AVIS DE L'AUTEUR
Buonaparle esl jugé avec rigueur dans cet opuscule approprié aux besoins de Tépoque. A. celte époque de trouble et de passion, les paroles ne pouvoient être rigoureusement pesées ; il s'agissoit'moins d'écrire que d'agir; c'étoit une ]>ataille qu'il falloit gagner ou perdre dans l'opinion; et, perdue, elle dispersoit pour toujours les débris du Trône légitime. La France ne savoît que penser ; l'Europe , stupéfaite de sa victoire , hésitoit ; Buonaparle éloit ùl Fontainebleau , tout-puissant encore , et environné de quarante mille vétérans ; les négociations avec lui n'éloient pas rompues ; le moment éloit décisif, force étoil donc de s'occuper seulement de l'homme à craindre, sans rechercher ce qu'il avoit d'éniiuent ; fadmiration mise imprudemment dans la balance l'auroit fait pencher du cOié de l'oppresseur de nos libertés. La patrie étoit écrasée sous le despotisme , et livrée par l'ambition insensée de ce despotisme à l'invasion de Tét ranger ; nos blessures récentes saignoient : le donjon de Yincennes , les exils , les fusillades à la plaine de Grenelle , l'a-» néantissement de notre indépendance , la conscription , les banqueroutes répétées , l'iniquité de la politique napoléonienne , l'ingrate persécution suscitée au souverain Pontife , l'enlèvement du Roi d'Espagne , les désastres de la campagne de Russie , enfm tous les abus de l'arbitraire , toutes les vexations du gouvernement de l'Empire , ne laissoient à personne le sang-froid nécessaire pour prononcer un jugement iq;ipartial. On ne voyoit que la moitié du tableau ; les défauts étoient en saillie dans la lumière , les qualités plongées dans l'ombre.
I^ Temps a marché ; Napoléon a disparu : le soldat devant lequel tant de Rois flédiirent le genou, le conquérant qui fit tant de bruit, occupe à peine, dans un silence sans fin , quelques pieds de terre sur un roc au milieu de l'Océan. Usurpateur du trône de saint Louis et des droits de la nation , tel se montroit Buonaparle quand j'esquissai ses traits pour la première fois. Je le jugeai d'abord avec les générations souffrantes, moi-même une de ses victimes ; depuis , j'ai dû parler d un sceptre perdu , d'une épée brisée , en historien consciencieux , en citoyen qui voit l'indépendance de son pays assurée. La liberté m'a permis d'admirer la gloire : assise désormais sar mi tombeau solitaire , cette gloire ne se lèvera point pour enchaîner ma patrie.'
En 4814 , j'ai peint Buonaparieet les Bourbons; en 4827, j'ai tracé le parallèle de Washington et de Buonaparte : mes deux plâtres de Napoléon ressemblent ; mais l'un a été coulé sur la vie , l'autre modelé sur la mort , et la mort est plus vraie que la vie.
Cessant lui-même d'avoir un intérêt à garder contre moi sa colère , Buonaparte m'avoit aussi pardonné et rendu quelque justice* Un article on je parlois de sa force étant tombé entre ses mains , il dit à M. de Montholon :