‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 60 sur 142 · PORTRAIT DU PRINCE. CONCLUSION · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU PRINCE. CONCLUSION

Ici finit" l'histoire de la vie et de la mort de Charles-Ferdinand d'Artois , fils de France , duc de Berry : il ne nous reste plus

■ Du Tillet , Rec ueit des Rois de Fi-ance.

rien à dire de ce prince , si ce n'est quelque chose de sa personne. Il avoit la tète grosse , comme le chef des Capets , la chevelure mêlée , le front ouvert , le visage coloré , les yeux bleus et à Qeur dé tête , les lèvres épaisses et vermeilles. Son cou étoit court , ses épaules un peu élevées , ainsi que dans toutes les grandes races militaires. Sa poitrine , où son cœur battoit sans déOanceet sans peur, offroit une large place au poignard. M^ le duc de Berry étoit de taille moyenne , dé môme que Louis XIV \ car c^est une erreur de croire que Louis XIY étoit d'une haute stature : une cuirasse qui nous reste de lui , et les exhumations de Saint-Denis, n'ont laissé sur ce point aucun doute. Le prince dont nous venons d'écrire la vie avoit la mine brave , l'air de visage franc et spirituel : sa démarche étoit vive , son geste prompt , son regard assuré , intelligent et bon , son sourire charmant. Il s'exprimoit avec élégance dans le commun discours , avec clarté dans les affaires, avec éloquence dans les passions. On retrouvoit dans M'' le duc de Berry le prince, le soldat, l'homme qui avoit souffert, et l'on se sentoit entraîné vers lui par une certaine bonne grâce mêlée de brusq uerie , attachée à toute sa personne. Quant à son caractère , il se trouve peint par ses actions à chaque page de cet écrit. M^ le duc de Berry avoit passé une vie noble , mais oubliée; il ne lui a fallu que quelques heures h la fîn de sa dernière journée pour acquérir une gloire que cent triomphes ne lui auroient pas obtenue : récompensé à la fois sur la terre et dans le ciel de ses vertus humai* nés et de ses vertus chrétiennes , le ^lême moment lui a donné l'immortalité et l'éternité.

Tirons au moins de notre malheur une leçon utile, et qu'elle soit comme la morale de cet écrit.

Il s'élève derrière nous une génération impatiente de tous les jougs, ennemie de tous les rois-, elle rêve la république, et est incapable par ses mœurs des vertus républicaines. Elle s'avance j elle nous presse, elle nous pousse : bientôt elle va prendre notre place. Buonaparte l'auroit pu dompter en l'écrasant, en l'envoyant mourir sur les champs de bataille, en présentant à son ardeur le fantôme de la gloire , aHn de l'empêcher de poursuivre celui de la liberté ; mais nous, nous n'avons que deux choses à opposer aux folies de celte jeunesse : la légitimité escortée de tous ses souvenirs , environnée de la majesté des siècles;' la monarchie représentative assise sur les bases de la giande propriété, défendue par une vigoureuse aristocratie, foriiQée de toutes les puissances morales et religieuses. Quiconque ne voit pas cette vérité ne voit

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