U REPUBUQUE ET LE PROTECTORAT
LA "république et LE PROTECTORAT.
De 4649 à 4655.
Deux effets furent produits en Angleterre par Téxécution de Charles.
D'une part , les hommes de bien furent consternés ; il y eut des douleurs profondes, des morts subites causées par ces douleurs ; et comme la nation étoit religieuse , il y eut aussi des remords. VEikon Basiliké fit regretter Charles I*' , de même que le testament de Louis XVI a fait admirer ce dernier roi. VEikon Bas{liké n'étoit point de Charles : le docteur Gauden en est aujourd'hui reconnu l'auteur. Millon eut l'odieuse commission d'éclaircir ce point de critique : toute la sublimité de son génie, appuyée de la vérité du fait, ne put néanmoins triompher d'une imposture, ouvrage d'un esprit commun , mais fondée sur la vérité du malheur.
Que reste-t-il aujourd'hui de toutes ces douleurs en Angleterre? Une cérémonie établie par Charles second , et qui se célèbre le 30 janvier de chaque année. On est censé jeûner, et l'on ne jeûne points les spectacles sont fermés, et l'on se divertit dans les salons et dans les tavernes^la bourse est aussi fermée, au grand ennui des spéculateurs qui se soucient fort peu de trouver sur le chemin de leur fortune ou de leur ruine la tète d'un roi. Les siècles n'adoptent point ces legs de deuil ; ils ont assez de maux à pleurer , sans se charger de verser encore des larmes héréditaires.
D'une autre part, la confusion se répandit dans les trois royaumes après la mort de Charles P". Chacun avoit un plan de république et de religion. Les Millénaires , ou les hommes de la cinquième monarchie, demandoient la loi agraire et l'abolition de toute forme de gouvernement, afin d'attendre le gouvernement prochain du Christ; il n'y avoit d'après eux d'autre charte que l'Écriture. Les Antinoniens prétendoient que la loi morale étoit détruite , que chacun se devoit conduire désormais par ses propres principes , et non plus d'après les anciennes notions de justice et d'humanité ; ils réclamoient la liberté de tout faire : la fornication , l'ivrognerie, le blasphème , sont , disoient-ils , selon les voies du Seigneur, puisque c'est le Seigneur qui parle en nous. Ils n'étoient pas loin de devenir turcs , et se plaisoient à la lecture du Coran nouvellement traduit. Les quakers, et surtout les quakeresses, passoient aussi pour une secte mahométane. Des politiques , s'élevant contre
toute espèce de culte , vouloient que le pouvoir ne reconnût aucune religion particulière; d'autres prétendoient refondre les lois civiles , et effacer complètement le passé. Dépouillés de leurs biens et de leurs honneurs, lesépiscopaux-gémissoient dans l'oppression; et les presbytériens voyoient le fruit d'une révolution qu'ils avoieut semée , recueilli par les indépendants , les agitateurs et les niveleurs.
Ces niveleurs étoient de plusieurs espèces : les uns , les fouiUeurs et déracineurs , s'emparoient des bruyères et des champs en friche; les autres , les guerriers et les lurbulenis , soulevoieut les soldats ou devenoient voleurs de grands chemins : tous demandoient la dissolution du long parlement et la convocation d'un parlement nouveau. Dans cette désorganisation complète de la société, au milieu des potences et des échafauds qui s'élevoient pour punir le crime et la vertu , on n'avoit aucun parti arrêté : par une sorte de bonne foi que l'anarchie laissoit libre, il étoit très commun d'entendre des républicains parler de mettre Charles second k la tète de la république, et des royalistes déclarer qu'une république étoit peut-être ce qu'il y avoit de mieux,
Il restoit cependant à Londres deux principes de gouvernement et d'administration : le rwnp , e^e conseil des officiers qui avoit déjà subjugué le rump.
On examina d'abord si la chambre des pairs faisoit partie intégrante du pouvoir législatif : malgré l'opinion de Cromwell , qui dans ses intérêts vouloit garder la pairie, il fut décidé que la chambre héréditaire étoit inutile et dangereuse; sa suppression fut décrétée. La monarchie éprouva le même sort : le maire de Londres refusa de proclamer l'acte d'abolition de la royauté.
Le royaume d'Angleterre se trouvant transformé en république , an nouveau grand sceau fut gravé ; il représentoit d'un côté la ehambre des communes , avec cette inscription : Le grand sceau de la république d'Angleterre; sur le revers on voyoit une croix et une barpe, armes de l'Angleterre et de l'Irlande, avec ces mots : Dieu avec nous; dans l'exergue on lisoit : L'an premier de la liberté, par la grâce de Dieu. 1649. C'est une mauvaise date pour la liberté que celle d'un crime.
Cinq membres des communes furent chargés (Ludlow en étoit on) de composer un conseil de Quarante , auquel seroit dévolu le pouvoir exécutif. Ce comité des Cinq présenta trente-cinq candidats ; on leur adjoignit le comité des Cinq. Celui-ci fut en outre