GIBB
des cris \ Cette résistance amena la proscription de l*arianismedans tout rOrient, et un synode convoqué à Constantinople, Tan 382, confirma le dogme de la consubstantialité. L'intervention du pouvoir politique n'empêcha pas saint Grégoire fatigué d'abdiquer son siège et d'aller mourir dans la retraite '.
Maxime , usurpateur des Gaules , aussi orthodoxe queThéodose , fut le premier prince catholique qui répandit le sang de ses sujets pour des opinions religieuses. Priscillien, évêque d'Avila en Espagne , fondateur de la secte de son nom , fut exécuté à Trêves avec deux prêtres et deux diacres ^. Le poète Latronien , et £u« chrocia, veuve de l'orateur Delphidius, subirent le même sort.'Les Priscilliens étoient accusés de magie, de débauche et d'impiété. Saint Ambroise et saint Martin de Tours condamnèrent ces cruautés.
Je vous ai dit que l'impératrice Justine , seconde femme de Valentinien !•' , et mère de Valentinien II , étoit arienne. Elle entreprit d'ouvrir à Milan une église de sa confession -, Ambroise s'y opposa *, des troubles s'ensuivirent. Le saint qui les avoit excités par son zèle , les calma par son autorité. Néanmoins , condamné à l'exil , il refusa d'obéir, et le peuple prit sa défense. La liberté individuelle commençoit à renaître sous la protection de la vérité religieuse. Saint Augustin se trouvoit parmi les disciples de saint Ambroise.
Maxime, qui avoit enlevé à Gratien les Gaules, la Grande-^ Bretagne et les Espagne^ , entreprend de dépouiller Valentinien des provinces de l'Italie ; il trompe la cour de Milan malgré la clairvoyance de saint Ambroise , et franchit les Alpes avant que Justine se doutât de ses projets; elle n'eut que le temps de se sauver avec son fils. La population de Milan étoit catholique ; elle renonça facilement à la Tidélité jurée à une princesse et à un enfant ariens. Saint Ambroise refusa toute communication avec Maxime 4.
Justine, arrivée à Thessalonique , implore le secours de Théodose ; il le lui promet , en lui faisant observer que le Ciel lui infligeoit le châtiment dû à son hérésie ^ Valentinien avoit une sœur appelée Galla ; cette sœur confirma dans le cœur de Théodose la résolution que lui inspiroit la recoimoissance envers la famille de Gratien I*'. Théodose épouse Galla et marche à la tête d'une armée de Romains , de Huns, d'Alains et de Goths, contre une
• Grbg. Naz., de vUa sua, p. 24. — • ' /rf., ibid.
3 SuLP. Skv., lib. Il; Oros., lib. vu, cap. xxxiv.
4 Zos , lib. IV, p. 767 ; Thbodor., lib. v, cap. xiv, p. 7i4.
5 Theodor., lib. V, cap. xv, p. 724.
i58 ÉTUDES
armée de Romains, de Germains , de Maures et de Gaulois. Maxime , vaincu sur les bords de la Save, ne montra ni courage ni talent. Il se réfugia dans Aquilée, y fut pris, dépouillé des ornements impériaux , conduit au camp de Théodose , où sa tête tomba peu d'instants après sa couronne ».
Un an avant la victoire de Théodose sur Maxime, la sédition d'Antioche avoit eu lieu; Libanius et saint Chrysostome nous en ont conservé le double récit. Théodose, bien qu'il eût prononcé une sentence terrible , se laissa toucher et pardonna : trois ans plus tard il ne montra pas la même indulgence pour Thessalonique. A Antioche on avoit renversé les statues de l'empereur, de son père Théodose , de sa première femme Flacilla , de ses deux Tils Arcadius et Honorius ; à Thessalonique le peuple avoit égorgé Botheric , commandant de la garnison , en vindicte de l'emprisonnement d'un infâme , cocher du cirque , épris de la beauté d'un jeune esclave de Botheric. Théodose donna l'ordre d'exterminer ce peuple ; ordre qu'il révoqua quand il étoit exécuté. La foule appelée aux jeux du cirque fut assaillie par des troupes cachées dans les édiflces environnants. Un marchand avoit conduit ses deux tils au spectacle ; entouré de meurtriers , il leur offre sa vie et sa fortune pour la rançon de ses fils : les soldats répondent qu'ils sont obligés de fournir un certain nombre de têtes, mais ils consentent à épargner une des deux victimes, et pressent le marchand de désigner celle qu'il veut sauver. Tandis que le père regarde en pleurant ses deux fils, et qu'il hésite, les impatients barbares épargnent à sa tendresse l'horreur du choix : ils égorgent les deux enfants ^
Saint Ambroise apprend à Milan le massacre de Thessalonique; il se retire à la campagne, et refuse de venir à la cour. 11 écrit à l'empereur : «« Je n'oserois offrir le sacriQce, si vous prétendez « y assister. Ce qui me seroit interdit pour le sang répandu d'un u seul homme, me seroit-il permis par le meurtre d'une foule a d'innocents^? »>
« Pàcat., Panegyr. ad Theod.f p. 280. jnter vgteret Paneçyricos duodecimus.
• Mercator quidam, pro duobus filiis qui comprchensi ftioraiit semelipsum oflercns, rogalMl ut ipie quidem necareiur, Ûlii vero alrfreni Incolumes ; et pro hujus bcncflcii mercède quidquid habebat auri miiitibus pollicebatur. llli calamitatem hominfs miserati, pro altère ex Uliis quem Tellct, suppllcalionem ejus admiserunt. Ulrumque vero dimittere hiudquaquam 8ibl lutum fore dixerunt , eo quod numerus deflccrel. Verum paler cum ambos aspicerel liens cl Rcmens iieutrum ex duobu» eximere valuit. Siui dubius aucepsque animi quoad interllcerenlur pcrmansit, uiriusque amore ex a-quo flagrans. ;Sozo- MENi I/ist. eccL, lib. vu, p. 747. Parisii», 1678.)
3 OfTcrrc non audco sacriflciumf si volueris a!>siKtere ; an quod in unius innocenlis sanguine non licet, in multorum licet. (Ambr., epist. li, n. 44.)
HISTORIQUES. Sd9
Tbéodose n'est point retenu par cette lettre^ il veut entrw dans réglise; il trouve «ous le portique un homme qui l'arrête^ c'est Ambroise : « Tu as imité Dayid dans son crime , s'écrie le saint , •< imite-le dans son repentir *. »
Huit mois s'écoulèrent; l'empereur n'obtenoit point la permission de pénétrer dans le lieu saint. « Le temple de Dieu , répétoit- « il , esl ouvert aux esclaves et aux mendiants , et il m'est fermé ! >• Ambroise demeuroit inexorable ^ il répondoit à RuGn , qui le pressoit : « Si Théodose veut changer sa puissance en tyrannie , je lui « livrerai ma vie avec joie \ >» Enfin, touché du repentir de Vetn* pcreur, l'évoque lui accorda l'expiation publique ; mais , en échange de cette faveur, il obtint une loi suspensive des exécutions à mort pendant trente jours , depuis le prononcé de l'arrêt : belle et admirable loi qui donnoit le temps à la colère de mourir et à la pitié de naitre! subhme leçon qui tournoit au profit de l'humanité et de la justice! si trente jours s'étoient écoulés entre la sentence de Théodose et Taccomplissement de cette sentence , le peuple de Thessalonique eût été sauvé K
Dépouillé des marques du pouvoir suprême , l'empereur fit pénitence au milieu de la cathédrale de Milan. Prosterné sur le pavé, il implora la merci du Ciel avec sanglots et prières 4. Saint Ambroise ,*lui prêtant le secours de ses larmes , sembloit être pécheur et tombé avec lui K Cet exemple , à jamais fameux , apprenoit au peuple que les crimes font descendre au dernier rang ce qu'il y a de plus élevé ; que la cité de Dieu ne connolt ni grand , ni petit \ que la religion nivelle tout et rétablit l'égalité parmi les hommes. G'esl un de ces faits complets , rares dans l'histoire , où les trois vérités , religieuse , philosophique et politique , ont agi de concert. A quelle
immense distance le paganisme est ici laissé! L'action de saint
> Secutus es crraDlem, sequere corrigentem. (Paul., in vita AmbrosU, in 1. 1 Operua, pag. 62. ) * Quod 8l irâperium muUrit in tyrannidcm, cffdem quidam lubens excipiam. (Thbod.,
lib. T, C. XYUI.)
3 Ambr., de ob, Theod., cap. xxxiv ; XvQ.^dt dvil. Dei^ lib. v, cap. xxti. II y a dans le «ode Théodosien (lib. xiii, de ptfn.) une loi semblable qui porte le nom) de Gratien, datée du consulat d^Antoine et de Syagrius, 18 août 382. Ce iic peut être celle rendue en 990 par Théodose, sur la demande de saint Ambroise. Apparemment que la loi de Gratien n*étoit point exécutée.
4 In templuni ingrcssus, non stans, Dominum precatus est, née genibus flcxis, sed pronus humique abjectus, versum lllum Davidii> recitavil: « Adhœslt paviroenlo anima mea, vivifica me secunduni vcrbum luum.» ,Tukoo., lib. v, HUt.y c. xiv.)
' Si quideni quotiescumque illi aliquis ad percipiendam pœnitentiam lapsus suos confes- 8US esset, ita débat ut illum llere compellcret ; videbatur cnim sibi cumjaccQleJacere* (Paul., in vita AmOrosii^ p. 65.)
Ambroise est une action féconde qui renferme déjà les actions analogues d'un monde à venir : c'est la révélation d'une puissance engendrée dans la décomposition de toutes les autres.
Théodose rétablit Yalentinien II dans la possession de l'Empire d'Occident, et retourna à Ck)nstantinopIe. Justine mourut.
Arbogaste , élevé aux grandes charges militaires , s'empara de la maison du jeune prince : on a pu voir, à propos de Mellobaudes, que les Franks s'introduisirent dans toutes les affaires du palais et de l'État. Retenu quasi prisonnier à Vienne dans les Gaules par son hautain sujet , Yalentinien fit connoître sa position à saint Ambroise et à Théodose ; mais il n'eut pas la patience d'attendre. Il mande Arbogaste, le reçoit assis sur son trône, et lui remet l'ordre qui le destitue de ses emplois. « Tu ne m'as pas donné « le pouvoir, tu ne me le peux ôter, » dit le Frank enjetant le papier à terre '. Yalentinien saisit l'épée d'un de ses gardes pour s'en ftrapper, ou pour en percer Arbogaste *. On le désarma ; quelques jours après il fut trouvé étouffé dans son lit ^
Arbogaste dédaigna de revêtir la pourpre ; il en enmiaillota un Romain , jadis son secrétaire , Eugène , professeur de rhétorique latine , et devenu garde-sac , place du palais 4.Théodose se prépare deux années entières à venger Yalentinien ; il envoie consulter Jean , solitaire de la Thébaïde , qui lui promet la victoire ^. §tilicon rassemble les légions avec Timasius; les Barbares auxiliaires joignent l'armée; Alaric, le destructeur de Rome, se Irouvoit parmi les recrues de Théodose : la plupart des personnages qui dévoient voir tomber la ville éternelle étoicnt maintenant sur la scène.
Le soldat frank Arbogaste attendit sur les confins de l'Italie, avec son empereur Eugène, le soldat goth Alaric, qui venoit avec son empereur Théodose. Premier choc sous les murs d'Aquilée ; dix mille Goths périssent avec Bacurius, général des Ibères. Théodose passa la nuit retranché sur les montagnes; au lever du jour il s'aperçut que sa retraite étoit coupée : il eut recours à un expédient souvent employé auprès des Barbares, peu soucieux et de la
I Nec imperium mihi dedisli, ait, nec auferre poleris : diacerptoque libello, et in terrain alijecto, discedcbat. (Zos., P- ^3, Baslleœ.)
• Gladio ducem confoUcrc voluit, et sibi ipsi manus infcrre Valentinianua flaxit. (Pni- LOBT., lib. XI, cap. I, pag. 144 et 145.)
3 Imperatori dormienll gulam fregcrunt. (SoCR.» Ub. y, cap. xxt, p. 294 ; ZoB., lib. m, cap. XXII, p. 759.)
4 Grammallcus quidam, qui, cum littoras latinas docuissei, tandem in palalio mililavit, et magister scriniorum imperatoris factiu est. — Ce Q*e8t pas le scrinii magister de la chancellerie. (Socr., lib. y, p. 240).
9 Rup., p. 491 ; Throdor., p. 738.
cause et des maîtres pour lesquels ils versoient leur sang ; il entama des négociations avec Arbitrion , chef des troupes qui lui barroient le chemin. Un traité fut conclu et écrit à la hâte (le papier et l'encre manquant) sur les tablettes " impériales.
Théodose mène aussitôt ses récents alliés à l'attaque du camp d'Eugène. Il marche en avant des bataillons , fait le signe de la croix , et s'écrie : « Où est le dieu de Théodose * ? » Une tempête s'élève et jette la terreur parmi les Gaulois : Eugène trahi est saisi , lié, garrotté, conduit à Théodose, tué prosterné à ses pieds.
Arbogaste erra deux jours parmi les rochers, et se donna de son coutelas dans le cœur : la vie et la mort d'un Frank n'appartenoient qu'à lui. Saint Ambroise n'avoit point voulu reconnoilre Eugène^ il eut le plaisir d'embrasser vainqueur son illustre pénitent. L'évêque de Milan ^ , Ruûn 4 , Orose ^ , et saint Augustin , qui semblent autorisés par Claudien même^, disent que les apôtres Jean cl Philippe combatlirenl à la tête des chrétiens dans un lourifilbn. Théodose avoit tant pleuré la veille de la bataille , afin d'obtenir l'assistance du Ciel , que l'on suspendit à un arbre , pour les sécher, ses habits trempés de larmes 7^ trophée de l'humilité, qui devint celui de la victoire. Jean , le solitaire de la Thébalde , fut instruit de cette victoire à l'heure môme où elle s'accomplit «. Un possédé, à Gonstantinople, ravi en l'air au moment du combat, s'écria en apostrophant le tronc décollé de saint Jean-Baptiste : « C'est donc par toi que je suis vaincu ; c'est donc toi qui ruines « mon armées? » Yoilà les temps comme ils sont.
Théodose fit abattre les statues de Jupiter placées sur la pente des Alpes ^ les foudres en étoient d'or : les soldats disoient qu'ils
1 Tum yero imperator, cum charlam et atramentum quapsitum non reperissel , accepûs labulis quas quidam ex astantibus Torte gerebat , honorai® et convenientis ipsis militis proscripsit gradum. (Soz., p. 74S, a, b, c.)
> CJbi est Theodosii Deus? (Amb., In obitu Theodosiiimp, Strm., t. it, p. 147.)
3 Ambr., de Spiritu Sancto , 36, p. 692.
4 Fracto adversariorum animo, seu polius divinitus expulse. (RuF., lib. ii, cap. xxxm, pag. 492.)
s Oros., p. 320, b.
^ A Theodosii partibus in adversarios Yehemens ventus ibat. Uade poêla (Glaudianus) :
G nlmiam dllecte deo, cnm fondli tb antrif Eolosarmatas hyemes, cul militât aottier , Et coojoratl Teniont ad claislca rentL
(AvG.f d€ Civ. Dei^ lib. ly, cap. XXTi.)
: Oros., lib. Tn, cap. xxxv, p. 220. — » Ruf., de Fitis pairum , cap. i, p. 457.
9 Advmone in subliment raptum JoannI Baplistœ conviciatum esse, eumque quasi capite truucatum probris appeliisse, ita vocifcraudo : a Tu me viucis, el eiercitui meo inaidiaris ! )) (Soz., p. 743.)
voudroient être frappés de ces foudres ; Tenipereur leur livra le dieu tonnant >.
Les nombreuses réminiscences d'un autre ordre de choses, qui fourmillent dans ces récits, ne vous auront point échappé. Les fictions de rbollénisme vivoient au fond des esprits convertis à rÉvangile; ils s'en accusoient; ils s'en défendoient comme du crime de magie , mais ils en étuient obsédés. Les poëmes d'Homère et de Virgile étoient comme des temples défendus par un démon puissant : les évèques, les prêtres, les solitaires ne les Ofoient brûler; mais ils déroboient à ces édifices merveilleux tout ee qu'ils pouvoient convertir à un saint usage. Reine détrônée, régnant encore par ses charmes, la Mythologie s'empara non-seulement de la littérature chrétienne, mais de l'Histoire: il fkllut que les nations Scandinaves et germaniques descendissent des Grecs «t des Troyens, que V Iliade et V Enéide devinssent les premières chroniques des Franks. Les Barbares du Nord se reconnurent enfants d'Homèi^ , comme les Arabes veulent être fils d'Abraham; miraculeux pouvoir du génie , qui donnoit pour père à la vérité le père des fables !
Nous voyons sous Théodose les destructeurs de l'Empire établis dans l'Empire ; des Huns et des Goths au service des princes qu'ils alloient exterminer; des Franks officiers du palais, faisant et défaisant des empereurs; des Calédoniens, des Maures, des Sarrasins, des Perses, des Ibériens cantonnés dans les provinces : l'occupation militaire du monde romain précéda de cinquante années le partage de ce monde. Les hommes même qui défendoient encore le trône des Césars, craquant sous les pas de tant d'ennemis, ne procédoient pas de la lignée des Sylla et des Marias : Stilicoo éloit du sang des Vandales, ^Uus du sang des Goths. L'Empire latin-romain n'ctoit plus que l'Empire româinr barbare : il ressembloit à un camp immense que des armées étrangères avoient pris en passant pour une espèce de patrie commune et transitoire. Il ne manquoit à l'achèvement de la conquête que quelques destructions, le mélange ijnomentané des races, et ensuite leur séparation.
L'invasion morale s'éloit tenue à la hauteur de l'invasion physique ou matérielle; les chrétiens avoient créé des empereurs comme les Barbares, et ils avoient soumis les Barbares euxmêmes : « Nous voyons, dit saint Jérôme, aflluer sans cesse à
> Eoruni4|uo rulmiiia i|iio(l auroa Tiiifi^nni so ah illis riilminart vdlc diccnlibu!^, Iitla-
riler bcutgiiilerqur dona\il. 'Autt., de Civ, Dei , lih. v, cap. xivi, p. 110.)
« Jérusaiem des troupes de religieux qui nous arrivent des Indes, <( de la Perse, de rEthiopic. Les Arméniens déposent leurs car* « quois, les Huns commencent à chanter des psaumes. La cha- « leur de la foi pénètre jusque dans les froides régions de la « Scythie; l'armée des Goths, où Qottent des chevelures blondes « et dorées, porte des tentes qu'elle tiansforme en églises *. »
Des règnes de Théodose et de Gratien date la grande ruine du paganisme : ces princes frappèrent à la fois l'idolâtrie et l'hérésie.
Gratien s'empara des biens appartenant au colltîge des Prêtres et à la congrégation des Vestales : il fit aussi enlever à Rome l'autel de la Victoire, du lieu où les sénateurs avoient coutume de s'assembler; Constance l'avoit déjà abattu, et Julien restauré. Le sénat chargea Symmaque de solliciter le rétablissement de cet autel et la restitution des biens saisis. Le préfet de Rome plaida la cause du monde païen , l'évèque de Milan celle du monde chrétien. On est toujours obligé de rappeler le passage si connu du discours de Symmat|ue.
Rome, chargée d'années, s'adresse aux empereurs Théodose, Valentinien H et Arcadius : « Très-excellents princes, pères de la u patrie, respectez les ans où ma piété m'a conduite; laissez-moi <« garder la religion de mes ancêtres; je ne me repens pas de l'a- « voir suivie. Que je vive selon mes mœurs, puisque je suis libre. <« Mon culte a rangé le monde sous mes lois; mes sacrifices ont « éloigné Annibal de mes murailles et les Gaulois du Gapitole. <t N'ai-jedone tant vécu que pour être insultée au bout de ma Ion- »< gue carrière? J'examinerai ce que l'on prétend régler ; mais la » réforme qui arrive dans la vieillesse est tardive et outrageuse '. >»
Symmaque demande où seront jurées les lois des princes, si Ton détruit Tautel de la Victoire ^ Il soutient que la confiscation du revenu des temples, inique en fait, ajoute peu au trésor de l'Etat. Les adversités des empereurs, la famine dont Rome a été affligée , proviennent du délaissement de l'ancienne religion : le sacrilège a séché l'année ^.
t HlKRON., CpiSt. TU, p. M.
• Romam hue putemus asststere , atque his vobiscuin agere sermoDibus : OpUmi principes, patres patrisp, revcremini annos meos, in quos me plus ritus adduxit. Ular ccrimoniiy avilis, neque enim me pœnitct. Vivam more meo, quia libéra sum. flic cultus in leges meaa orbem redegit. Use sacra Annibalem a mœnibus, a Capitolio Seuonas repulerunt. Ad hoc ergo servata sum, ul longsva reprebendar ? Videro , quaie sil quod ioBtilucDdum puUtur. Sera Umen et conturaeliosa est cmendatio scnectutis. (Sthm., lib. X, cpist. lit, p. 287, etc.; et Ambr., l. n, p. 828.)
) Vbï in leges vestras et verba jurabimus? (Ajibb., i. il, p. 828.)
4 Sacrilegio aojius exaruit. (/tf., ibUt.
Saint Ambroise répond à Symmaque. Rome , s'exprimant par la voix d'un prêtre chrétien , déclare « que ses faux dieux ne sont «c point la cause de sa victoire , puisque ses ennemis vaincus ado- « roient les mêmes dieux : la valeur des légions a tout fait. Les <c empereurs qui se livrèrent à Tidolàtrie ne furent point exempts « des calamités inséparables de la nature humaine : si Gratien , « qui professoit l'Évangile, a éprouvé des malheurs, Julien l'A- « postât a-t-il été plus heureux? La religion du Christ est Tunique n source dp. salut et de vérité. Les païens se plaignent de leurs « prêtres, eux qui n'ont jamais été avares de notre sang ! Ils veu- « lent la liberté de leur culte, eux qui, sous Julien, nous ont « interdit jusqu'à l'enseignement et la parole! Vous vous regardez « comme anéantis par la privation de vos biens et de vos pri vite léges? C'est dans la misère, les mauvais traitements, les sup- « plices , que nous autres chrétiens nous trouvons notre accrois- « sèment, notre richesse et notre puissance. Sept vestales, dont M la chasteté à terme est payée par de beaux voiles, des cou- « ronnes , des robes de pourpre , par la pompe des litières, par la « multitude des esclaves et par d'immenses revenus % voilà tout u ce que Rome païenne peut donner à la vertu chaste ! D'innom- « brables vierges évangéliques d'une vie cachée, humble, austère, «t consument leurs jours dans les veilles, les jeûnes et la pauvreté. « Nos églises ont des revenus ! s'écrie-t-on. Pourquoi vos temples « n'ont-ils pas fait de leur opulence l'usage que nos églises font de « leurs richesses? Où sont les captifs que ces temples ont rachetés, «t les pauvres qu'ils ont nourris, les exilés qu'ils ont secourus? <c SacriHcateurs ! on a consacré à l'utilité publique des trésors qui « ne servoient qu'à votre luxe , et voilà ce que vous appelez des « calamités * ! »
Dix-huit ou vingt ans après saint Ambroise, Prudence se crut obligé de réfuter de nouveau Symmaque : il redit à peu près, dans les deux chants de son poème , ce qu'avoit dit l'évêque de Milan ; mais il emploie un argument qui semble emprunté à notre siècle, -et qu'on oppose aujourd'hui aux hommes amateurs exclusifs du passé. Symmaque regrettoit les institutions des ancêtres; Prudence
< Quot tamen illis virgines prsmia promissa fecerunt , yix septcm vestales capiuntur puellff. Eu totus numerus, quem infulœ vitlati capitis, purpuratarum vcsUum murices, pompa lectics ministrorum circumrusa comitatu, privilégia maxima , lucra Ingentia, prnscripu denique pudiciti® tcmpora coegerunt. Non est virginltas , quœ pretto omitur, non virtutis studio possidetur. (Ambr., libell. ii, contr. reiat. Symm.)
* Je n'ai pu traduire littéralement le texte diiïus et prolixe des deux lettres de saint Ambroise. Je me suis contenté d'en donner la substance et d'en resserrer les arguments.
répond que si la manière de vivre des anciens jours doii être préférée, il faut renoncer à toutes les choses successivement inventées pour le bien-ôtre de la vie , il faut rejeter les progrès des arts et des sciences et retourner à la barbarie * ! Quant aux vestales, Prudence nie leur chasteté et leur bonheur; selon le poète : « La « pudeur captive est conduite à l'autel stérile. La volupté ne périt « pas dans les infortunées parcequ'elles la méprisent, mais parce- « qu'elle est retranchée de force à leur corps demeuré intact ; « leur ame n'est pas également restée entière. La veslale ne trouve « point de repos dans sa couche ; une invisible blessure fait sou- « pirer cette femme sans noces pour les torches nuptiales '. »
Prudence se livre ensuite à des moqueries sur la permission accordée aux vestales de se marier après quarante ans de virginité : « La vieille en vétérance, désertant le feu et le travail divin aux- « quels sa jeunesse fut consacrée, se marie : elle transporte ses » rides émérites à la couche nuptiale , et enseigne à attiédir dans ii un lit glacé un nouvel hymen ^. »
Si les plaidoyers de Symmaque et de saint Ambroise n'étoient que les amplifications de deux avocats jouant au barreau , l'histoire dédaigneroit de s'y arrêter ^ mais c'étoit un procès réel, et le plus grand qui ait jamais été porté au tribunal des hommes : il ne s'agissoit de rien moins que de la chute d'une religion et d'une société , et de l'établissement d'une société et d'une religion. La cause païenne fut perdue aux yeux des empereurs^ elle l'étoit devant les peuples.
Théodose , dans une assemblée du sénat , posa cette question : M Quel Dieu les Romains adoreront-ils, le Christ ou Jupiter 4 ?» La majorité du sénat condamna Jupiter. Les pères le regrettoient
' Placet damnare fradatlm
Quicqoid pott«rliu tacc^Mor repperlt uaos.
(Pauo. eont. Symm., Ub. ii, ? . tao et leq.)
* CaptlTDS pudor Ingratis addicitar aii«.
Nec contempla périt ml^rb, sed adempta Tolaptai Corporis lotactl , non mens Intacta tenetar. Nec reqales dalnr nlla toris quibus Innuba oœcam Yulnns et amlMas sasplrat femlna tœdas.
3 Noblt anus retcrana , Mcro perfoncU labore, Desertlfqae focli , qaibus est famalata Jareotiii , Tranifert emerltas ad fulcra jugalla ruf a« , DUcit et in gelldo nora nupta tepescere lecto.
(Pald. cont. Symm,, \\b, ii, t. losi— I0»4.)
4 Oraiionem habuil qua eos hortabatur ul inissutii racereiit crrorcni (sic enim appcilahal;, c|uem hacicnus seculi ruis8CDl,etclirbtiatioruDi (iUeiuaiuplectcrcutur. (ZosiM., Hièt., lib. ly. Dasilcsp.
peut-étr«, mais les enfants préférèrent le Dieu d'Ambroise au Dieu d^ Symmaque. La prospérité de l'Empire n'émanoit point de ces simulacres auxquels des mœurs pures ne communiquoient plus ype divinité innocente : Tautel de la Victoire n*avoit eu de puissance que lorsqu'il étoit placé auprès de celui de la Vertu.
Prudence nous a laissé le récit de la conversion de Rome.
« Vous eussiez vu les pères conscrits, ces brillantes lumières du u monde, se livrer à des transports, ce conseil de vieux Gâtons « tressaillir en revêtant le manteau de la piété plus éclatant que la « toge romaine , et en déposant les enseignes du pontificat païen. <« Le sénat entier, à l'exception de quelques-uns de ses mem- « bres restés sur la roche Tarpéienne , se précipite dans les tem- « pies purs des nazaréens ; la tribu d'Évandre , les descendants u d'Énée accourent aux fontaines sacrées des apôtres. Le premier
(i qui présenta sa tète fut le noble Anitius Ainsi le raconte
« l'auguste cité de Rome. L'héritier du nom et de la race divine « des Oiybres saisit , dans son palais orné de trophées, les fastes « de sa maison, les faisceaux de Brutus, pour les déposer aux « portes du temple du glorieux martyr, pour abaisser devant Jé- « sus la hache d'Ausonie. La foi vive et prompte des Paulus et « des Bassus les a livres subitement au Christ. Nommerairje les u Gracques si populaires? Dirai-je les consulaires qui , brisant les « images des dieux , se sont voués avec leurs licteurs à Tobéis- « sanca et au service du crucifié tout-puissant? Je pourrois comp- M ter plus de six cents maisons de race antique rangées sous ses « étendards. Jetez les yeux sur cette enceinte , à peine y trouvent rez-vous quelques esprits perdus dans les rêveries païennes ^ « attachés à leur culte absurde , se plaisant à demeurer dans les « ténèbres , à fermer les yeux à la splendeur du jour *. »
' Exolure patres vide», pulchecrlma mandl
Lomiaa , conclUnnuioe seoum gasilre Calononi ; Candidiore totra nlTeoin pietatli amirtuin Samere et eiaTlaa depoocre pontlflcalcit. Jamqae ralt, paacls Tarpela la rupo relictii. Ad «iDcera Tirnm penetralla oaureoram, Atqueadapoctnilcos ET&ndrla coria fontes,
Annladam loboles
I Fertur enim ante alios generosas Anitias iirbi!«
Illaslrasse capot : sic se Roma Inclf ta lactat. Qnin et Olybrlad generisqne et nomlnls hvres , Adlectls fastis , palmatâ Inslgnb ab aola , Marlyrls ante fores Brntt sabmlttero fasces Ambtt, et Aosonlam Chrlsto Inclinare secorlm. Non Paallnoram, non Bassoram dubltarlt
Prompta fldes dare se Chrislo
Jam qaid plebicolas percurram carminé Gracchos , Jure poteitatls (ultus , et in arce senatos
Ne croiroit-on pas, à ces vers de Prudence, que Rome existoU au commencement du cinquième siècle avec ses grandes familles et ses grands souvenirs? il écrivoit*ran 403 ! sept ans après , Alaric remuoit et balayoit cette vieille poussière des Gracques et des Bmtus, dont se couvroit l'orgueil de quelques nobles dégénérés.
Théodose étendit la proscription du paganisme aux diverses provinces de l'Empire. Une commission fut nommée pour abolir les privilèges des prêtres , interdire les sacrifices , détruire les instruments de l'idolàtrîe , et fermer les temples. Le domaine de ces temples fut confisqué au profit de l'empereur , de FËgiise catholique et de l'armée. « Nous défendons, dit le dernier édit de Théodose, u à nos sujets, magistrats ou citoyens, depuis la première classe «< jusqu'à la dernière, d'immoler aucune victime innocente en « l'honneur d'aucune idole inanimée. Nous défendons les sacri- « fices de la divination par les entrailles des victimes. »
Les fils de Théodose , Arcade el Honorius , et leurs successeurs , multiplièrent ces édits : on peut voir toutes ces lois dans le Code ' ; mais, plus comminatoires qu'expresses, elles étoient rarement exécutées ; quelquefois même elles étoient suspendues ou rappelées selon les besoins eC les fluctuations de la politique. Le pape Innocent , à l'occasion du premier siège de Rome par Alaric (408), permit les sacrifices , pourvu qu'ils se fissent en secret. Les princes , agissant contradictoirement à leurs édits , conservoient des païens dans les hautes charges de l'Etat , et donnoient des titres aux pontifes des idoles. Aucune loi ne défendoit aux Gentils d'écrire contre les chrétiens et leur religion ; aucune loi n'obligeoit un païen à embrasser le Christianisme sous peine d'être recherché dans sa personne ou dans ses biens. Il y a plus , nombre d'édits de cette époque (j'en ai déjà cité quelques-uns) s'opposent aux envahissements du clergé par voie de testament ou de donation , retirent des immunités accordées , règlent ce nouveau genre de propriétés de main-
P rœcipaos simnlacra Deom Jostisse reyelU ? . Cnmque «ois ptiiter lldoribiu omolpoieott Sappllciter Christo se consecrasse regeodos? Sexcentas namerare domos de sanguine prlsco MoMIom llcti , ad Christi Itgnacola Tcrsas.
Resplce ad illastrem , Iqt est abl pnbllca , cellam : Vix pauca Inventes seoUUbos obsUa Qogis Ingénia , obstrictos geitro retinentia caltus , Et qnibus exactas placeat servare lenebras , Splendentemqac die medio non réméré solem.
CAusEL. Prudkntius, Tir consatariSfContraSymmachain, pnereclom urbif. Corpngpoetamm^ t. iv, p. -8J,t. Ii8-l6l.)
Ali lilre fie Payanu saniftviis et tcmplis.
morte introduit avec l'Église , interdisent l'entrée des villes aux moines , et flxent le sort des religieuses. Bien que le pouvoir politique fût chrétien , il étoit déjà iAquiet de la lutte ; il craignoit d'être entraîné : n'ayant plus rien à craindre du paganisme, il commençoit à se mettre en garde contre les entreprises de l'autre culte. Les mœurs brisèrent ces foibles barrières , et le zèle alla plus loin que la loi.
De toutes parts on démolit les temples , perte à jamais déplorable pour les arts ; mais le monument matériel succomba , comme tou- Juurs, bow> la ft)rce intellectuelle de Tidée entrée dans la conviction du genre humain.
Saint Martin, évêque de Tours , suivi d'une troupe de moines, abattit dans les Gaules les sanctuaires , les idoles et les arbres consacrés. L'évéque Marcel entreprit la destruction desédiflces païens dans le diocèse d'Apamée, capitale de la seconde Syrie. Le temple quadrangulaire de Jupiter présentoit sur ses quatre faces quinze colonnes de seize pieds de circonférence -, il résista ; il fallut en produire l'écroulement à l'aide du feu. Plus tard , à Carthage, des chrétiens moins fanatiques sauvèrent le temple devenu céleste , en le convertissant en église , comme , depuis, Boniface III sauva le Panthéon à Rome.
Le renversement du temple de Sérapis à Alexandrie est demeuré célèbre. Ce temple , où l'on déposoit le Nilomètre , étoit bâti sur un tertre artificiel ; on y montoit par cent degrés-, une multitude de voûtes éclairées de lampes le soutenoient : il y avoit plusieurs cours carrées environnées de bâtiments destinés â la bibliothèque , au collège des élèves, au logement des desservants et des gardiens. Quatre rangs de galeries, avec des portiques et des statues, offroient de longs promenoirs. De riches colonnes ornoient le temple proprement dit : il étoit tout de marbre; trois lames de cuivre, d'argent et d'or , en revêtoient les murs. La statue colossale de Séfapis , la tête couverte du mystérieux boisseau , touçhoit de ses deux bras aux parois de la Celle , et à un certain jour le rayon du soleil venoit reposer sur les lèvres du dieu «.
Les païens ne consentirent pas facilement â abandonner un pareil édifice : ils y soutinrent un véritable siège , animés à la défense par le philosophe Olympius*, homme d'une beauté admirable et
> BoF., lib. XXII , p. 402; SocR., p. 376, Hb. Tii , c. XX ; Expositio totius mundi, Geogr. mînor., loin, m, p. 8.
> Ad poslrciiiurii brassantes in sanguine civium duccm scolcris et audacite sniP deligunt Olyrapium (jiienidam , nomine el habitu philosophiim, quo ante«îgnano arcem dcfcndorent, el (yrannidem tenerent. (Ruf., lib. xx-xxu.)
HISTOMQtJBS. 269
d'une éloquence divine. Il étoit plein de Dieu , et avoit quelque chose du prophète'. Deux grammairiens, Hellade et Ammone, combattolent sous ses ordres : le premier avoit été pontife de Jupiter, et le second d'un singe \ Théophile , archevêque d'Alexandrie, armé des édits de Théodose et appuyé du préfet d'Egypte, remporta la victoire. Hellade se vantoit d'avoir tué neuf chrétiens de sa main ^ Olympius s'évada après avoir entendu une voix qui chantoit alléluia au milieu de la nuit dans le silence du temple*. L'édifice fut pillé et démoli. « Nous vîmes, dit Orose, malgré son « zèle apostolique , les armoiras vides des livras; dp.vAsfations qui « portent mémoire des hommes et du temps ^. » La statue de Sérapis , frappée d'abord à la joue par la hache d'un soldat , ensuite jetée à.bas efrompue vive , fut brûlée pièce à pièce , dans les rues et dans l'amphithéâtre. Une nichée de souris^ s'étoit échappée de la tête du dieu , à la grande moquerie des spectateurs.
Les autres monuments païens d'Alexandrie furent également renversés, les statues de bronze fondues 7. Théodose avoit ordonné d'en distribuer la valeur en aumônes-, Théophile s'en enrichit lui et les siens^. •
On mit rez-pied , rez-terre , le temple de Canope , fameuse école des lettres sacerdotales où se voyoit une idole symbolique dont la tête reposoit sur les jambes : peu auparavant, Anlonin le philosophe y avoit enseigné avec éclat la théurgie, et prédit la chute du paganisme: Sosipatre, sa mère, passoit pour une grande magicienne. Des religieuses et des moines prirent à Canope la place do8 dieux et des prêtres égyptiens».
Ainsi périt encore , sur les confins de la Perse , un temple im-
» Oyrw rTi ^vOXvfinoi ifX</9^« rou 5«oy ûffT«. Olympus aulem tdeo plenus eral Dco ul, etc. (Suidas , in voce dv/jucoç- >
* E^Xi^iùi fJiVt CUV ie^cùf rcu Aed$ eTvxc J).r/ero Afxu'iivtoi cTè UiO^nov. Helladius quidem Jovis f Amnionius vero.simii» sacerdos esse dicebatur. ( Socr. , lib. ▼, cap. xvi , p. S75. )
3 Helladius vero apud quosdam glorialus est quod novcm homincs sua manu in confliclu interemissct. ( Socrat., lib. t, cap. xvi. )
4 Olympius vero , sicul à quibusdam accepi , nocte intempesla quœ illum diem pr«ce»serat , quemdam in Serapio alléluia canentem audivit ( Zos. , p. 588 , c , d. )
« Nos vidimus arraaria librorura , quibus direplis , exinaniu ca a nostris hominibus , nostris temporibus memorant. (Oros. , lib. vi, cap. xt, pag. 431. )
^ Ubi capui truucatum est, murium agmen ex iuternis cripuit. (Thkodor., HUt. eccl.» lib. Y, p. 229. Parisiis, 4673.)
7 Ac lempla quidem disturbata sunt. Status vero in lebetes et alios alexandrin» ecclesia) usus conflats. (Socr., p. 275.)
8 Cultus numinis et Serapidis delubrum Alexandriœ disturbata dissipataque fucre... Impcranlc tune Theodosio pra>torii praprecto, piaculari homine, et Eurymedonte quopiam... tenipli quidona vix nianus hostiliter iiijecerunt. (Eumap., p. 85. Antuerpia>, 1568.)
9 Monacos Canopi quoquc coliocarunl. (Eumap., p. 85.)
mense qui servoit de forteresse à une ville. « Sérapis s'étant Tait « chrétien, dit saint Jérôme, le dieu Marmas pleura enfermé u dans son temple à Gaza : il trembioit , attendant qu'on le vint a abattre*. »
Le sang chrétien que répandirent les mains philosophiques d'Hellade fut trop expié plusieurs années après par celui d'Hypatia^ Fille de Théon le géomètre , d'un génie supérieur à son père, elle étoit née, avoit été nourrie et élevée à Alexandrie. Savante en astronomie au-dessus des convenances de son sexe , elle fréquentoit les écoles et enseignoit elle-mâme la doctrine d'Aristote et de Platon : on l'appeloit le Philosophe. Les magistrats lui rendoient des honneurs^ on voyoit tous les jours à sa porte une foule de gens à pied et à cheval qui s'empressoient de la voir et de l'entendre ^ Elle étoit mariée , et cependant elle étoit vierge : il arrivoit assez souvent alors que deux époux vivoient libres dans le lien conjugaH, unis de sentiments, de goûts, de destinée, de fortune , séparés de corps. L'admiration qu'inspiroitHypatia n'excluoit point un sentiment plus tendre ; un de ses disciples se mouroit d'amour pour eile^ la jeune platonicieqjpe employa la musique à la guérison du malade , et fit rentrer la paix par l'harmonie dans Famé qu'elle avoit troublée^ L'évoque d'Alexandrie, Cyrille, devint jaloux de la gloire d'Hypatia'^'. La populace chrétienne, ayant à sa tète un lecteur, nommé Pierre?, se jeta sur la fille de Théon, lorsqu'elle rentroit un jour dans la maison de son père : ces forcenés la traînèrent à l'église Césarium , la mirent toute nue , et la déchiquetèrent avec des coquilles tranchantes; ils brûlèrent ensuite sur la place Ginaron^ les membres de la créature céleste qui vivoit dans la société des astres qu'elle égaloit en beauté et dont elle avoit ressenti les influences les plus sublimes.
Le combat des idées anciennes contre les idées nouvelles à celte époque oflre un spectacle que rend plus instructif celui auquel
> Hier., epist. vu, p. 54, d.
s La ruine du temple de Sérapis est de l'année 394 , et la mort d'Uypatia est de Tannée
s SuiDAf , voce {•€»/)(»,
4 Isidorî philosophi conjux , sed ita utconjugii usu abstinerct. (Fabric, bUH. gr., Hb. ▼, cap. XXII.)
' Uypatiani ope musica> ilium a inorbo islo iibcrasso. — ^Scidas, ▼. rmrWc, p. 553.
7 Quorum dnx erat PetruB quidam Icctor. (Socii., aist eccl., Ilb. tu , cap, xv. Parislis, 1678.)
• Eamquc e teWa detractam ad eccicsiam qua> Ciesareum cognominatur, raplunt : et festibua exutam testis Interemerunt. Gumque membraiim eam discerpsissent, membra in locum quem CInaronem vocant comportala incendio consuropserunt. (SocR., Hist, eecUt,, lib. TU , cap. XY, p. 393.)
nous assistons ' . Ce n'éioit plus , comme au temps (fb Julien , un mourement rétrograde; c'étoit, au contraire, une course sur la pente du siècle ; mais de vieilles mœurs, de vieux souvenirs, de vieilles habitudes, de vieux préjugés disputoient pied à pi^le terrain : en abandonnant le culte des aïeux , on croyoit trahir les fbyers , les tombeaux , l'honneur, la patrie. La violence , exercée en opposition avec l'esprit de la loi , rendoit le conflit plus opiniâtre ; on reprochoit aux chrétiens d'oublier dans la fortune les préceptes de charité qu'ils recommandoient dans le malheur.
Hommes de guerre' et hommes d'état, sénateurs et minifltri«ft, prêtres chrétiens et prêtres païens , historiens , orateurs , panégyristes, philosophes, poètes, accouroient à l'attaque ou à la défense des anciens et des modernes autels.
Théodose est un empereur violent et foible , livré au plaisir de la table , selon Zosime' : c'est un saint qui règne dans le ciel avec Jésus-Christ aux yeux de saint Ambroise ^
Les temples s'écroulent à la voix et sous les mains des moines et des évêques -, ils tombent aux chants de victoire de Prudence : le vieux Libanius ranime* sa piété philosophique pour attendrir Théodose en faveur de ces mêmes temples.
«» Celui-ci, dit-il à l'empereur, celui qui, lorsque j'étois en- « core enfant (Constantin) , abattit à ses pieds le prince qui l'avoit « traité avec outrage (Maxence), croyant qu'il lui convenoit « d'adopter un autre Dieu , se servit des trésors et des revenus «( des temples pour bâtir Constantinople \ mais il ne changea rien « au culte solennel : si les maisons des dieux furent pauvres , les M cérémonies demeurèrent riches. Son fils (Constance) s'aban- « donna aux mauvais conseils de faire cesser les sacrifices. Le « cousin de ce fils (Julien), prince orné de toutes les vertus , les » rétablit. Après sa mort , l'usage des sacrifices subsista quelque « temps : il fut aboli , il est vrai , par deux frères ( Yalentinien et « Valons), à cause de quelques novateurs; mais on conserva la « coutume de brûler des parfums. Vous avez vous-même toléré « cette coutume, en sorte que nous avons autant à vous re- « mercier de ce que vous nous avez accordé qu'à nous plaindre « de ce dont on nous prive. Vous avez permis que le feu sacré « demeurât sur les autels , qu'on y brillât de l'encens et d'autres « aromates.
I Nous n*y assistons plus ; il est flni. Je cofrige , le 13 août 4830, ces épreuves tirées arant le S7 juillet. Insensés qui êtes placés à la tétc des états , prollterez-vous de cette rapide et terrible leçon ?
> Zos., lib. IV. — 3 Ajiibr., tom. v, Sermocte diversis, p. 422, f.
« Et voilà*pourtant qu'on renverse nos temples! Les uns traie vaillent à celte œuvre avec le bois , la pierre , le fer ; les autres « emploient leurs mains et leurs pieds : proie de Mysiène ( proie verbe grec qui signiQe conquête facile) l On enfonce les toits ; on « sape les murailles ; on enlève les statues; on renverse les autels. « Pour les prêtres , il n'y a que deux partis à prendre : se taire ou « mourir. D'une première expédition , on court à une seconde , « à une troisième; on ne se lasse pas d'ériger des trophées inju- « rieux à vos lois.
« Yoilà pour les villes : dans les campagnes , c'est bien pis en- M core ! là se rendent les ennemis des temples ; ils se dispersent , « se réunissent ensuite, et se racontent leurs exploits ; celui-là m rougit qui n'est pas le plus criminel. Ils vont comme des tor- « rents sillonnant la contrée et bondissant contre la maison des M dieux. La campagne privée de temples est sans yeux ; elle est « ruinée, détruite, morte-, les temples, ô empereurs! sont la vie « des champs; ce sont les premiers édifices qu'on y ait vus, les « premiers monuments qui soient parvenus jusqu'à nous à travers « les ftges; c'est aux temples que le laboureur confie sa femme , u ses enfants, ses bœufs, ses moissons
«c Voilà la conduite des chrétiens : ils protestent qu'ils ne font « la guerre quaux temples; mais cette guerre est le profit de ces « oppresseurs ; ils ravissent aux malheureux les fruits de la terre , « et s'en vont avec les dépouilles, comme s'ils les avoient con- « quises et non volées.
«c Cela ne leur suffit pas : ils attaquent encore les possessions « particulières , parceque , au dire de ces brigands , eUes sont con-- « sacrées aux dieux. Sous ce prétexte , un grand nombre de pro- « priétaires sont privés des biens qu'ils tenoient de leurs ancêtres , « tandis que leurs spoliateurs, qui, aies entendre, honorent la m Divinité par leurs jeûnes, s'engraissent aux dépens des victimes. « y a-t-on se plaindre au pasteur (nom qu'on affecte de donnera « un homme qui n'a certainement pas la douceur en partage), il « chasse les réclamants de sa présence , comme s'ils dévoient s'es- «c timer heureux de n'avoir pas souffert davantage
« On prétend que nous avons violé la loi qui défend lessacri- « fices. Nous le nions. On répond que , si aucun sacrifice n'a eu « lieu , on a égorgé des bœufs au milieu des festins et des réjouis- «c sances : cela est vrai; mais il n'y avoit pas d'autels pour rece- « voir le sang; on n'a brûlé aucune partie de la victime ; on n'a « point offert de gâteaux ; on n'a point fait de libations. Or, si un
« cerlain nombre de personnes, pour manger un veau ou un « mouton , se sont rencontrées dans quelque maison de campagne , « si, couchées sur le gazon , elles se sont nourries de la chair de « ce veau ou de ce mouton , après l'avoir fait bouillir ou rôtir, je « ne vois pas quelles lois ont été transgressées ^ car, ô divin em- «i pereur! vous n'avez pas prohibé les réunions domestiques. « Ainsi, bien qu'on ait chanté un hymne en l'honneur des dieux , « et qu'on les ait invoqués, on n'a point violé votre édit , à moins « que vous ne vouliez transformer en crime l'innocence de ces « festins.
« Nos persécuteurs se figurent que, par leur violence , ils nous <t amènent à la pratique de leur religion ; ils se trompent : ceux « qui paroissent avoir varié dans leur culte sont restés tels qu'ils « étoient. Ils vontavecies chrétiens aux assemblées*, mais, lors- « qu'ils font semblant de prier, ils ne prient point , ou ce sont leurs M anciens dieux qu'ils adjurent
« En matière de religion , laissez tout à la persuasion , rien à la « force. Les chrétiens n'ont-ils pas une loi conçue en ces termes : « Pratiquez la douceur; lâchez (Cobtenir tout par elle; ayez horreur « (le la nécessiié ou de la ron(rain(c.^ Pourquoi donc vous précipitez- « vous sur nos temples avec tant de fureur? vous transgressez « donc aussi vos lois
« Mais puisque les chrétiens allèguent l'exemple de
« celui qui le premier a dépouillé les temples (Constantin), j'en « vais parler à mon tour. Je ne dirai rien des sacrifices-, il n'y « toucha pas : mais qui fut jamais plus rigoureusement puni que « le ravisseur des trésors sacrés? De son vivant, il vengea les « dieux sur lui-même, sur sa propre famille; après sa mort, ses « enfants se sont égorgés.
« Les chrétiens s'autorisent encore de l'exemple du fils de ce « prince (Constance)*, il démolit les tpmples avec d'aussi grands « travaux qu'il en eût fallu pour les reconstruire (tant il étoit dif- « licile de séparer ces pierres liées ensemble par un fort ciment ! ) ; « il distribuoit les édifices aux favoris dont il étoit entouré, de la « môme manière qu'il leur eût donné un cheval, un esclave, un « chien , un bijou. Hé bien ! ces présents devinrent funestes à celui « qui les accordoit comme à ceux qui les acceptoient
« De ces favoris, les uns moururent dans l'infortune, sans pos- « lérité , sans testament; les autres laissèrent des héritiers; mais « qu'il eût mieux valu pour eux n'en avoir point ! Nous les voyons « aujourd'hui , ces enfants qui habitent au milieu des colonnes
«« arrachées aux temples -, nous les voyons couverts d'infamie et se « faisant une guerre cruelle ». «
Celte citation , trop Instructive pour être abrégée , offre un tableau presque complet du quatrii-me siècle : usage et inQuence des temples dans les campagnes; fln de ces temples; commencement de la propriété du clergé chrétien par la confiscation de la propriété du clergé païen ; cupidité et fanatisme des nouveaux convertis , qui s'autorisent des lois en les dénaturant , pour commettre des rapines et troubler l'intérieur des familles ; et , de même que Lactance a raconté la mort funeste des persécuteurs du Christianisme , Libanius raconte les désastres arrivés aux persécuteurs de l'idolâtrie. Mais, quoi qu'il en soit, Dieu , qui punit l'injustice particulière de l'individu, n'en laisse pas moins s'accomplir les révolutions générales calculées sur les besoins de l'espèce.
Les moines furent les principaux ouvriers de la démolition des temples ; aussi les outrages et les éloges leur sont-ils également prodigués.
Sozomène assure que les pères du désert pratiquent une philosophie divine.
« Les religieux, dit saint Augustin, ne cessent d'aimer les « hommes , quoiqu'ils aient cessé de les voir, s'entretenant avec « Dieu et contemplant sa beauté \ »
Saint Chrysostome , au sujet de la sédition d'Antioche , compare la conduite des philosophes et des moines. » Où sont maintenant , •< s'écrie-t-il , ces porteurs de bâtons , de manteaux , de longues « barbes , ces infâmes cyniques , au-dessous des chiens leurs mo- « dèles ? Ils ont abandonné le malheur ; ils se sont allés cacher dans « les cavernes. Les vrais philosophes ( les moines des environs « d'Antioche) sont accourus sur la place publique; les habitants «< de la ville ont fui au désert ; les habitants du désert sont venus •( à la ville. L'anachorète a reçu la religion des apôtres ; il imite tt leur vertu et leur courage. Vanité.des païens ! foiblesse de la « philosophie! on voit à ses œuvres qu'elle n'est que fable, cote médie, parade et fiction ^ »
« Quels sont les destructeurs de nos temples? dit à son tour « Libanius. Ce sont des hommes vêtus de robes noires qui man- « gent plus que des éléphants, qui demandent au peuple du vin « pour des chants , et cachent leur débauche sous la pftleur artifl- « cielle de leur visage 4. »
> LIB4N., Pro templis. — « Aco., Lib. rétractation cap. m. î GuRYSosT., Hom, xm, p. IM, c. — 4 Luiif., ProUmplU.
« Il y a une race appelée moines, dit pareillement Eunape-, ces " moines, hommes par la forme , pourceaux par la vie, font et se
« permettent d'abominables choses
« Quiconque porte une robe noire et présente au public une sale " figure, a le droit d'exercer une autorité tyrannique •. »
« Sur la haute mer (c'est le poëte'Rulilius qui parle) s'élève « l'île de Capraria , souillée par des hommes qui fuient la lumière. « Eux-mêmes se sont appelés moines, parcequ'ils aspirent à vivre « sans témoins. Us redoutent les faveurs de la fortune, parce- « qu'ils n'auroient pas la force de braver ses dédains; ils se font «» malheureux de peur de l'être. Rage stupide d'une cervelle dé- « rangée ! s'épouvanter du mal et ne pouvoir souffrir le bien ! Leur «» sort est de renfermer leurs chagrins dans une étroite cellule , et « d'enOer leur triste cœur d'une humeur atrabilaire *. »»
Après avoir passé Capraria , petite île entre la côte de l'Étrurie et celle de la Corse , Rutilius aperçoit une autre île, la Gorgone : «t Là s'est enseveli vivant , au sein des rochers, un citoyen romain. « Poussé des furies, ce jeune homme, noble d'aïeux , riche de « patrimoine, et non moins heureux par son mariage , fuit la « société des hommes et des dieux. Le crédule exilé se cache au » fond d'une honteuse caverne; il se ligure que le ciel se plaît <• aux dégoûtantes misères; il se traite avec plus de rigueur que « ne le traiteroient les dieux irrités. Dites-moi , je vous prie , cette « secte n'a-t-elle pas des poisons pires que les breuvages de Circé? « Alors se transformoient les corps ; à présent se métamorphosent « les âmes ^ »
' Monacossicdictos; homiiics quidi'in specie, sed viiam lurpcni porconim inore-cxigoiiies, qui in propaliilo inflnila atque infanda i»cclera commitlcbanl Nani ea tempestalc quivis atraiii vcsteiii indutus, quiquc iii publico sordido habilu spcclari non abiiuobiff is tyrannicam obtiucbal aucloriUlcm. ^Ecsài»., in vita yEdesii, p. 81. Antucrpitr, I56«.)
« ProcMso pelagl J«b m C«prM-l« urllli ,
Sqoalet loelftaglc isfolt plana vf ris.
Ipil M Bonachoi gralo oofMMDloe dlcoat «
^aod Mil nnllo virere teste Tolant.
Httoera fortnniB metuant , dum damna rereolur ;
Qalsqaam sponte mtMr, ne miier esse qneat. OuBoam perranl rabi« tam «tiilia oerebri ,
Oam mala fornddes', nec trana posse pâli Sire tni* répétant fato erga«(nla poBoai ,
Tiif tia lee nlffro Tbcera felle toment. Sic niai» Mtts morbam adilgnavU Uomentf
BoUeropbootela folUcitndlaf boa ; Nam JttTfBi offeiao , tmil po*t tela dolorls ,
Dlcitar haBBaonm diapUcoiase geniu.
(RuTiLU lUntrarinm , llb. r, p. 105.)
3 AdT«n«f acopakM, daul Boniiaienta rcowUa, Perdltnt hlo TlTofunere dTif erit.
Les foiblesses et les jongleries des prêlres du paganisme étoient exposées par le clergé chrétien à la risée de la mullilude. Ils se servoienl de Taimant pour opérer des prodiges , pour suspendre un char de bronze attelé de quatre chevaux ' y ou faire monter un soleil de fer à la voûte d'un temple *. Ils s*enfermoient dans des statues creuses adossées contre des murailles , et ils rendoient des oracles.
Fleury a osé rappeler, dans VHigioire ecclésiastique ^, une anecdote racontée avec moins de pudeur par Ruflin ^. « Un prêtre de Sa- « turne, nommé Tyran, abusa ainsi de plusieurs femmes des « principaux de la ville : il disoit au mari que Saturne avoit or- «t donné que sa femme vînt passer la nuit dans le temple. Le « mari, ravi de l'honneur que ce dieu lui faisoit, envoyoit sa « femme parée de ses plus beaux ornements , et chargée d'offran- «1 des. On l'enfermoit dans le temple devant tout le monde; Ty- « ran donnoit les clefs des portes et se retiroit^ mais pendant la « nuit il venoit par sous terre, et entroit dans l'idole. Le temple
Noster enlm naper JuvenU , majoribaa impUi ,
Nec censu luforior , conjoglore minor , ImpaUus rnriii homlnes diTosqae reliquit ,
Et lorpem Ittebrtm credalas exul agit.
Infelii pultl llloTle cœleitia paul ,
Seqne prenait UpsIs 8»Tlor ipi» dels.
NoD« rogo , delerior Clrcœls sei'la venenh?
Tanc motabantur corpora , nunc animi.
(RuTiLii Uinerarium^ lib. i , t. ^17-546.)
Saint Augustin parle avec estime do ces moines de l'Ile de Gapraria si décriés par Ru> lilius. Il raconte que Mascerel descendit dans celte tie, qu'il en emmena avec lui doux religieux, Eustalhe et André, aux priôres desquels il dut en Afrique sa victoire sur Gildon, son Trére. (£p/«t., lxxxi, pag. 142.)
> PROSPBR., lib. lu, cap. xxxviu, p. 450. — * Ruf., p. 138.
s Tom. IV, liv. XIX , p. 628.
A Sacerdos crat apud eos Salurni , Tyrannus nomine. Hic , quasi ex responso numinis , adorantibus in templo nobilibus quibusque et primariis viris, quorum tibi matrona> ad libidinem placuissenl, dicebat Saturnum proK^episse ut uxor sua pernoclarel in lemplo. Tnmisqui audierat, gaudonH quod uxor sua dignalione numinis vocaretur, cxornatam comptius insuper et donariis onustam , ne vacua scilicet rcpudiarelur, conjugem mitlebat ad lemplum. In conspoctu omnium conclusa intrinsecus matrona, Tyrannus, clausis Januis et Iradidis clavibus, discedebat. Deinde, facto silentio, per occultos et subterraneos aditus intra ipsum Salurni simulacrum patulis erepebat cavernis. Eratautem simulacrum illud a (ergo excisum , etparieli diligenter annexum. Ardentibusque intra œdem luminibus intentai supplicantique muliori vocem subito per simulacrum oris concavi proferebal, ita ut pavore et gaudio infeliv mulier Irepidarcl, quod dignam se tanli numinis putarcl alloquio. Posteaquam vero qua* libitum fueral vel ad consternalionem majorem , vel ad libidinis incitamentum , dissemisset numen impurum, arte quadam linleoHs obducUs, repente lumina exstingiiebantur universa. Tum deacendens obstupefactœ et conslernaUB mulierculir aduKerii fucum profanis commentalionibuQ inferebat. Ila-c cum per omnes miscrorum matronas multo jam tempore gererenlur, accidil quamdam pudics mentis fcminam horruis^e facinus , et attcntius designanlem cognovisse vocem Tyranui , ac doroum regrcssam viro de fraude sceleris indicasse. (Rufp., Hist. ceci., lib. ii, p. 245.)
« étoit éclairé, et la femme attentive à sa prière, ne voyant per- « sonne, et entendant tout d'un coup une voix sortir de l'idole, « étoit remplie d'une crainte mêlée de joie. Après que Tyran , u sous le nom de Saturne, lui avoit dit ce qu'il jugeoit à propos « pour rétonner davantage ou la disposer à le satisfaire , il étei- « gnoit subitement toutes les lumières, en tirant des linges dis- « posés pour cet eflet. Il descendoit alors et faisoit ce qui lui plai- « soit à la faveur des ténèbres. Après qu'il eut ainsi trompé des « femmes pendant longtemps, une plus sage que les autres eut « horreur de cette action ; écoutant plus attentivement, ellere- « connut la voix de Tyran, retourna chez elle, et découvrit la » fraude à son mari. Celui-ci se rendit accusateur. Tyran fut mis « à la question, et convaincu par sa propre confession, qui couvrit a d'infamie plusieurs familles d'Alexandrie , en découvrant tant <c d'adultères et rendant incertaine la naissance de tant d'enfants. «< Ces crimes publiés contribuèrent beaucoup au renversement u des idoles et des temples. »
Une aventure à peu près pareille avoit eu lieu a Rome sous le règne de Tibère ' ; elle rappcloit encore celle de ce jeune homme qui, jouantlerôledu fleuve Scamandre, abusadela simplicité d'une jeune fllle'. On étaloit, à la honte de l'idolâtrie, les poupées empaillées, les simulacres ridicules, obscènes ou monstrueux , les • instruments de magie, et jusqu'aux têtes coupées de quelques enfants dont on avoit doré les lèvres ^ 5 toutes divinités trouvées dans les sanctuaires les plus secrets des temples abattus.
Les païens tenoient ferme et rendoient mépris pour mépris; ils insultoient le culte des martyrs : « Au lieu des dieux de la pensée , les moines obligent les hommes à adorer des esclaves de la pire espèce; ils ramassent et salent les os eties têtes des malfaiteurs condamnés à mort pour leurs crimes; ils les translatent çàet là, les montrent comme des divinités, s'agenouillent devant ces reliques, se prosternent à des tombeaux couverts d'ordure et de poussière. Sont appelés martyrs, ministres, intercesseurs auprès du Ciel, ceux-là qui jadis esclaves infldèles ont été battus de verges et portent sur leurs corps la juste marque de leur infamie ; voilà les nouveaux dieux de la terre ^. »»
Au milieu de ces combattants animés, des hommes plus justes et plus modérés, dans l'un et l'autre parti, reconnoissoient ce qu'il pouvoit y avoir à louer ou à blâmer parmi les disciples des
« Joseph., --/«/., lib. viii , cap. iv. — > LccuN. — ^ RuF., p. 488. 4 ErMAP., in vita /Edet,
deux religions. Ammien Marcellin , parlant du pape Damase, remarque que les chrétiens avoient de bonnes raisons pour se disputer, même à main armée, le siège épiscopal de Rome : « Les « candidats préférés sont enrichis par les présents des femmes; « ils sont traînés sur des chars, et vôlus d'habits magnifiques; la « somptuosité de leurs festins surpasse celle des tables impériales, u Cesévéques de Rome, qui étalent ainsi leurs vices, seroient « plus révérés s'ils ressembloient aux évêques de province, so- « bres, simples, modestes, les regards baissés vers la terre, » s'attirant l'estime et le respect des vrais adorateurs du Dieu « élernel *. »
« Faites-moi évéque de Rome, disoit le préfet Pretextus à Da- « mase, et je me fais chrétien '. »
Saint Jérôme , souvent raisonnable à force d'être passionné , écrit : « Voici une grande honte pour nous : les prêtres des faux « dieux, les bateleurs, les personnes les plus infâmes peuvent « être légataires , les prêtres et moines seuls ne peuvent l'être ; « une loi le leur interdit, et une loi qui n'est pas faite par dos w empereurs ennemisde notre religion, mais par des princes chré- « tiens. Celte loi même, je ne me plains pas qu'on l'ait faite, mais « je me plains que nous l'ayons méritée : elle fut inspirée par une « sage prévoyance ; mais elle n'est pas assez forte contre l'avarice: « on se joue de ses défenses par de frauduleux fidéi-commis ^ »
Le même Père dit ailleurs : « Il y en a qui briguent la prêtrise « ou le diaconat, pour voir les femmes plus librement. Tout leur •I soin est de leurs habits, d'être chaussés proprement, d'être « parfumés. Ils frisent leurs cheveux avec le fer, les anneaux « brillent à leurs doigts : ils marchent du bout du pied; vous les « prendriez pour déjeunes fiancés , plutôt que pour des cl^cs. Il « y en a dont toute Toccupation est de savoir les noms et les de- «. meures des femmes de qualité, et de connoître leurs inclina- « tions : j'en décrirai un qui est maître en ce métier. Il se lève
* Neque ego abnuo, ostcnlationcm rerum considcrans urbanarum , hujus rci cupidos ob impetrandiim quod appetuiit omni conlcnliouc lalerura jurgari debero : cum id adepU, fuluri siitt ila securi , ut ditcnlur oblalionibus malronarum proccdantque vehiculis insidenles, circumspccle vcslili , epulas currentos profusas, adeo ul eorum convivla rcgales supcronl inonsas. Qui esse poloraiu koali rêvera, si magtiltudine urbis dcspecta cum rllili, ad imiUlionem anlislitum quonimdam provincialium vivcronl : quos tenuitas cdendi potandique parcissinie , vilila» eliam indumonlorum , ei supercilia humuin spcclanlia , perpeluo numini verisque cjus rultoribus ul puros commendani et vcrcnindos. (Ami. Makcbll.. lib. xxTii. rap. iv.)
a Facile me Rouiaiiir urI»isepiseo|iunî. ei ero prolinus ehrisliamis. (Hibrok., t. ii, pag. 105.}
i JVraprunlc l'éléganlc iniilaliou de M. Villemain. {Méi. hitt. et liUér.)
» avec le soleil ; l'ordre de ses visites est préparé ; il cherche les « chemins les plus courts; et ce vieillard importun entre presque « dans les chambres où elles dorment. S'il voit un oreiller, une « serviette, ou quelque autre petit meuble à son gré, ille loue, il « en admire la propreté, il le tâte, il se plaint de n'en avoir « point de semblable , et l'arrache plutôt qu'il ne l'obtient '. »
Grégoire de Nazianze parle des chars dorés, des beaux chevaux, de la suite nombreuse des prélats^ il reprégento la foule s'écartant devant eux comme devant des bêtes féroces >.
Ces controverses avoient lieu partout; elles passoient les mers ; elles se continuoient par lettres de la Grotte de Bethléem à Hippone, du Désert de la Thébaïde à Alexandrie, d'Antioche à Constantinople , de Gonstantinople à Rome. Tous les esprits étoient émus dans tous les rangs , à mesure que la catastrophe approchoit*, mais, par un effet naturel , ceux qui s'attachoient à la cause perdue aGn de parvenir à la puissance, n'y trouvoient que leur ruine.
Photius nous a conservé un fragment de Damascius, dans lequel ce philosophe fait l'énumération des personnages qui entreprirent inutilement de ressusciter le culte des Hellènes. Julien est nommé le premier. Lucius , capitaine des gardes à Gonstantinople, voulut tuer Théodose pour ramener l'idolâtrie; mais il ne put tirer son épée, effrayé qu'il fut d'une femme au regard terrible, qui se tenoit derrière l'empereur, et l'entouroit de ses bras. Marsus et Illus perdirent la vie dans une entreprise de la môme nature ; Ammonius , après avoir conspiré, déserta à un évéque; Severianus ourdit une nouvelle trame; mais il fut trahi par Americhus, qui découvrit le complot à Zenon , empereur d'Orient ^
Eugène, empereur d'Arbogaste , met l'image d'Hercule dans ses bannières , rend aux temples leurs revenus , et ordonne de rétablir à Rome l'autel de la Victoire. Dans cette môme Rome qui avoit tant de peine à renoncer au dieu Mars , un oracle s'étoit répandu : des vers grecs annonçoient que le Christianisme subsisteroit pendant trois cent soixante-cinq ans : Jésus étoit innocent de son culte; mais Pierre, versé dans les arts magiques, avoit consacré pour ce nombre fixe d'années la religion du Christ ^. Or,
• Flbu^t, NUt. eccL, l. it, lib. xviii , p. 493. Molière a imflé quelque chose de ce tableau dans le Tartufe.
> Grbg. Naz., Orat. xxxii , p. 526. — ' rid. el Vo»s., de Hittor. gr., lib. ii, cap. ni.
4 Dum enim vidèrent , nec toi lantisque persecutionibus eam potuisse consumi, ^ed bis poliuK mira iticrementa sumpsisse, excogltavcriinl ncscio quos versus grercos, tanquam consulenli cuidani divine oraculo cfTusos , ubi Chrislam quidcm ab hujus tanquam sacrilegii
à compter de la résurrection , cette période expiroit sous le consulat d'Uonorius et d'Eutychianus, Tan 398 de Tère chrétienne. Les païens pleins de joie attendoient l'abolition complète et immédiate de la oi évangélique , et ce môme an les temples de TAfrique furent renversés ou fermés par les ordres d'Hono-
rius '.
Une autre espérance survint : Radagaise, païen et Barbare, ravageolt l'Italie et menaçoit Rome. « Comment, disoient les pieux « idolâtres, pourrons-nous résister à un homme qui offre soir et « matin d'agréables victimes à ces dieux que nous abandonnons *? » Et Radagaise fut vaincu , tandis qu'AIaric , Barbare aussi , mais chrétien, entra dans Rome. Eucher, fils de Stilicon, étoit l'objet de vœux secrets ^ il professoit le paganisme.
Attale môme, ce jouet des Goths, eut des partisans-, il a voit distribué les principaux offices de l'État à des polythéistes, et Zosime remarque que la famille chrétienne des Anices s'afiligeoit seule du bonheur public^. La passion ne pouvoit aller plus loin.
Enfin un des derniers fantômes d'empereur créés par Ricimer, Anthémius, donna une dernière palpitation au cœur des vieux hellénistes : il inclinoit aux idoles; il ayoit promis à Sévère, tout livré à l'ancien culte, de rétablir la Ville éternelle dans sa première splendeur, et de lui rendre les dieux auteurs de sa gloire. Le pape Uilaire traversa ce dessein en faisant promettre à Anthémius d'écarter de lui un certain Philothée ^, de la secte des Macédoniens, qui plaçoit Anthémius entre le paganisme et l'hérésie : Alaric et Genseric avoicnt déjà pillé Rome , et Odoacre , roi d'Italie, étoit au moment de remplacer l'empereur d'Occident.
Le paganisme alla s'ensevelir dans les catacombes d'où le Christianisme étoit sorti : on trouve encore aujourd'hui, parmi les chapelles et les tombeaux des premiers chrétiens, les sanctuaires et les simulacres des derniers idolâtres ^ Non-seulement les restes de la religion grecque se conservèrent en secret, mais elle domina publiquement quelque partie du nouveau culte : saint Boniface , dans le huitième siècle , s'en plaint à la cour de Rome ^.
crimine faciunt innocentcm. Pelnim autem maleflciis feciase subjungunl , utcolerelur Chrisli nomen per irecentos scxaginta quinque annos; deinde complelo mcmorato numefo annorum sine mora sumcrel flnem. (De civit. Dei , lib. xvui , cap. lui.)
I Id; ibid. — > id„ lib. y, cap. xxiu, p. 65.
3 Zosuf., lib. y, p. 8S7. — 4 Pbot., c. ccxlu , p. 4010.
a D'Aoïif COURT, Mottuments du moyen-dgt à Rome.
^ BoRiF., EfitU ad serran. ; et D. Ma.rt.» Thet. Anecd,
fflSTOWQUES. 281