LA REPUBLIQUE ET LE PROTECTORAT
chargé d'examiner la conduite des parlementaires qui n'ayoient pas siégé à Westminster durant le procès du roi.
Il étoit convenable d'immoler des victimes en l'honneur des funérailles du prince : le duc d'Hamilton , le Ëarl de HoUand et lord Capell , prisonniers, furent décapités ; le premier contre le droit des gens, les deux derniers contre le droit de la guerre. Tous les partis regrettèrent lord Gapeli ; Gromwell Ht de lui un éloge magniGque,mais il prétendit qu'on le devoit sacrifier à cause même de sa vertu. Le noble pair , étant sur Téchafaud y s'adressa à l'exécuteur : « Avez-vous coupé la tête de mon maître?» — «Oui,» répondit l'exécuteur: « Où est l'instrument qui porta le coup? » Le bourreau montra la hache. « Etes-vous sûr que ce soit la même?» reprit lord Capell. Sur sa réponse affirmative , le royaliste prit la hache , la baisa avec respect, la rendit au meurtrier public , en lui disant : « Misérable! n'étois-tu pas effrayé? >» Le bourreau repartit : « Ils me forcèrent de faire mon métier, et j'eus trente livres « sterl. pour ma peine. »
Eh bien, le bourreau mentoit, il se vanloit d'une victoire qui n'étoit pas la sienne; il n'a voit souillé ni sanctifié ses mains et sa hache dans le sang de son roi. Cet homitie, qui se nommoit Brandon , n'étoit que le bourreau ordinaire ; on ne l'avoit point appelé (ou peut-être avoit-il refusé par frayeur son ministère) à la grande exécution. La peur cessant, la vanité revint^ Brandon songea i sauver ses droits et son honneur : le soir même de la mort de Charles , Brandon tint dans un cabaret le propos qu'il redit à lord Capell, se parant du crime qu'il n'avoit pas commis*.
Lord Capell livra sa tète après avoir déclaré qu'il mouroit pour Charles I**, pour son fils Charles n et pour tous les héritiers légitimes de la couronne.
Le rump, feignant de céder à l'opinion publique, s'occupa , en apparence, de sa dissolution , et rechercha les principes d'après lesquels un parlement nouveau pourroit être élu. Le rtmip n'étoit pas sincère ; il ne songeoit qu'à se perpétuer en attendant les événements, grands débrouilleurs de la politique.
Cependant le comte d'Ormond, lord Inchiquîu et le général Preston avoient soulevé l'Irlande , où Monk , qui défendoit Dundalk pour le parlement , avoit capitulé.
Cromwell , malgré les prétentions de Lambert et de Fairfex , fut nommé au gouvernement militaire et civil d'Irlande. H partit
» Tryal of twenty-Diae rfgicides, p. 53.
m LES QUATRE STUART.
accompagné d'Ireton , son gendre , après avoir cherché le Seigneur devant Harrison , et expliqué les Écritures.
Il aborde à Ttie dévouée avec dix-sept mille vétérans et une garde particulière de quatre-vingts hommes , tous officiers. Trédall est emporté d'assaut; Crpmwell monte lui-même à la brèche : tout périt du côté des Irlandois. Le commandant , sir Arthur Ashton , est tué-, ce vieux militaire avoit une jambe artincielle; elle passoit pour être d'or : les soldats républicains se disputèrent cette jambe royaliste , qui n'étoit que le trésor de bois de l'honneur et de la fidélité.
Wexford est saccagé, Goran rendu par les soldats; les oQlciers sont fusillés. Kilkenny, Youghall, Cooke, Kingsale, Golonmell, Dungarvan et Carrik se soumettent. Gromwell et Ireton portent à l'Irlande , comme ils l'avoient annoncé , l'extermination et l'enfer.
Gromwell , au milieu de ses victoires , est rappelé pour repousser les Écossois : ceux-ci s'étoient décidés à reconnoître les droits de Charles second. Et bien qu'ils eussent pendu le royaliste Montross pafcequ'il n'étoit pas covenantaire , ils étoient eux-mêmes royalistes. Rien de plus commun que ces inconséquences des partis dans les discordes civiles.
Les négociations entre Charles II et les Écossois avoient été plusieurs fois interrompues. Charles enfin , privé de toutes ressources, s'étoit rendu à Edimbourg : là il avoit repris le sceptre de Marie-Stuart , à la charge de publier cette déclaration d^honorante :
M Que son père avoit péché en prenant femme dans une famille «^idolâtre;
« Que le sang versé dans les dernières guerres devoit être im- « puté à son père ;
« Qu'il avoit une profonde douleur de la mauvaise éducation « qu'on lui avoit donnée, et des préjugés qu'on lui avoit inspi- « rés contre la cause de Dieu , et dont il reconnoissoit à présent « l'injustice;
« Que toute sa vie précédente n'avoit été qu'un cours suivi d'i- « nimitié contre l'œuvre de Dieu ;
(c Qu'il se repentoit de la conmiission donnée à Montross , et de « toutes ses actions qui avoient pu scandaliser ;
« Qu'il protestoit devant Dieu qu'il étoit à présent sincère dans « cette déclaration , et qu'il s'y tiendroit jusqu'à son dernier soute pir , tant en Ecosse qu'en Angleterre et en Irlande. >»