‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 123 sur 142 · AVIS DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

AVIS DE L'AUTEUR

« Si, en 4814 et en 4815, la (Confiance royale n'avoit point été placée a dans des hommes dont l'ame étoit détrempée par des circonstances trop a fortes, ou qui , renégats à leur patrie , ne voient de salut et de gloire pour a le trône de leur maître que dans le joug de la Sainte- Alliance; si le duc « de Richelieu, dont l'ambition fut de délivrer son pays des baïonnettes a étrangères ; si Chateaubriand , qui venoit de rendre à Gand d'éniinents « services , avoient en la direction des affaires , la France seroit soilie puisa santé et redoutée de ces deux grandes crises nationales. Chateaubriand a « reçu de la nature le feu sacré : ses ouvrages l'attestent. Son style n'est pas « celui de Racine , c'est celui du prophète. Il n'y a que lui au monde qui « ait pa dire impunément , à la tribune des Pairs , que la redingote grise et « Je chapeau de Napoléon, placés au bout d'un bâton sur la côte de Brest, « feroient courir l'Europe aux armes '. Si jamais il arrive au timon des af- « faires , il est possible que Cliateaubriand s'égare : tant d'autres y ont « trouvé leur perte; mais, ce qui est certain, c'est que tout ce qui est grand a et national doit convenir à son génie, et qu'il eût repoussé avec indigna- « tion ces actes infamants de radministration d'alors. » {Mémoires pour servir à Vhistoire de France sous Napoléon, par M. db Montholon, t. iv, pag. 248. )

Pourquoi ne conviendrois-je pas que ce jugement flatte de mon cœur Vorgueilleuse foiblesse? Bien de petits hommes à qui j'ai rendu de grands services , ne m'ont pas jugé si favorablement que le géant dont j'avois osé déserter le crime* et attaquer la puissance.

Quoi qu'il en soit , en rapprochant l'écrit de Buonaparte et des Bourbons dn parallèle de Buonaparte et de Washington \ et de quelques pages de ma Polémique*, on saura à peu près tout ce qu'il y a à dire en bien et en mal de celui que les peuples appelèrent un fléau : les fléaux de Pieu conservent quelque chose de l'éternité et de la grandeur de ce courroux divin dont ils émanent. Ossa arida ... dabo vobis spiritum, et viveris, (Ezéchiel.)

> Voici le passage auquel Buonaparte fait allusion , et qu*il avoit mal retenu :

« Jeté au milieu des mers où le Gamoëns plaça le génie des tempêtes , Buonaparte ne « peut se remuer sur son rocher sans que nous ne soyons avertis de son mouvement par « une secousse. Un pas do cet homme i l'autre pôle se fait sentir à celui-ci. Si la Provi- « dence déchatnoit encore son fléau ; si Buonaparte étoit libre aux États-Unid , ses re- « gards attachés sur rOcéan suffiroient pour troubler les peuples de Tancien monde : « M seule présence sur le rivage américain de l'AUantique forceroit l'Europe i camper « sur le rivage opposé. » ( Polémique, auvres complètes, édition in-8o de Lefévre , t. ix, tri. du 17 novembre ISIS. ) ,

• L'assassinat du duc d'Enghien. — 3 Voyage en Amétique.

4 Voyez tome xx, Polémique, articles du 17 novembre IS|8 — 5 JuUlet ISM inclusivement.

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