‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 93 sur 142 · OPINION SUH LE PROJET DE LOI RELATIF AUX FINANOBB · texte numérisé non relu

OPINION SUH LE PROJET DE LOI RELATIF AUX FINANOBB

PE0lt0l(Cfti A LA CBAMBâB DBS PAIES DÀMS LA BBAlfCB DU Si MAMê 48^7.

Messieurs, quand j'eus l'honneur de vous soumettre mon opi^ nion sur le projet de loi relatif aux journaux , c'éloit la première fois , dans le cours de cette Session » que je paroissois à cette tribune ; j'espérois que ce seroit la dernière. Après une révolution de vingt-cinq années , quand les passions s'agitent encore , quand les divers intérêts ne se sont point encore mis en équilibre , il est dit* ficile de traiter un sujet de politique , et de ne blesser personne^ Tavois peut-être eu ce bonheur dans mon discours sur la liberté de la presse. Il convenoit à mon repos comme à mes goûts d'm rester là. Mais puis-je me taire dans une cause qui est presque devenue la mienne , et que je devrois encore défendre par le sentiment de toutes les convenances , si ce n'étoit par celui de tous les devoirs? Au reste, en traitant des choses , J'éviterai le {duspoa^

aible de toucher aux hommes, sans toutefois dissimuler des Y^ités utiles , et sans trahir la cause de Dieu.

Tous voyez par là , messieurs , que mon dessein n'est pas d'examiner le budget dans son entier , quoiqu'il me paroisse très attaquable ; d'abord il est tout à fait inconstitutionnel de faire un emprunt sans en avoir fait connoltre aux Chambres les charges et les conditions ; chose d'autant plus singulière , que les journaux étrangers ont publié ces conditions , et que nos journaux n'ont pu les répéter. J'aurois enfin beaucoup de choses à dire sur l'arriéré , sur le chapitre des économies , bien que la parcimonie dans l'administration d'un grand royaume ne me paroisse pas nn système à suivre. Mais enfin , tout imparfait que me semble le budget , j'aurois voté pour son adoption , si je n'y avois rencontré le titre XI. Cest donc, messieurs, de ce titre seul que je vous demande la permission de vous entretenir : je voudrois être court; le sujet est long, et je n'ai pu ni dû l'abréger.

Trois sortes de propriétés sont comprises sous le nom de forêts de l'État : les anciens domaines de la couronne , quelques propriétés de l'ordre de Malte , et le reste des biens de l'Église. Qu'il me soit permis d'écarter les raisons incidentes : on dira qu'on affecte les bois de l'État à la caisse d'amortissement , mais qu'il n'est pas dit qu'on les vendra ; qu'il est même dit qu'on ne vendra pas cette année les cent cinquante mille hectares dont l'aliénation est arrêtée , qu'il faudra une loi pour vendre le reste. Expliquez la chose comme vous le voudrez , le fond de tout cela est l'aliénation certaine pour une partie^ probable pour Fautre , des anciens domaines de la couronne et du reste des biens de l'Église; sauf la quantité nécessaire pour former une rente de quatre millions qu'on pourra ne pas attribuer à l'Église sur ses propres biens, mais dont on lui fera peut-être une charité sur le bien d'autrui.

Le domaine de la couronne devint inaliénable en 1318, par une déclaralion de Philippe le Long , confirmée dans la suite par les ordonnances de Blois et de Moulins. Cependant l'aliénation fût autorisée dans deux circonstances particulières , comme l'a prouvé Domat : 1"" lorsqu'on apanageoit un fils de France; S"" lorsqu'une, guerre légitime forçoit la couronne à des dépenses extraordinaires. Cette exception à la règle devint en peu de temps une source d'abus.

Ainsi nos monarques, souvent obligés de cédera la nécessité , se crurent le pouvoir de disposer du domaine , tandis que les parlements et les États^énéraux ne reconnurent ce pouvoir que.dans

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les deux cas dont j'ai parlé. La loi du royaume s'opposoit à la volonté royale. La bourse du prince est la bourse du peuple , dit le vieux Du Tîllet, expliquant celte loi : maxime digne d'une monarchie fondée sur l'esprit de famille et de paternité.

Irai-je aujourd'hui réclamer l'autorité d'un droit qui n'existe plus , puisque le domaine est anéanti par la nouvelle constitution ? Gontesterai-je à notre généreux monarque la faculté d'abandonner aux besoins de la patrie le gage de la liste civile? Surcepomt je serois moins opposé à la disposition du budget , «i on donnoit à cette disposition des bases admissibles ; si, au lieu d'engloutir la totalité de l'ancien domaine dans une caisse d'amortissement beaucoup trop forte, on l'en retiroit ; si enQn en jouant du hautbois, comme Sully pour Henri lY , comme Sully on abattoit le chêne sans le déraciner. Je n'admets point d'ailleurs que la liste civile soit pour la couronne un équivalent de ce qu'elle a perdu , surtout lorsqu'on aliénant les forêts de l'État vous retirez à la liste civile son hypothèque naturelle, comme l'a remarqué mon respectable ami M. de Bonald dans un discours qui restera. Jamais un revenu, quelque considérable qu'il soit, voté par les Chambres au commencement de chaque règne, et pouvant conséquemment varier selon les temps, les hommes et les révolutions, ne peut être une juste compensation d'une propriété foncière, personnelle , imprescriptible, inaliénable. La liste civile , sans hypothèque , a l'énorme inconvénient de livrer le roi au peuple , et de mettre les princes de la famille royale dans la plus fâcheuse dépendance. Et ce n'étoit pas la couronne qui a voit apporté aux Capets la propriété, c'étoient lesCapets qui avoient apporté la propriété à la couronne: Hugues prit cette couronne pauvre et morcelée -, il la dota , et sa postérité la transmit enrichie par les Ages , de grands hommes en grands hommes, de saints en saints, de Philippe-Auguste à Louis IX, de saint Louis à Louis martyr. S'il naissoit aujourd'hui à la France un rejeton de tant de rois puissants, la France n'auroit pas même à lui donner en apanage le potager de Charlemagne , le chêne de saint Louis et la vigne du Béarnois.

En défendant toutes les propriétés , il est de mon devoir, messieurs, de défendre aussi celle qui appartient à plusieurs membres de cette Chambre. L'ordonnance du 4 juin , qui, donnée avec la Charte , a pour nous force de loi , se trouve évidemment violée par l'abandon de toutes les forêts de l'État A la caisse d'amortissement. 11 est remarquable que cette ordonnance emploie cette expression : domaine de ta couronne. Vous trouverez juste de vous

avoir rappelé cette ordonnance , et bienséant de ne pas m*y ar* rôter.

S'obstinera-t-on à vendre les forôts de TÉtat? A-Um le deSBeilk de recourir un jour à cette mesure déplorable par sa nature , ina* tile au crédit comme on Ta cent et cent fois démontré , à cette masure qui n'apportera aucun soulagement à nos dettes , et qui ^ nous privant à la fois du capital et du revenu ^ nous obligera un jour à remplacer ce revenu par un impôt? Que Ton veille da moins scrupuleusement au mode d'aliénation quand le jour ftital sera venu. S'il étoit des propriétés dont la perte fût trop regM*table , il faudroit les retenir. On tàcberoit autant que posaibto , pat* des opérations habiles , de prévenir la destruction des futaies el la vileté du prix. Quelques-unes de ces futaies , par exemple , sont placées dans le ressort de nos grandes communes. Pourquoi ces communes ne les achèteroient-elies pas , en s'imposant quelqoei centimes, par une préférence que leur accorderoit la loi? Biles y trouveroient un agrément pour leurs villes, un avantage pour leufS pauvres. Les coupés seroient ménagées avec ce soin que lei cor^ porationsmettent dans leur administration. La Gaule oonservercHt avec ses forôts la source de ses fleuves et les traditions de ses peu^ pies. On ne verroit point périr la race des arbres qui fournissoient à nos pères des charpentés durables comme leurs femilles. Ainsi s'augmenteroient sur la surface de la t^rance les biens.commu*naux^ reste précieux de la législation romaine. }a vmted« do^ maines de l'État serviroit à la fois à payer les dettes de l'État et | augmenter les propriétés des communes, double avantage qdl réjouiroit le père de ftimille , le consoleroit de ses sacrifices , et lui laisseroit môme l'espérance de racheter un jour l'Héritage de ses aïeux* Mais telle est la difTérence des siècles : notttf terrodë SAns émotion se former peutôtre de nouveau ces eôm|Nsigtiies^ Connues dans ta révolution sous le nom ieeonipagmeimitm^éniSê abattront ces bois où nos aïeux les aurolent contraintes del|e cft^ Cher. Trop heureux alors si quelques-unes de nos montagnes gat^ dent pour la postérité une douzaine de ces chênes , antique hon^ neur de notre patrie , comme le Liban montre les dix-neuf cèdres restés debout sur son sommet.

Cependant, messieurs, on n'ignore plus l'utilité des forêts. Uê peuples , dans tous les temps , les ont mises sous la protection de la religion et des lois; et le christianisme, qui connut mieux en* core que les fausses religions la destinée des oeuvres du Créateur ^ plaça ses premiers monuments dans nos bois. Partout où les arr

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irai ont disparu , l'homnie a été puni de son impiHSyofaDoe. Je puis vous dire mieux qu'un autre , messieurs « ce que produit la présenoe ou l'absence des forêts , puisque j'ai vu les solitudes du Nouveau-Monde où la nature semble naître , et les déserts de la vieille Arabie où la création paroit expirer. Les Gévennes étdeDl autrefois couronnées de mélèzes^ le pays Gbartrain conserva longtempe sa fameuse forêt) des taillis épais répandus dans les landes de Bretagne et sur la côte maritime depuis Boulogne jusqu'au Havre , metloient la France à l'abri des vents d'ouest qui la tourmentent. Par ces plantages soigneusement entretenuSinousaviona à peu près cinq cent mille lieues de ruisseaux intarissables, qui fôcondoient des terrains dont un tiers est aujourd'hui stérile. Il manque à nos montagnes trois cent cinquante mille arpens de boi^i à nos ruisseaux , étangs et rivières, six cent trente millions d'arbres 9 et cent cinquante millions à nos marais. C'est ignorer notre histoire que de se représenter la France gothique comme un pays sauvage, parcequ'on y propageoit les bois. Le Roi Ghil* debert ne desiroit qu'une chose avant de mourir, c'éloit de voir cette Auvergne qui, selon l'expression de Grégoire de Tours , M k chef-4'oaivredelanaiure,etun€ espèce d'enehaniemenl. Lorsque Edouard m vint rendre hommage à Philippe de YaloiSf il fut trop frappé de la beauté de notre patrie, que les forêts du domaine oou* yroient comme d'un manteau royal. A son retour en Angleterre i Edouard fut reçu, dit Froissart, mouU joyeusemeni pat sa femmM qui lui demanda des nouvelles de France, Le roi son mari lui en racorde mse%, et du grand éiai quU avoil trouvé en France j auquel nul antre page ne se peut comparer. Il y a maintenant dans le royaume beaucoup plus de terres en labour qu'il n'y en avoit vers le milieu du quatorzième siècle, et cependant, sous le règne de Philippe de Valois , la population de la France étoit au moins égale à ce qu'elle est aujourd'hui : lant il est vrai que la nature en sait plus que les hommes. Golbert voyoit la destruction de la France dans la destruction des bois : je préfère son sentiment à celui de quelquesillis de ces amis de l'égalité (mais non pas de la liberté), dont la haine s'obstine à poursuivre dans les futaies la mémoire des anciens possesseurs de ces futaies , et qui , désolés de n'avoir pu niveler les hommes , en veulent encore à la noblesse des chênes.

Jusqu'ici , messieurs , je n'ai parlé que d'une propriété pour hiquelle il m'étoit libre d'adopter ou de rejeter tel ou tel principe politique ; mais celle dont je vais vous entretenir ne m'a paslai^é le choix d'une opinion. Vous ne serez pas étonnés de me voir re*

pousser de toute ma force non-seulement Tidée, mais jusqu'à Tombre de l'idée de la vente des biens de TÉglise.

Je dois d'abord parler des propriétés de l'ordre de Malte. Uû noble duc a déjà traité celte matière avec la clarté de style et la solidité de jugement qui le caractérisent. Jusqu'ici on a mal à propos confondu les biens de l'ordre de Malte avec les autres propriétés d'origine religieuse. On ne trouve dans aucun concile les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem rangés au nombre des religieux. Innocent III, par une belle expression, les appelle mtUies oranteê, des soldats priants : sa|nt Bernard les nomme des Solitaires guerriers. Deux arrêts du parlement, trois arrêts du Grand Conseil séparent absolument leurs biens des propriétés de l'Eglise. A quel titre, messieurs, disposerions nous de ces biens? L'ordre de Saint-Jean-de- Jérusalem est un ordre indépendant. Il régna pendant près de trois siècles sur Ttle de Rhodes par droit de conquête, et Charles-Quint lui céda Ttlede Malte en toute souveraineté.

L'ordre est-il anéanti? Non. Il existe après la prise de Malte, comme il exista après la prise de Rhodes. A celte dernière époque, il se retira à Yiterbe \ maintenant il est établi à Catane. Depuis l'abdication du grand-mattre Hompesch, deux autres grandsmattres ont gouverné l'ordre , le bailli Tommasi et le bailli Caraccioli; à celui-ci a succédé, comme lieutenant du grand-mattre, le bailli Giovani , qui , avec le sacré-consoîl , représente le soor verain.

L'ordre a dans ce moment nSème des envoyés extraordinaires en Portugal, en Espagne, en Autriche, en Angleterre. Il a porté ses réclamations au congrès de Vienne. Bien plus, Buonaparte demanda dans le traité d'Amiens que Malle fût restituée aux chevaliers^ et dans le traité de Lunéville il stipula que les domaines perdus par l'ordre en deçà du Rhin lui seroient rendus au delà de ce fleuve : c'étoit un homme merveilleqx pour la justice chez les autres.

Le décret de l'Assemblée nationale, du 29 septembre 1792, qui saisit les biens de l'ordre do Malte , reconnut en même temps , par l'article 12, la souveraineté de cet ordre.

En aliénant les biens des chevaliers de Saint-Jean-de Jérusalem, vous n'attaquez pas seulement des propriétés nationales, mais des propriétés sur lesquelles des étrangers ont des droits. Ce n'est pas une pure question de législation françoise , c'est une question de droit public de l'Europe. L'oixire possède tous ses biens en Por-

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tagal ; ils n'ont point été vendus en Espagne ; en Sardaigne ils seront rendus dans cinq ans; ils existent en Autriche; ils sont intacts dans les États romains et dans les Deux-SicUes.

Le revenu de Tordre en France étoit autrefois de quatre millions; il lui resteroit encore cinq à six cent mille livres de rente, si on lui rendoit ses propriétés non aliénées. Ne consommons pas une iqustice qu'on peut réparer, sous prétexte qu'il y a des injustices plus grandes et qui sont irréparables. Ne condamnons pas le malheureux qui vit encore, parceque son compagnon n'est plus. Autrement ce seroit ressembler à cet officier qui , le lendemain d'une bataille , faisant enterrer les blessés malgré leurs cris , disoit : «« Si on les écoutoit , il n'y en auroit pas un de mort. »

Maintenant , messieurs , vous parlerai-je des services rendus au monde par l'ordre de Saint-Jean-de- Jérusalem ? Si pour vendre sa dernière dépouille nous n'avons pas môme l'ombre d'un prétexte, l'injustice d'une pareille mesure s'accroît de toute la gloire atta- . cbée à cet ordre illustre. Nous vantons notre civilisation et nos arts ; sachons donc être reconnoissants envers ces guerriers qui ont tant contribué à sauver cette partie de l'Europe d'une nouvelle invasion de Barbares. Vous ne refuserez pas , messieurs , de reconnoitre pour vos créanciers les successeurs de LaYallette, de risle-Adam , de d'Aubusson , de Tourville et de Suflren. Si l'on dit que les chevaliers de Malte n'ont pas atteint le but de leur première institution , puisqu'ils n'ont pas sauvé la Palestine, estce une raison pour les dépouiller? Qui sait d'ailleurs s'il n'entroit point dans les desseins de la Providence de confier la terre de la foi À la garde des infidèles? Par les dangers répandus sur les chemins de Jérusalem , la tiédeur, la corruption , l'incrédulité furent écartées du Saint-Sépulcre , pour n'en laisser la périlleuse approche qu'au zèle du prêtre , au repentir du pénitent , et à la simplicité du pèlerin.

Je l'ai vue, messieurs, cette Judée jadis si florissante; le vigneron fuyoit devant l'aga qui venoit de lui ravir son champ , et cet aga devoit bientôt être chassé à son tour du champ par luimême usurpé. Les montagnes et les vallées stériles montroient que , dans ce pays , par un des effets les plus terribles de la malédiction dont il est frappé , la propriété avoit cessé d'être inviolable. On cultive mal , l'on finit par lie plus cultiver la terre qu'on peut nous ravir. Appellerons-nous aussi le désert dans nos plaines féccmdes, en remuant le fondement de la propriété? Est-ce aussi en punition de quelque crime que le Ciel jqous poujsse à vendre un

SOI OPDÏIONS

héritage qui n*Mt pas le ndtre? Et quel héritage , meaileiirs , qm eelai dont il me reste à vous parler ! Les saints débris do patr^ moine de l'Église, les bois où la religion nous civilisa » oà elle eoeeigDâ les arts de la société à nos ancêtres , et coupa le sceptre que devoit porter la main de soixante*dix-sept roisi

Avant d'entrer dans la question de morale et de hante polltl* qoe, sente question que Je prétende traiter dans ce disocarSi il fcut nn peu examiner les hits.

Si l'Église gallicane possédoit encore tous ses biens , si le sacrt* flce d'une partie de ces biens pouvoit sauver la France , il hudroll nous adresser à l'Église. Gomme en 1799, elle aceourroit la pre* miëre au-devant de nos besoins, elle se dépouilleroil elle^ménie sous l'autorité et par le conconrs des deux puissances. Ble gagneroit A son sacriBce ; car si la religion est indispensable A Ui France , la France doit être conservée pour faire fleurir la rein gfon. Mais ici , de quoi s'agit-il? d'un misérable lambeau depro« priété dont à peine vous restera-t-il qnelque chose qoand il aura subi toutes les pertes qu'il éprouvera à raliénàtion. Deux miUîOQfl de rente qne vous voulez vendre (puisque vous prétendez d<mMr à l'Église quatre millions pour remplacer les rix millions que vous lui retenez) , deux millions de rente représentent un eapital de quarante millions. De cette propriété cédée A vil prix , en retire* rez-vous un tiers clair et net? On sait qu'à la première restaunhtion tel acquéreur d'un bois national en a payé le fonds avee la produit de la coupe. Est-ce donc une cbétive ressource de dix i quinze millions, arrivant lentement et d'année en année, qui comblera Tablme de votre dette ? Cest détruire les bois sans nécessité , vendre pour le pkisir de vendre , attaquer la propriété et la religion sans avantages pour la France , sîl peut toutetbis y avoir des avantages pour un pays quand on attaque la propriété et la religion.

Mais à qui rendroit-on les biens provenant des différentes fimdations de l'élise ? Les titulaires sont morts. L'évéque de Grenoble peut-il hériter des Bénédictins de Clairvaux? Il fondra donc une administration du clergé ? Voilà donc le clergé redevenu un corps dans l'État.

Remarquons d'abord que le fait n'est pas exact ; il existe den biens non vendus qui ont appartenu à des évèchés , A des cbapi-très , A des séminaires ^ et ces évèchés , ces chapitres et ces senti* naires ont été rétablis ; ici le propriétaire ne manque donc pas A la propriété. De plus , des biens consacrés au culte peuvent dMoger

de titulaires , pourvu qu'on donne à jses biens une destinatkm pieuse , et qu'on remplisse les conditions imposées par les fbnda^ teurs. On trouve dans toute la chrétienté des exemples de ces transmutations faites du consentement des deux puissances; H suffit 9 pour s'en convaincre , d'ouvrir les loti ecclériasHques â*Hé^ ricourt.

Quant au clergé qui , dit-on » redeviendroit un corps dans l'État s'il avoit une administration commune , faut-il apprendre à ce siècle , si disert en législation, que ce n'est point l'administration qui ftiit le corps politique? Ce qui constitue ce corps , ce sont des droits , un ordre hiérarchique , une part à la puissance légish lative ; autrement toutes les communes de France et nos six ou sept ministères seroîent des corps politiques. Quelle singulière destinée que celle du clergé parmi nous ! Aujourd'hui qu'il a cessé d'être un corps politique , on craint qu'il ne possède en cette qualité; et au commencement de la révolution , lorsqu*il étoit véritablement un corps politique , pour prouver qu'il ne pouvoit pas posséder, on le transformoit en corps moral : c'étoit l'opinion de Thouret. Les droits qui constatent la propriété civile sont : Fâchât , le don ou l'héritage , et la possession. Or, l'Église a souvent acheté ; on lui a donné , elle a hérite , elle a possédé \ elle est donc propriétaire : sa possession surtout est si ancienne, qu'elle remontoit dans quelques provinces à la possession romaine. Lorsque saint Rémi baptisa Clovis, saint Rémi étoit propriétaire, et

Glovis nfî pofifiédoit pas môuiu dau» le» Gaules le-vase de Soissons.

Mais ne laissons pas le plus petit prétexte à la plus petite objection. Rien n'est plus fiicile, par la loi qui rendroit à l'Église le reste de ses biens , que de mettre le clergé à portée d'en disposer par vente ou par échange ; de sorte que , dans un temps donné , H n'y eût plus que des bénéfices particuliers, attribués à des églises particulières, toute administration générale cessant de plein droit à l'époque fixée par la loi. Que peut-on répondre à cela? Ainsi s'évanouissent à l'examen la raison de la nécessité d'argent, et l'objection prétendue constitutionnelle, puisque la vente des bois de l'Église ne vous produira presque rien , et quMt est facile de prévenir l'administration générale du clergé.

Opposera-t-on à la restitution des bois de l'Église non encore aliénés un droit de prescription produit par une interruption de jouissance de vingt-cinq années? Louis XIII fit rendre aux églises du Béam des biens qui leur avoient été enlevés cinquante-un ana auparavant , et dont la puissance ecclésiastique n'avoit pas Sanc-

tionné la saisie. Nous avons vu TAssemblée Gonstituante reodra , en 17B9 , aux prolestants , des propriétés non vendues , dont ito avoient été dépouillés en 1685 , et nous avons tous applaudi à une réparation qui venoit plus d'un siècle après Tinjustice. Ne prononcerons-nous la déshérence que pour la religion de TÉtat ?

Mais on donne à l'Église des dédommagements ; on lui accorde quatre millions par le nouveau budget, et on lui reconnott la faculté de recevoir des immeubles.

Si vousreconnoissez le principe , admettez donc la conséquence : si l'Eglise peut posséder, rendez-lui. donc les bois qui lui restent Est-ce sérieusement que nous avons cru l'enrichir, en déposant pour elle, dans le Bulletin des Lois, un principe stérile? Quels testateurs assez ingénus voudront en effet léguer quelque chose à l'Eglise , tandis que nous sommes occupés à vendre ses derniers biens? Une défiance, mal fondée sans doute, mais enfin une défiance assez naturelle , ne verra dans ces charités permises qu'une mesure de finances pour l'avenir. Chose étrange! la religion , qui partout assure la terre à l'homme, deviendroit le canal par où s'écouleroit le patrimoine des familles ; et il sudiroit que la propriété touchât l'inviolable sanctuaire pour cesser d'être inviolable.

Quant aux quatre millions donnés, je me contenterai de remar« quer qu'un amendement a été proposé et adopté par la Chambre des députés , relativement aux quatre millions. Il est dit que le Roi disposera de la quantité de bois nécessaire à cette dotation da clergé.

Cet amendement est très fâcheux pour l'autorité royale; car, en laissant l'arbitrage à la couronne, il lui laisse tous les inconvénients du parti qu'elle voudra prendre. Au reste, cet amende-' ment est nul par le fait , et quand la piété de notre vertueux monarque le porteroit à choisir les quatre millions parmi les anciennes propriétés de TÉglise, l'article 144 lui en interdiroit la faculté. Cet article déclare, en termes exprès, que la portion réservée pour le clergé sera prise dans les grands corps de forêts. Or, les grands corps de forêts appartiennent tous à l'ancien domaine de la couronne, excepté peut-être quelques-uns en Flandre et en Lorraine.

Mais lors même que l'Eglise consentiroit à couvrir sa nudité de la dépouille de nos Rois, deviendroit-elle pour cela propriétaire? N'est-il pas évident qu'un évêque de Provence , doté sur un grand corps de bois en Normandie , ne pourra régir sa dotation qu'avec des frais qui absorberoient une partie du revenu? Et comment

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partager ces grands «orps de bois? Il faudra donc s'en rapporter an Gouvernement qui tiendra compte de la dotation à révoque; le bois concédé ne sera donc plus qu'une espèce d'hyjk)lhëque : j'ai bien peur que tout ici soit illusion.

Il faut donc convenir qu'il y a des raisons autres que celles dont je viens de parcourir la série, pour ne pas restituer aujourd'hui à l'Eglise ce qui lui reste ; laissant de côté le calcul des intérêts personnels et les spéculations de l'agiotage, je n'examinerai que les principes généraux du système.

Que veut-on faire des forêts de l'État? Veut-on les aliéner, veut-on les conserver encore comme un moyen de crédit , comme un gage entre les mains des créanciers de l'Etat? Parlons d'abord de ce gage.

N'en déplaise à ceux qui n'ont administré que dans nos troubles , ce n'est pas le gage matériel , c'est la morale d'un peuple qui fait le crédit public. Ne gardez pas le bien de l'Eglise , et vous acquerrez plus de crédit en le rendant qu'en le vendant. Quand vous seriez maîtres de la moitié de l'Europe, si vous n'assurez les fortunes particulières, vous n'aurez point de fortune générale. ' La France , pendant le règne révolutionnaire , a possédé tous les biens du clergé , des émigrés et de la couronne, tant sur son vieux sol que dans ses conquêtes, et la France a fait banqueroute.

La France , sous Buonaparte , levoit des contributions de guerre énormes , augmentoit chaque année le domaine extraordinaire , et tous les ans il y avoit un arriéré indéGni , et un arriéré indé- Gni est une banqueroute.

Depuis le pillage du temple de Delphes et l'enlèvement de l'or de Toulouse jusqu'à nos jours, la saisie des biens consacrés aux autels n'a réussi à personne : Henri YIII vendit et dépouilla mille monastères, trente collèges, cent dix-huit hôpitaux, deux mille trois cent soixante-quatorze sanctuaires et chapelles, et , chaque année du règne de ce tyran, le Parlement fût obligé d'augmenter les subsides. *

Ce n'est donc point le gage matériel, encore une fois, qui fait le crédit, c'est la justice. Soyez intègres, moraux, religieux surtout , et la confiance que l'on aura dans votre probité vous fera trouver des trésors.

Du gage , passons à la vente.

Par la vente des forêts, on rassure, dit'-on, les acquéreurs de biens nationaux , et l'on finit la révolution.

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