RICHARD CROMWELL
permettroit plus cette disparition. D'ailleurs rien ne se ressemble , sous ce rapport , dans la position et la destinée des deux hommes.
Le Protecteur ne sortit point de son lie : les troubles de 1640 commencèrent et finirent dans la Grande-Bretagne. Nos discordes se sont mêlées à celles du monde entier; elles ont bouleversé les nations, renversé les trônes. Ce qui distingue les derniers mouvements politiques de la France de tous les mouvements politiques connus , c'est qu'ils furent à la fois un affranchissement pour nous et un esclavage pour nos voisins, une révolution et une conquête. Demandez aux Arabes de la Libye et de la mer Morte , demandez aux nababs des Indes le nom de Cromwell ; ils l'ignorent. Demandez-leur le nom de Napoléon , ils vous le diront comme celui d'Alexandre.
Cromwell immola Charles I*' et prit sa place ; Buonaparte , retournant dix siècles en arrière, ne s'empara que de la couronne de Charlemagne; il fit et défit des rois, mais n'en tua point.
Cromwell prit a femme Elisabeth Bourcbier : il eut pour princi* pal gendre un procureur : tous les enfants d'Elisabeth Bourcbier retombèrent dans l'état obscur de leur mère quand leur père fameux disparut.
Buonaparte épousa la fille des Césars , maria ses sœurs à des souverains qu'il avoit créés , et ses frères à des princesses dont il avoit protégé la race. Il* n'appartint jamais à aucune assemblée législative; il ne fut jamais, comme Cromwell , un tribun populaire ; moins coupable que lui envers la liberté , puisqu'il avoit pris moins d'engagements avec elle , il se crut libre d'écrire son nom avec son épée dans la généalogie des rois : les siècles à venir se sont chargés de fournir ses titres de noblesse.