard de son neveu Il avait cependant demandé que son

* Rolhe, p. 1733.

Er batte das uD)b dy forcht ericoru W'eu er incii goiu Martpurg schiktc Uas lue seiu mutter nicht erquickte.

Yita Rhyt. § xlit.

* L'uUti dai'UUHue vordyncle her daz en Guddarniede piagode, du^ lier libii« crbin ny gewuiui. Rolhe, p. 1729 Yita Rliytiuica, 1. c.

cœur fût déposé au couvent de Dominicains qu’il avait fondé à Eisenach, en expiation de ses méfaits envers sa Lellesœur.

A sa mort, la Thuringe fut livrée à toutes les horreurs d’une longue guerre de succession. La descendance mâle des anciens ducs de Thuringe étant éteinte en la personne du roi Henri, ses vastes possessions furent dévolues à lu ligue féminine : aussi Sophie, l’ainée des ûlles de sainte Élisabeth et du duc Louis, mariée, comme nous l’avons vu, au duc de Brabant, Henri II le Magnanime (célèbre entre autres titres par sa dévotion à l’ordre de Cîteaux), se présenta pour recueillir l’héritage de son père, tant en son propre nom qu’en celui de son fils Henri, dit \' Enfant^ âgé de trois ans seulement. Elle fut reconnue sans beaucoup de difficulté en Hesse, qu’elle gouverna pendant toute la minorité de son fils avec beaucoup de sagesse et de vigueur. Mais pour la Thuringe, elle trouva un compétiteur redoutable dans son cousin germain Henri, dit Vllluslre, margrave de Misuie, fils de üuta, sœur du duc Louis et du roi Henri. Ce j)rince, profitant des dissensions qui avaient éclaté en Thuringe aussitôt après la mort de Henri, de celles aussi qui déchiraient l’empire tout entier, réussit à s’emparer d’une très-grande partie de la Thuringe, et notamment du château de Wartbourg. Il n’y avait plus d’empereur universellement reconnu pour rendre justice dans le Saint-Empire romain, depuis la déchéance de la maison de Souabe. Sophie obtint les secours d’un prince vaillant et dévoué, Albert, duc de Brunswick, dont la fille fut fiancée au jeune Henri de Brabant. Mais, malgré les efforts de cet allié, malgré le courage avec lequel Sophie elle-même prenait part à toutes les expéditions de la guerre, le margrave Henri réussit à rester maître des provinces qu’il avait usurpées. Nous n’entrerons pas dans le

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détail de cette lutte trop cruelle ; nous nous bornerons à rapporter quelques traits significatifs du caractère de Sophie, et propres à montrer combien le peuple, fidèle à la mémoire de sa Sainte chérie, avait entouré la cause de ses descendants de tout le prestige de la poésie et de la tradition.

Ainsi il est dit que dans la première conférence qui eut lieu entre Sophie et le margrave, celui-ci se montra assez disposé à écouter sa cousine; mais pendant (ju’il lui parlait, son maréchal, le sire de Schlottheim, le prit à part et lui dit; «Monseigneur, qu’allez- vous faire? S’il était « possible (jue vous eussiez un pied dans le Ciel et l’autre « sur la Wurtbourg, il faudrait retirer celui du Ciel pour « mieux tenir la Wartbourg. » Henri se laissa convaincre, et alla dire à la duchesse : « Chère cousine , il me faut « rélléchir sur ces objets, et prendre conseil de mes féaux. » Alors Sophie fondit en larmes, et ôtant son gant de sa main droite, elle le Jeta en l’air, en disant ; « O ennemi «de toute justice! je veux dire toi, Satan; je te jette mon «gant, emporte-le avec tous les perfides conseillers. » Le gant fut enlevé dans l’air et disparut, et quelque temps après le conseiller mourut de male mort C

Plus tard, en 1254, dans une seconde conférence, Sophie, dése.'pérant de convaincre son rival par la raison, comme aussi de le dompter par la force, crut pouvoir s’adresser à sa religion ; elle apporta avec elle une côte de sa sainte mère, et exigea de lui qu’il jurât, sur la relique sacrée de celle qui avait tant honoré la 'I huringe, (ju’il cioyait ses droits sur ce pays justes et fondés. La noble et touchante foi de la tille dans l’influence de sa mère et la conscience de son adversaire

' U du Teind aller j^ereciitigkeit , idi mcioe dicli , teufcl ! nimm hin den haiidüt'liuli uiU dcii ralodieu rallii;ebern ! etc. Griniin, üeuloche sageii, SS9, ex luiliol', Cliron. Mss.

fut trompée. Henri jura sans embarras, et son serment fut appuyé par celui de vingt de ses chevaliers.

Les habitants d’Eisenach s’étaient déclarés avec énergie pour Sophie, comme s’ils avaient voulu expier leur ancienne ingratitude envers sainte Élisabeth par leur dévouement envers sa fille. Ils assiégèrent même la Warlbourg, où les troupes du margrave tenaient garnison, et bâtirent deux forts pour mieux blotjuer le château. Mais Henri surprit la ville de nuit, et s’en empara par trahison. 11 fit mettre à mort plusieurs des principaux bourgeois, partisans de la fille et du petit-fils d’Élisabeth. Pour effrayer les autres il eut la barbarie de faire attacher le plus acharné de tous, nommé Welspeche, à une machine de guerre, et de le faire lancer, du haut de la Wartbourg, dans Eisenach. L’intrépide bourgeois, pendant qu’il fendait les airs, s'écria encore : « La « Thuringe n’en est pas moins à l’enfant de IJrabant ‘. » La tradition rapporte qu’il subit trois fois ce supplice, en répétant toujours les mêmes paroles : « La Thuringe appartient à l’enfant de Brabant, » et qu’il ne mourut qu’à la troisième chute.

Sophie arriva bientôt après devant Eiseuach , et se présenta à la porte Saint-George, qu’elle trouxa fermée. Elle somma les habitants d’ouvrir ; et comme ou ne lui répondait pas, elle saisit une hache, et en frappa avec violence le bois de chêne de la porte , de manière à y faire une entaille qui se voyait encore deux cents ans après

Enfin, en 12fia, le duc Albert de Brunswick ayant été complètement battu et fait prisonnier par les fils du margrave, il fallut en venir à un accominudemeut définitif. So-

‘ TliUringen geliœrtdocli dum kiiidu vou Brubaut. Uriiuui, Duubcüe £a;;eii; et Kollie, Spaugeiiberg, Wiiikuliiiuiiii, etc.

^ Adam L'rsiuus, p. IS'Ji.

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phie dut renoncer à toutes scs prétentions sur la Thuringe, qui resla en toute propriété à la maison de Misnie. En revanche, la souveraineté de la Hesse fut garantie à son fils Henri l’Enfant, et à sa postérité. Cette division des deux provinces a subsisté jusqu’à nos jours, et les maisons actuelles de Hesse et de Saxe descendent des deux princes rivaux, dont les droits furent fixés par ce traité. Soj)hie ne mourut qu’en 1284, à l’àge de soixante ans, après avoir consacré toute sa vie à veiller à la prospérité de son pays et de sa famille. Elle repose à Marhourg, dans le même tombeau que son fils, et dans l’église consacrée à sa sainte mère. On y voit sa statue couchée et en prières, selon l’usage des temps catholiques, et ayant à ses côtés ce fils encore enfant sur lequel elle avait veillé avec tant de courage et une si maternelle sollicitude. Sa figure est tout usée par les baisers des pèlerins, qui lui transféi aient une partie de leur amour pour sa mère.

Henri l", dit l’Enfant, fils de Sophie, petit-fils de sainte Élisabeth, et premier souverain de la Hesse, comme État isolé i t indépendant, régna jusqu’en 1308 avec beaucoup de gloire, et entouré de l’affection de son peuple, qu’il protégeait efficacement contre les rapines et les invasions. H avait soixante-cinq ans à sa mort, quoiqu’il soit représenté comme un petit enfant sur le tombeau qui lui est commun avec sa mère. 11 est la tige de toutes les différentes branches de la maison de liesse, avec lesquelles la plupart des maisons souveraines de l’Europe se sont alliées, en prenant ainsi part au glorieux privilège d’avoir sainte Élisabeth pour aïeule*.

Après avoir donné ces détails sur les descendants d’Élisabeth, qu’il nous soit permis de dire un mot des saints per-

’ Voyez la dédicace du R. Apollinaire à la reine Marie-Thérèse, femme de Louis XiV. Pri’sque toutes les familles actuelleinenl régnantes en Allemagne et en Europe descendent ainsi de sainte Elisabeth, comme aussi plusieurs des

DB SAINTE ELISABETH DE HONGRIE. Ut

soiluages que nous trouvons dans la famille dont elle était elle-même issue, et sur lesquels son exemple a dû nécessairement exercer la plus puissante influence. Dans la ligne maternelle', sa tante, sainte Iledwige, duchesse de Pologne et de Silésie, lui survécut ; et, de même que nous avons vu que la pieuse renommée de cette princesse avait réagi avec tant d’efficacité sur Élisabeth encore presqii’au berceau*, il est bien permis de croire que la duchesse Iledwige fut considérablement fortifiée dans sa ferveur et ses austérités par les récits qu’elle dut recueillir sur l’admirable vie de sa jeune nièce, et par la proclamation solennelle de sa bienheureuse immortalité dans le Ciel et sur la terre. Il semble qu'IIedwige ait eu hâte de s’élancer sur les traces de celle qui, plus jeune qu’elle, l’avait cependant devancée au port, où toutes deux devaient si glorieusement aborder. A la mort d’iilisabelh, on lui envoya un voile qui avait servi à notre Sainte. Iledwige éprouvait pour cette précieuse relique la plus grande vénération, et voulut la porter jus(iu’à son dernier soupir; et certes personne ne pouvait être plus digne de revêtir cette parure symbolique. .Mariée à douze ans au duc Henri le

maisonBÜe l’aiideiinc [lolilessc iiiiiiiédiate du Saint-Eiuiiirc. A la lin de nuire Collection des monuments de l’histoire de suinte Étisubelh, iii'lulio, on irouvera dea tableaux généalogiqui a, dresaéa d’après les soureea Ica plua autlienlii|uea, qui établiaaent celle liliulioit puur lea uiaiautis auivautea : .Viilialt ; llade ; Ba* Tière ; Buurbona de France, d’Orlèana, d’Espagne, de Lucqnca et de .Sicile; Danemark ; Furatenberg ; Hanovre ; Hease dana toulca aea bram lica ; HoLatein- Beck; LorrainaaAulriclic ; Mèrode; Mecklembourg ; Modene ; Naaaau4)range ; Pruaae ; Sardaigne ; Saxe-liojale, Weimar et Allenburg ; Sclivvaribourg-liudolâladt ; Soiina ; Sloiberg ; la Tour et Taxis; la Trémoille. — L'Appendice de ce volume conlicnt un exirail de celte lilialion puur la inaiaon de Merode.

‘ La uiaiaon de Hérun avait dèjA donné le jour A pluaieura aainla personnages, cuire autres à saint üllon, évêque de Bamberg et apiilre de la Poméranie, à saillie Meclilldide, sa sœur, abbesse de Diesaen, & sainte Euphémie, abbesse d’AltomUnster, au B. comte Rasso, etc.

• Voyez l. 1, p. 2U2.

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Barbu, après avoir eu six enfants, elle fit encore toute jeune avec son mari le vœu de vivre désormais comme frère et sœur. Elle l’engagea à fonder une grande abbaye pour des religieuses de Cîteaux, dans un lieu où il était tombé dans un marais profond, dont un ange l’avait retiré en lui tendant une branche. Ce monastère fut nommé Trebnitz, parce que quand le duc demanda aux nouvelles religieuses ce dont elles avaient besoin, elles répondirent qu’elles n’avaient besoin de rien, en jiolonais trzeha niç'. Iledwigc fit élire sa fille Gertnide abbesse de cette maison, où elle se retira bientôt elle-même, et où, avec la permission de son mari, elle prit riiabit de religieuse, mais sans vouloir faire vœu d’obéissance ni de pauvreté, afin de n’être j)as gênée dans ses aumônes. Pendant toute sa vie, elle l■i^alisa avec sa sainte nièce par son bumililé et scs mortifications extraordinaires. En lisant le récit des incroyables austérités qu’elle imposait à son corps frêle cl délicat, on se demande ce qu’il faut admirer le plus, ou de la force indomptable de sa volonté, ou des merveilleux secours accordés par le Seigneur à la nature déchue, mais avide de remonter vers lui. Elle recherchait avec anxiété la dernière place eu tout. Toute pénétrée de cet esprit qui sauva la Cananéenne de l’Evangile-, et qui lui faisait réclamer de Jésus les miettes qui tombaient de la table des enfants de Dieu, Uedwige ne voulait souvent pour toute nourriture que les miettes qui tombaient de la table des moines et des religieuses, qu’elle aimait à ser\ir. Mais, c’était surtout par sou immense charité et la puissante compassion de sou cœur, qu’elle rivalisait avec notre chère Élisji-

• Une éljniolügie plus géuéralenicnl aeeepléc fait dériver ce nom du mol polonais tntbii, clairière.

* Nam et eatelli edunt du luieis, qiiæ eadunt de mensa dominorum suonim. Matih. XV, 27.

belh. « Elle avoil, » dit un pieux hagiographe, » le cœur si « tendre, qu’elle n’eust sceu voir personne pleurer sans jeter « des larmes en abondance, ny esirc à repos, voyant les «autres en ennuy et amertume... Elle avoit toujours des « pauvres qui mangc*oient à sa table, lesquels elle servoit «à genoux avant que de s’asseoir... Souvent, quand per- « sonne n’y prenoit garde, elle baisoit les pas par où les « pauvres avoient passé, honorant Jésus-Christ en eux, le- « quel estant roy de gloire, se (U pauvre pour nous. Elle ay- « moit si teudremeiit et passionnément les pauvres et la ])au- « vreté, qu’elle achetoit d’eux les morceaux de pain que les « religieux leur donnoient par aumosne, qu’elle mangeoit et « les baisoit souvent, comme le pain des anges et une chose « sacrée. Entre les autres pauvres, elle en avoit treize plus « souffreteux, en l’honneur de nostre Rédempteur Jesus- « Christ et de ses Apostres, lesquels elle menoit toujours « quand et soy, en quelque part qu’elle allas! , les faisant « bien loger et accommoder, et vouloit qu’ils disnassent « devant elle, les servant elle-mesme. Quand elle mangeoit, « elle leurenvoyoit ce qu’il y avoit de meilleur, et estoit si « charitable, qu’elle faisoit toujours "[tart aux pauvres de ce « qu’on luy presentoit, quand ce n’eust été qu’une poire, « parce qu’elle ne l’eust pas trouvée de bon goust, si les « pauvres n’y eussent premièrement tasté »

Elle ne voulut jamais qu’on pressât ses vassaux, ni ses serfs, pour leur faire payer leurs fermages et redevances; elle allait sans cesse assister aux audiences des tribunaux où se jugeaient les causes des pauvres; et quand elle voyait que les juges étaient disposés à la sévérité, elle faisait rendre la sentence par le chapelain qui l’accompagnait.

< RIbadeneira, la Fleur des Saints, traduction de René Gaultier.

U4 histoire;

Son mari, qui avait pour elle autant de respect que d’a- -mour, imagina le moyen le plus touchant de lui témoigner 1a sympathie qu’il éprouvait pour sa compassion envers le pauvre peuple : il ordonna que lorsque üedwige passerait devant les prisons publiques, les portes en fussent ouvertes, et les prisonniers délivrés pour l’amour d’elle.

Elle portait dans tous ses exercices de piété la ferveur la plus vive : chaque jour elle entendait autant de messes qu’il y avait de prêtres auprès d’elle, en versant chaque fois d’abondantes larmes. C’était surtout à la sainte Vierge qu’elle ^lortait une ardente dévotion : elle ne quittait jamais une petite image de cette mère divine, avec laquelle elle s’entretenait souvent dans sa simplicité, qu’elle portait à la main lorsqu’elle allait visiter les malades, et doni elle se servait pour les bénir, ce qui les guérissait souvent. Son mari ayant été blessé et fait prisonnier par le duc Conrad son rival, elle alla toute seule à pied trouver cet ennemi acharné, et exalté par sa victoire : lorsqu’elle parut devant lui, il crut voir un ange, et sans essayer de résister, il lui accorda sur-le-champ la paix, et la liberté de son mari. Peu de temps après elle perdit cet époux chéri, et ensuite son fils Henri qu’elle aimait avec la plus vive tendresse, et qui fut tué en combattant pour la foi et l'indépendance de l’Europe contre les hordes tartares. Elle l’avait elle-même exhorté à mourir, l’épée à la main, pour la chère chrétienté, et elle alla ellemême recueillir son corps nu et sanglant sur le champ de bataille où il avait péri. Elle supporta ces deux pertes avec le calme et la résignation que donne l’amour suprême. Mais sa propre mort suivit 'de près cette séparation. Le jour de la Nativité de la Vierge de l’an 1243, la religieuse qui la servait vit une troupe de belles jeunes filles qui brillaient d’un éclat surnaturel venir rendre visite à Hedwige,

qui leur dit avec beaucoup de joie : « Salut, chères saintes « et bonnes amies, Madeleine, Catherine, Thècle, Ursule, « et vous toutes qui êtes venues me voir. » Ensuite elles parlèrent latin, et la religieuse ne comprit plus ce qu’elles disaient. Le 1 S octobre suivant, elle rendit le dernier soupir en bénissant Dieu. De nombreux miracles ayant constaté sa sainteté, elle fut canonisée parle pape Clément IV en 1267 : on fit sa translation solennelle l’année suivante; lorsqu’on déterra son corps, on trouva serrée entre les doigts de sa main la petite image de la sainte Vierge qu’elle avait tant aimée '.

Pendant que sainte Hedwige jetait tant de lustre sur la ligne maternelle d’Élisabeth, l’influence de notre chère Sainte produisait des fruits sinon plus précieux,du moins plus nombreux encore, dans sa famille paternelle, dans cette illustre maison de Hongrie, qui, seule de toutes les maisons royales de l’Europe, comptait déjà dans son sein trois rois canonisés, saint Étienne, saint Émeric'* et saint Ladislas*. Bela IV, frère de notre Élisabeth et successeur de son père André, se montra digne d’être le frère d’une telle sœur et le père de deux autres saintes, par la piété, le courage et la résignation qu’il déploya, pendant trente-cinq ans de règne et de lutte contre les Tartares victorieux. En 1244, il autorisa par un diplôme la fondation d’une église en l’honneur de sa sœur par deux serviteurs fidèles, David et Furkas, qui l’avaient suivie en Thu-

‘ La Sainte repose aujourd’hui dans un très-beau mausolée érigé en 1680, et qui existe dans une chapelle du treizième siècie, attenant à la vaste et curieuse église de l'abbaje de Trebnilz. Cette abbaje, supprimée en 1810 par le gouvernement prussien, et transtormée en fabrique de draps (laquelle a tait faillite), mérite d’èlre visitée par tout voyageur catholique : elle n'est qu'à quatre lieues de Breslau, — Une Vie de sainte Uedwiije, très-complète, a été publiée à Breslau, en 1860, par M. l’abbé Knoblicli.

* Tous deux canonisés par Benoit IX en 1036.

* Canonisé par Céleslin III en 1191.

(XiKres. Vlll. — Sainte f.liaabelh. II. 10

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riüge'. Puis, comme séduit par son exemple, il se fit agréger comme elle au Tiers-Ordre de Saint-François, et enterrer dans l’église que les Franciscains avaient fondée à Gran sous l’inA^ocation de sainte Élisabeth, malgré l’opposition de ceux qui lui recommandaient de ne pas abandonner l’ancienne sépulture des rois^. Le second frère de notre Sainte, Coloman, semble avoir été encore plus enivré par le parfum de la perfection qui s’exhalait de la vie de sa sœur ^ Ayant épousé une princesse jwlonaise d’une grande beauté, Salomée, fille du duc de Craeovie, qui lui avait été fiancée et élevée avec lui dès l’àgo de trois ans, il fit avec elle dès le premier jour de ses noces le vœu de chasteté perpétuelle, qu’il observa avec la plus courageuse fidélité Élu roi de Gallicie, il défendit contre les Tartares cette partie de la Pologne, et mourut glorieusement en combattant contre eux pour sa patrie et son Dieu. Sa veuve fonda un couvent de Franciscains et un autre de sœurs Clarisses, et prit ellemême le voile chez ces dernières, où elle vécut jusqu’à la fin de ses jours dans l’exercice des plus héroïques vertus, et honorée par des faveurs toutes particulières de la miséricorde divine. Le jour de sa mort (1268), on entendit dans les aii-s une douce harmonie et des voix qui chantaient ces paroles : Fro7idiiit, floi'uit virgula Aaron. Une religieuse ayant remarqué que sa figure exprimait une joie extrême, et qu’elle souriait avec complaisance, lui dit : « Quoi ! madame, voyez- « vous quelque chose d’agréahle qui puisse vous réjouir au «milieu de tant de douleurs? — Oh oui! » répondit la

' L’original de celle piiee sc li ouve dans l’iay, Disserl. prævia, § 10.

* Cod. lleidelti., ox. V\*ïidding, n, p. 302.

9 U. LIisabelliœ fraler, a aorore, velul uIj ungueiilaria laberna suavissininin virlulum odoroin Iraliens... W'adding, 1. c.

* W'adding, 1. ni , p. 354.

bienheureuse , « je vois madame la très-sainte Vierge, la « mère de mon Seigneur, qui me réjouit outre mesure. » Au moment où elle rendit le dernier soupir, l’on vit comme une petite étoile sortir de ses lèvres, et monter vers le ciel *.

Alais les filles de Bêla IV, nièces par conséquent d’Élisabeth, plus rapprochées que leur père, par le sexe, de celle qui était l’honneur de leur famille, voulurent aussi rivaliser avec elle par l’austérité et la sainteté de leur vie. L’une d’elles, connue dans rLglise sous le nom de la bienheureuse Marguerite de Hongrie fut sans cesse préoccupée, à ce que nous dit son historien, de l’exemple que lui avait laissé sa glorieuse tante®; et tout dans sa vie devait justifier en elle cette tendance. Vouée avant de naître au Seigneur, par sa mère Marie, fille de l’empereur de Constantinople, comme une offrande propitiatoire, afin d’obtenir du Ciel quelque soulagement aux maux que les Tartares infligeaient à la Hongrie, sa naissance fut signalée par une éclatante victoire sur les infidèles, comme si Dieu avait voulu témoigner ainsi son acceptation du sacrifice. Aussi ses pieux j)arents, fidèles à leur promesse, la firent entrer à trois ans et demi dans un couvent de Dominicaines. Douée d’une intelligence et d’une ardeur très-précoce, elle y prit le voile à douze ans, quoique son angélique beauté^ et sa haute naissance l’eussent fait rechercher en mariage par plusieurs princes puissants : elle y passa tout 1e reste de sa vie, qui ne fut que de vingt-quatre années. Ce temps si court en apparence fut tout entier em-

* Video Dominam meam, Virginem aauclissimam , matrem Dominl, (]ua' ultra captum lætillcat, etc. Ibid., t. v, p. 385.

* Née en 1242, morte en 1270.

’ Castiglio, Hietoria generale di S. Domenico e del suo ordine. Part, i, lib. 3, p. 351, traduit de l’espagnol.

^ Era questa sancta Margarita di gratia e di bellezza corporale com' iiii angelo. Ibid.

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ployé par elle ii des œuvres de charité, à des actes de la plus fervente piété et à des austérités surnaturelles, en un mot, à tout ce qui peut à la fois développer dans un cœur pur l’amour de Dieu et le manifester au dehors. Marie et la Croix étaient les voies par où elle élevait surtout cet amour vers celui qui en était l’ohjet. Elle ne pouvait jamais nommer la sainte Vierge sans ajouter aussitôt : mère de Dieu et mon espérance. Ce fut à l’âge de quatre ans qu’elle vit pour la première fois une croix, et qu’elle demanda aux religieuses : « Qu’est-ce que ce bois? — C’est sur un bois pareil, » lui répondit-on, « que le Fils de Dieu a versé son sang pour le « salut du monde. » A ces mots, l’enfant s’élança vers la croix, et la baisa avec passion ‘ . Depuis lors elle ne vil jamais une croix sans se jeter à genoux pour l’adorer, et avant de s’endormir elle posait un crucifix sur ses paupières, afin qu’en rouvrant les yeux ce fût le premier objet qui frappât ses regards. Dieu lui accorda à la fois le don des miracles et de prophétie, et la grâce de régner sur les cœurs de ses compatriotes, sans jamais sortir de son couvent : elle mettait, dans les soins qu’elle donnait aux pauvres et aux malades qui venaient la trouver, tant de grâce, de charme et d’adresse, que longtemps après sa mort, pour désigner quelque chose de maladroit ou de désagréable, le peuple hongrois disait, en guise de proverbe : cc On voit bien que ce n’est pas à la façon de « sœur Marguerite » Elle n’avait que vingt-huit ans lorsque Dieu la ravit à sa famille, à sa patrie et à l’Ordre qui s’en enorgueillissait, pour la réunir à sainte Élisabeth dans le ciel

' Si lando subito verso quel legno , badandolo moite volte con le ginocdiie lu terra. Ibid.

* Era tanta la pulitrzza, la maniera, e la gentilezia sua... Dicevano, ben pare die uiù non siù stalo Tatlo secundo il libro di suora Margarita. Ibid.

^ Sainte Marguerite est encore l’objet de la vénération populaire en Hon-

DK SAINTK ÉLISABETH DE HONGRIE. U9

Sa sœur, Cunégonde ou Kinga, mariée en 1239 à Boleslas le Pudique, duc de Pologne, engagea son mari à faire avec elle le vœu solennel et public de chasteté perpétuelle, qu’ils observèrent scrupuleusement pendant quarante ans de mariage. Devenue veuve en 1279, en même temps que sa troisième sœur Yolande, mariée comme elle à un Boleslas, duc de Kaliscz en Pologne, elles résolurent de prendre toutes deux le voile; et après avoir distribué tous leurs biens aux pauvres, elles entrèrent, comme l’avait fait leur tante Salomée, dans cet Ordre des pauvres Glarisses, qui semble avoir offert des attraits si irrésistibles aux princesses de ce siècle. Cunégonde mourut en 1292, après avoir donné l’exemple des plus grandes austérités, et avoir reçu du ciel le don des miracles. Elle a toujours été regardée en Pologne comme sainte et patronne du pays; son tombeau a été l’objet de la vénération fervente de toutes les races slaves, et le but de nombreux pèlerinages : le lundi de chaque semaine lui était spécialement consacré ' . On nous a conservé les oraisons dont se servaient ces pieux pèlerins : ils invoquaient l’heureuse Cunégonde en même temps que la glorieuse Vierge Marie et sainte Claire Plus de trois siècles après sa mort, la dévo-

grie : une île du Danube, un peu au-dessous de l'antique capilale de Rude, et très-fréquentée pur les habitants de Pesth, porte son nom, et l'on y montre les ruines du couvent qu'elle y habitait. L'auteur de ce livre ne peut se refuser le plaisir de témoigner ici sa reconnaissance pour l'accueii aussi courtois i|ue magnifique qui lui a été fait, dans cette île même, par les prélats et les magnats du beau royaume où est née sainte Élisabeth. {Note de la 9‘ édition.)

' In universo regno Poloniœ pro patrona ac tutelari proclamatur, ejusque sepulcrum magna devotionc invisunt non tantum Poloni, sed eliam provinciœ Sceputiensis incolæ, Germani, Rutheni, Silesii, Moravi et Hungari... Diem lunœ sanctæ Cunegundi fatalem jejunis, etc... sacrare non omittunt. Wadding, ad 1292, t. V, p. 312. Voyei aussi sa vie par Dlugosz, apud Rolland. Act. Sanct. Julii , die lA.

* Sancli archangeli Dei omnes et custodes nostri nos ad œterna gaudia illæse.

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tion quelle inspirait était si loin d’être refroidie, que Sigismond, roi de Pologne, adressa en 1628 une lettre très-pressante au pape Urbain VIII, pour obtenir la canonisation officielle de celle que les Polonais . proclamaient depuis si longtemps leur sainte tutélaire. En 1690, Alexandre VIII approuva le culte public qu’on lui rendait; et plus tard Clément XI la reconnut solennellement comme patronne de la Pologne et de la Lithuanie ' .

De nos jours, sa mémoire est spécialement vénérée par les populations simples et pieuses qui habitent le versant polonais des monts Krapacks, où elle a longtemps elle-même séjourné, et où elle a fondé plusieurs églises et monastères. Le peuple y raconte une foule de traditions touchanles sur elle, et, d’après ce qu’on nous a écrit de Pologne, sou souvenir règne encore d’une manière si vivace dans ces cœurs catholiques, qu’on pourrait la croire morte seulement depuis quelques années.

Comme si cette maison de Hongrie avait été destinée à servir en quelque sorte de pépinière pour le ciel, les princesses de cette race bénie, mariées comme notre Élisabeth à des souverains étrangers, qui n’ont pas jeté par elles-mêmes un éclat spécial, semblent avoir eu du moins le privilège de donner le jour à des saintes. Ainsi Yolande, sœur d’Élisabeth, mariée au roi d’Aragon Jacques le Conquérant, fut grand’rnère de sainte Élisabeth de Portugal ; et Constance, sœur du roi André, fut mère de cette Agnès de Bohême, sur

Ide, pariterque cum gloriosa Virgiiie Maria, et omuiLus saiictia, per U, ,aucta Clara, et felix Kuneguiuli^i, nos perdurant. Wadding, I. c.

> Un Appendice de Wadding, t. v, p. 132, nous révèle l'existence d'une quatrième nièce d'Elisabeth, sceur des bienheureuses Marguerite, Cunégoiide et de Yolande, nommée Constance, qui se lit Clarisse coaune ces deux dernières, et mourut à Léopol en 13U0.

laquelle nous avons déjà vu le souverain pontife s’exprimer en termes si magnifiques Après avoir refusé la main du roi d’Angleterre, du roi des Romains, de l’empereur Frédéric II, au risque même d’attirer tous les ûéaux de la guerre sur sa patrie, après avoir passé quarante-six années dans son monastère, ceinte du cordon de Saint-François, et marchant nupieds sur les traces de sainte Claire et de sainte Élisabeth, dans la pratique la plus exemplaire de l’humilité, de la pauvreté et de la charité, Agnès mourut en 1283, et a toujours été depuis vénérée en Bohême et en Allemagne comme Sainte, bien que le Saint-Siège n’ait pas cru devoir accorder sa canonisation solennelle aux prières de l’empereur Charles IV, qui avait eu deux fois la vie sauve par son invocation.

Quant à sainte Élisabeth de Portugal il faudrait presque un volume pour raconter tous les traits de sa louchante et glorieuse vie, et nous ne pouvons lui consacrer que quelques lignes. Née en 1271, de Pierre, roi d’Aragon, et de Constance de Sicile, elle sembla comme prédestinée à la gloire céleste par le nom qui lui fut donné; car, au mépris de l’usage alors universellement suivi en Espagne, de nommer les princesses d’après leur mère ou leur grand’mère, elle fut appelée Élisabeth, d’après notre Élisabeth qui était la tante maternelle de son père *. Elle fut mariée à quinze ans à

‘ Voyez plus liant, t. II, p. 112.

* Nous devons à M. Ferdinand Denis, si connu par ses belles éludes sur l’iiisloire et la littérature de l’Espagne et du Portugal, l’iiidication d'une vie spéciale de cette Sainte, dont voici le litre exact : Vie de sainte Ëlisiibetli , royne de Portugal, canonisée par nostre S. Père le pape Urbain VH I, le 25 may de l’an de jubilé 1C26, recueillie et publiée en latin par le R. P. Hilarion de Coste, prédicateur de l'ordre des Minimes de S. Franyois-de-Paule, et mise en français par M. Jacques de Cougnée, Ad. Paris, I (128, 1 vol. ln-18. L'original est cité par les Bullandistes dans le tome ii de leurs actes de juillet.

’ Voy. pour cette descendance, comme pour toutes celles indiquées dans ce chapitre, les deux tables généalogiques, à l’Appendice n° ii.

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Denis, roi de Portugal ; mais, loin de trouver, comme sa sainte patronne, un époux tendre et digne d’elle, elle fut longtemps accablée par ses mauvais traitements et désolée par ses inridélitcs. Elle n’en fut que plus fidèle à tous les devoirs de l’épouse chrétienne ; elle chercha à le ramener par un redoublement de tendresse et une patience inaltérable. « Faut-il, » réjxindait-elle aux dames qui lui reprochaient sa trop grande tolérance, « qu’à cause des péchés du roi je « renonce à la vertu de la patience, et que j’ajoute ainsi mon « péché aux siens? J’aime mieux me borner à prendre Dieu « et scs ebers saints pour coiiQdents de ma honte, et à amol- « lir le cœur de mon mari par ma propre douceur*. » Elle poussa l’indulgence et la résignation jusqu’au point de sourire aux maîtresses du roi, et d’élever ses enfants naturels en même temps que ceux nés de son mariage, avec la même sollicitude pour leur salut et leur bien-être. Cependant, l’aîné de ses fils légitimes, indigné de la conduite de son père, se révolta contre lui : le roi voulut regarder Élisabeth comme complice de cette révolte, la dépouilla de sa dot et de tous ses biens, et la fit enfermer dans une forteresse. A peine eut- elle été délivrée de cette injuste captivité, qu’elle consacra toute son activité à réconcilier son mari avec son fils. Voyant tous scs efforts inutiles, elle choisit le moment où l’armée du roi et celle de l’infant, rangées en bataille, allaient en venir aux mains, pour monter à cheval et se jeter toute seule entre les deux lignes au milieu d’une grêle de flèches, en conjurant les combattants de suspendre leurs coups. Les soldats, moins inexorables que leurs chefs, furent touchés par tant de dévouement; ils laissèrent tomber leurs armes, et forcèrent ainsi le père et le fils à faire la paix.

^ kot’hniiit p. 850.

I>E SAINTE ÉLISABETH DE HONGRIE. 1o3

Quelque temps après, elle vint à bout de rétablir l’union entre deux de ses fils qui se livraient une guerre cruelle, puis entre son frère le roi d’Aragon et son gendre le roi de Castille, à la sollicitation des peuples de l’Espagne, qui l’im- }K)sèrent pour médiatrice à leurs souverains. C’est ainsi qu’elle a mérité que l’Église universelle lui décernât le titre glorieux de mère de la paix et de la patrie Son mari étant tombé mortellement malade, elle voulut être la seule à lui rendre les services les plus pénibles, et reçut son dernier soupir. Après quoi elle revêtit l’habit du Tiers-Ordre de Saint-François, qu’elle tenait depuis longtemps enfermé dans sa cassette, et tout prêt pour le premier moment de son veuvage. Elle fit un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle pour l’âme de son époux, et y offrit à son intention la couronne de pierreries qu’elle avait portée le jour de ses noces. Elle passa le reste de sa vie dans la pratique de toutes les vertus, servant tous les jours trente pauvres dans un hôpital qu’elle avait fait bâtir près de son palais, sous le nom de sa sainte tante et patronne, qu’elle cherchait à imiter par sa charité, ses austérités, et la fidèle observation de toutes les cérémonies de l’Église. Elle aimait avec passion les offices et les chants de l’Église, et assistait chaque jour à deux messes en musique, dont la première à l’intention de son défunt mari. Un an avant sa mort, elle voulut retourner à Saint-Jacques de Compostelle, mais à pied, déguisée en paysanne et en mendiant son pain tout le long du chemin, afin de n’être pas reconnue et importunée par la vénération du peuple. Enfin, en 1336, son fils, le roi de Portugal, ayant déclaré la guerre à son gendre le roi de Castille, elle résolut,

■ Elisabeth pacis et patriæ maler, in cœlo Iriutnplians, dona nohis pacem. Antienne du Magnificat, pour la tète de sainte Étisabetli, au Bréviaire romain, 8 juillet.

malgré son grand âge, d’employer le reste de ses forces à faire sept jours de marche pour essayer de les réconcilier : elle remporta cette dernière victoire; mais les fatigues du voyage, entrepris dans les grandes chaleurs de l’été, la menèrent aux portes du tombeau. « Voyez, » dit-elle la veille de sa mort, « voilà la sainte Vierge, vêtue d’une robe blan- « che, qui vient m’annoncer mon bonheur. » Elle mourut le 8 juillet. Trois siècles après sa mort, le pape Urbain VIll la canonisa avec une très-grande solennité, et composa luimême un des plus beaux offices de la liturgie romaine en son honneur ‘ . C’est ainsi que se trouva deux fois consacré dans le ciel et sur la terre ce beau nom d’Élisabeth, qu’il nous a fallu tant de fois répéter, et qu’il nous est si doux de nommer toujours^.

' Bzoviui, Ann. eccles., t. xiv, ad ann. 133(>. — Cliron. Miiior., p. i, llb. 8, cap, 2G, etc.

’ Sæpe ratæ et semper dulciler nominands beatœ Elisabeth. Dict. iv AncUI. p. 2011. — Nüus ne saurions terminer cette gén^aiogie sacrée de la maison d’Éiisabelh sans rappeler que saint Louis de Sicile, évéque de Toulouse, l'une des plus belles gloires de l’ordre séraphique , était son pelit-neveu . étant hé de Charles le Boiteux, roi de Sicile, et de Marie de Hongrie, tille d'Étienne V, neveu d'Élisabeth. Voyez la table généalogique. — Nous devons aussi ajouter que s’il nous est arrivé de donner dans ce chapitre le nom de suint ou de biinlicureux à ceux (]ue l'Église n’a point solennellement investis do ce caractère, c’est toujours dans l'esprit de la plus complète soumission ù son autorité souveraine, et notamment au décret d’Urbain VIII sur cette matière.

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