‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 85 sur 142 · PAR M. LE DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

PAR M. LE DUC DE RICHELIEU

DANS LA BBAACB DU iS FÉYRUR 1816.

Messieurs, un mois juste s'est écoulé depuis le nK)ment où vous fûtes appelés à Saint-Denis : vous y entendtlcs la lecture du Testament de Louis XVI. Voici un autre Testament : lorsqu'elle le fit, Marie -Antoinette n'a voit plus que quatre heures à vivre. Avez -vous remarqué dans ces derniers sentiments d'une reine, d'une mère, d'une sœur, d'une veuve, d'une femme, quelques traces de foiblesse? La main est ici aussi ferme que le cœur 5 l'écriture n'est point altérée ; Marie -Antoinette, du fond des ca-

" chots , écrit à madame Elisabeth avec la même tranquillité qu'au milieu des pompes de Versailles. Le premier crime de la révolution est la mort du Roi -, mais le crime le plus affreux est la mort de la Reine. Le Roi du moins conserva quelque chose de la

r^': royauté jusque dans les fers, jusqu'à l'échafaud : le tribunal de ses prétendus juges étoit nombreux-, quelques égards étoient encore témoignés au monarque dans la tour du Temple; enfîn , par un excès de générosité et de magniGcence, le fils de saint Louis, l'héritier de tant de rois, eut un prêtre de sa religiqp pour aller à la mort, et il n'y fut pas traîné sur le char commun des victimes. Mais la fille des Césars, couverte de lambeaux , réduite à raccommoder elle-même ses vêtements, obligée dans sa prison humide d'envelopper ses pieds glacés dans une méchante couverture, outragée devant un tribunal infftme par quelques assassins qui se disoient des juges , conduite sur un tombereau au supplice, et cependant toujours reine!.... Il faudroit, messieurs, avoir le courage même de cette grande victime pour pouvoir achever ce récit.

Une chose ne vous frappe -t-elle pas dans la découverte de la Lettre de la Reine ?

Vingt-trois années sont révolues depuis que cette lettre a été écrite. Ceux qui eurent la main dans les crînies de cette époque (du moins ceux qui n'ont point été rendre compte de leurs œuvres à Dieu) ont joui pendant vingt- trois ans de ce qu'on appelle prospérité. Ils cultivoient leurs champs en paix , comme si leurs mains étoient innocentes ; ils plantoient des arbres pour leurs enfants , comme si le Ciel eût révoqué la sentence qu'il a portée contre la race de l'impie. Celui qui nous a conservé le Testament de Marie- Antoinette avoi tacheté la terre deMontboissier : juge de Louis XVI, il avoit élevé dans cette terre un monument à la mémoire du défenseur de Louis XVI 5 il avoit gravé lui-môme sur ce monument une épitaphe en vers françois à la louange de M. de Malesherbes. N'admirons point ceci , messieurs , pleurons plutôt sur la France. Cette épouvantable impartialité qui ne produit ni remords , ni expiations, ni changements dans la vie, ce calme du crime qui juge équitablement la vertu, annoncent que tout est déplacé dans le monde moral, que le mal et le bien sont confondus, qu'en un mot la société est dissoute. Mais admirons , messieurs , cette Providence dont les regards ne se détournent jamais du coupable. Il croit échapper à travers les révolutions ; il parvient au bonheur et à la puissance : les générations passent , les années s'accumulent, les souvenirs s'éteignent, les imprassions s'effacent; tout' semble oublié. La vengeance divine arrive tout à coup ; elle se présente face à face devant le criminel, et lui dit en l'arrêtant : M Me voici ! » En vain le Testament de Louis XVI assure la grâce aux coupables : un esprit de vertige les saisit; ilsdéphirent euxmêmes ce Testament ; ils ne veulent plus être sauvés! La voix du peuple se fait entendre par la voix de la Chambre des députés : la sentence est prononcée ; et , par un enchaînement de miracles , le premier résultat de cette sentence est la découverte du Testament de notre Reme !

Messieurs , c'est à notre tour à prendre l'initiative. La Chambre 4es députés a voté une adresse au Roi , pour protester contre le crime du 21 janvier; témoignons toute l'horreur que nous inspire le crime du 16 octobre. Ne pourrions-nous pas en même temps renfermer dans cet acte de notre douleur la proposition de M. le duc de Boudeauville? Dans ce cas , la Résolution de la Chambre pourroit être ainsi rédigée :

La Chambre des pairs, profondément touchée de la communication que Sa Majesté a daigné lui faire par l'organe de ses ministres , arrête ,

Que son président , à la tête de la grande députation , portera aux pieds de Sa Majesté les très respectueux remercîments des pairs de France. Il lui exprimera toute la douleur qu'ils ont ressentie à la lecture de la Lettre de la reine Marie-Antoinette , et toute rhorreur qu'ils éprouvent de Tépouvantable attentat donf cette lettre rappelle le souvenir; il dira en même temps à Sa Majesté que la Chambre des pairs se joint de cœur et d'ame à celle des députés, dans les sentiments exprimés par cette dernière Chambre relativement au crime du 21 janvier^ suppliant le Ij^oi de permettre que le nom de la Chambre des pairs ne soit point oublié sur les monuments qui serviront à éterniser les regrets et le deuil de la France.

PRONONCÉE A LA CHAMBRE DES PAIRS lE 12 MARS 1816,

SUR LA RÉSOLUTION DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS, RELATIVE AUX PENSIONS ECCLÉSUSTIQUES

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